Economie de l_immateriel

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    14-Sep-2014

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French government document about Intangible Economy

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<ul><li><p>RAPPORT DE LA COMMISSION SUR LCONOMIE DE LIMMATRIEL</p><p>Lconomie de limmatrielLa croissance de demain</p><p>Il est une richesse inpuisable, source de croissance et de prosprit :le talent et lardeur des femmes et des hommes </p><p>Maurice Lvy Jean-Pierre Jouyet</p></li><li><p>Le Ministre de l conomie,des Finances et de l Industrie</p><p>Monsieur le Prsident,</p><p>Vous avez accept de prsider, en liaison avec M. Jean-Pierre Jouyet, Chef du Service de lInspection gnrale des</p><p>finances, la Commission que jai constitue pour rflchir sur lconomie de limmatriel. Je souhaite que vous tudiez, avec</p><p>les commissaires que jai dsigns cette fin, les caractristiques de lmergence dune conomie fonde sur la croissance</p><p>des actifs immatriels ainsi que limpact que cette volution peut avoir sur notre socit et son potentiel de dveloppement.</p><p>Cette Commission devra en particulier examiner trois questions essentielles :</p><p>- Concurrence, monopole et rente dans lconomie de limmatriel : dans un environnement marqu par</p><p>limportance croissante de la cration industrielle, intellectuelle et artistique, il est primordial de soutenir leffort de cration,</p><p>de recherche et dinnovation dans notre pays. Ceci suppose que lensemble de lconomie bnficie de cette nouvelle source</p><p>de valeur et que le crateur soit rtribu de manire juste et quitable. Dans cette perspective, il est important dapprcier</p><p>les conditions de concurrence, de monopole et de rente lies la cration, afin de sassurer quelles correspondent un</p><p>optimum conomique et social.</p><p>- Cration de valeur et circuits de financement : le dveloppement de lconomie de limmatriel se traduit</p><p>par une plus grande diversit des modalits de cration de valeur et de richesses par les entreprises. Alors que les milieux</p><p>de lanalyse financire ont affin les concepts utiliss pour mesurer et comparer cette capacit de cration de valeur, il convient</p><p>denvisager comment notre systme de prlvements peut lapprhender de manire plus objective tant au niveau de</p><p>lassiette que du mode dimposition. </p><p>- Contours et valorisation du patrimoine public immatriel : comme les autres acteurs conomiques, ltat</p><p>dtient des actifs. Ltat est peut-tre plus riche encore que dautres en actifs immatriels : il est dtenteur de licences, de</p><p>brevets, de frquences mais aussi de bases dinformations conomiques et de savoir-faire reconnus. Or, ltat ne dispose </p><p>ce jour ni de mcanismes ni dune politique destins valuer et valoriser ces actifs alors que nos partenaires ont engag</p><p>la refonte de leur modes de gestion de leurs actifs, en particulier immatriels. </p><p>Des lments de cadrage plus dtaills de ces rflexions sont joints en annexe. La Commission pourra sappuyer</p><p>autant que ncessaire sur les services du ministre et au premier chef de lInspection gnrale des finances. </p><p>Vous voudrez bien me rendre un rapport dtape avant le 30 juin. Les rsultats dfinitifs des travaux de la</p><p>Commission devront me parvenir dici le 30 septembre 2006.</p><p>Je vous prie de croire, Monsieur le Prsident, lassurance de ma considration distingue.</p><p>Avec mes remerciements.</p><p>Thierry BRETON</p><p>Paris, le 16 mars 2006</p><p>Monsieur Maurice LVYPrsidentGroupe Publicis</p></li><li><p>Paris, le 23 novembre 2006</p><p>Monsieur le Ministre, </p><p>Vous trouverez ci-joint le rapport de la Commission sur lconomie de limmatriel. Nous tenons vous exprimer</p><p> nouveau notre reconnaissance pour la confiance que vous nous avez tmoigne en nous chargeant de cette mission. Notre</p><p>collaboration a t relle, profonde, et constante. Nous voulons y voir un exemple de partenariat entre le secteur public et</p><p>le secteur priv, qui sont les deux sources indissociables de la richesse de la nation.