4 1917 - la GRaNDE GuERRE 1917 - Avions- 2017. 10. 5.¢  4 19171917 - la GRaNDE GuERRE LA GRANDE GUERRE

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    1917LA GRANDE GUERRE

    Introduction

    En 1917, alors que la guerre entre dans sa 4e année, l’Allemagne semble se trouver dans une impasse. Étranglée économiquement, elle est distancée par la production des alliés de l’Entente et notamment dans le domaine aérien où la France est en tête, ce que nous examinerons dans le premier chapitre. Les Alliés disposent d’une supériorité numérique qu’ils vont utiliser au mois d’avril en tentant une nouvelle offensive commune décidée par le chef de l’armée française, le général Nivelle : une attaque qui va encore se briser dans les barbelés allemands (chapitre 2). L’Allemagne, aux abois, va tenter un coup de poker : relancer la guerre sous-marine à outrance pour tenter d’asphyxier économiquement l’Angleterre. Un pari perdu, notamment en raison du développement de l’aviation navale franco-britannique (chapitre 3), et qui provoque l’entrée en guerre de l’Amérique. L’échec de l’attaque d’avril ne va pas dissuader le général Haig, chef de l’armée britannique, de tenter un nouvel assaut : ce sera de nouveau un échec sanglant, tant au sol qu’en l’air où l’aviation britannique subira de très lourdes pertes (chapitre 4). L’Allemagne, qui a gagné une bataille défensive, va désormais attaquer l’Angleterre avec sa flotte de bombardiers bimoteurs qui vont remplacer les Zeppelin de plus en plus vulnérables (chapitre 5). Deux évènements vont rebattre les cartes en faveur de l’Allemagne : la révolution russe ; qui met ce pays et son aviation hors de la guerre (chapitre 6), et la déroute de l’armée italienne à Caporetto, provoquée par l’envoi de troupes et d’escadrilles allemandes pour aider les Autrichiens à bout de souffle (chapitre 7). Malgré l’entrée en guerre de la Grèce, peu de choses bougent sur le front d’Orient autour de Salonique (chapitre 8), tandis que hors du continent européen, jusqu’au bout du monde, l’aviation allemande réussit quelques exploits symboliques que nous raconterons dans un chapitre 9.

    Le Nieuport 23 n° 3882 « 2 » de l’escadrille N 350 (future escadrille 462) près de Sois- sons le 27 mai 1917. Cette unité, normalement affectée au Camp Retranché de Paris où l’ennemi ne se montre guè- re, a été affectée en renfort sur le Chemin des Dames en avril 1917 où elle forme un groupe de chasse provisoire avec les N 65, N 124 et N 351. Le pilote est peut-être le médecin aide- major de 1re classe (Lt) Pierre Toulant. Né en 1883 à Poitiers, Toulant a d’abord servi dans le personnel médical avant d’être breveté pilote le 25 février 1917. Affecté à la N 461/CRP le 29 septembre 1917, il quittera l’aviation fin juin 1918 pour revenir dans le personnel médical. Installé en Algérie après la guerre, il y exercera en tant que médecin ophtalmologique. Il est décédé en 1962 à Paris. (photo Fer- nand Cuville, domaine public)

    Chapitre 1 : guerre des ministres, des généraux et des ingénieurs

    1-1-La France toujours en tête 1-1-1-Bataille politique au Parlement

    L’année 1917 va connaître nombre de bouleversements dans le pouvoir politique, qu’il convient d’évoquer car ceux-ci ont un lien direct avec l’état-major ainsi que le commandement de l’aviation. Régime instable avec un président de la République cantonné à un rôle représentatif et un vice-président du Conseil (Premier ministre) à la merci de majorités de circonstances à l’Assemblée nationale et au Sénat, la IIIe République fait la

    démonstration de son instabilité en 1917, année durant laquelle pas moins de quatre hommes se succèdent au pouvoir suprême. À la tête du pays depuis le mois d’octobre 1915, Aristide Briand a dû en 1916 user de tous ses talents d’équilibriste pour tempérer l’animosité des députés et sénateurs envers la manière dont est conduite la guerre par le chef des armées, le général Joffre, dont les lauriers de la gloire amassés lors de la bataille de la Marne se fanent au fur et à mesure des offensives qu’il planifie et qui échouent sur les barbelés des tranchées allemandes... Si Joffre a survécu à l’offensive de Champagne en septembre 1915, il va tomber suite à l’échec de la bataille de

    Aristide Briand (1862-1932), président du Conseil d’octo- bre 1915 à mars 1917. (DR)

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    la Somme lancée de juillet à novembre 1916 et doit démissionner au mois de décembre 1916.

