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0301-Fiducius-Schlagintweit-El Budismo en El Tibet en Frances

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Budismo

Text of 0301-Fiducius-Schlagintweit-El Budismo en El Tibet en Frances

  • ANNALES

    DU

    MUSEE GUIMET

    TOME TROISIEME

    LE BOUDDHISME AU TIBETPRECEDE

    D'UNRESUMEDES PRECEDENTSSYSTEMESBOUDDHIQUESDANSL'INDErAil

    EMILE DE SCHLAGINTWE1T, L. L. D.TRADUITDEI.'ANCLAIS

    Par L.DE MILLOU, Directeur du Muse Guimet

    LYON

    IMPRIMERIE PITRAT AINE4, HUEGENTIL,4

    1381

    i4. '

  • DONS OFFERTS AU MUSEE

    OBJETS DIVERS

    MM.ALLEMNT (C). Horus gypto-romain, terre cuite,

    Chons, terre de savon.

    BRETON. DesseMalia-Kli, ou Dourga, terre cuite indienne.

    Desse Prithivi sur son lion, terre cuite indienne.

    BRUYRE. Osiris Amen, fils de Tnfer, statuette gyptienne, terrecuite vernisse.

    Deux ouachaptis, terre cuite vernisse.Collier Egyptien, terre cuite vernisse.Scarabes, terre cuite vernisse. ,Cesobjetsont ttrouvs Lovasse,prsLyon.

    GODMARIE (DE). Kma, dieu de l'amour, tirant de l'arc et mont sur le

    perroquet vert, peinture indienne sur verre.

    Krishna, jouant de la flte, peinture indienne sur verre.

    GRAND-PRTRE D'ASSAKSA (LE). Un fragment de vieille peinture attri-bue Eonen, fondateur de la secte Giodo-Siou (xn" sicle), reprsen-tant neuf des mille Amidas.

    Douze grandes peintures sur papier reprsentant les douze Tens, gniesprotecteurs de la religion bouddhique.

    ANN.G. - III. a

  • H ANNALES DU MUSEE GUIMETMM.

    HAMY (LEDOCTEUR). Osiris Egyptien, trouv Pompi.Divinit Scandinave cheval, bois ptrifi.

    JUBIN (EMILE).Une tasse porcelaine He-Rakou, de Kioraidzou (Japon).Une thire d'Avata (Japon).Une statuette bois (sculpture japonaise), reprsentant un prtre tenant lehossou et assis dans un fauteuil.

    Sabre de crmonie.Comdien clbre, statuette porcelaine de To-Ki. (Japon).

    KIO-SAI (DETO-KIO). Un ventail peint par lui mme.

    Bouddha pnitent, peinture sur soie.

    KOSHO-KAISHA (YOKOHAMAET PARIS), Livre de marques pour la cr-monie du th.

    Boite de jetons, bambous.Sac de jetons, papier.

    MOREL RETZ (STOP). Noix et noisettes momifies trouves dans untombeau gyptien.

    PORTE. Deux rouleaux, peintures japonaises sur soie, reprsentant descaricatures religieuses.

    RAVISI (LE BARONTEXTORDE). Huit peintures Indiennes sur talc, re-prsentant :

    1 Siva et son pouse Parvati ;2 Dvi ou Bhavani ;3 Mahaclva Koudra Cala, destructeur et vengeur ;4 Ravana, roi de Lanka (Geylan) avec dix ttes et vingt bras tous arms ;5 Brahma cinq ttes, avant que la cinquime lui eut t tranche par Siva

    . ou Barava son fils ;6 Personnage indtermin ;7 Krishna au centre du monde;8 Kalki Avatara, incarnation future de Vishnou en cheval, pour dtruire

    le mode de l'ge prsent.

    RIBEROLLES (HENRI DE). Seize statuettes, bronze japonais, reprsentantles Gardiens d'Han-gnia,

    Deux grandes statues, bronze japonais, reprsentant le dieu Kouan-non.

  • DONS OFFERTS AU MUSEE III

    Trois statues, bronze japonais : Sakya Mouni, sur un lotus et ses deux

    disciples prfrs Mondjou Bousats sur un lion et Fougun Bousatssur un lphant.

    SEMITANI (DEKIOTO). Reliquaire et reliques du Bouddha.

    SILVA (DECOLOMBODA). Huit monnaies singalaises en cuivre des xixn et xm sicle.

    STUM. Boeuf Apis en bronze mont sur un socle en albtre oriental.

    TOMII (DE KIOTO). Ecritoire de poche du feu prince imprial Slioogouin,frre du Mikado rgnant. Pierre broyer l'encre et trois pinceaux enbambou rentrant l'un dans l'autre.

    Tarn a Katsoura, grand vase conserverie th, en grsbrun, dans une enve-loppe de soie broche bleu de ciel, double de soie violet changeant;enferm dans une bote de bois laqu brun (xvir sicle); a appartenu au

    prince de Shi K-in. Vase del crmonie du th.

    YMAIZOUMI (DETOKIO). Vase prhistorique offrandes, terre cuite (Japon)Deux Gohos une pointe, bronze japonais.Anneau de collier antique, bronze dor (Japon).

  • IV ANNALES DU MUSEE GUIMET

    LIVRES ET MANUSCRITS

    MM.ACARIYA VIMALASARA THERA. The Sasanavansa Dpo, or History

    of the Buddhist churehin Pli verse, in-8.

    Suna Lakkhana Distni, Texte Pli; in-8.

    ALLGRE (LON). Notices biographiques du Gard, in-8.

    ALLWIS (LE RVRENDG.). Visits of Buddhas in the island of Lanka,in-8\

    The Sinhalese Handbook in roman character, in-18.

    D'ARGIS (JULES). Heures acadmiques. Discours et confrences, in-8.

    AYMONIER. Textes Khmers, in-4.

    BECKER (GEORGE). La musique en Suisse, in-18.

    BLOCK (R. DE). Evhmre, son livre et sa doctrine, in-8".

    BRAU DE SAINT-POL-LIAS. Exploration et colonisation. Les colons

    explorateurs, in 8.

    BREITTMAYER (ALBERT). Archives de la navigation vapeur du Rhneet de ses affluents.

    CAPELLA (DE). L'antique Orient dvoil) in-8.

    CARTAILHAC (EMILE). L'ge de pierre dans les souvenirs et les supers-titions populaires, in-8.

    Congrs international d'anthropologie et d'archologie prhistoriques *

    ' 7' o

  • VI

    r^a'acB'YraY^^.'qlY^'YF'^'^ q.a'^Y^Y^'Y^^^'^^'^Y^'^51'^'^'^'

    gq'new^Tn.ft'qS'&qY^'S'^^'^^'^'^'Tq'Y^S'^'TY^'^'^'^'T ^uoi'^'a'oi'Sl'^c'Tz^yw'^'.rr

  • V14.

    qt'qgj'sjgja'sj'nj'^^R'qR'^'Mj^'zj'oMBgj'^^'q^sj'UP'^^T^^rs'^^'asi'a'q^'^'MT^c'^rn's^'Tj'q^Y1^'

    orn.^YF^'qa'z^T ^R^iv'q'aJj'I'a^j|'qa'^y''3N)c-^c'prflj,|J'gYX1'*'^*1T ^'^U'firft'^n'N'qY\i. NO w sj NO ' *0^"- *sU>. si. W

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  • VIII

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  • LE BOUDDHISMEAD TIBET . 89

    et soupireront aprs la dlivrance, ces bndictions apporteront de grandsbienfaits aux pcheurs. Les pchs ns des discordes et des disputes entre les

    habitants de ce monastre seront effacs par elles *.

    Ces trsors de grces rcits les huitime, quinzime et trentime joursde chaque mois purifieront trs srement des cinq grands crimes 2 et de tousles pchs, et dlivreront des six enfers.

    Les 84 000 grands emblmes de l'essence de la sublime doctrine serontles mmes pour tous les tres 3.

    L'esprit de l'homme tendra invariablement la saintet du Bouddha; il

    acquerra l'nergie de volont et enfin les privilges du Bouddha, lui-mme. Ceci est la fin du Mahyna-soutra sDig-bshags-gser-gyis-spugri. Que tous les tres soient bnis !

    (Suivent trois Dharanis en sanscrit corrompu. Le premier est une invocation

    mystique Dordjesempa, en sanscrit Vadjrasattva (voir page 34); le secondrsume la croyance des quatre vrits ; le troisime est usit pour l'inaugu-ration des temples. Puis le texte continue 4) :

    Par la vertu de ces invocations les cratures deviendront parfaites dansles deux collections 5; elles seront purifies de leurs pchs et bnies de la

    dignit d'uu trs parfait Bouddha.

    (Suit un quatrime Dharani) :

    Ce (Dharani) est lev (accord) comme une faveur 6, ceux qui errent

    1Le nomdumonastren'estpas dans l'original,quidit seulementdgon-pa,monastre.2Lescinqgrandscrimesdesbouddhistessont: 1le meurtre;2le vol; 3l'adultre;4le mensonge;5"l'ivrognerie.VoyezBurnouf,Lotus de la bonneLoi, page 447; Hardy,Manual of Buddhism,chap.x,page 488.3Cettephrasea trait, ainsi que l'indiquela suite, aux signesinfrieursdela beautd'un Bouddha.Onen comptegnralement80;maisd'autreslivres,'commepareiempleie Rgya chher roi pa (traduitpar Foucaux,vol.II, page 108),en donnent84; dans le cas actuel,ce nombreestmultiplipar 1000.Le nombre84,000esttrs en faveurdansla cosmogoniebouddhisteet parat s'employerdans la mmeacceptionquekhrag-khrig,centainedemillemillionset le termechinoiswan, ou 10,000(Ideler,Ueberdie Zeitrechnung der Chinesen, page 10),pourdsignerun nombreinfini. L'tendue,l'paisseuretle diamtreduSakwalaspeuventtoujours se diviserpar 8; la durede l'ge del'humanitprocdepar 84,000ans. VoyezHardy,Manual, chap.i, FoeKoue-Ri, page127.->Afind'abrger,nousavonsomisla traductiondeces troisdharanis.5 En tibtain,ts'hogs-gnyis; par cette expressionest dsignela combinaisonde la plus hauteper-fectiondansla pratiquedesvertuset du plushautdegrde sagesse,tous deuxattributsdes Bouddhas;maisl'hommepeut atteindre cerang sublimeen suivantle cheminrvlpar Skyamouniet sespr-dcesseursreconnus.6 II dlivredespchsspcifis.

    ANN.G. - III. 12

  • 90 ANNALES DU MUSEE GUIMET

    dans l'orbe pour n'avoir pas respect (au lieu de se souvenir avec reconnais-

    sance des bienfaits reus) soit leurs parents, soit les saints Lamas de fonda-

    tion 1 qui ont obtenu la perfection par leur vertus.

    Tous les pchs commis par meurtre et les violations accumules pendantles existences antrieures, les pchs de mensonge, d'envie, de mchancet,

    provenant de l'esprit, tous ces pchs sont absous par cette doctrine su-blime.

    Sages trs parfaits, soyez gracieux et clments si je n'ai pas bien repro-duit les lettres de l'alphabet2.Mi-rgan-sde-gsal-rdo-rje a crit ceci. Louesoit cette feuille afin qu'il gagne l'entire rmission de ses pchs. Ce sDig-bshags-gsor-gyis-spou gri a t achev en deux jours.

    1En tibtainrtsa-vai-bla-ma;dansunprcdentpassage,ils taientappelsbla-ma-dam-pa-brgyoud.Voyezpage86.2Pour l'explicationde cettephrase,voir page 37.

  • DEUXIEME PARTIE

    INSTITUTIONS LAMAIQUES ACTUELLES

  • DEUXIEME PARTIE

    INSTITUTIONS LAMAIQUES ACTUELLES

    CHAPITRE XII

    CLERGE TIBETAIN

    Matriauxcontenusdanslesrcitsdesvoyageurseuropens.Loisfondamentales.Systmehirarchique.Organisationduclerg.Principesdesa constitution.Revenus.Gradesparmiles

    Lamas.NombredesLamas.Leursoccupations.Leurrgime.Leurhabillement.