</p><p>Nous avons commenc notre mission par la recherche dexemples, de travaux ou de rflexions similaires </p><p>ltranger, et force est de constater que rien de semblable ni daussi complet na t ralis ce jour. Votre initiative est donc</p><p>originale et unique, et la mission confie la Commission navait pas de prcdent. Vous nous avez chargs dtre des</p><p>prcurseurs, ce qui nous a conduits inventer, innover, et apporter, des problmes nouveaux, des solutions nouvelles.</p><p>Lconomie de limmatriel est une conomie en formation, une conomie de la connaissance, systmique et</p><p>fonctionnant en rseau, une conomie qui se joue des espaces et du temps, ce qui nous a amens nous aventurer sur des</p><p>terrains que nous navions initialement pas prvu daborder. Vous trouverez donc dans le rapport de la Commission des ana-</p><p>lyses et des recommandations sur la recherche, la formation, luniversit, mais aussi sur les rglementations conomiques,</p><p>fiscales ou sociales qui peuvent tre, pour limmatriel, autant de freins ou dacclrateurs.</p><p>Nous sommes arrivs la conclusion que cette conomie recle un potentiel de croissance considrable, capa-</p><p>ble dirriguer toute lconomie franaise et susceptible de gnrer des centaines de milliers demplois, comme den prser-</p><p>ver dautres qui seraient, autrement, dtruits ou dlocaliss. Ce sont ces objectifs qui inspirent les recommandations que nous</p><p>avons formules : il nous a fallu imaginer des solutions pour lever les freins et les rigidits qui font patiner notre conomie,</p><p>et imaginer des recommandations qui crent du dynamisme, qui insufflent de lnergie et qui crent de linitiative, de la</p><p>croissance et des emplois.</p><p>Nous ne prtendons pas avoir couvert tous les champs dune question qui se rvlait de plus en plus vaste </p><p>mesure que progressait notre rflexion. Faute de temps, nous navons pas puis le sujet, ni travaill autant quil aurait fallu</p><p>sur certaines recommandations. </p><p>Il reste que le rapport que nous avons lhonneur de vous remettre est le rsultat dun travail assidu, srieux,</p><p>obstin, qui nous a runis treize fois en sance plnire, et qui a t loccasion de plusieurs dizaines dchanges. Nous disons</p><p>notre gratitude aux membres de la Commission pour leur disponibilit, leur inventivit et la grande passion montre pour</p><p>lintrt de notre pays.. Et nous remercions les jeunes rapporteurs de lInspection gnrale des finances pour la qualit de</p><p>leur travail, et pour lintelligence avec laquelle ils ont men leurs investigations tout en prenant scrupuleusement en compte</p><p>les attentes de la Commission.</p><p>Nous esprons que ce rapport servira penser et crer la croissance de demain, puiser dans cette richesse</p><p>infinie que sont les hommes et les femmes de notre pays pour leur offrir lavenir dont ils sont dignes, et oser sattaquer </p><p>ces rigidits qui freinent le dynamisme latent de notre pays.</p><p>Nous vous prions dagrer, Monsieur le Ministre, lexpression de notre haute considration.</p><p>Maurice LVY Jean-Pierre JOUYET</p></li><li><p>COMMISSION SUR LCONOMIE DE LIMMATRIEL</p><p>Maurice Lvy Prsident du directoire du Groupe Publicis</p><p>Jean-Pierre Jouyet Chef du Service de lInspection gnrale des finances</p><p>Elie Cohen Professeur dconomie, membre du CAE</p><p>Laurent Cohen-Tanugi Avocat, membre de lacadmie des technologies</p><p>Jean-Pierre Denis PDG dOSEO</p><p>Bruno Gibert Avocat, Francis Lefebvre</p><p>Laurent Heynemann Ralisateur, ancien Prsident de la SACD</p><p>Danile Lajoumard Inspecteur gnral des finances</p><p>Philippe Lemoine Prsident de LaSer </p><p>Jean-Luc Lpine Inspecteur gnral des finances</p><p>Alain Lvy Prsident dEMI</p><p>Elisabeth Lulin PDG de Paradigmes</p><p>Pascal Ngre Prsident dUniversal Music France</p><p>Anne-Sophie Pastel Fondatrice et Prsidente dAuFminin.com</p><p>Jol de Rosnay Conseiller du Prsident de la Cit des sciences</p><p>Geoffroy