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Affiche de tourisme des chemins de fer de l'ouest, vers 1900

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Cette affiche a été éditée alors que Cherbourg était une place militaire de premier ordre, cadre de revues navales médiatisées (1896, en présence du tsar par exemple), et un port d’escale de plus en plus fréquenté par les paquebots transatlantiques. Elle est aussi à replacer dans le contexte plus large de l’essor du tourisme sur les côtes manchoises.

Text of Affiche de tourisme des chemins de fer de l'ouest, vers 1900

  • - 1 - LE DIDACDOC Service ducatif des archives dpartementales de la Manche Juin 2010

    10 Juin 2010

    Affiche de tourisme des Chemins de fer de lOuest (Cherbourg, vers 1900)

    Rfrences Cote : 200 Fi 1/20 Srie Fi : Documents figurs et assimils entrs par voie extraordinaire : cartes et plans, dessins, gravures, estampes, lithographie, photographie, affiches.

    Nature Affiche publicitaire de la Compagnie des chemins de fer de lOuest pour Cherbourg. Forme Affiche polychrome de Louis-Charles Bombled (1862-1927), des ateliers L. Geisler.

    Format : 108,1 76,8 cm (image) Objet Affiche de la Compagnie des chemins de fer de lOuest insistant sur la proximit de

    Cherbourg et ses diffrents centres dintrt. Date et

    contexte

    Affiche dite alors que Cherbourg est une place militaire de premier ordre, cadre de revues navales mdiatises (1896, en prsence du tsar par exemple), et un port descale de plus en plus frquent par les paquebots transatlantiques. A replacer dans le contexte de lessor du tourisme.

    Intrt pdagogique

    Analyse de la forme : Composition graphique. Etude des diffrents plans. Chaque plan correspondant un attrait de Cherbourg : une marine moderne, la plage et les bains de mer, les excursions en campagne. La digue (prouesse nationale) et ses forts sont suggrs. Mais le train nest pas reprsent. Analyse du contenu : 1- Le dsenclavement du Cotentin. Occasion dtudier les conditions de larrive du chemin de fer dans le dpartement (voir clairages). La rvolution de la vapeur. La ligne Paris-Caen-Cherbourg et le rseau ferroviaire franais au 19me sicle. Une rapidit affirme (moins de 7 heures) mais peu vrifie. Observer les 3 classes de tarifs, confronter avec les salaires. Les fonctions du chemin de fer : stratgique (dfense nationale), conomique (changes commerciaux, tourisme), politique (centralisation, diffusion du rpublicanisme). Les effets rgionaux de lextension du rseau ferroviaire. Un nouveau moyen de communication : le tlphone ( Tlphone avec Paris ). 2- Cherbourg, port militaire (grande rade et arsenal). Une nouvelle marine de guerre (cuirass, vapeur). Ici matelot la proue dun contre-torpilleur. Cherbourg, port descale transatlantique (migration vers le Nouveau monde, voir clairages). Gare maritime en service en 1898 : le rail jusque sur les quais dembarquement. 3- Lessor du tourisme. Loisirs de la bourgeoisie : bains de mer, excursions et casino. Villgiature et architecture balnaire (Voir clairages). Ltablissement figur sur laffiche remonte 1864 (il est dmoli en 1943). La mode des bains de mer et le chemin de fer. 4- La France et son arme : Linstauration du rgime rpublicain et leffort de reconstruction militaire aprs la dfaite de 1871. Le rayonnement des armes ( excursion aux escadres ) et lunanimit autour dune grande arme nationale. La rade de Cherbourg, cadre de revues navales spectaculaires.

    Mots cls Troisime Rpublique Chemin de fer Transports Tourisme Bains de mer - Cherbourg.

    SERVICE EDUCATIF DES ARCHIVES DEPARTEMENTALES DE LA MANCHE Prsentation didactique dun document darchives

    Ce Didacdoc est ddi M. Jacky DESQUESNES, IPR dHistoire-Gographie, loccasion de son dpart la retraite.

  • - 2 - LE DIDACDOC Service ducatif des archives dpartementales de la Manche Juin 2010

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  • - 3 - LE DIDACDOC Service ducatif des archives dpartementales de la Manche Juin 2010

    clairages PARIS CHERBOURG : 6 307 200 minutes darrt1

    Lintrusion du chemin de fer vapeur2 dans lespace bas-normand, comme dans lespace national, sinscrit dans un long cycle de mutations techniques et conomiques. Elle prolonge les progrs spectaculaires des voies navigables et terrestres3, amliores et conues en rseau, lors de la premire moiti du 19me sicle. Les contemporains ont tout de suite peru la relation entre infrastructures, changes et prosprit. Aussi, contrairement une lgende tenace, ne boudrent-ils pas le chemin de fer. Bien au contraire, ce qui frappe cest la rapidit avec laquelle les Manchois rclament une liaison ferroviaire avec Paris, sans pour autant abandonner la densification et lamlioration des autres rseaux, complmentaires.