    RCITSDESVOYAGEURSEUROPENS

    Les Europens dsignent sous le nom de lamasme cette forme particu-lire du bouddhisme qui se dveloppa au Tibet avec les institutions de Tson-

    khapaet se rpandit bientt dans toute l'Asie centrale, o elle prit de profondesracines. Nous ne connaissons que depuis peu cette forme trs moderne du

    bouddhisme ; car il a toujours t trs difficile de pntrer dans le Tibet,tant cause des obstacles que prsente l'altitude gnrale du pays, que de la

    jalousie et de l'hostilit des naturels contre les trangers. La suprmatie,

    graduellement obtenue, par le gouvernement chinois, n'a fait qu'accrotrecette difficult ; tout rcemment encore il a donn des preuves -de ses dispo-sitions hostiles, au mpris des traits signs aprs la dernire guerre de

    Chine 1.

    1 Cecia rapportau casdu capitaineSmith,qui n'a pasobtenude passeport,et du capitaineBlac-kistone,quifutobligderevenirsur sespaspeudesemainesaprsavoirquittle littoralpourse rendreauTibetentraversantlaChine.

  • 92 ANNALESDU MUSEE GUIMET

    Les premiers Europens qui pntrrent dans le Tibet furent des mission-

    naires chrtiens. En 1624 un jsuite, le pre Antonio de Andrada, arriva

    jusqu' Chabrang, capitale du Gouge, district de Gnary Khorsoum, dont le

    Raja ou Gyalpo, tait trs favorablement dispos pour lui. Les premiers quiatteignirent Lhassa, centre de l'glise Jamaque, furent les jsuites AlbertDorville et Johann G-ruber, qui en 1661 revinrent de Chine en Europe parleTibet et l'Hindostan. Ce furent ensuite les pres capucins Joseph de Asculiet Francisco Maria de Toun, qui, partis du Bengale en 1706, arrivrent sains

    et saufs Lhassa. En 1706 le jsuite Dsidri pntra de nouveau jusqu'Lhassa, par la route de l'ouest, par Kashmir et Ladak. L'vnement le plusimportant, au point de vue de la connaissance du boudhisme tibtain, fut lamission des pres capucins sous la direction d'Horacio de la Penna, quiarriva Lhassa en 1741, avec cinq missionnaires. Leurs efforts pour propa-ger la religion chrtienne n'eurent gure de succs malgr le bon accueildes autorits tibtaines. Ils recueillirent des documents trs importants sur

    la gographie et l'histoire du pays, la religion, les moeurs et les coutumes

    des habitants. Horacio de la Penna tait enflamm d'un zle ardent pour lechristianisme ; il traduisit en tibtain un catchisme catholique, la Doctrinechrtienne du cardinal Bellarmin, le Thsaurus doctrinse christiange de

    Turbot, et composa un dictionnaire tibtain-italien. Les matriaux rapportspar cette mission, qui futforce de quitter Lhassa peu d'annes plus tard, furenttudis par le pre Antonio Georgi ; celui-ci, dans son curieux Alphabe-tum Tibetanum, Rome, 1762, entreprit de prouver par la philologie compa -

    pare, l'opinion mise par les missionnaires que le lamasme tait une cor-

    ruption du christianisme.

    En 1811 Manning essaya, selon Prinsep, d'aller en Chine en traversant

    le Tibet; mais il fut arrt Lhassa et, ne pouvant obtenir la permissiond'aller plus avant, il dut revenir sur ses pas '. En 1845 deux missionnaires

    lazaristes, Hue et Gabet, arrivrent de nouveau Lhassa par la Mongolie;

    1Ritter,DieErdkunde von Asien,vol.II, pages439-64.H. Prinsep,Tibet,Tartary and Mon-golia,Londres,1852,page17.Ou trouveraun recueilintressantdes ides de diversmissionnairessur cesujetdanslesnotesdeMarsden,MarcoPolo'stravels, p. 240.Lespapesavaientesprquelamissiondes capucinsaurait unegrandeimportancepour la propagationdu christianismedans l'Asiecentrale,et l'avaientaid-' .outeslesmanires.LepapeClmentIX renditun brefparticulierpour

  • LE BOUDDHISME AU TIBET 93

    mais aprs un court sjour, ils durent aussi quitter la capitale et furent con-

    duits Macao sous l'escorte-d'un officier chinois.

    Depuis le commencent de ce sicle plusieurs voyages ont t entrepris

    Bhoutan, Sikkim et les districts occidentaux qui avoisinent les possessions

    anglaises. Les publications de Pailas, avec le dtail des renseignements qu'ila obtenus dans l Mongolie russe, et celles de Klaproth (sa traduction de la

    description du Tibet par un officier chinois, aussi bien que les rsultats de

    ses recherches pendant ses voyages dans la rgion du Caucase) sont particu-lirement prcieuses. Toutes ces relations traitent principalement du sys-tme hirarchique, des rglements, de la constitution sociale du clerg etdes tablissements religieux; les tudes sur les crmonies religieuses sonttrs rares. En outre des sources que je viens de citer et que j'ai mises

    contribution dans les chapitres suivants pour dfinir la nature et le caractredu clerg tibtain et les institutions qui s'y rattachent, je me suis aussi servides observations faites par mes frres pendant leurs voyages dans l'Himalayaoriental et dans le Tibet central et occidental de 1855 1857.

    LOIS FONDAMENTALES

    Il est trs probable que, dans les premiers temps du bouddhisme, tous ceux

    qui embrassaient cette religion, abandonnaient le monde et aidaient leurmatre propager sa foi autant qu'il tait en leur pouvoir. Ceux qui, aprsavoir entendu Skyamouni expliquer ses doctrines, dsiraient devenir boud-

    dhistes, devaient d'abord en faire la dclaration explicite ; alors le matreleur coupait la barbe et les cheveux, les revtait de l'habit religieux et ils

    taient, par cette crmonie, reus dans la communaut des fidles. Plus tard,

    quand le nombre des bouddhistes se fut accru, le nophyte fut remis, pourtre instruit, entre les mains d'un disciple plus ancien ; cette pratique se

    gnralisa aprs la mort de Skyamouni. La distinction entre les frres laqueset les prtres et le dogme important que seuls ces derniers peuvent atteindre

    le Tibet,Ritter, l. c, p. 459,et mmeencoremaintenantil y a toujoursun vicaireapostoliquenommpourLhassa.UAnnuario Pontificio, Rome,1862,p. 243,dsignecommetitulairede cet officeMon-seigneurGiacomoLeoneThomineDemazures,nommle 27mars 1846;il est en mmetemps vquein partibus infidelium de Sinopolisen CUicie.

  • 94 ANNALESDU MUSEE GUIMET

    Nirvana, parce qu'ils ont renonc au monde, ne furent certainement admis

    qu'aprs la mort de Skyamouni ; il avait lui-mme cependant reconnu deux

    classes de disciples, les mendiants, les receveurs d'aumnes, qui ne doivent

    manger d'autre nourriture que celle qu'ils ont reue sous certaines conditions

    (dont une est qu'elle ait t donne comme aumne) et les matres de maison,les donneurs d'aumnes, qui gagnent par l leur mrite; mais il donnait ces

    deux classes les mmes droits aux avantages promis ses disciples. Djles .premires coles (la secte hinyna) excluaient les frres laques de la

    perfection des Arhats et du Nirvana; le systme mahyna les admet, mais

    les sectes actuelles du Tibet ont de nouveau lev cette puissante barrire entre

    la lacit et le clerg, refusant la premire la possibilit d'atteindre au

    rang de Bouddha ; les laques peuvent arriver Nirvana, mais ils ne peuventdevenir une bndiction pour le monde 1. Les asctes sont appels dans

    les livres sacrs Bhikshous, Sramanas, Sravakas, Archats, et les disciples

    laques, les dvots, Oupasakas (en tibtain Genyen) ; clans les MahynaSoutras, ces derniers sont appels Bodhisattvas qui habitent dans leursmaisons , les premiers Bodhisattvas qui ont renonc au monde .

    On reprsente gnralement les premiers disciples de Skyamouni errants

    avec leur royal matre, ou retirs dans les bois et les forts qui environnent

    les tablissements, pour obir ses frquentes exhortations de mener une vie

    solitaire; d'autres habitent des maisons isoles et inconnues qu'ils ne quittent

    qu' certaines poques pour se runir autour du matre et entendre sa parole.De grandes assembles, qui sans doute remontent au temps de Skyamounilui-mme, avaient lieu rgulirement aprs la saison pluvieuse ; pendant les

    pluies Skyamouni, avec ses principaux disciples et les ermites, s'abritaient

    dans la demeure de personnes de bonne volont et se livraient la mditation

    sur les points de doctrine qu'ils n'avaient pas encore clairement compris ; ils

    employaient aussi une partie de leur temps l'instruction de leurs htes.

    Dans les assembles dont nous venons de parler, les Bhikshous rapportaientleurs succs gagner des nophytes, discutaient diffrents dogmes et deman-

    daient la solution des doutes qui pouvaient les avoir troubls.

    1Voyezp. 19,26 et 66,Comp,aussiHodgsonIllustrations, p. 98.Hardy,Eastern Monachism,page12.

  • LE BOUDDHISMEAU TIBET 95

    D'abord ces assembles se tinrent en plein air ; les Viharas, dans l'accep-tion de monastres o ces crmonies auraient pu avoir lieu, ne furentconstruits que beaucoup plus tard. Le mot Vihara, d'aprs son tymologie,indique un lieu o les bouddhistes s'assemblaient et c'est dans ce sens quecette expression est usite dans les Soutras, ou livres considrs commecontenant les paroles de Skyamouni, qui commencent toujours ainsi : Quandil arrivait que Skyamouni se trouvait (viharati-sma) en un lieu ; mais plustard ce nom fut appliqu aux difices o les prtres se runissaient et o les

    trangers et les asctes (qui allaient qutant les aumnes) trouvaient un asile.

    La signification de ce mot fut encore plus restreinte et par la suite il ne

    fat plus appliqu qu'aux monastres seulement, ou aux difices religieux dans

    lesquels ceux qui ont une fois pntr sont obligs de demeurer toute leur

    vie. Il est impossible de dterminer exactement les diverses poques pendant

    lesquelles les Viharas devinrent des maisons de runion et plus tard desmonastres. Dans les livres Hinyna sur la discipline ces difices ne sont

    cits que comme complment au chapitre des rsidences et ils ne furent

    probablement contruits qu'aprs les temples, dont les premiers, dit-on,furent difis au troisime sicle avant Jsus-Christ. Les violentes attaquesdes Brahmes ont d bientt convaincre le clerg bouddhiste des avantagesde l'association ; alors furent tablies des rgles pour la vie en commun et la

    subordination, et ainsi fut fait le premier pas des institutions monastiquesqui furent cependant, dans l'Inde, mme dans leur perfection finale, extrme-ment diffrentes de celles du monachisme tibtain actuel. Dans les premierstemps chaque Vihara avait son administration propre, son chef particulier,et tait indpendant de tous les autres ; il en tait encore ainsi au septimesicle, quand Hiouen-Thsang habita l'Inde ; jamais on ne connut dans l'Inde

    la hirarchie si parfaitement organise que nous trouvons aujourd'hui auTibet 1.

    i VoyezBurnouf,Introduction,pages132et suiv.,279et suiv,286.Hardy,Easternmonachism,chap.m, iv, xm ; Wassiljew,Der Buddhismus, pages45,,96.ComparezaussiBarthlmySaint-Hilaire,leBouddha et sa religion, p. 299.Wilson,Buddha and Buddhism,p. 251.Les principauxtemplessouterrainsfurentprobablementconstruitsdansla priodecompriseentrele

    commencementde l're chrtienneet le cinquimesicle.Il est peinebesoinde dire que leslivresqui affirmentqueSkyamounilui-mmeavaitcomprislancessitd'tablirdesprtressuprieurssontfalsifis.

