Ab©c©daire de 1861 Th©ophile Gautier - .6 se regardaient de travers, prts   d©gai n er pour

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Text of Ab©c©daire de 1861 Th©ophile Gautier - .6 se regardaient de travers, prts  ...

  • A B C DA I R E

    DE 1 8 6 1

    THOPHILE GAUT IER

    PARI S

    B . DENTU , EDITEUR

    Libraire d e la Soc i t d es Gens d e lettresP AL AIS- RO YAL , 4 3 et 1 7 , GAL E R I E D

    O RLANS

    1 8 6 1

    l

    om d \0 l lS resewe

  • SALON DE 1 8 6 1

    C O UP D

    OE I L GNR AL

    Cest une solenn it toujours impatiem

    ment attendue que louverture du Salon . La

    foule s y porte avec une curiosit qui ne selasse pas . Les rival its d col e changeaientautrefois cette curio si t en passi on , et chaqueexposition tai t comme un champ de hataille o des tableaux ennemis s e d isputaient ardemment la victoire au milieud

    un tumulte de cri tiques et d loges , exagrs de part et d autre avec une gal ebonne foi . Sublime ! Dtestable chappde Charenton Perruque ! Dieu de lapein ture ! Barbouill eur d enseignes ! tellestaient les amnits qu

    changeaien t lesd eux camps . Les disciples accouraient ausecours de leurs ma tres ,C lassiques bien rass l a face vermeil le ,Homautiques harbus au Visage hMmi ,

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    se regardaient de travers , pr ts dgainer pour la l igne ou la couleur . On voyaitce j our- l errer firemen t et d un airagressif, parmi l es bourgeois effarouchs ,des rap ins caractris tiques et truculents ,en pourpoint de velours noir , le feutregris sur l e chef

    ,la chevelure prolixe , le

    sourci l circonflexe , la moustache en croc ,qui croyaien t navement tre Murill o , Ruben s ouVan Dyck , pour en avo ir adopt lecostume . D autres plus modestes , maisnon moins tranges , sparaien t leurs cheveux par une rai e au mil ieu de la t te etfaisaient j ai lli r leur col nu d une chemisette carre en l honneur de RaphalSanz io .Les uns venaient de l ateli er de Devria

    ou de Delacro ix , les autres de latelier d ln

    gres . et l se pr lassait , l rpandant ,comme le Mmse de Michel-Ange , un fleuvede barbe sur une redingote douteuse , ungaillard dont le regard satisfai t semblaitdi re : Admirez -moi

    ,j e sui s Jhovah , Ju

    piter , le fleuve Scamandre, le doge , ler

    mite,le bourreau ! Des femmes d une

    toilette nglige et prtentieuse , figuresjuives , dont le buste , sr de lui-mme ,

  • ddaignai t les mensonges de la corsetres

    arrtaien t devant les Vnus , les nymphes ,les ondines

    ,et souriaient a leurs images

    avec une complaisance coquette , heureusesd avoir prt leurs formes pour revtirl idal des artistes . (l taien t les modles

    qui pousaient , su ivan t l eur type grec oumoyen ge , les querelles des coles .Cette cohue turbulente causait un cer

    tain effroi aux spectateurs pai sibles , qui nese hasardaient gure au Salon que trois ouquatre j ours aprs l ouverture , de p eur dequelquesunes de ces malicieuses avaniesdont l es tud iants sont prodigues l endroit des philistins .La physionomie du Salon a beaucoup

    chang et ne prsente plus rien de particul ier . Les artistes , auj ourd

    hui , nous neles en blmons pas

    ,nous constatons seu

    lement le fait,affectent la tenue la plus cor

    recte ; ils vitent avec soin toute mode un

    peu voyante et bizarre . I ls fuient l

    origina

    l it ex trieure comme ils la poursuivaientautrefois . Rien ne les distingue plus desgens du monde , et leur ambition secrtepara t tre de ressembler de parfaits notaires . Ils y russissen t souvent . Peut- tre

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    serait- il l ogique que des gens occups par tat de forme et de couleur , essayassen td imposer leur got , qui doit tre bon , etde drober le costume moderne

    ,dont ils se

    plaignent sans cesse , l

    autocratie destailleurs . Les rapins calms portent avecsagesse le paletot brun ou le simple habitn o ir . Le tourn iquet arrte les pres ternel s en leur demandant vingt sous , et lesVnus quatre francs la sanc e senveloppant d un chle long , prennent l e dominode l uniformit gnrale . L observateurne rencontre plus ces ouvertures l intrtde premire reprsentation qui l e faisaitstationner j adis d e longues heures devantla porte

    ,assige ds laurore . Les con

    trastes et l es excentricits ont disparu.L

    art lui -mme s es t profondment modifi plus d antithses violentes , plus decamp s furieux , plus de doctrines s

    excluant

    lune l autre , plus de rivalits dcol e . Les

    dieux vrais ou faux n ont plus de fidleschacun est son dieu et son prtre . Lesmatres

    , dfaut d imitateurs se copient

    eux-mmes . Sans doute on discerne etl comme des groupes d e talen ts simi laires ,mais une conformi t de tempramen t les

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    rapproche par hasard . Ce n es t pas unemme traditi on

    ,un mme enseignement

    ,

    qui produi t ces ressemblances . Les tendances les plus d ivers es sont reprsen tes ,mais individuellement et san s se rattacher une cole ; le ral iste coudoi e l

    archa

    que, le prraphal iste , comme d isent l esAnglai s , mais la critique aurait tort de voirdans cette manifestation isole un mouvement significatif. Toute formule gnralequon essaye d adapter l art contemporain est suj ette tan t d excep tions qu

    i l yfaut b ientt renoncer . La classificati onmme par genres , n

    est p lus possible . Laplupart des tableaux chappen t ces anc iennes catgories s i commodes h istoire

