Rapport carayon intelligence economique avec annexes 2003

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Intelligence économique, compétitivité et cohésion socialeCARAYON Bernard2003

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  • 1. Intelligence conomique, comptitivit et cohsion socialeRapport au Premier ministre de Bernard CARAYON, dput du Tarn Juin 2003 1

2. 3 3. Introduction5 4. En moins de vingt ans, le monde sest liqu. Hommes, capitaux,marchandises, informations, ides et savoirs circulent dsormaislibrement. Temps et distances sont abolis. Mais dans le monde idal que nous avaient promis les chantres de lauto-rgulation et les disciples de lcole de la main invisible dAdam Smith, ces avances devaient entraner la n des ingalits par la valeur partage, la paix en- tre les peuples et la disparition des Etats, formes obsoltes du pouvoir. Il nen est videmment rien. Pandmies, famines, dplacements de po- pulations dus la pauvret ou aux conits arms, bulles spculatives, tracs de toutes natures, propagandes et fanatismes prolifrent, tandis qumergent de nouvelles entits criminelles, aux fortes capacits - nancires, parfois appuyes sur des Etats-fantoches. Simultanment, la comptition sest exacerbe entre Etats, entre en- treprises. Prix et spcicits des produits ou services ne constituent plus exclusivement les facteurs dterminants de conqute des marchs. Dans ce climat de guerre conomique1 o tous les coups sont permis, de nombreuses entreprises franaises sont restes ou devenues les meilleures mondiales dans leur secteur dactivit. Les ouvriers fran- ais sont considrs parmi les plus qualis et les plus productifs; la recherche franaise jouit dune grande rputation en dpit dun cadre institutionnel et juridique archaque. Mais la comptitivit de notre pays a rgress. Autour de nous, en France, un million denfants et de jeunes de moins de dix-huit ans vivent au-dessous du seuil de pauvret2. Qui peut ac- cepter cela ? Pour le salari, le cadre ou le chef dentreprise, le fonction- naire, ou chaque citoyen, cest un chec collectif. LHistoire ne repasse pas les plats Nous sommes aujourdhui face aux choix qui dcideront de notre existence comme communaut de destin : garderons-nous une part de libert, de notre cohsion sociale et de notre capacit proposer au monde notre langue, notre culture et nos valeurs, ou bien sommes-nous destins devenir un simple lieu mondial de villgiature ? Quel visage aura la France dans dix ou vingt ans ? Que souhaitons-nous transmettre nos enfants ? Lintelligence conomique devrait aider fournir une rponse ces in- terrogations. Curieux avatar dun concept devenu lobjet, dix ans aprs le rapport Martre3 qui lui avait assur sa notorit, defforts disparates et dsordonns, et parfois de ratiocinations dintellectuels, de barbou- zeries dofcines, ou de verbiages anglo-saxons de consultants Elle peut nous permettre danticiper lavenir, de dnir ce quil est es- sentiel de promouvoir et de prserver pour matriser notre destin, de transmettre aux gnrations futures un pays qui soit autre chose quun hypermarch au centre dun champ de ruines sociales, abandonn par les thoriciens de lconomie du savoir; de guider le ciblage de nos efforts de recherche, de dnir une politique dans laquelle, lindustrie, notamment, cratrice demplois, de richesses et de puissance retrouve- rait le rang de priorit nationale quelle avait sous le Gnral de Gaulle et Georges Pompidou. Lexpression dintelligence conomique nest encore connue que dini- tis et reste singulirement ambigu : sans doute parce quelle est trop souvent comprise dans son acception anglo-saxonne4 alors mme quen1. Selon lexpression de Bernard ESAMBERT. France, et cest bien le paradoxe, elle ne couvre le plus souvent que2. Daprs une tude de lI.N.S.E.E., cite par le journal LeMonde dat du 23-24 mars 2003, p 15.des mthodes classiques et prouves de veille concurrentielle5. Voil3. Intelligence conomique et stratgie des entreprises lchec majeur des Franais : stre focaliss sur les moyens et avoirCommissariat Gnral du Plan, 1994. Voir extraits desoccult les ns...propositions en annexe 4.4. le renseignement.5. Dfinition de lintelligence conomique daprs le rapportAlors dix ans pour rien ? Ce serait injuste lgard de cette petiteMARTRE : les actions coordonnes de recherche, de communaut qui a accompli, dans un environnement dubitatif, din-traitement et de distribution en vue de son exploitation,de linformation aux acteurs conomiques. Ces diverses contestables efforts de sensibilisation, dinformation, denseignement,actions sont menes lgalement avec toutes les garanties voire dacclimatation du concept dans la pratique de certaines grandesde protection ncessaires la protection du patrimoine delentreprise....entreprises franaises.7 5. La plupart des acteurs publics et privs reconnaissent avec contritionqu lvidence lintelligence conomique noccupe pas la place quellemrite, cest--dire celle quelle occupe en ralit dans les grands paysoccidentaux.Comment expliquer cette singularit nationale ?Il et fallu dabord que lEtat construise une doctrine : quil identie lesintrts conomiques et