  • ANNALES DU MUSEE GUIMET

    SYSTEMEHIERARCHIQUE

    La premire organisation du clerg tibtain date du roi Thisrong de

    Tsan (728-786 av. J.-C.) de qui le Bodhimr dit : Il donna au clerg une

    solide conslitution et le divisa en classes i ; mais le dveloppement du

    systme hirarchique actuel, qui tait indpendant de ces anciennes institu-

    tions, commence au quinzime sicle. En 1417, le fameux Lama Tsonkhapafonde le monastre de Galdan Lhassa, et en devient le suprieur ; la grandeautorit et la rputation dont il a joui se sont reportes sur ses successeurs

    au sige abbatial de ce monastre, qui tous, jusqu' prsent, ont eu une rpu-tation de saintet particulire. Bientt l'influence de ces abbs fut dpasse

    par celle du Dala Lama de Lhassa3(actuellement le plus minent du clerg

    tibtain), et du Panchen Rinpoche de Tashilhounpo 3, qui tous deux sont con-

    sidrs comme d'origine divine, et par consquent plus prs des dieux quedes simples mortels. Cette origine prtendue divine leur donne un caractre

    totalement diffrent de celui du pape de l'Eglise catholique romaine ; mais,d'un autre ct, aucun d'eux n'a une suprmatie reconnue aussi tendue quecelle du pape de Rome.

    Le Dala Lama est considr comme une incarnation du Dhyani Bodhi -

    sattva Chenresi, qui se rincorpore par un rayon de lumire manant de son

    corps et pntrant l'individu qu'il a choisi pour sa nouvelle existence 4. Le

    Panchen Rinpoche est considr comme une incarnation du pre cleste de

    Chenresi, Amitabha 5. Une histoire rapporte que Tsonkhapa lui-mme avait

    ordonn ses deux principaux disciples de prendre la forme humaine, dans

    1VoyezSchmidt,SsanangSsetsen,p. 356; Comparezp. 43.2DalaLamaestle titreque lui donnentlesMongols.Dalaest un motmongolqui signifieocan.Lama,ou plus correctementblma,est le terme tibtainpour suprieur.Schott,TJeberden Bud-dhaismusin hochAsien,p. 32.LesEuropensontconnuce termepar lesouvragesde Georgi,Pailaset Klaproth.3Tashilhounpo,ouenreproductionexacteBkhra-shis-lhoun-po,est la citvoisinedesprincipauxta.blissementsecclsiastiques,environ un milleau sud-estdeDigarchi; le (endroit) quatre maisonsen tibtain bzhi-ka-rtse,en Nvarikha-chhen,capitalede la provincede Tsang,du Tibet chinois,voyezla cartede Turner,Embassy; Hooker;Himalayan Journais, vol.II, pp.125,171; Hodgson,AborignesoflheNilgiris, Journal As. Soc.Beng., vol.XXV,p. 504.4DescriptionduTibet,NouveauJoum. Asiatique, 1830,p. 239;comparezpage56.5VoyezledogmedesDhyanibouddhaset boddhisattvas,page34.

  • LE BOUDDHISMEAU TIBET 97

    une suite ininterrompue de renaissances, pour veiller la propagation de

    la religion bouddhique et la conservation de sa pureti ; d'aprs cela ce

    serait Tsonkhapa lui-mme qui aurait cr ces deux suprmes dignits cl-

    ricales. Mais nous apprenons, par les tables chronologiques de Csoma, queGedoun Groub (n en 1389 av. J.-C, mort en 1473) fut le premier qui prit le

    titre de Gyelva Rinpoche, Sa Prcieuse Majest , qui ne s'applique qu'auseul Dala Lama ; Gedoun Groub serait donc le premier Dala Lama et non le

    Dharma Rinchen, le successeur de Tsonkhapa dans la chaire du monastre

    de Gldan. En 1445, il construisit aussi le grand monastre de Tashilhounpo,dont les abbs prirent le nom de Panchen Rinpoche, le grand Joyau ma-

    tre et revendiqurent avec succs la nature divine et le pouvoir temporel

    qui, jusqu'alors, n'taient l'apanage que du seul Dala Lama. Le Panchen

    Rinpoche partage l'autorit et la souverainet du Dala Lama ; mais dans les

    affaires ecclsiastiques, mme sur son propre territoire, sa parole est moins

    divine, sa force moins grande que celle du Dala Lama.Le cinquime Gyelva Rinpoche, Ngavang Lobzang Gyamtso, homme trs

    ambitieux, envoya une ambassade aux Mongols Koshots, tablis dans les

    environs du lac Koukounor, pour demander leur aide contre le roi du Tibet,

    qui rsidait alors Digarchi, avec lequel il tait en guerre. Les Mongols

    s'emparrent du Tibet et en firent prsent, dit-on, Ngavang Lobzang.Cet vnement arriva, en 1640, et c'est de ce moment que date l'extension

    du pouvoir temporel des Dala Lamas sur tout le Tibet 2.

    Les Dala Lamas sont lus par le clerg, et jusqu'en 1792 ces lections se

    sont faites en dehors de l'influence du gouvernement chinois ; mais depuislors la cour de Pkin, pour qui le Dala Lama est un personnage trs im-

    portant au point de vue politique aussi bien que religieux, a pris soin de ne

    laisser lire cette haute dignit que les fils de personnages bien connus

    pour leur loyaut et leur fidlit 3.

    1Arbeiten der RussischeMissionin Peking, vol. I,p. 316.2Csoma,Grammaire, pages192,198;Ritter, Asien, vol. III, pp. 274-286;Kdppen,Die ReligiondesBuddhas,vol. II, p.129-152.Cunningham,Ladak, p. 389,a comprislercit de Csomacommesi lepremier DalaLamaet t tablien 1640; maisCsomane parlepositivementquedel'uniondu gou-vernement-temporeletde lasouverainetecclsiastique^,^BVoyez,pour les dtails,Hue,Souvenirsfy^\ty >tfr29%i_Kdppen,loc. cit., p. 247.

    ANN.G. - III /-^" /A 13

  • 98 ANNALES DU MUSEE GUIMET

    Aprs ces sublimes Lamas, les premiers en dignit sont les suprieurs de

    plusieurs grands monastres; quelques-uns d'entre eux sont regards comme

    des incarnations, d'autres comme de simples mortels ; dans les deux cas lesLamas de ce si haut rang sont appels Khamposi. Mes frres ont vu des Kham-

    pos dans les monastres de Lama Yourou Ladak et de Tkling Gnarykhorsoum. Ils taient natifs de Lhassa et avaient t nomms par le gouver-

    . nement du Dala Lama pour des priodes de trois six ans, au bout desquel-les ils devaient retourner Lhassa. Les abbs des petits monastres sont nom-

    ms vie par les moines; mais leur lection doit tre soumise l'approbationdu Dala Lama, qui la sanctionne ou la rejette.

    Les Boudzads, surintendants des choeurs de chant et de musique pendant le

    service divin, sont encore des personnages suprieurs aux simples moines,ainsi que les Gebkoi qui sont chargs de maintenir la discipline et l'ordre.

    Ces dignitaires sont aussi lus par les moines et constituent avec l'abb le

    conseil qui rgle les affaires du monastre. D'autres dignits, que l'on trouve

    quelquefois dans de grands monastres, sont de simples postes d'honneur et

    ne donnent aucune influence directe dans l'administration 2.

    Le titre de Lama, qui s'crit en tibtain blma, ne doit se donner qu'auxprtres suprieurs seulement ; mais comme le mot arabe Sheikh et d'autrestitres d'honneur ou de rang dans les langues d'Europe, le mot de Lama a fini

    par tre regard comme un titre que l'on doit donner par courtoisie tous les

    prtres bouddhistes 3.Les astrologues, les Tsikhan (quelquefois appels Kartsippa ou Chakhan,

    diseur de fortune , Ngagpa, expert dans les charmes ), forment uneclasse particulire de Lamas ; il leur est permis de se marier et de porter uncostume particulirement fantastique. Ces gens sontdes diseurs de bonne aven-ture de profession, officiellement autoriss conjurer et exorciser les mauvais

    1ABhoutan,lesKhamposincarnsont profitde circonstancespolitiquespour s'affranchirdesDalaLamas.Les rapports entre le souveraindu Bhoutan,le DharmaRinpoche(queles IndiensappellentDharma-Raja)et Lhassa,semblenttre relchs, et lesabbsdesmonastresdes vallesdu Sudontainsitablides principautspresqueindpendantesdu DharmaRinpoche.CesLamas,appelsLamasRajasparlescompagnonsd'Hermann,sonttrs jalouxdeleur pouvoir,et firenttousleurseffortspourempcherHermannd'entrer sur le territoirede Bhoutanen dtournantsesdomestiques.2ComparezPailas,Mongol-Vlker,vol. II, p. 117-137;Hue,Souvenirs, p. 297.3VoyezHardy,Eastern Monachism,p. 11.Grard,Koonawur, p.119,dit qu'il a entenduappelerGelongouGouroulessuprieursdesmonastres.

  • LE BOUDDHISME AU TIBET 99

    esprits au nom et au profit du clerg. Les tours vulgaires comme vomir desflammes ou avaler des couteaux, etc., ne sont pas pratiqus en public et ne

    seraient pas permis, quoique, dans d'autres cas, ces exorcistes aient le droit

    de sejouer tant qu'ils veulent del crdulit de la foule ignorante et d'en tirer

    tout le profit qu'ils peuvent. Les instruments qu'ils emploient le plus frquem-ment pour leurs charmes sont : une flche et un triangle sur lequel sont ins-

    crites de prtendues sentences talismaniques 1. Parmi ces astrologues, les

    Lamas nomms Choichong, qui, dit-on, sont tous instruits dans le monastrede Garmakhya Lhassa, jouissent del plus grande rputation; cela tient ce que le dieu Choichong ou Choichong Gyalpo, s'incorpore, chaque fois

    qu'il descend sur la terre, dans un des Lamas qui appartiennent ce monas-

    tre. Son retour se manifeste par la frquence d'actes miraculeux accomplis

    par un Lama, qui est alors considr comme l'instrument favori choisi parle roi Choichong. Il devient bientt l'objet d'une vnration universelle, quiest des plus lucratives pour le monastre, car de toutes les parties de la

    Haute Asie des bouddhistes arrivent en plerinage Lhassa pour recevoir sa

    bndiction, et s'estiment trs heureux si les prsents considrables qu'ils

    apportent en change sont accepts par le reprsentant de Choichong. Les

    astrologues cb.oich.ongs sont rares dans les monastres en dehors du Tibet ;et bien qu'on trouve dans beaucoup de monastres du Tibet occidental et de

    l'Himalaya des images du roi Choichong, mes frres n'ont jamais vu un

    Lama choichong 2.

    Le dieu Choichong n'est qu'un des cinq grands rois en tibtain Kounga-

    Gyalpo. Ces cinq personnages mythologiques protgent l'homme trs effi-

    cacement contre les mauvais esprits et lui donnent le pouvoir de ralisertous ses souhaits. Ils se nomment : Bihar-Gyalpo ; Ghoichong-Gyalpo,

    Dalha-Gyalpo, Louvang-Gyalpo, Tokchoi-Gyalpo. Je sais positivement

    que Bihar s'est dclar le protecteur des monastres et tablissements

    i Voyezchap.xv desdtailssur certainescrmonieso cesobjetssont employs.2VoyezDescription du Tibet,Nouv. Journal As., vol. IV, pages240,293.Les sacrificesles plusagrables ees roiset les conditionsdanslesquellesils doiventtre offerts,sont dtaillsdansle livretibtain intitul: Ku nga gyalpoi kang sho, confesseraux cinqgrands rois. Le livrePrulhu choi-chong chanpoi Kang shag, confesser l'incarnationdu grandChoichong,traite avecdtailsdeChoi-chong.

  • 100 ANNALESDU MUSEE GUIMET

    religieux. Dalha est le dieu tutlaire des guerriers. Les images, des

    cinq grands rois se rencontrent gnralement dans les temples et lesoratoires particuliers des laques; les botes amulettes contiennent aussiassez souvent ces reprsentations. On les voit aussi dans une image des

    trente-cinq Bouddhas de Confession (voyez page 61), o ils sont reprsentsmonts sur des animaux fantastiques. Bihar a un tigre rouge; Choichong unlion jaune; Dalha un cheval jaune (Kyang) ; Louvang, le dieu des Nagas(voyez page 21) un crocodile bleu ; Tokchoi un daim jaune. Dans d'autres

    peintures, l'un de ces dieux est le sujet principal, et il est dessin en. plusgrande dimension que les figures environnantes. Une de ces peintures,achete par Adolphe Mangnang, Gnary-khorsoum, reprsente Choichongexcessivement gros, avec trois ttes, mont sur un lion blanc crinire bleue;la figure est entoure de flammes. Ses ttes latrales sont bleu et cramoisi,celle du milieu est comme le corps couleur de chair, son large chapeau etses nombreux bras (symboles de son activit) sont dors ; son vtement estune peau de tigre, dont les pattes sont noues autour de son cou. Dans le hautdu tableau sont dessins quelques animaux domestiques, en allusion au grandmrite que l'on obtient en lui consacrant un animal ; celui-ci ne peut alors

    plus tre tu pour les usages domestiques, mais doit tre donn,,au bout de

    quelque temps, aux Lamas qui peuvent le manger. Au-dessous de lui sont

    reprsents trois autres dfenseurs de l'homme contre les esprits malfaisants,ce sont : Damchan dordje legpa, mont sur un chameau ; Tsangpa, en sans-

    crit, Brahma (voyez page 72) sur un blier ; Chebou damchan sur un bouc.