    Briand choisit pour le remplacer à la tête des armées le général Robert Nivelle, qui s’est distingué avec son subordonné Mangin dans les contre-offensives menées à Verdun et remportées par de brusques attaques lancées après une courte et très violente préparation d’artillerie. Il compte reproduire ces exploits locaux à une plus grande échelle en menant une percée qui conduira à la victoire définitive. Il sait « vendre » son idée aux politiques, désespérés par le désastre de la guerre et avides d’espoir. Maîtrisant parfaitement la langue de Shakespeare car sa mère était anglaise, il sait également séduire les Britanniques avec lesquels son prédécesseur Joffre était en froid... Peu après son arrivée à la tête des armées, il place ses hommes aux postes-clés et le commandant Barès, chef de l’aviation auprès du Grand Quartier Général et homme de Joffre, en fait les frais : il est limogé le 15 février 1917 et remplacé de manière éphémère par le commandant Louis-Napoléon de Guillabert, puis, dès le 20 février, par son adjoint le commandant Paul du Peuty, un fervent partisan d’un emploi offensif de l’aviation.

    L’offensive planifiée du Chemin des Dames a un farouche opposant, très lucide : le général Hubert Lyautey, l’ancien gouverneur du Maroc qui a été nommé ministre de la Guerre en décembre 1916. Il déduit vite de ses entretiens avec Nivelle le désastre qui s’annonce et va tout faire pour tenter d’en avertir les politiques... Convaincu de l’utilité d’un commandement interallié des troupes, il va tenter d’œuvrer en ce sens lors de son court passage au ministère de la Guerre. À ce titre, il crée le 20 février 1917, sous les ordres du général Amédée Guillemin, une Direction de l’aéronautique pour centraliser sous une même autorité tous les services de l’aviation : ceux de l’arrière régissant l’organisation de la production (tâche jusque-là effectuée par le colonel Henri- Jacques Régnier, chef de la 12e direction au ministère de la Guerre), tout comme l’emploi des appareils au front, sans oublier l’emploi des appareils utilisés par la Marine ni la question de l’aide aux industries aéronautiques des Alliés – tout particulièrement britanniques. Mais nombre de parlementaires ne font pas confiance à Lyautey à qui ils prêtent des ambitions de dictateur. Le 14 mars, exposant à la demande de l’opposition son projet d’organisation de l’aviation devant l’assemblée, il est chahuté par des députés à qui il refuse de donner des détails qu’il

    estime relever du secret militaire. Excédé, il quitte la séance en lâchant un retentissant « tas de cons ! » et démissionne du gouvernement. Aristide Briand ne survit pas au scandale et son gouvernement tombe six jours plus tard. Lui succède le 20 mars, en tant que vice-président du Conseil, un ambitieux petit vieillard de 75 ans, le sénateur de la droite libérale Alexandre Ribot, par ailleurs élu à l’Académie française. Le gouvernement Ribot balaie le projet d’organisation de l’aviation de Lyautey et renvoie le général Guillemin dans l’infanterie ; l’organisation de la production aéronautique est confiée à un sous- secrétaire d’état à l’Aéronautique, le député radical Charles Daniel-Vincent.

    L’offensive du Chemin des Dames, comme l’avait prévu Lyautey, se traduit par un sanglant échec quelques jours après son déclenchement le 15 avril 1917. Nivelle est remplacé à la tête des armées par le général Philippe Pétain exactement un mois plus tard, le 15 mai. Ce dernier doit faire face à une crise morale sans précédent dans l’Armée, avec des permissionnaires refusant de retourner en ligne. Améliorant les conditions matérielles des soldats, il va cesser toute grande offensive mais néanmoins mener des attaques locales à grand renfort d’artillerie. Il compte surtout laisser le temps à l’armée de se refaire en attendant l’arrivée des troupes américaines ainsi que le développement de nouveaux matériels de guerre, les tanks et l’aviation, dont il est un fervent partisan.

    À ce titre, il va nommer comme directeur de l’aviation au GQG un de ses hommes de confiance, le colonel Maurice Duval qui succède au commandant du Peuty le 3 août. Sous les ordres de Pétain, Duval, qui sera nommé général en 1918, va parvenir à imposer ses idées auprès du sous- secrétariat d’état à l’Aéronautique en obtenant la rationalisation de la production sur les meilleurs appareils dans chaque spécialité puis va faire appliquer une nouvelle organisation au front afin d’employer l’aviation en grandes masses. Restant à son poste jusqu’à la fin de la guerre, Duval va rencontrer un écho favorable auprès de son pendant civil, le nouveau sous-secrétaire à l’Aéronautique Jacques-Louis Dumesnil nommé à ce poste le 12 septembre et qui le restera jusqu’à la fin de la guerre. Ce 12 septembre 1917 a en effet vu la constitution d’un nouveau gouvernement, dirigé par le mathématicien et député radical- socialiste Paul Painlevé, Ribot ayant été renversé

    Le géné