100 ans à Fouesnant

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    12-Jul-2015

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  • Annick Le DOUGET

    L'audience de justice de paix du canton de Fouesnant, se tenait tous les deux moisenviron, un jeudi, au prtoire dit ordinaire de Fouesnant.En 1900 sigeaient ainsiValry Ambroise Cormier, juge de paix du canton, et matre Jean-Franois Clorennec,greffier.

    Les affaires civiles du ressort de la justice de paix taient trs varies : contestations devoisinage sur un talus ou une parcelle de terrain, conseils de famille des orphelins,mancipations, dclarations d'incendie, etc.

    Ainsi le 22 octobre 1900 est recueillie au greffe la dclaration d'incendie de Jean-Marie Larsonneur, cultivateur et marin-pcheur, demeurant l'Ile Drennec des Glnan. Ildclare que le 15 octobre prcdent, son foin et sa paille ont t compltement consommspar suite d'un incendie qui s'y est dclar vers midi; qu'il ignore les causes de ce sinistre, Quetous les moyens et secours sa disposition ont t employs pour y parer," et que le montantde ses pertes s'lve la somme approximative de 800 francs . Heureusement, Larsonneurest assur la Compagnie d'assurance contre l'incendie L'Union. . .

    Parmi les formalits obligatoires effectuer au greffe de la justice de paix, relevonsencore les intressantes dclarations de proprit de bateaux, soit neufs, soit acquisd'occasion.

    Citons pour l'anne 1900 : la Couronne de Sainte-Anne , chaloupe de 10 mtres delong, dclare par le marin-pcheur Tristan Millour, de La Fort-Fouesnant; la chaloupe depche Les Deux Frres , de 6 mtres de long, appartenant Louis Bourhis, du bourg de LaFort, ou encore le Va comme tu pourras , de Jules Trobo, marin-pcheur La Fort.Lors de chaque dclaration, le serment du propritaire tait recueilli. A titre d'exemple,Tristan Taladun, marin-pcheur la Fort, se prsente le 11 mai 1900 devant le juge de paix,indiquant avoir fait construire un canot de pche Jeune Marguerite par le sieur Bourhis,constructeur maritime Concarneau, qu'il dclare attacher au port de La Fort. Il prte alorsle serment suivant, la main droite leve Dieu: Je jure et affirme que je suis seul propritairedu dit canot Jeune Marguerite, que je suis citoyen franais et soumis aux lois de la France, etqu'aucun tranger n'est directement ou indirectement intress dans le dit canot.

    Il y a cent ans au prtoirede Fouesnant. . .

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  • Bateaux de pche la cale de La Fort Fouesnant

    Toute acquisition de bateau doit tre dclare au juge de paix.

    Parfois les mauvaises plaisanteries s'achevaient en contentieux devant le juge depaix. C'est le cas surprenant dvelopp l'audience du 19 juillet 1900 entre deux Forestois,Jean Ndlec, jardinier la Chapelle Guiler, et Jean-Marie Guirinec, cultivateur deGuernalay.

    Le sabot la queue du cheval. . .

    Le jeudi 24 mai 1900, jour de l'Ascension, vers une heure de l'aprs-midi, le sieurGuirinec, d'humeur plaisante, attachait un vieux sabot la queue d'un jeune cheval, propritdu sieur Ndlec. . . Ce dernier saisissait peu aprs le juge en demande de rparation, attendu que le cheval effray s'est beaucoup fatigu en galopant toute l'aprs-midi, quepersonne ne pouvait l'arrter, et que depuis ce jour il est devenu intraitable et qu'il a lesmembres alins , et exigeait 200 francs de dommages-intrts de la part du plaisantin.

    Enqute et contre-enqute auront lieu: nombreux sont les tmoins de l'affaire. . . YvesPrs est le premier entendu. Ce jeune garon de Kergonan en Fouesnant confirme que passant prs de la cour de Guirinec, j'ai vu celui-ci, en compagnie de son fils Flix, quiattachait un sabot la queue de jeune cheval de Ndlec ; ils ont ensuite chass le cheval surla route .