    ORGANISATIONDUCLERG

    Principes de sa constitution. De clairs et peu nombreux qu'ils taient,les prceptes que doivent observer les Lamas sont arrivs aujourd'hui formerun copieux code de lois, qui contient deux cent cinquante rgles; en tibtain

    Khrims; elles sont numres dans la Doulva ou premire division du Kand-

    jour et ont t expliques dans les oeuvres bien connues de Hardy et de Bur-nouf 1. Parmi cette masse de prceptes, j'appelle particulirement l'attention

    1Hardy,'Eastern Monachism,Londres,1850. Burnouf,pages324-335,Introduction.ComparezCsoma,Analysis dansAs. R., vol. XX,page78.

  • ANNALES DU MUSE GUIMET T. III. PLXXI.

    CHOICHONG-GYAIP0,DIEU DE L'ASTROLO C-LEET PROTECTEUR DES HOMIES COOTRELESDMONS.

  • ANNALES DU MUSE GUIMET T. III. P1.XX11.

    BIAR GYALPO,PATRON DES MONASTRES ET DES TEMPLES.

  • LE BOUDDHISME AU TIBET 101

    du lecteur sur ceux de clibat et de pauvret (que Tsonkhapa remit en vigueur) cause de leur grande influence sur le dveloppement du caractre actuel

    du clerg tibtain.

    La violation de la rgle de clibat ou mme le commerce sexuel est sv -

    rement puni ; nanmoins ce cas se prsente assez frquemment, surtout parmiles Lamas qui ne vivent pas dans les monastres. Nous connaissons en outre

    deux cas o, par considration d'intrt public, le Dala Lama a accord des

    dispenses pour le mariage des lamas de sang royal. Un de ces cas est rap-

    port par le docteur Campbell, qui raconte qu'un prince de Sikkim a obtenu

    cette permission ; un autre fait analogue est donn par Moorcroft, au sujetd'un Raja de Ladak 1. Le voeu de pauvret est une des institutions qui attei-

    gnent srieusement la prosprit publique au Tibet, parce que les moines, si

    nombreux dans tous les pays bouddhiques, doivent vivre des contributions

    prleves sur la population laque. Le simple Lama qui a renonc au monde

    ne doit rien possder en dehors de ce que permet le code de discipline, et

    pourtant les couvents de Lamas peuvent possder des proprits foncires,des maisons, des trsors, et leurs membres peuvent jouir de l'abondance de

    leurs riches magasins.Les revenus proviennent de la rcolte des aumnes, des dons volontaires,

    des rmunrations donnes pour la clbration des rites sacrs, des rentes

    des biens, et mme d'entreprises commerciales.Les aumnes se peroivent plus particulirement au temps de la moisson;

    beaucoup de Lamas sont alors envoys dans les villages pour mendier du

    grain. Pendant qu'Hermann tait Himis (septembre 1856), plus de la

    moiti des lamas taient en tourne de qute. Les dons volontaires les plusconsidrables sont ceux que l'on offre un Lama incarn ou que l'on donne

    aux ftes annuelles 2. La plupart des petits dons sont recueillis par les mo-

    nastres situs le long des principales passes des montagnes ; car il est

    d'usage que chaque voyageur rcite quelques prires dans les temples

    1 Journal As., Soc.Beng., vol. XVIII, p. 494. Voyages,vol. I, p. 334.Il y adans le Tibet chiuoisunesectequele P. HilarionappelleSa zsya; ellepermetauxprtresdesemarier et de procrerun fils,aprsquoiils abandonnentleurs femmeset se retirent dansmonastre,Arb. der Russ. Mission,vo\. I,p. 314.2 VoyezTurner, Embassy, p. 245.

  • 102 ANNALES DU MUSEE GUIMET

    qu'il rencontre et laisse un petit prsent. Les rmunrations pour assisteraux naissances, mariages, maladies, morts, etc., sont gnralement fixes

    par le prte officiant selon la fortune de ceux qui rclament son assistance.Elles consistent ordinairement en produits naturels, qui semblent tre donnsd'avance 1. La proprit territoriale qui est quelquefois considrable estcultive par les gens qui dpendent du couvent, ou bien loue grand prix.La fabrication et la vente d'images, charmes, etc., est encore une source derevenus considrables pour chaque monastre; beaucoup de voyageurssignalent le commerce qu'ils font sur les laines et, dans le Tibet oriental,sur le musc 2.

    Grades parmi les Lamas. Au Tibet le clerg, outre qu'il vit aux d-

    pens du public, est aussi, dans la plupart des districts, affranchi des taxeset contributions pour les travaux publics; c'est cause de ces avantages etde bien d'autres encore, que la dignit de Lama est partout si recher-che 6. Dans le Tibet oriental et occidental on a coutume de faire Lamale fils an de chaque famille, et les rglements restrictifs, tels que ceux desanciens livres religieux, paraissent avoir perdu leur force, car tous les voya-geurs rapportent que tout le monde peut devenir membre des ordres reli-

    gieux; la seule restriction que je connaisse, c'est qu' Bhoutan le pre quiveut que son fils soit reu comme novice doit en demander la permission auDeba et au Dharma Raja, et payer un droit de 100 roupies Deba 4. Quandquelqu'un dclare son dsir d'entrer dans le clerg ou de faire de son fils un

    Lama, on examine les talents du novice. La plupart du temps ce sont des

    enfants, et si on les trouve assez intelligents, on leur permet de prendre lesvoeux (tibtain dom), c'est--dire d'observer les devoirs religieux inhrents la prtrise; ils deviennent alors candidats pour les ordres , Genyen(quivalent du sanscrit Oupasaka) 5. Les Lamas chargs de l'instruction des

    1Commeexemplede cette coutume,je cite,chapitre xv, n9, les crmoniespour loignerles d-monsdela spulture.VoyezaussiHue,Souvenirs, vol. II, p. 121.2VoyezTurner, l. c, pp. 200-312Moorcroft,Travels, vol. II, p. 61; Mansasaur-Lak,As., Res.,vol.XII, p. 432.3A Ladak,cependant,les monastressont taxs des sommesconsidrablespar le gouvernementdeKashmir;Cunningham,Ladak, p. 273.. .*Pemberton,Report, p. 118.Burnouf,Introduction,p. 277;Turuer, Embassy, p. 170,Moorcroft,Travels,vol. I, p. 321.s Voyezp. 94.

  • LE BOUDDHISME AU TIBET 103

    novices ne traitent pas toujours bien leurs lves, car plusieurs voyageurs ont

    tmoign de leur duret et mme de leur cruaut dans les punitions 1. Le

    grade au-dessus des Genyen est celui de Getsoul, le prtre ordonn s'appelle'

  • 104 ANNALES DU MUSEE GUIMET

    A certains jours ces Lamas isols, les prtres de villages aussi bien que

    les anachortes, doivent revenir au monastre auquel ils appartiennent ; ils

    sont punis s'ils manquent se prsenter pour subir cette sorte de contrle.

    Dans chaque monastre est une liste de tous les moines qui font partie de

    la communaut clricalel.

    NOMBREDBSLAMAS

    Voici les quelques donnes que je peux produire sur le nombre des Lamas :

    Tibet oriental. Le docteur Campbell nous fournit une liste de douze

    principaux couvents Lhassa et dans son voisinage, habits par 18,500 La-

    mas 3. Tout surprenant que soit ce nombre, il est loin de reprsenter la to-

    talit des prtres pars dans le pays.Tibet occidental. Cunningham value la population laque de Ladak

    158.000 mes, les Lamas 12, 000, ce qui donne un prtre pour treize

    laques. A Spiti, en 1845, le major Hay estimait la population civile 1,414

    habitants, et 193 Lamas, soit environ un pour sept laques 3.

    Je ne puis donner aucun chiffre pour les contres bouddhiques de l'Himalaya

    oriental, mais seulement quelques renseignements gnraux. A Bhoutan, la

    proportion du nombre des Lamas la population civile est considrable. A

    Tassisoudon (bkra-shis-chhos-grong, la citsainte del doctrine) ils sont 1,500 2,000 dans le seul palais du Dharma Raja, et leur multitude est une des

    principales causes de la pauvret de habitants. Pemberton dit que les d-

    penses pour l'entretien de cette caste privilgie ont t plusieurs reprises

    bouddhisme,dans ses dbuts, la vied'anachorte,je ferai remarquer (voiraussipage 7 et 94)queSkyamouni,ainsiquetousles fondateurset protecteursdesdiverssystmesde bouddhisme,ontvive-mentrecommandl'nergiedans lapratiquede lamditationcommele moyenle plusefficacede s'af-franchirde l'existence; et qu'ilrecommandaient,pourcesexercicesreligieux,le choixde lieuxcarts,ne devantgure trevisitsparceux qui cherchentlesplaisirsdu monde.Skyamounien donnalui-mmel'exempleen se retirant dans des lieuxcartsavantd'avoirobtenula dignitde Bouddha; etnonseulementil fut imitpar sespremiersdisciples,maisceprincipeest encorepratiqupar lesTib-tainsmodernes.1 ComparezMoorcroft,Travels, vol. I, p. 339;Pemberton,Report, p. 117;Hue,Souvenirs, vol.Is

    p. 203;Schmidt,dans lesMmoirede VAcadmiede Saint-Ptersbourg, vol.I, p. 257.2Notesoneastern Tibet, dansle Journal As., Soc.Beng., 1855,p. 219.3Cunningham,Ladak; p.287.Report onthe valleyof Spiti, dansle Journal As., Soc.Beng., vol,XIX,p. 437,

  • LE BOUDDHISME AU TIBET 105

    le sujet de chaudes discussions 1. A Sikkim aussi les monastres et les Lamas

    sont, d'aprs Hooker, trs nombreux et trs influents 2.

    J'ajoute, comme comparaison, quelques donnes sur les contres qui ne

    font pas partie de l'Asie centrale. Chez les Kalmouks, il y avait, lorsquePailas visita leur pays au sicle dernier, un Lama pour environ 150 200

    tentes 3.

    Dans les alentours de Pkin on compte environ 80,000 moines bouddhistes 4.

    Ceylan possde environ 2,500 prtres, soit sur une population totale de

    deux millions d'mes, un pour 800.

    A Berma on comple un prtre sur 30 habitants" 4.

    OCCUPATIONS

    Les moines, malgr les devoirs religieux qu'ils ont remplir, auraient

    tout le temps ncessaire pour cultiver de vastes tendues de terres ; mais

    leur seul travail de culture consiste tenir en excellent tat les jardins quientourent les monastres, et dont iis tirent abondamment ce qui est nces-

    saire leur subsistance et leur bien-tre; dans ces jardins se trouvent

    aussi des arbres fruitiers, surtout des abricotiers, que trs souvent on ne

    rencontrerait en aucun autre lieu des milles la ronde. En gnral les

    Lamas sont gens paresseux, peu disposs un effort soit corporel soit mental;

    presque tous passent la plus grande partie du jour tourner des cylindres prires, ou compter les grains de leurs rosaires ; parfois cependant on en

    voit de trs habiles graver des blocs de bois et faire des images de dieux

    soit peintes soit sculptes. Les plus habiles sont gnralement, ce qu'on a

    dit mes frres, appels Lhassa 0.