Roux de Bzieux Prsident de Croissance Plus</p><p>Claude Rubinowicz Inspecteur gnral des Finances</p><p>Henri Serres Vice-Prsident du Conseil gnral des technologies de linformation</p><p>Ezra Suleiman Professeur Princeton et lInstitut dtudes politiques de Paris</p><p>Marc Tessier Directeur gnral du Ple Netgem Mdias services</p><p>Peter Zangl DG Adjoint Socit de linformation la Commission europenne</p><p>Pierre Cuno Inspecteur des finances </p><p>Maxime Baffert Inspecteur des finances</p><p>Arnaud Geslin Inspecteur des finances</p><p>Sbastien Proto Inspecteur des finances</p><p>Paul Bernard Groupe Publicis</p><p>Agns Audier, Ingnieur des mines, a galement particip aux travaux de la Commission et y a apport des</p><p>contributions thmatiques. </p></li><li><p>IRSUM</p><p>1. LCONOMIE A CHANG MAIS LA FRANCE NEN TIRE PASTOUTES LES CONSQUENCES </p><p>Limmatriel est aujourdhui le facteur cl de succs des conomiesdveloppes</p><p>Lconomie a chang. En quelques annes, une nouvelle composante sest impose comme un moteur dtermi-nant de la croissance des conomies : limmatriel. Durant les Trente Glorieuses, le succs conomique reposaitessentiellement sur la richesse en matires premires, sur les industries manufacturires et sur le volume de capi-tal matriel dont disposait chaque nation. Cela reste vrai, naturellement. Mais de moins en moins. Aujourdhui, lavritable richesse nest pas concrte, elle est abstraite. Elle nest pas matrielle, elle est immatrielle. Cest dsor-mais la capacit innover, crer des concepts et produire des ides qui est devenue lavantage comptitifessentiel. Au capital matriel a succd, dans les critres essentiels de dynamisme conomique, le capitalimmatriel ou, pour le dire autrement, le capital des talents, de la connaissance, du savoir. En fait, la vraie richessedun pays, ce sont ses hommes et ses femmes.</p><p>Quon en juge. Il y a trente ans, tre un leader de lindustrie automobile, ctait avant tout simposer par des cri-tres techniques, par exemple les caractristiques de la cylindre. Aujourdhui, cest la marque, le concept, le ser-vice aprs-vente ou le degr de technologie intgre dans les vhicules qui font, dans ce secteur, la russiteindustrielle. Lorganisation du travail fait lobjet dune nouvelle division internationale : la production se dplacedans les pays bas cots de main-duvre et les pays dvelopps se spcialisent dans les technologies de pointe,la construction de loffre commerciale, la cration du concept ou la matrise du design. Tous les secteurs indus-triels, des semi-conducteurs au textile, des logiciels aux tlcommunications, font dsormais de limmatriel la clde leur avenir. La valeur des entreprises repose de plus en plus sur des lments immatriels, parfois quantifia-bles, parfois moins, par exemple la valeur de leur portefeuille de brevets et de leurs marques ou la capacitcrative de leurs quipes.</p><p>Pour comprendre ce mouvement, il faut revenir sur trois ruptures qui marquent lconomie mondiale depuis plusde vingt ans. Dune part, la place croissante de linnovation, qui est devenue le principal moteur des conomiesdveloppes. Jusquaux annes 70, on pouvait se contenter dimiter ce que trouvaient les tats-Unis. Aujourdhui,la France na, comme les autres, pas dautre choix que de trouver ce qui na pas encore t dcouvert. Dautrepart, le dveloppement massif des technologies de linformation et de la communication, ouvre aux entreprisesdes possibilits considrables de rorganisation de leur production et de recentrage sur les activits plus fortevaleur ajoute. Enfin, la tertiarisation continue des pays dvelopps, qui reposent de plus en plus sur des cono-mies de services, dans lesquelles les ides, les marques et les concepts jouent un rle essentiel. En toile de fond,deux autres tendances lourdes des conomies dveloppes la mondialisation et la financiarisation facilitent lerecentrage des entreprises sur les activits les plus cratrices de valeur, cest--dire les activits immatrielles. </p><p>Ces trois volutions concernent lensemble des conomies dveloppes. Dans chacune dentre elles, les secteursspcialiss dans les biens et services caractre immatriel ont un poids conomique en constante augmentation.En France, ils reprsenteraient, au sens large, environ 20 % de la valeur ajoute et 15 % de lemploi. Mais</p></li><li><p>II</p><p>au-del de ces secteurs, cest toute la valeur cre par lconomie franaise qui se dmatrialise chaque jour unpeu plus. Dans toutes les entreprises, quels que soient le produit ou le service vendus, la cration de valeur sefonde de plus en plus sur des actifs immatriels.