scientiques majeurs de notre pays, puis quilmette en place les outils destins leur promotion et leur dfense.Ce ne fut pas le cas. Il y eut des essais, il y a encore aujourdhui quelquestentatives, mais ce jour jamais synthtiss ou formaliss.Il et fallu ensuite que les administrations publiques soient conduites,voire contraintes, collaborer entre elles, que linformation circule demanire horizontale et non exclusivement de manire verticale. Que lescloisons en somme disparaissent, et que sattnuent les rivalits et lesjeux de corps.Ce ne fut jamais le cas Pas plus que nont t reconnues et favorisesles convergences dintrts entre le secteur public et le secteur priv. Orces relations sont teintes de mance, ou de dance depuis toujours :notre culture nationale, sans doute Les pouvoirs publics sarrogent lemonopole de la dfense de lintrt gnral; les entreprises dnoncentde leur ct lincapacit de lEtat comprendre les ralits du march etla psychologie de ses acteurs Et mconnaissent ses atouts.Bref, limpulsion politique nest jamais venue, si ce nest lorsque futcr, sans grands lendemains, en 1995, le Comit pour la Comptitivitet la Scurit Economique (CCSE).A ces handicaps institutionnels sajoutent des handicaps culturels :nos lites, issues de la fonction publique ou de lentreprise, nont tformes que superciellement aux transformations de notre environne-ment conomique international. La mondialisation sinscrit certes dansleurs proccupations ou parfois dans leurs ambitions personnelles;lattractivit des MBA aux Etats-Unis est croissante pour nos tudiantscomme celle de la Silicon Valley pour nos chercheurs, plus nombreuxl-bas que tous les personnels du CNRS6. Mais lide denrichir leurpays dorigine de ces formations ou des connaissances acquises outre-atlantique est reste pour eux en quelque sorte accessoire.La dance -encore si rpandue- de nos universits lgard du mondede lentreprise, labsence jusqu prsent dun statut scal et adminis-tratif attractif pour les fondations, ont retard lapparition de think-tanks7 linstar de ceux qui, en Allemagne, en Angleterre et surtoutaux Etats-Unis, ont contribu laborer la pense moderne et enri-chir tous les centres de dcision publics et privs de leurs travaux8.Enn on soulignera limportance - cest un euphmisme - des servicesde renseignement dans les pays anglo-saxons et aux Etats-Unis, o ilssduisent et retiennent les meilleurs de leurs jeunes tudiants et cher-cheurs. Des services de renseignement troitement imbriqus, et sanspudeur aucune, avec les autres administrations publiques et les entre-prises, en particulier celles qui ont pour mtier de conseiller, dauditer,dassurer, dinvestir et dinnover9Nos faiblesses dans ces domaines sont tragiques : les marchs du con-seil, de la certication et de la notation sont totalement domins parles Amricains et les Britanniques, ainsi que toutes les formes et tousles rseaux techniques dinformation. Cette hgmonie stend auxfonds de pension mais aussi de nouvelles formes dinuence mises6Selon un Rapport rcent de la Commission europenne,en uvre par des organisations non gouvernementales (ONG), des so-plus de 70% des europens dtenteurs dun PhD prfrentsinstaller aux Etats-Unis. Ils seraient 400 000 cits de lobbying, dont lefcacit dans les instances internationales7 Bote ides .nous laissent dsarms Partout o slaborent les rgles, les normes,8Les 473 fondations dutilit publique franaises mobilisent voire les modes, nous avons perdu pied. Des socits dintrt strat-0,09% du PIB contre 2,1% aux Etats-Unis o elles sont12000 (3000 en Angleterre, 2000 en Allemagne).gique passent sous le contrle dinvestisseurs aviss ; des technologies940 50% de leurs moyens sont mobiliss par le rensei-trangres sont retenues pour traiter des informations lies notregnement conomique. souverainet ou la circulation dinformations condentielles. Sur de 9 6. nombreux marchs extrieurs, nos entreprises-phares sont soumises des dstabilisations parfois inimaginables. Ce constat de carence etdimpuissance ou, dans le meilleur des cas, de dsordre, est partag parla quasi-totalit des acteurs publics et privs.Disons-le franchement : les Franais ne cultivent pas le ralisme deleurs principaux concurrents pour lesquels il est aussi naturel quunerespiration de dfendre toutes les formes de souverainet et de progrsde leurs pays. Un ralisme qui aurait d nous conduire passer de lafascination limitation, ou du voyeurisme lactionLintelligence conomique devrait tre une vraie et grandepolitique publique de lEtat linstar de ce que sont les politiquesde sant, denvironnement ou de scalit.Lintelligence conomique peut nous aider -Etat, entreprises, collec-tivits territoriales, associations et fondations- promouvoir collecti-vement nos intrts dans les nouvelles enceintes de rgulation et denormalisation.Lintelligence conomique ne cote rien, ou pour ainsi dire, pas grand-chose : son efcacit repose sur celle des rseaux, des circuits de lin-formation, sur la mobilisation des pouvoirs publics, llimination desconits de chapelle et des cloisonnements, sur un peu de mthode. Surla valorisation aussi de celui qui donne linformation et non de ce