    Tous les Lamas savent lire et crire, et pourtant.ces talents ne sont pas

    1Turner,Embassy, p. 83. Pemberton,Report, p. 117.8Himalayan Journal, vol.I, page313.3 Pailas,Reisen, vol. I, p. 557(ditionfranaise).'Waissiljew,Der Buddhismus, p. 18.5LeschiffrespourCeylanet Bermasont emprunts Hardy,Eastern Monachism, p-309.Comp.page10,pour le recensementde Ceylan.0ComparezTurner,Embassy,p. 316.L'activitdesLamasde Ladakdans la culturedeleurs terres,citeparMoorcroft,Travels, vol. I, p. 340,estmaintenantrestreinte leursjardins,

    ANS.G. III. li

  • 106 ANNALES DU MUSEE GUIMET

    chez eux une occupation en faveur ; on peut se faire une ide de la lenteur deleur manire d'crire, par ce fait que le Lama qui a copi le document relatif Himis (voyez chap. xm) a employ six heures ce travail. Les voyageursont souvent dplor l'ignorance des Lamas ; on a demand beaucoup d'entreeux une explication de la prire six syllabes, Om mani padme houm,dont l'influence magique sur la prosprit des hommes est traite dans tantde livres religieux, et ce ne fut qu'aprs des questions rptes qu'on putenfin obtenir une rponse satisfaisante. Schmidt fut trs surpris des rponsesdes bouddhistes npalais Hodgson. Un Lama tibtain ou mongol, disait-

    il, n'aurait pas si bien rpondu cette question. Csoma et Hue ont remar-

    qu que les Lamas sont peu verss dans leur littrature sacre ; Hue dit qu'ilsexcusent leur ignorance en arguant de la profondeur de leur religion, et

    plus loin : Un Lama qui sait le tibtain et le mongol est un sage, un savant ;s'il a aussi une lgre teinte de littrature chinoise et mandchoue, on le con-

    sidre comme un phnomned . Mes frres furent souvent embarrasss parles rponses confuses faites par les Lamas des questions sur les phnomnesnaturels, ou sur leur religion, ou leur histoire. Les Lamas prfraient tou-

    jours causer de thologie mystique, et il tait relativement facile d'obtenird'eux des explications sur les proprits magiques de certains charmes.

    RGIME

    Les Lamas suivent le rgime en usage dans le pays 2. Il peuvent mangertout ce qui leur est offert comme aumne, mais il ne leur est pas permis de

    boire des liqueurs enivrantes ; on en prend cependant, sous le prtexte que ce

    sont des mdecines 3.

    La nourriture animale n'est pas dfendue (d'aprs les lgendes singalaises,

    1Mmoirede l'Acadmie de Saint-Ptersbourg, vol. I,p. 93; Csoma,Journal As.,Soc. Beng.,vol.VIL p. 14; Hue,Souvenirs, vol. I, p. 55 et 209.ComparezaussiTurner, Embassy, p. 316.2 Sur la nourrituredesTibtainsen gnral,voyezTurner,Embassy, pages24 243; Pemberton,Report,p.156.Moorcroft,Travels, vol.I, pp. 182 332;vol. II, p. 77; Mansasaur,As. Res.,vol.XII,page394 486;Hue,Souvenirs, vol.II, p. 258; Cunningham,Ladak, p. 305.3 Wassiljew,Der Buddhismus, p. 94; Moorcroft,Travels, vol.II, p. 12,racontequ'il a vu, Lama-Yourou,lesLamasboireleurliqueurnationaleChongpendantleur servicereligieux.Les Lamasde Sik-kiniprennentaussi en grandequantitla boissonfermentedesLepchasfaite avecdumillet.

  • LE BOUDDHISME AU TIBET 107

    Skyamouni lui-mme est mort pour avoir mang du porc) 1; mais c'est unobstacle la perfection, car l'homme doit considrer tous les tres anims

    comme des frres et des parents et ne pas les tuer : il y a mme un proverbe

    qui dit: Manger de la chair, c'est manger ses parents 2. Les laques man-

    gent de toute espce de chair ; suivant mon frre'Robert, ils s'abstiennent

    de poisson, du moins Spiti, quoiqu'ils ne puissent donner aucune raison

    cette abstinence. Un grand nombre de rglements ont t institus pour em-

    pcher les moines de se livrer sans retenue leur apptit pour la chair ;

    certains jours aucune nourriture animale n'est permise ; les prtres doivent

    aussi s'en abstenir chaque fois qu'ils se confessent, ainsi qu' certaines po-

    ques o s'accomplissent des crmonies religieuses trs sacres.

    La principale nourriture consiste en riz, froment ou orge, farine, lait et

    th. Le riz est bouilli ou rti; la farine se mlange avec du lait et du th,ou se ptrit en gteaux sans levain et s'assaisonne avec du sel. Ces gteauxont le got des pains azymes des juifs. Le th se fait de deux manires, d'a-

    bord en infusion avec de l'eau chaude comme en Europe, et cette prparationest appele Chachosh, eau de th

    3 ; secondement d'une faon trs sin-

    gulire que je dcris en dtail d'aprs une recette que mes frres se sont

    procure Leh :

    Le th (pain de th cass 4) est mlang avec environ la moiti de sonvolume de soude, en tibtain Phouli. La mixture est jete dans une mar-

    mite remplie de la quantit ncessaire d'eau froide ; la proportion variecomme dans notre manire de faire le th. Quand l'eau est prs de bouillir onremue le mlange de feuilles de th et de soude, en continuant pendantcinq ou six minutes aprs l'bullition de l'eau. On retire alors la marmite dufeu et on filtre le th travers un linge dans un cylindre rond en bois, detrois quatre pouces de diamtre et de deux trois pieds de haut ; les feuillesde th n'ont plus de valeur et sont jetes. On agite vigoureusement le th

    i Hardy,Eastern Monachism,p. 92.D'aprsles biographiestibtaines,il est mort d'unemaladiedel'pinedorsale.Schiefner,Tibet..Lebens,Mmoiresdes Savants trangers, vol. VI, p. 292.2ComparezWassiljew,loc. cit., p. 134.3Cetteexpression,commeles suivantes,Phouli et Gourgourne setrouvepas dans les dictionnaires.*Labriqueou painde th est lenomcommerciald'uneespcede th particulire; cenomvientdesaressemblanceavec une brique.Sa forme et sa consistances'obtiennentpar la compressiondans unmoule.

  • 108 ANNALES DU MUSEE GUIMET

    avec un tube de bois (appel en tibtain Gourgour), comme on fait pour le

    chocolat ; on ajoute alors une bonne quantit de beurre clarifi (ordinaire-ment le double de la quantit du th en brique) et un peu de sel ; puis on con-

    tinue agiter. Finalement on remet le th sur le feu, aprs l'avoir mlangavec du lait, car il s'est beaucoup refroidi dans les oprations que je viens de

    dcrire. Ce th appel Cha ressemble beaucoup une sorte de gruau, etse mange avec de la viande ou des ptisseries, dner ou souper; mais ilest dfendu pendant les crmonies religieuses, et alors l'infusion de th seule,Ghachosh, est passe la ronde comme rafrachissement 1.

    A certaines occasions les Lamas donnent de grands dners. A Leh, monfrre Robert fut invit un de ces dners donn en l'honneur d'un haut Lamade Lhassa. Le th fut servi en guise de soupe et pass la ronde tout le tempsdu repas. En marque d'honneur particulier pour les htes, leurs coupes nerestaient jamais entirement vides. Il y avait plusieurs sortes de viandes, lesunes rties, les autres bouillies, et une sorte de pt. On ne servit point devins. La cuisine tait rellement suprieure celle que l'on fait ordinairementen ce pays et bien meilleure qu'on ne pouvait s'y attendre. Robert appritque le dner avait t prpar par le propre cuisinier du grand prtre, venude Lhassa avec lui.

    COSTUME

    Les rglements primitifs tablis par Skyamouni pour rgler l'habille-ment des prtres taient adapts au climat chaud de l'Inde; plus tard,

    quand sa doctrine s'tendit plus au nord et par consquent dans des climats

    plus rudes, il permit lui-mme l'usage de vtements plus chauds, des bas, des

    souliers, etc. Skyamouni enseigne que le principal but du vtement est decouvrir la pudeur du prtre; en outre il sert encore prserver du froid,des attaques des moustiques, etc., toutes choses qui troublent l'esprit 2.

    Les diffrentes parties de l'habillement d'un Lama tibtain sont : un bonnet

    1Jusqu'prsentla briquede th s'emploiepresqueexclusivement,quoiqu'ilsoit esprerque leseffortsdu gouvernementde l'IndepourintroduireauTibetle thde l'Himalayaet del'Assam,russi-rontavantqu'ilsoit longtemps.2Hardy,Eastern Monachism,chap.xu.

  • 1.E BOUDDHISMEAU TIBET 109

    ou un chapeau, une robe, une veste de dessous, des pantalons, un manteau et

    enfin des bottes *.

    Bonnets et chapeaux. Les bonnets sont faits de deux doubles de feutre

    ou drap, entre lesquels sont placs des charmes; dans les districts pluvieuxde l'Himalaya, les Lamas portent pendant l't de grands chapeaux de paille.Les formes de ces bonnets sont trs varies, mais il curieux qu'ils soienttous de faon chinoise ou mongole, tandis que la forme des robes a t

    emprunte aux Hindous. La manire de saluer est aussi chinoise, car les

    Tibtains tent toujours leurs chapeaux, et les Indous, en signe de respect,

    approchent de leurs matres non pas tte hue, mais pieds nus. La plupartdes bonnets sont coniques, avec un large pli qui est gnralement releven dessus, mais qui se rabat sur les oreilles en temps foids (voyez plancheXXXV, o les plis sont rabattus). Les chefs Lamas ont une sorte particulirede bonnets, ordinairement bas et coniques, comme ceux que portentPadma Sambhava 2 et les personnages mythologiques difis qui ont uneinfluence particulire sur la prosprit des hommes, comme le roi Bihar ;ce bonnet s'appelle Nathongzha. Quelques grands prtres du Tibet occidentalont un chapeau hexagonal en carton, formant quatre degrs qui vont endiminuant vers le sommet, ou dans quelques occasions une sorte de mitrede drap rouge,ornemente de fleurs d'or tisses dans l'toffe. Ce dernier auneressemblance remarquable avec les mitres des voques catholiques romains.

    Parfois, quand le temps le permet, les Lamas du Tibet oriental, du Bhoutanainsi que de Sikkim, vont tte nue.

    La robe descend jusqu'au mollets et s'attache autour de la taille par unetroite ceinture ; elle a un collet droit et se boutonne jusqu'au cou. A Sikkimles Lamas portent quelquefois, enroule autour des paules, une sorte d'tolede laine raye rouge et jaune. En gnral la robe a des manches, exceptdans le Bhoutan Douars, pays o la temprature la plus basse ne dpasse pas,mme dans le mois le plus froid, en janvier, 22 18 Fahrenheit.

    1Danslesdistrictsde l'Himalyaet dans le Tibetoccidental,la couleurdominantedes objets d'ha-billementest un rougeplusou moinsvif; ontrouvelejauneparmiles seetesdsignespage46. Ontrouveradesremarquesgnralessur le costumedansTurner,Embassy,pages32,86,242,314;Moor-croft,Travels,vol.I, p>238:;Pemberton,Report,pages108,153.DrCampbell,Journal As.,Soc.Beng.,vol.XVIII,p.499;Hue,Souvenirs, vol.II, p. 141;Cunningham,Ladak, p. 372.1Voyezlesplanchesdes TIi'n:Uayan.o-irnah deHooker,vol.I, p. 328. i

  • 110 ANNALESDU MUSEE GUIMET

    La veste de dessous n'a pas de manches. Elle n'est pas coupe sur la

    forme du corps, mais tombe tout fait droit. A Ladak presque tous les Lamas

    la portent sur la robe.

    Les pantalons sont fixs la taille par un lacet glissant dans un ourlet.

    Les deux jambes sont quidistantes du haut

    en bas, mme tout en haut, comme dans la

    figure a et non comme clans la figure b. En

    hiver les pantalons se portent par dessus la

    grande robe pour mieux garantir du froid 1.

    Selon Turner, les Lamas de Bhoutan portent,au lieu de pantalons, des jupes qui descendent presque jusqu'aux genoux.

    Le manteau, en tibtain Lagoi, vtement de dessus , est l'habit

    ecclsiastique des moines, avec lequel on reprsente aussi les Bouddhas, les

    Bodhisattvas et les Lamas sacrs. C'est un chle long, mais troit, de laine ou

    quelquefois de soie, il a 10 20 pieds de long et 2 3 de large. Il est jet sur

    l'paule gauche et passe sous le bras droit de faon le laisser dcouvert.