    ,

    genre , paysage ; presque aucun ne sy en

    cadre rigoureusement . Diversi t infin ie sansgrande originalit

    ,tel n ous sembl e tre le

    caractre du salon de 1 86 1 diversit

    qu

    augmente encore le cosmopol itisme desartistes que la vapeur disperse tous lespoints de l horizon .Auss i le classement des toiles at - il t

    opr , cette anne , par ordre alphabti

    que . Les tableaux se suiven t sur l es mursd e l exposition comme dans le l ivret de

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    pui s A jusqu Z . Chose surprenante

    ,les

    rapprochements qu

    amnent les hasards dela lettre valen t le plac ement rflchi et dis

    put . I l ny a pas trop de disparates . De

    longs essais n eussent pas mieux russi , etp ersonn e ne p eut se plaindre .En dehors de ce classement sont runis

    dans le grand salon carr des tableauxparmi lesquels on remarque l a Ba ta i l led e l

    Alma , de M . Pils ; l a B a ta i l l e deSolfer ino et le portrait de S . A. l . l ePrince Imprial

    ,de M . Yvon ; le portrait

    du Prince Napolon , de M . HippolyteFlandrin ; un Ep isod e d e la ba ta i l le deS olfer ino, de M . Armand Dumaresq ; l eportrait de S . A. I . la Princesse MarieClo tilde

    ,de M . Hbert ; l e Dnomen t de

    la ba ta i l l e d e S olfer ino, de M . Devil ly l eC or te

    ge p on tifica l , proj et de frise , deM . de Coubertin ; le portrai t de S . A. I . laPrincesse Mathilde , de M . Edouard Dubuffel a Ren tre Par is d es troup es d e l

    a rme'

    e

    d

    I ta l ie, de M . C iheiu, et l a Gard e imp r ia l e au p on t d e M agen ta , de M . EugneCharpentier .A la droite du salon , faisant face la

    Ba ta i l le de Solfer ino , de M . Yvon , com

  • _ u _

    meuse la lettre A ; le Z ferman t cet immense bracelet de peintures se trouve lagauche . Le serpent alphabtique se mordla queue comme le s erpent de l tern it .Nous suivrons dans notre compte rendu

    l ordre des l ettres . Quelques-unes son triches

    ,d autres sont pauvres . Le tal en t

    semble affectionner certaines initi ales .Nous devons signaler ds prsent le portrait de MEmma Fleury, de l a ComdieFranaise , de M . Amaury Duval ; l e Sed a ine

    ,de M . App ert ; l a C onva l escence,

    de M . Anker ; l a C onfidence et l e p ortra i td e M

    " de M . Aubert l a Char lotteCord ay , de M . Paul Baudry , qui arrte lafoule ; l a Pr emire Discorde, de M . Bou

    guereaw l

    H ercu l e au p ieds d

    Omp /za le

    et l a Rep etit ion du joueur de fl te, dansl

    atrium de la maison pomp i enn e duPrince Napolon , de M . Gustave Boulanger ; l a Rond e du S abba t, de M . LouisBoulanger ; le Parc au moutons, deM . Brendel ; l e Soir , l es Sarc leuses etl

    Incend ie,de M . Breton ; l es Paysages

    d

    Or ien t,de M . Belly ; ceux de M . Belle]

    l es S cnes d e H arem

    ,de M Henriette

    Browne .

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    Citons l a Nymp /1e en levep ar un Faun e,et

    l e Po te floren tin , de M . Cabanel ; l aRaz z ia de ba c/zi -bouzoucks, de M . Cermak ; l es portraits de M . Chaplin ; Bel lumet Concord ia , de M . Puvis de Chavannes ,d

    un admirable sentiment dcoratif l aDanse d es Nymp hes, de Corot ; le Comba td es C or/

    s,de M . Courbet ; E cco fior i , de

    M . de Curzon ; l e Dan te et Virgi le , deGus tave Dor ; l

    E x cution d

    un e femme

    ju ive, de M . Dehod dencq ; l a Vuep r ise auBasM eudon , de M . Franai s ; l a Phryne

    '

    d evan t l e tr ibuna l , Socra te a l l an t cher

    cher Al c i biade chez Asp asie , Rembrand t

    l es Augures, de M . Grom ; le portrait deC . , Une rue d e C ervara , de M . H

    bert ; des Moutons , de CharlesJacque sdes Chiens

    ,de Godefroy. Jadin ; Un;e Veuve,

    d e M . Jalabert ; l es F emmes d e J rusa lemcap tives Ba by lone, de M . Landelle ; l aNoce bretonne , d

    Adolphe Leleux ; Un efel l ah

    ,d e S . A. I . l a Prin cesse Mathilde ;

    Riche et Pauvre , Une p osi tion cr it ique,

    de M . Matout ; S . M . l

    Emp ereur S ol/e

    r ino,de Meisson ier , une mervei ll e inat

    tendue dan s l uvre du peintre ; M adame

  • - 4 3

    M re et l a Le'

    da,de M . L Muller ; l a Cha

    r i te'

    ,de Clesti n Nanteuil ; l es Ruines d e

    Pestum, de Palizzi ; l a M ort d e Judas , l eS a in t J rme et l es Rochers du GrandPaon , de M . Penguilly I

    Haridon ; l e Chne

    d e Roche, de Thodore Rousseau ; l a M usique de chambre, d e Philippe Rousseaul

    [dy l l e a l l e