</p><p>Faute de prendre la mesure de ce changement et den tirerles consquences, la France aborde ce dfi de limmatriel fragilise</p><p>Dans cette conomie de limmatriel, le succs ira aux conomies qui se montreront les plus capables dattirer etde valoriser les talents, cest--dire concrtement de se doter du meilleur potentiel de formation et de rechercheet de favoriser le plus largement possible linnovation, dans la sphre prive comme dans la sphre publique. </p><p>Il nest pas tonnant que, dans les apprciations mondiales de la comptitivit de la France, la perception lem-porte sur la ralit et, souvent, sy substitue : lide que lon se fait des choses est souvent plus importante que lachose elle-mme. Dans ce contexte, les entreprises ont, pour beaucoup, bien compris le rle de linnovation, dela connaissance, de la marque, des images, et le capital intangible quelles reprsentent.</p><p>Formation, recherche, innovation, cest sur ces critres que seront de plus en plus classes les Nations. Et cestsur ces trois critres que notre conomie prsente des faiblesses importantes et durables. </p><p>Certaines de ces fragilits sont dsormais bien connues, en particulier les failles de notre systme denseignementsuprieur, handicap par une organisation qui entretient lchec de masse et rend nos universits invisibles sur lascne mondiale, et celles de notre appareil de recherche, en raison notamment dune organisation publique dela recherche aujourdhui dpasse et dune insuffisante valorisation des rsultats des travaux effectus. Les reve-nus tirs de la proprit intellectuelle reprsentent ainsi, selon les annes, entre 3 % et 5 % du budget de la recher-che aux tats-Unis, contre 1 % en France. </p><p>Dautres le sont moins alors quelles constituent galement un frein notre positionnement dans lconomie delimmatriel. Dune manire gnrale, nos structures fonctionnent bien en ce qui concerne les entreprises en place,celles qui sont dj bien installes, alors que le renforcement de notre potentiel dinnovation ncessiterait de toutmettre en uvre pour inciter les plus jeunes entreprises se dvelopper, en leur facilitant par exemple laccs aucapital, aux aides la recherche, aux financements publics et privs, en dveloppant une rglementation de qua-lit qui ne limite pas lentre sur de nouveaux marchs ou encore en vitant que le systme de protection de lacration et des ides ne rduise trop la rutilisation de dcouvertes antrieures. Ce sont aussi sur ces jeunes oupetites entreprises que nos rigidits dans lorganisation et les rglementations du travail psent le plus. </p><p> ces handicaps sajoute une faiblesse encore plus rarement voque : la gestion du patrimoine immatriel. Ltatet les autres administrations sont riches dun potentiel dactifs immatriels important, grce en particulier aux droitsdaccs que ltat accorde ou certaines ressources rares dont il a la matrise et qui reprsentent, pour les entre-prises, un facteur de dveloppement considrable. Les frquences hertziennes, utilises pour recevoir une com-munication sur un tlphone mobile ou une image sur un poste de tlvision, ou les autorisations daccs certaines activits, en constituent deux exemples types. Faute de grer correctement ces actifs, ltat prive lco-nomie dune source de richesses essentielle pour certains secteurs industriels. Mais au-del de ces actifs immat-riels publics, ltat peut influencer la valorisation du patrimoine immatriel de la nation. Dans lconomie immatri...</p></li></ul>