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  • Pierre Cariou, domestique la maison de garde du bois de Pleuven, a vu la mme scne.Quant Laurent Bourc'his, cultivateur de Kerviquon La Fort, il dit avoir aperu le jeunecheval de Ndlec sur le chemin vicinal qui conduit de la Croix de Kersiou au bois dePleuven , cet animal avait un sabot attach la queue et galopait au moment o il a passprs de moi . Deux autres tmoins acquis au soutien de Guirinec viennent leur tour labarre et dposent, l'un pour assurer que son ami est innocent car il tait alit ce jour des faits;l'autre pour affirmer comme preuve d'innocence qu'il tait boire du cidre en sa compagnie. .Mais il apparat surtout de ces dpositions que l'on avait abus de cidre en ce jeudi fri, etces tmoignages approximatifs et peu concordants n'branlent gure la conviction du jugeCormier.

    Il est quitable, dit-il, que Guirinec supporte les consquences de sa mauvaise etimprudente plaisanterie qui, heureusement, n'a pas eu les suites graves qu'elle pouvait avoir.Toutefois, il trouve les prtentions de Ndlec excessives quand il rclame 200 francsd'indemnit, et condamne Guirinec lui verser seulement la somme de cinq francs dedommages-intrts ainsi qu' supporter les frais de procdure qui se montent. . . 67 francs !

    Quand taient voques les affaires de simple police devant le juge de paix, gageonsque la salle d'audience tait bien anime. Le juge statuait sur les petites infractions, et nemnageait pas ses remontrances aux auteurs de rixes, de vols d'herbe ou de bois, aux ivrognes,et aux imprudents qui laissaient divaguer leurs chiens sans collier. Parfois s'agissait-il d'uneaffaire de tapage nocturne, comme celle voque le 16 aot 1900 concernant Jean Scordia,20 ans, vannier, demeurant prs de l'Arbre du Chapon Saint-Evarzec. Il comparaissait pour avoir t l'auteur de tapage nocturne Saint-Evarzec en jouant du clairon une heureavance de la nuit . . . Le fait, avr, lui a valu un franc d'amende.

    Les affaires de diffamation pimentaient rgulirement les audiences de la justice depaix. Elles faisaient le plus souvent suite des disputes publiques dans les bourgs du canton,et le juge tait appel en arbitre pour sauver l'honneur de tel ou tel requrant. Aprsconsultation des archives, nous devons nous rendre l'vidence : ces disputes taient presqueuniquement le fait des femmes. . . Les noms d'oiseaux pleuvaient. Outre les invitables

    garce, truie , nous relevons galement trangre, nez crochu, grands yeux . . .

    L'air de la calomnieMais une trs curieuse affaire de diffamation passait en audience de conciliation le 27dcembre 1900. Le plaignant, l'abb Le Bihan, recteur de la paroisse de Pleuven, va sortir latte haute d'une vile histoire de calomnie qui aurait pu le briser. A l'origine de cette pnibleaffaire se trouve Yves L., cultivateur de Pleuven. Du 1 er au 9 dcembre 1900, tant Pleuvenqu' Clohars, il colporte le bruit que l'abb Le Bihan aurait eu des relations coupables avec sabelle-fille sur le chemin mme qui conduit du bourg de Pleuven au presbytre.

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  • En veut-il au prtre ? Certainement. A sa bru ? On n'en doute pas. Mais si cettedernire traite par le mpris ces ragots, l'abb Le Bihan tient porter l'affaire en justice il y vade son crdit et saisit le juge Cormier.

    C'est un Yves L. piteux qui se prsente en conciliation. Il regrette vivement lemouvement de colre qui l'a port tenir ces propos calomnieu-x et prie le demandeurd'agrer ses excuses et de lui pardonner . L'abb Le Bihan, en prsence du repentir manifest par Yves L., accepte ses excuseset lui pardonne , mais ne renonce son action en justice qu' une condition. Yves L.s'oblige verser entre les mains de M Le Guals, notaire Pleuven, une somme de soixantefrancs qui sera employe en achat de pain distribuer en trois fois, trois dimanchesconscutifs, aux pauvres de la paroisse de Pleuven, l'issue de la grand-messe .Ce qui sera chose faite car la plainte a t classe. Voil donc l'exemple d'une mdiationpleinement russie !

    Juge de paix sous le Directoire.Le juge de paix a un habit bourgeois, redingote grise avec des feuilles de laurier en sautoir.

    Selon un mot de Prugnon, le nom seul de juge de paix a le droit d'intresser : ce mot fait dubien au cur, il fait adorer la justice .

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