    Peut-tre la coutume de dcouvrir le bras droit pourrait-elle s'expliquer parl'abolition des castes par Skyamouni, car la bordure du chle dcrit une lignesur la poitrine, juste comme le fait la triple corde que, selon les lois de

    Manou, les trois hautes classes seules ont le droit de porter, pendant quele chle est port par tous les prtres, de quelque classe qu'ils soient

    sortis 2.

    Les bottes sont faites de feutre pais rouge ou blanc, et ornes de rayuresperpendiculaires. Elles montent jusqu'aux mollets. Les semelles sont formesd'un double feutre et quelquefois en outre d'une semelle de cuir ; ces semelles

    sont, pour le pied, un soutien trs solide et inflexible ; elles le protgent trsbien contre les pierres aigus, beaucoup mieux que ne le font les chaussuresdes Turkistans, dont la semelle est de cuir mince et ne peut ni protger le

    1Turner,Embassy,p. 86. L'usagedespantalonsest trs ancien; voyezle trs completet trsintressantouvragedeWeiss,Kostmkunde,vol.II, p.545,674,quidonnebeaucoupdedessinsdanslesquelsles anciennesraces du Nordetde l'Estde l'Asiesont reprsentesavecdespantalons.Il esttonnantdevoirqueleurs costumesnediffrentquetrs peu deceuxd'aujourd'hui.2Manou, chapitren, pages42et 44.Surd'anciennessculptures,lesBouddhasneportentquelquefoisquelestroiscordes;voyezles dessinsdel'archipeldeCrawford,vol. II, et dansle Rgya chhcr roi pa,deFoucaux,vol.II, plancheI.

  • LE BOUDDHISMEAU TIBET 111

    pied contre les ingalits du sol ni le soutenir ; les bottes tibtaines sont ce-

    pendant encore compltes par d'pais bas de feutre.

    Mes frres n'ont vu que trs rarement employer les souliers, et encoreseulement par les suprieurs des monastres.

    Pour complter la description de l'habillement d'un Lama, j'ai encore

    parler de diffrents petits objets d'un usage gnral. De la ceinture qui serrela robe pend une gaine couteau et plusieurs bourses ou pochettes contenantdivers objets, tels que brosse dents, racle-langue, un cure-oreille, un bri-

    quet et une mche, du tabac ou de la noix de btel, des ds qui s'emploient

    pour prdire les vnements futurs ; un cylindre prires et une pipe demtal chinois se trouvent aussi presque toujours au nombre des objets atta-chs la ceinture.

    Les rosaires, en tibtain Thengpa, instruments indispensables pour comp-ter le nombre voulu de prires, sont ordinairement attachs la ceinture ou

    quelquefois rouls autour du cou 1. Ils ont cent huit grains qui correspondentaux volumes duKandjour; mais ceux qu'emploie la population laque n'ont

    gure que trente ou quarante grains. Les grains sont de bois, de pierre oud'os de saints Lamas; ces derniers ont une grande valeur ; les rosaires deschefs Lamas sont assez souvent de pierres prcieuses, particulirement de

    nphrite (la Yashem des Turkistans) et de turquoise. A presque tous lesrosaires sont attachs des pinces, des aiguilles, un cure-oreille et un petitDordje ~.

    Les botes amulettes, en tibtain Ga (dans l'idiome lepcha de SikkimKoro et Kandoum, quand elles sont en bois), se portent aussi autour ducou ; il est assez frquent d'en voir plusieurs attaches au mme cordon.Elles sont presque toujours pointues en forme de feuille de figuier ; mais il yen a aussi de carres ou de rondes. L'extrieur est cisel en relief ou peint.

    Les botes de bois sont fermes par un couvercle glissant, qui est souvent

    1ComparezPailas,Reisen, vol.I, p. 563;Turiler,Embassy,pages 261,33;J.-J. Schmidt,For-schungen,p 163.QuandilsvoyagentlesLamassontchargsdebeaucoupd'autresobjets.VoyezHookei'jHimalayan Journals,vol.II, p. 142.2Lespincessontenusagemmeparmiles tribusles plusgrossires,quivontpresquenues; ellesbur servent arracherlespines.J'ajoute,commeexempledel'antiquitde l'usagedespinces,qu'onen trouvedanslesplusancienstombeaux,danslescollinesde Franconieet deBavire.

  • 112 ANNALES DU MUSEE GUIMET

    dcoup pour laisser voir l'image du dieu tutlaire. Celles de' cuivre sont for-

    mes de deux parties qui s'adaptent l'une l'autre comme le couvercle et le

    dessous des botes ; mais les charnires sont remplaces par des anneaux, dont

    l'un au moins s'attache aux deux parties. Un cordon ou un morceau de cuir

    peut y tre pass et sert pendre la bote ainsi qu' la fermer.

    On met dans ces botes des reliques, des images de divinits, des objetsredouts des mauvais esprits et des charmesi. J'ai eu l'occasion d'en examiner

    de diffrentes sortes; en voici la description :

    1. Une bote carre en bois, venant de Gyoungoul, Gnary-khorsoum. La

    bote tait recouverte en cuivre. Dans l'intrieur, sur un des cts, tait

    grave une des desses Dolma (voyez page 42), qui protge contre l'amai-

    grissement, avec Chenresi sa gauche (voyez page 56) et Amitabha sa

    droite (voyez page 36).Le ct oppos montre Skyamouni avec les mmes divinits.

    2. Une bote de bois en forme de feuilles, peinte en jaune avec des nuages

    rouges. Elle renfermait une figure de Shindje (voyez page 58) en argileteinte ; au fond de la bote se trouvait une petite mdaille en pte d'orge

    durcie, reprsentant Tsonkhapa (voyez page 44) ; elle avait un demi-pouce de

    diamtre et tait enveloppe d'un papier couvert de charmes.

    3. Une bote ronde en cuivre avec des charmes et une mdaille de Tson-

    khapa toute pareille la prcdente, couverte de peintures d'or.

    4. Trois botes coniques en cuivre attaches un cordon : celle du milieu

    renfermait une figure de Tsepagmed--Amitabha (voyez page .81) qui accorde

    la longvit; il s'y trouvait aussi une pice de cuivre reprsentant une foudre,

    enveloppe dans un morceau d'toffe rouge, comme protection contre les effets

    du tonnerre. Dans la plus petite bote taient plusieurs brins de papier cou-

    verts de sceaux du Dala Lama, imprims en rouge, ce qui est une protectioncontre la mort par immersion ; il s'y trouvait aussi des grains d'orge et de

    la terre. La troisime bote contenait plusieurs figures de Lha-Dolma et de

    Tsonkhapa (toutes soigneusement pries dans des morceaux de soie rouge)alternant avec des papiers-charmes.

    1Voyezsurlescharmes,Csoma,Journal As., Soc. Beng., vol.IX, page905.

  • LE BOUDDHISMEAU TIBET 113

    Les charmes taient tous crits en petits caractres, ou criture courante,mais par le frottement avec les images et les grains, le papier tait presquerduit en fibres. Tous ces objets taient fortement parfums de musc et avaient

    en outre, comme tous les articles fabriqus dans les monastres, une dsa-

    grable odeur de graissei.

    CHAPITRE XIII

    DIFICES ET MONUMENTSRELIGIEUX

    Crmoniesquiprcdentlaconstruction.Monastres.Documenthistoriquerelatif lafondationdumonastredeHimis.Temples.Monumentsreligieux.i. Chortens.?.Manis.

    3.Derchokset Lapchas.

    CRMONIESQUIPRCDENTLACONSTRUCTION

    La construction de tout difice religieux est prcde de la bndiction du

    sol et de diverses autres crmonies. Les Lamas du voisinage se rassemblent

    et le plus lev par le rang offre le sacrifice la divinit choisie comme dieu

    lutlaire ; on a coutume de ddier chaque difice un dieu particulier, quialors le protge contre les esprits malfaisants et contre la mchancet des

    hommes, et rpand sur ceux qui l'habitent toutes sortes de prosprits. Leroi Bihar (Bihar gyalpo), un des cinq grands rois, est un dieu frquemmentchoisi comme patron 2. Une image que mon frre Adolphe se procura

    Gnary-khorsoum, reprsente Bihar dans l'attitude droite, debout sur le

    sige de diamant (tib. Dordjedan, sanscrit Vadjrasana), form de feuillesde lotus. Il foule ses pieds quatre figures humaines de couleur noire, rouge,blanche et jaune ; les crnes qui forment son collier sont aussi de ces mmes

    couleurs. Sa robe est de soie bleue (tib. Darzab) avec divers ornements; son

    bonnet, de la forme que j'ai dcrite sous le nom de Nathongzha, est rougeainsi que son chle. Sa main droite tient le Dordje, dans la gauche est le

    *Lesdessinsdesdiffrentessortesderosaireset desbotes amulettesqueje viensdedcrired'aprslesoriginauxpossdsparmesfrres,serontdonnsdansuneplanchequiaccompagnerales Resultsof a scientificMissionto India,and high Asia.2Voyezpage99.

    ANS.G. - III. 15

  • 114 ANNALES DU MUSEE GUIMET

    Phourbou. Cette peinture a l'intention de reprsenter une statue place dans

    une bote, dont les quatre cts forment un cadre qui la spare des figures

    environnantes ; ce sont les rois fabuleux, Dalha, Louvang, Tockcho gyalpo,

    et trois Lamas trs vnrs.

    Les prires qui accompagnent les crmonies d'inauguration ont pour but

    la prosprit de l'difice. A la crmonie de la pose de la premire pierre, on

    rcite des prires pour la prosprit du nouveau temple ou lieu destin au

    culte ; elles sont alors crites et dposes avec d'autres prires et certaines

    formules de bndiction (tib. Tashi tsig djod, discours de bndictions ),

    avec des reliques et autres objets sacrs, dans un trou de la pierre de fonda-

    tion. Quand l'difice est achev, les Lamas s'assemblent de nouveau pour

    accomplir les rites de conscration *.

    La restauration d'un difice ruin est galement prcde de crmonies

    religieuses qui portent le nom de Argai choga, crmonie de prsentationdes offrandes .

    MONASTRS

    Les monastres (en tibtain Gonpa 2, lieu solitaire ) sont situs pour la

    plupart une petite distance des villages et souvent au sommet de collines,dans une position dominante. Chaque monastre reoit un nom religieux rap-

    pelant qu'il est un centre de foi bouddhique; ainsi le monastre d'Hmis, prsde Leh Ladak, est appel, dans les documents historiques relatifs sa fonda-

    tion, Sangye chi kou soung thoug chi ten, le soutien du sens des prceptesdu Bouddha. On en trouvera d'autres exemples dans ceux de Dardjiling

    Sikkim, l'le (de mditation) rpandue au loin 3 ; Tholing, Gnary-khor-

    soum, le haut flottant (monastre) ; Mindoling 4, le lieu de perfection

    1Csomacite dans son Analysedu Kandjour, un livre traitant de ces crmoniesdans lesquellesVadjrasattva(p. 34)est implorAs. Res., vol.XX, p. 503.Ausujetdesobjetsquel'on renfermeordi-nairementdansles Chortens,voyezCunningham,Ladak, p. 309.2 Cemots'critdgon-pa.Lesnomsqualificatifsdesmonastres,qui se trouventdanscertainslivres,

    telsque maisonde science (gtsoug-lag-khang)etautres semblables,ne s'emploientpasdans le lan*gage ordinaire,et le mot Chhos-sneque Cunningham,Ladak, p. 376, citecommetant donnauxmonastre,n'a jamaist entendupar mesfrres.3 Dar-rgyas-gling.Danssa formecompltele motest prcdde bsam,qui signifie pense,mdi-

    tation.4 Citdansles dictionnairesde Csomaet deSchmidtvocesmin-pa.Tholingest orthographimtho:

    lding.Pour plus amplesdtails,voyezle glossairedemonfrre Hermann,dans R. As. Soc, 1859.

  • LE BOUDDHISME AU TIBET 115

    et d'affranchissement . Quelquefois le monastre est plus ancien que le

    village, qui s'est lev plus tard dans son voisinage immdiat; dans ce cas le

    nom du monastre est tendu au village, comme Dardjiling; tandis que dans

    le cas contraire c'est le monastre qui prend le nom du village, comme pourHmis.

