319 Lettre Du Musicien Cello 2005

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  • 8/13/2019 319 Lettre Du Musicien Cello 2005

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    Le

    violoncelle

    La Lettre du Musicien - 1re quinzaine de novembre 2005 - n319

    Un dossier instrument de La Lettre du Musicien

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    LE VIOLONCELLE?

    Le plus bel instrument

    du monde. Et le plus

    tendre, le plus persuasif, le plus

    mouvant. Son rle se confond avec

    celui de la musique la plus inspire.

    Cest un pote qui nous dcouvre

    les rgions les plus hautes de la

    pense; un guide qui nous

    introduit dans les sanctuaires les

    plus intimes du cur ; un magicien

    qui cre en nous ces appels et ces

    prolongements mystrieux qui,

    dun coup daile, nous emportent

    vers le Beau.

    Cette citation de Paul Bazelaire,lune des grandes figures de

    lcole franaise du 20e sicle,

    illustre bien les liens amoureux

    quentretiennent les musiciens

    avec leur instrument, qui leur

    permet de sexprimer, tout en

    exprimant la beaut de lamusique.

    Cest le violoncelle sous sa

    forme moderne qui est lobjet

    de ce dossier.

    II La Lettre du Musicien - 1re quinzaine de novembre 2005 - n319

    Ce dossier a t prpar par Michel Oriano,

    professeur duniversit, prsident de lAssociation franaisedu violoncelle et directeur de la revue Le Violoncelle.

    Photo de couverture: Mstislav Rostropovitch en 1968 INGI

    Reproduction interdite La Lettre du Musicien

    novembre 2005 www.lettre-musicien.fr

    sommaire

    LHISTOIRE

    LES INTERPRTESLes violoncellistes de lgendeIls ont marqu leur sicle

    Les lgendes vivantesVioloncellistes franais laffiche

    LINSTRUMENTAnatomie du violoncelleAnatomie du violoncelliste

    Propos de luthiersLarchet, une histoire de mondialisation

    Quelques accessoiresLacoustique du violoncelle

    LA FORMATION ET LES DBOUCHSPropos denseignants

    Perspectives professionnelles

    Le rpertoire pour violoncellePetite bibliographieQuelques concours

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    Commenons par dire quelques mots des origines du vio-loncelle. Ltymologie rserve des surprises. Pour re-trouver la racine du mot viole, on a voqu, entre au-

    tres, le mot latin vitulare (bondir comme un veau), quiexprime la notion de joie, et que lon retrouve dans vidula,vitula, ouviale. Dans les langues mdivales, on trouve une pl-thore de termes commefigella,fitola,viguello,fithele,videle, quirelientviolaau latinfidulaoufidicula (defides: corde), par les-quels Cicron traduisait le grec kithara, la cithare, souventconfondue par les potes avec la lyre, mais dont la caisse, ana-logue celle de la guitare ou du violon, comportait une table etun fond parallles, relis par des clisses. Mais il sagissait ldinstruments cordes pinces.

    Nous reviendrons plus loin sur larchet (voir page22). Sil nesemble pas avoir t utilis dans la Grce et la Rome antiques,on pense quil a t invent en Inde plusieurs millnaires avantJsus-Christ et nous aurait t transmis par les Sarrasins aprsavoir transit par le Moyen-Orient entre les mains de migrantsarabes, gitans, juifs, etc. Quoi quil en soit, les instruments archet fourmillent dans liconographie de la deuxime moitidu Moyen Age. Il sagissait l dune innovation fondamentale,car les cordes frottes par un archet transforment en nergieacoustique lnergie mcanique de friction qui se rpercutedans la caisse de rsonance par lintermdiaire du chevalet. Onsait quil existait de nombreux modles dinstruments archet

    cette poque, parmi lesquels on peur citer, entre autres, lalirade gamba, levioline pomposo, laviola bastarda, la tromba mari-na, laviola di bordone, lavioletta marina, la viole damour

    Deux grands types dinstrumentsOn peut classer ces instruments selon deux types. La vile ( ne pas confondre avec la vielle roue et cla-

    vier), pratique par les musiciens cultivs, existait sous plu-sieurs formats, dont les plus grands jouaient le rle de lalto etde la basse, comportant chacun six cordes accordes par quar-tes. Les cordes taient plus fines et moins tendues que cellesdes instruments de la famille du violon moderne, les tablesmoins paisses, les clisses plus hautes, les oues en forme de

    c et non de f. Le manche tait garni de sillets marquant lesdemi-tons, comme cest encore le cas de la guitare1. Le rebec, en forme de poire arque en bas: apparent aurebabmauresque auquel il emprunta le chevillier renvers et lerecouvrement de la table dharmonie par une fausse table en

    bois ou en mtal, il comportait une caisse ventrue se rtrcis-sant jusquaux chevilles sans lintermdiaire dun manche. Onen trouve galement plusieurs formats.Si le rebec continua tre jou par les mnestrels, la vile, quiprit le nom de viole, se modifia et donna naissance une famillecalque sur le quatuor vocal, avec des violes soprano, alto, tnoret basse. La grande innovation fut linvention de lme, unepetite pice de bois place lintrieur de la caisse, perpendi-culairement la table, au niveau des cordes aigus, qui, enreliant la table et le fond, transmet tout le corps de linstru-ment les vibrations qui naissent au chevalet: tous ceux qui pra-tiquent le violon, lalto ou le violoncelle savent combien est dli-cat le rglage de cette pice, dont quelques millimtres de

    dplacement suffisent modifier radicalement la sonorit delinstrument. Autre point fondamental : auparavant, la tabledharmonie (le dessus) ntait parfois forme que dune peautendue sans aucune ouverture. Or, contrairement aux instru-ments cordes pinces, les cordes frottes ncessitent une ten-sion beaucoup plus grande et il fallut les rattacher solidementau cordier. Afin de renforcer la rsistance de la table, on dutfixer une tige de bois (la barre) sous la table dharmonie auniveau des cordes graves.

    LItalie,mre des violons modernes

    Cela constitua un progrs crucial qui allait engendrer la famille

    du violon moderne: ne Brescia aux alentours de 1520, celle-ci coexista longtemps avec celle de la viole.

    Jusquau 15e sicle, la voix humaine avait jou presque exclusi-vement le rle qui sera ensuite dvolu aux instruments. Pendantlongtemps, on se limitait surtout aux voix aigus produisant unson nasal. Pour les accompagner, on utilisait surtout des instru-ments au registre aigu, comme on le fit jusque trs rcemmenten Inde ou en Chine. A cette poque, la voix de basse ne faisaitpas partie de notre conception de la musique. Vers le milieu du15e sicle, des compositeurs flamands commencrent tendrele registre de la voix jusquau do grave, en dployant davantagela gorge. La naissance de la basse de viole la mme poque

    nest donc pas le fruit dun hasard.

    Celle-ci connut une grande faveur pendant la Renaissance,notamment en Angleterre, o se dveloppa un rpertoire solis-te pour cet instrument que lon jouait aussi en ensembles

    De la corde pince la corde frotte

    Petite histoire duvioloncelleLarrive de larchet dans lEurope mdivale suscita lclosion de nouveaux instruments cordesqui se multiplirent rapidement. De la lira di gamba la viole damour, voici lhistoire de linstrument,

    jusquau violoncelle moderne.

    IIILa Lettre du Musicien - 1re quinzaine de novembre 2005 - n319

    le violoncelle

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    (Jenkins, Byrd, Lock, Gibbons, Purcell).De la mme manire, en France, elleclipsa les autres membres de la famille,et le mot viole, sans autre prcision, ladsigna chez les compositeurs virtuoses

    des 16e et 17e sicles, comme SainteColombe, Marin Marais, Forqueray,ou Caix dHervelois, dont la cl-brit navait rien envier celle desgrands violonistes ou clavecinistesde lpoque.

    Ce rayonnement de la viole de gambe(ainsi nomme parce quon la tenait ver-ticalement entre les jambes et non surlpaule) et la renomme des artistesqui la pratiquaient de chaque ct de laManche expliquent que, bien que la

    famille des violons, altos et violoncellesmodernes ait vu le jour ds le dbut du16e sicle, ainsi que lattestent de nom-breuses peintures italiennes de l-poque, le violoncelle ait mis plus detemps simposer en France et en

    Angleterre. Dans ces deux pays, leprestige des gambistes et de leur rper-toire constitua en effet un frein et fut lorigine dune bataille, au cours de

    laquelle les dfenseurs de la violersistrent longtemps ce quils

    dnommaient les entrepri-

    ses du violon et les pr-tentions du violon-celle, qui se vitattribuer des qualifi-catifs ironiques telsque viole de selleou encore misra-ble cancre, hre, et

    pauvre diableLItalie avait pris de la-

    vance parce que la viole nesy tait pas rpandue avecautant de succs. Ds le

    dbut du 16e sicle, onconstata que cette der-

    nire manquaitdamplitude par

    rapport au vio-lon que lon

    venait dinven-ter. Les luthiersde Brescia et deCrmone satta-

    chrent donc concevoir des ins-

    truments suscepti-

    bles de mieux marier

    leur sonorit et leurs possibilits techniques avec celles, plusbrillantes, du violon. Si bien que, sil conserva approximative-ment la taille de la viole, levioloncello (diminutif deviolone)sinspira surtout de la forme du violon: fond vot, suppressiondes frettes sur la touche, limitation quatre cordes au lieu de

    six, courbure du sommet du chevalet afin de faciliter le jeu descordes individuelles sur lesquels larchet allait pouvoir joueravec davantage dnergie sans frler les cordes voisines. Lersultat fut si satisfaisant qu part quelques dtails2, ces instru-ments nont pas subi de modifications fondamentales depuis letemps de Stradivarius.

    Aprs Monteverdi, lorchestre remplaa les instruments fai-ble puissance comme le luth, le thorbe ou la guitare par desinstruments cordes frottes: avec Carissimi et Lully, il se com-posa essentiellement de violons, de violes, de doubles basses,de fltes, de hautb