    L'architecture des monastres est celle des maisons de la population riche

    du pays ; mais ils sont plus majestueux et orns sur les toits d'un grandnombre de bannires et de cylindres prires. La proximit d'un monas-

    tre est signale par un grand nombre de monuments religieux tels que

    Chortens, Manis, etc.i.

    Les matriaux employs la construction des monastres varient suivant

    les districts. Ainsi dans l'Himalaya o le bois abonde, ils sont construits

    presque entirement en merrains ; Sikkim et Bhoutan o les bambous sont

    en profusion, ils sont souvent construits avec ces matriaux, qui sont

    quelquefois entrelacs en faon de treillage. Dans ces dernires contres on

    a l'habitude gnrale de construire les monastres sur pilotis, afin que le

    rez-de-chausse ne soit pas inond ou humide pendant la saison pluvieuse ;les toits sont construits dans le style chinois, presque toujours de forme

    pyramidale ou prismatique, et non pas plats; ils se projettent considra-blement sur les cts de l'difice. Au Tibet, o les arbres sont rares, lesmurs sont faits ou de pierres, qui pour les grandes constructions sont rgu-lirement tailles, ou de briques crues sches au soleil et cimentes avecune chaux trs imparfaite, ou mme avec de simple argile. A Ladak et

    Gnary-korsoum, les toits sont plats et construits, comme les plafonds des

    diffrents tages, en poutrelles de saule ou de peuplier. Ils sont couverts de

    petites branches de saule, de paille et de feuilles et enduits d'argile pourfaire du tout une masse quelque peu compacte. Les toits des demeures deschefs Lamas sont en outre surmonts d'un cube rgulier termin par un

    cne, et couverts de tuiles-dores.

    1Au sujetdesmaisonstibtainesengnral,voyez:pourBhoutan,Turner,Embassy, pp. 50,91,93,142,177,180;Pemberton,Report, p. 154; pour Sikkim,GleaningsinScience, vol.II, p. 179;Hooker,Himalayan Jour nais, dansbeaucoupde passages; pourLhassa, Hue,Souvenirs, vol. Il, chap n ;pourGnary-khorsoum,Moorcroft,Lake Mansasaur, As. Res., vol.XII,pp. 426,442,456, 479; pourLadak,Moocroft,Travel, vol. I, p. 315;Cunningham,Ladak, p. 312.Voyezaussidivers dessinsdansles Panoramaset vues accompagnantles Results of a scientificMission, parmesfrres.

  • 116 ANNALESDUMUSEE GUIMET

    De nombreuses bannires prires sont leves autour du toit, ainsi quedes cylindres d'environ 6 pieds de hauteur sur 2 de diamtre, supportantun croissant surmont d'un pinacle semblable la pointe d'une lance. Quel -

    ques cylindres sont couverts d'toffes noires, sur lesquelles sont cousus hori -

    zontalement et verticalement des rubans blancs qui forment la figure d'une

    croix ; d'autres fois ces toffes sont jaunes et rouges.L'entre des monastres est oriente ou l'est ou au sud; cette dernire

    disposition est probablement choisie pour se garantir des vents du nord. La

    porte d'entre est 6 pieds et quelquefois plus au-dessus du sol, avec des

    degrs pour y conduire.Les monastres consistent quelquefois en une grande maison, haute de

    plusieurs tages et parfois entoure d'une galerie couverte extrieure quisert de promenade. D'autres fois ils se composent de plusieurs difices, com-

    prenant le temple, la maison de runion (qui sert de rfectoire), l'habitationdes Lamas,-les magasins provisions et autres semblables. Dans les grandsmonastres tels que Tholing Gnary-khorsoum, ces divers tablissementss'tendent sur une large superficie, et sont entours d'un mur commun qui,ainsi qu'il fut dit Cunningham, est destin servir de dfense; mais mesfrres ont observ que ces murs sont dans beaucoup de cas trop faibles pourprtendre au nom de fortifications, surtout sil'tablissement est ancien, comme

    Tholing, par exemple, qui est cit, dans l'histoire des Mongols orientaux de

    Ssanang Ssetsen, comme ayant t construit en 1014 avant Jsus-Christ *.Le rez-de-chausse n'a .pas de fentres et sert de magasin provisions ;

    il est ordinairement un peu plus large que les tages suprieurs. Ceux-ciont de grandes fentres et des balcons. Les fentres n'ont pas de vitres, ellessont fermes par des rideaux noirs sur lesquels sont cousues des figures enforme de croix latines formes par des bandes d'toffes blanches 2. La croix

    symbolise le calme et la paix, et le sens de ce signe est bien connu des Euro-

    pens qui visitent le Japon, o en temps de paix les meurtrires des forts

    sont voiles de rideaux de ce genre ; quaiid une guerre est dclar, on enlveles rideaux 3.

    1 Ssanang Ssetsen,d., parSchmidt,p. 53.2VoyezlesplanchesdeTurneret la vued'HimisparHermaundeSchlagintweit,loc.cit.3D'aprsunrcitdu capitaineFairholmeR..N.

  • ANNALESDUMUSEGUIMET. T. III, PL.XXIII.

    DOCUMENTHISTORIQUE EEL1TIF A L FONDATION

    DU

    MONASTRE DE HIMIS, A LADAK

    COPISURUNEGRANDEDALLESCELLEDANSLEMUR

    q^c^MSj'fira'q'^'^^'fgc'^a'qs^T yira'q'gq^'s^'Ta^'^'^^'^t'i^ty T^"J::'^""1oi't'^,5J*^"

    S,c'&c3^Vey&^'R^'s^R'q^'RV^gra'^a'^V T'qT^'irrSc'r

    iuc'^tT|'u^'^54'pia'^M'5,51'ujc^'j^ j gq'Sit-^^'zj^'a^'n'^'q^'^^^-^c'^^^rp^'^^'^c^rpa'^'^c:'

    zn^'my T^'i^'^':r!sn!'3'5i5J^'7T:;'i5i'^5i''^-'^iR!':::3^TPia'Oj'q^fyR'a^'jQ'a^'^'iH^r^^aY Srtrprr

    t]R'^'zn^c^'^'qin5;'^'a^'^'^5,,ra^r^q,q^.'^5',:C!^TT^!,*^">^'^'^^*^V*VY^^r^H'*a'^V;-R'

    SJE^T T^t'a^^'ujc;' qs'a^'^R'sj^^'qa'g^^'^^j'^'S'nsc-grij'q'^^'oeirsrura*;^ g^T^j\^,^23^',.^*^jM

    ^q'zjrr^"c'a'rrqra^''^'cT^c'cNprrn^'^

    ija'jiq'^qc'^q'rot'^^'^'asi'ja'fsjq^'re-f Ta^'^'^w'^'^^'^^'^^'^ra'q'ujq'^^'^'^'aqc^'SjC^s^i'ijwr

    oT^'qrv^'^'^'q^r&ft^'SiQ'q's;'^ y T^s^sregj'zr&r

    ^'fl'^'^si'^^i'q^si'^a'^'&i'^'q'^^'qt y y^q^'t'ujq'^^'q'rS'o^'iy^'rE&i-^qrii'aa'^q^'^'ER-^ ^-

    raT y ^Ti'M'^'^^q'zj'^ira'frjrs'^^'R^^'q'a^^'s^'jp^'xj'^'^'^t'^q^'sj^rl^'^ni'^frj'tiQ'^ S'i'g*

    ^at'^cg^'^'^q^ y yE'^^cy'^'q^'a^n'^^^'y'^q^'^^'^^j'^ra'^virai'^i't] n.^'^3^ oeSi'^'^'S'

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    iq'^q'q-i^'q^'^'a^a'q^ai'^^R'g^'^'c'q'iq'^^'gT] y g-T]Ty'^Vft v^\^'^ vj v;q*rqf3'5jy g^

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  • LE BOUDDHISMEAU TIBET HT

    On accde aux tages suprieurs par un escalier ou par une large poutre

    oblique, entaille pour servir de marches. Chaque tage est divis en grands

    compartiments dans lesquels plusieurs Lamas vivent ensemble ; les petitescellules destines une seule personne (comme dans les couvents catholiques

    romains) ne sont pas connues dans les tablissements bouddhistes. L'ameu-

    blement est des plus simples; les principaux articles sont des tables basses et

    des bancs (dans la salle manger), des bois de lits en planches grossire-ment tailles, avec des couvertures et des coussins et diffrents vaisseaux.

    Tous ces objets sont ordinairement de fabrication trs infrieure. Les poleset les chemines sont inconnus au Tibet; on fait du feu sur le sol, l o la

    forme de la maison le permet. La fume s'chappe par une ouverture du toit,comme dans les chalets des Alpes.

    Il n'y a pas de monastre sans temple et celui-ci occupe le centre de l'di-

    fice; dans les grands monastres, qui ont plusieurs temples, le plus importantest toujours au milieu.

    Chaque monastre est entour d'un jardin bien cultiv dans lequel pros-

    prent, grce aux soins des Lamas, des groupes de peupliers et de saules,ainsi que des abricotiers. Les Lamas ont russi faire crotre des arbres

    clans des lieux situs bien au-dessus de la limite ordinaire de ce genre de

    vgtation. Ainsi Mangnang, Gnary-khorsoum, une hauteur de 13 457

    pieds, on trouve de beaux peupliers.

    DOCUMENTHISTORIQUERELATIFA LAFONDATIONDUMONASTEREDEHIMISALADAK

    Ce rsum d'un curieux document de fondation est publi pour la premirefois. L'original est grav sur une large dalle de pierre, de 24 pieds de haut ;mon frre Hermann le vit lors de sa visite au monastre d'Himis, en septem-bre 1856, et en fit une copie exacte, dont voici la traduction approximative.La prsence d'expressions que les dictionnaires n'expliquent pas et une or-

    thographe diffrente de celle des critures sacres rendent impossible ici unetraduction littrale comme celle de l'adresse aux Bouddhas de confession

    (chapitre xi) ; on a pu dchiffrer cependant tous les faits importants qui se

    rapportaient, l'poque de l'rection de ce monastre, aux personnes qui en

  • 118 ANNALESDU MUSEE GUIMET

    ont ordonn la construction et ceux qui ont lev l'difice 1. Ce document est

    divis en deux paragraphes, qui sont spars dans l'original (reproduit plan-che XXIII) par un espace en blauc.

    Ier. Il commence par un hymne la divinit bouddhique, c'est--

    dire le Bouddha (auteur de la doctrine), le Dharma (sa loi) et le Sangha

    (la congrgation des fidles) 2.

    Dieu vous soit en aide ! louange et bndiction ! salut aux matres ! au

    plus parfait, l'minent Bouddha, qui a les signes caractristiques et les pro-

    portions ; l'excellente loi qui rvle l'entire vrit ; la congrgation des

    fidles qui s'efforcent vers la dlivrance : honneur ces trois suprmaties

    aprs un prosternement aux pieds des suprieurs (appels ici Bla-ma ; comp.

    page 98).Le reste de ce paragraphe relate dans le style ampoul habituel, le fidle

    attachement la foi bouddhiste cleT)harma-Raja Seng-Nampar Gyalva et de

    son pre 3, et le culte rendu par l'universalit des habitants de Ladak la

    sainte trinit. Il est constat que Seng Nampar ordonna de construire dans

    un style magnifique et dans ses rsidences 4, le Vihara des trois Gemmes ,le Sangye chi soung thoug chi ten, c'est--dire le soutien du sens des pr-

    ceptes du Bouddha, d'o le soleil de la doctrine se leva dans ce pays,brillant comme l'aurore du jour. Ce monastre est le lieu o naquirentles entirement victorieux (traducteurs) des trois secrets (en tibtain

    1 Danslesspcimensdu tibtainmoderne,commepar exempledansle trait entre Adolpheet lesautoritsdeDaba(chap.xvi),et dansles nomsgographiques;noustrouvonsdesmotsqui nese ren-contrentpasdansla langueclassique,et plussouventencoredes termesqui prsententl'orthographela plusinattendue.Peut-tredevonsnousl'attribuer l-i corruptionphontiqueet la formationgra-duelledes dialectes;maisil nefaut pasperdrede vuequepeude gensau Tibet saventcrire correc-tement,art quin'taitpastrsgnralen Europeil y a encorepeudetempsquandles colestaientrestreintesauxseulscouvents.2 HLaprotection,quidrivedecestrois trsors,dtruitla peurdel reproduction,ou existencesuc-cessive,la peur del'esprit,la douleur laquellele corpsest soumis,et la peinedes quatreenfers.Hardy,Eastern Monachism,p. 209.3 Dharmaraja,en tibtainChoichigyalpo,ouparcontractionChoigila, roi de la loi,est un titrequi s'appliqueaux souverainsetauxpersonnagesmythologiquesqui ontservi la causedu bouddhismeCeroi estappelpar Cunningham,Ladak, chap.xn, SenggeNamgyal;sonpreestnommJamyaNamgyal.Jamya avait t dtrnet emprisonnpar Ali Mir, fanatiquemusulman,souveraindeSkardo,quiavaitenvahiLadaket dtruit lestemples,les imagessacreset les livresbouddhiques.Maisplustard Jamyafut rtablidansson royaume,envoyaunemission Lhassaavecdes prsentsprcieux,et semontraun trs fidlecroyantdu bouddhisme.4Le mot que noustraduisonsici rsidence, en tibtainpho-brangrnams,parat causede laparticulepluriellernams,signifier territoires,terres.

  • LE BOUDDHISMEAU TIBET 119

    gsang gsoum), ce qui doit probablement se rapporter au livre Gyatoki

    sangsoum, que Jamya Namgyal fit copier en lettres d'or, d'argent et de cuivre

    (rouge).On rapporte aussi que sous le rgne de ce monarque plusieurs puissants

    lamas trs savants sont venus Ladak et y ont enseign la doctrine ; nous

    trouvons les noms suivants :

    dPal-mNyam-med-'broug-pa, le matre d'incomparable bonheur, le ton-

    nerre, qui a rpandu avec la plus grande nergie la doctrine bouddhique dans

    tout Dzam-bou-gling i, mais plus particulirement dans ce pays. rGod-ts'hang-pa 2, dont les titre sont : le victorieux tenant le Dordje,

    le fils bien-aim du matre des cratures 3.

    sTag-ts'hang-ras-pa-chhen, le grand Bhikshou du repaire du tigre, le

    grandement vnr, qui dispose du pouvoir magique, et devant qui beaucoupde lamas se sont prosterns 4.

    11. La construction du couvent fut confie dPal-ldan-rtsa-vai-

    bla-ma, l'illustre Lama de fondation, qui avait vcu dans beaucoup de monas-

    tres et tait devenu ferme et fort dans les dix commandements 5.

    L'difice fut commenc dans le mois Voda, en sanscrit Outtaraphalguni

    (le second mois), dans l'anne eau-cheval mle, et fini clans l'anne eau-

    tigre mle, poque o le Lama accomplit la crmonie de conscration, le

    signe de l'achvement. Dans l'anne fer-chien mle, le monastre futentour d'une haie de spen et en dehors des murs et de la clture furentlevs 300,000 manis (ou cylindres prires). Le document termine parune allusion aux mrites que le roi, les ouvriers (c'est--dire les maons,charpentiers, porteurs) et en un mot tous ceux qui ont travaill la cons-

    1 En sanscritJambou-dvipa;c'estle nomdonn la partieduglobao se trouvel'Inde. Ausujetdela sectebrougpa,voyezpage47.2La constructiondecenomfaitsupposerquece Lamavenaitdu monastreGod-tsangdans le Tibetoriental; Onaurait ajoutce nomlaparticulepa.3 En tibtain'gro-va'i-mgon-po,de 'gro-va crature et mgon-po, matre, patron , titra quiindiqueque la personneest qualifie saint, dieu. Peut-tredevons-nousprendrerGod-ts'hang-pa;commeune incarnationde Chenresi(voyezpage56);et grovai-gonpocommeundesessurnoms;il estaussiqualifiJigtengonpo,ensanscritLoka-natha,le patrondumonde.;* Cunningham,loc. cit., a entendudire queceLamaa voyagdansl'Inde,laChine,le EaflristanetKashmir,et a faitet consacrune imagede Maitreya Tamosgang,Ladak.s Pourla significatioadu terme rtsa-va'i-bla-ma,voyezpage90.Sur les dix commandements,voyez

    Burno.ifle Lotusi p. 446.GsomajDictionary, p. 69i

  • 120 ANNALESDU MUSEE GUIMET

    truction du monastre, ont tir de leur collaboration, et mentionne en parti-culier l'influence salutaire que le monastre exercera dans l'avenir sur la

    prosprit et le salut des habitants de Ladak.

    Quand on veut rapprocher les annes que je viens d'indiquer parleur dnomination tibtaine, des annes correspondantes d l're chr-

    tienne, il ne "faut pas perdre de vue que Senge-Nampar Gyalpa rgnait,selon Cunningham, de 1620 1670. En calculant d'aprs un cycle de

    soixante ans, nous obtenons pour les dates de ce document, les annes

    suivantes :

    La construction fut commence en 1644 ;Le monastre termin en 1664;Les 300,000 manis furent enlevs en 1672.En calculant par le cycle de deux cent cinquante-deux ans, nous trouvons

    les dates de 1620, 1640, 1648. Ces dernires pourraient tre acceptes en

    admettant que le monastre de Himis tait du nombre de ceux que son

    prdcesseur Jamya-Namgyal laissa inachevs son dcs ; mais dans lacirconstance prsente nous devons adopter les dates 1644-1672, puisque,

    quand il s'agit d'histoire, c'est le cycle de soixante ans et non celui de deuxcent cinquante-deux qu'emploie la littrature tibtaine. Comme preuve, jeciterai Csoma, qui, dans ses tables chronologiques, appliqua le cycle de soixanteans aux dsignations de Tisri, et obtint des rsultats qui s'accordaientassez bien avec ceux que Schmidt et Klaproth ont tirs des ouvrages mongolset chinois 1.

    TEMPLES

    L'extrieur des temples bouddhiques du Tibet s'carte ordinairement beau-

    coup de ce qu'on voit dans les autres pays o le bouddhisme domine. Qui-

    conque a eu occasion de voir les magnifiques temples de Berma, avec leurcurieuse architecture, sera fort dsappoint en voyant un temple du Tibet ; car, l'exception de Lhassa, Tashilounpo et Tassisoudon, il y a peu de templestibtains qui offrent des proportions remarquables ou un aspect particulire-ment imposant.

    Voyezchapitrexvi, lesdiffrentssystmes,pourvaluerle temps.

  • LE BOUDDHISMEAU TIBET 121

    En tibtain les temples sont appels Lhakhang et sont ordinairement

    runis aux btiments des monastres. Il y a cependant des villages qui n'ont

    qu'un temple sans monastre et clans ce cas le temple s'lve prs des

    maisons ; dans les hameaux qui n'ont pas de temples, mais o rside un

    Lama solitaire, une chambre de sa maison est approprie la clbration des

    diffrents rites et crmonies. L'architecture des temples est simple. Les

    toits sont tantt plats, tantt en pente, avec des ouvertures carres servant de

    fentres et de ciel ouvert, qui se ferment au moyen de rideaux.

    Les murs des temples sont orients vers les quatre quartiers du ciel, et

    chaque ct est peint d'une couleur particulire, soit : le ct nord en vert,le sud en jaune, l'est en blanc et l'ouest en rouge ; mais cette rgle ne parat

    pas tre observe strictement, et mes frres ont vu des temples dont les quatrects taient de mme couleur, ou simplement blanchis.

    L'intrieur des temples que mes frres ont eu occasion de voird consistait

    en une grande salle carre, prcde d'un vestibule; quelquefois aussi des

    vestibules, mais alors plus petits, se trouvent sur les trois autres cts du

    temple.La surface intrieure des murs est blanchie ou enduite d'une sorte de

    pltre. Ils sont alors ordinairement dcors de peintures reprsentant des

    pisodes de la vie des Bouddhas, ou des images de dieux l'air terrible.

    L'art de peindre fresque est pratiqu par une certaine classe de Lamas,

    appels Pon, qui rsident Lhassa quand leurs services ne sont pas rcla-

    ms pour les temples du pays.La bibliothque est gnralement place dans les salles latrales du temple ;

    les livres, envelopps de soie, y sont rgulirement disposs sur des tablettes.

    Dans les coins, des tables portent de nombreuses statues de divinits; les

    habits religieux, les instruments de musique et autres objets ncessaires au

    service journalier, sont pendus le long des murs des chevilles de bois. Dans

    le temple sont placs des bancs sur lesquels les lamas s'assoient quand ils

    sont assembls pour la prire.Le toit est support par deux rangs de piliers de bois peints en rouge,

    i Commetypede cesconstructions,voyezl'intrieurdumonastredeMangnaugGnarv-khorsoum,parAdolphe,dansAtlas OfPanoramas and Views.L'intrieurdes templessinghalaisressemblebeaucoup celuidestemplestibtains.Voye2Hardy,Eastern Monachism,p. 200.

    AN-N.G. - III 16

  • 122 ANNALESDU MUSEE GUIMET

    sans ornements, qui divisent le temple en trois paralllogrammes; de grandscrans de soie, appels Phan, rays de blanc et de" bleu et bords de

    franges 1, des instruments de musique et autres, sont suspendus ces piliers,tandis que des poutres traversires pendent de nombreux Zhaltangs, ou

    portraits de divinits, fixs chacun par deux btons rouges, et ordinairement

    couverts d'un voile d'toffe de soie blanche.

    L'autel s'lve clans la galerie centrale, et se compose de bancs de bois de

    diverses dimensions, admirablement sculpts et richement ornements; les

    plus petits sont chafauds sur les plus grands devant une cloison de plan-ches laquelle sont appendus des crans aux cinq couleurs sacres (c'est--.

    dire, jaune, blanc, rouge, bleu et vert), relis par un croissant dont la partieconvexe est tourne vers le haut. Sur ces bancs sont rangs des vaisseaux

    pour les oblations, des statuettes de Bouddhas et de dieux, et quelques ins-

    truments et ustensiles employs au culte religieux; parmi ces derniers, on

    voit toujours le miroir Melong qui sert la crmonie Touisol; puis quelquescloches et quelques Dordjes, un Chorten renfermant des reliques et prsentant

    -quelquefois une niche avec une statue de dieux; un vase avec des plumes de

    paon et un livre sacr y ont toujours leur place. Les vases offrandes sont

    en cuivre et ont la forme des tasses th chinoises, ils sont remplis d'orge,de beurre, de parfums et en t de fleurs. Prs de l'autel est un petit banco le Lama officiant dispose les offrandes qui doivent tre consumes en

    holocauste, et les instruments exigs par les rites dans certaines crmonies.

    Au fond de la galerie, dans un retrait, la statue du genius loci qui le

    temple est consacr ; dans quelques temples sa tte est couverte d'un dais

    d'toffe, dont on peut voir la forme planche XXV; du centre appel Doug (lit-tralement ombrelle) partent quelques rubans (Labri), horizontalement tendus,

    au bout desquels pendent des bannires verticales (Badang, en sanscrit

    Patka1.)Dans la salle d'entre, des deux cts de la port, et aussi dans l'intrieur dit

    temple se trouvent plusieurs grands cylindres prires, que le Lama de service

    1Cescransdoiventtre considrscommetmoignagesdu respect renduaux dieux, et correspon-dantauxcharpesdesoiebrodesdesentencesque la politessetibtaineoblige offriraux visiteurs,ouquisontenfermesdansleslettres.Cescharpesse nommenten tibtainKhatak,ouTashi Khatakj charpedebndiction.

  • LE BOUDDHISMEAU TIBET 123

    tient toujours en mouvement. Les murs sont souvent dcors de vues de cits

    saintes ou de monastresd peintes sur papier ; elles sont beaucoup plus

    grossires que les peintures de dieux ; elles n'ont point de perspective ; les

    maisons sont dessines de face, mais trs incorrectement. Parmi ces imagesde lieux saints se trouve presque toujours un plan vertical de Lhassa que les

    Tibtains honorent du nom de paysage; il ressemble quelque peu aux vieux

    plans de villes d'Europe dessins vol d'oiseau.

    MONUMENTSRELIGIEUX

    Le bouddhisme a cr diverses sortes monuments religieux, parmi lesquelsles plus dignes de remarque sont les Chortens, les Manis, les Derchoks et

    les Lapchas.

    1. Chortens

    Le m