    Cest en 1841 que, pour la premire fois, les lus du dpartement voquent limplantation du chemin de fer dans la rgion,4 mais il nest encore question que dune ligne de chemin de fer de Paris la mer et qui relierait la valle dAuge et Caen. Localement, le projet qui occupe toutes les ttes en matire de communication est toujours la ralisation dun grand canal du Cotentin, de Carentan Portbail, dont lvaluation du cot a t tablie en 1840 30 230 000 f.5

    Pourtant en 1842, la loi du 11 juin relative ltablissement de grandes lignes de chemin de fer depuis Paris et leur financement, bouleverse lordre des priorits. La dcision du gouvernement, datant du 26 aot 1842, de prescrire ltude dune ligne de chemin de fer de Paris Cherbourg via Vire, sembranchant Elbeuf sur celle de Paris Rouen fait remettre aux calendes grecques les tudes du projet de grand canal. En effet, en quelques annes, la question des transports, terrestres et maritimes, a t relance par lavnement de la vapeur. Les rail-ways anglais font rver. A dfaut de chemin de fer vapeur, on envisage mme dtablir des lignes de chemin de fer traction de chevaux pour relier la navigation de la Vire celle de la Mayenne, de mme pour relier la Se la Vire, la Se lOrne6. Mais on sinquite de voir dautres lignes sdifier avant celle reliant le Cotentin la capitale. Ce qui importe notre riche presqule, cest de ne pas rester plus longtemps en dehors de la cration de ces voies rapides, dont la possession enfante de si grands progrs, et dont labsence serait pour notre commerce, notre industrie et notre agriculture une cause dinfriorit, de dcadence et de ruine avertit le prfet de la Manche, lors de la session de septembre 1844 du Conseil gnral. A cette occasion, Alexis de Tocqueville7 attire lattention du pouvoir central en dveloppant un autre argument, celui stratgique de la dfense nationale : ce bras de la France quest le port militaire de Cherbourg doit tre mis auprs de la tte quest Paris8. Que faudrait-il penser dun peuple qui sacrifierait des millions pour faire arriver un rail-way dans des lieux qui ne mnent rien, et pour placer 1 Soit 12 annes.

    2 En 1836, A. Bcourt note lexistence dun chemin de fer Cherbourg. Il dsigne ainsi un chemin, entre

    le Roule et le port du commerce, sur lequel roulent douze chariots trains par un seul cheval, chemin amnag pour transporter le rocher extrait afin ddifier la digue en pleine mer (A. Bcourt, Notices sur la ville de Cherbourg, Cherbourg, Noblet, 1836). 3 Pour la Manche on passe de 253,7 km de routes dpartementales en 1813 645,6 en 1867. Rseau

    auquel il faut ajouter les 375 km de voies nationales. La Manche dispose en 1854 de 201,4 km de voies navigables classes. 4 Annuaire de la Manche, 1842, p. 147.

    5 Annuaire de la Manche, 1845, p. 106.

    6 Annuaire de la Manche, 1843, p. 39.

    7 Dput de larrondissement de Valognes depuis 1839, rlu en 1842, 1848 et 1849, conseiller gnral des

    cantons jumels de Sainte-Mre-Eglise et de Montebourg en 1842 et 1845, puis du seul canton de Montebourg en 1849. Il sera aussi ministre des affaires trangres du 2 juin au 31 octobre 1849. 8 Dans la notice sur Cherbourg de lHistoire des villes de France, publie en 1846, Alexis de Tocqueville crit

    Cherbourg doit tre surtout prpar en vue de la guerre maritime faite par la vapeur. une poque prochaine un chemin de fer unira son port Paris. Cherbourg sera alors comme le bras de la France toujours prt frapper aussitt que la pense du coup sera conue .

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    douze heures de Paris des villes qui nont quune importance locale, comme Clermont et Limoges, tandis que les munitions ou les soldats quil faudrait diriger sans cesse sur Cherbourg, en temps de guerre, mettraient huit dix jours pour sy rendre ? Un tel peuple mriterait assurment dtre la rise de lEurope. 9 Le comte Du Moncel, marchal de camp du Gnie, galement membre du conseil gnral, insistait sur le rle que jouerait Cherbourg une fois sa digue, son arrire-bassin, ses fortifications achevs. Alors la grande place, comparable Brest et Toulon, ne pourra rester isole lextrmit de la presqule, seulement 24 lieues, 6 heures, prcise-t-il, des ctes anglaises. Le chemin de fer permettra dacheminer rapidement de la capitale et de tous les points intermdiaires les forces ncessaires pour repousser linvasion ou prparer une opration navale, mais aussi depuis lintrieur du pays la houille, les bois, le fer, les grains et autres approvisionnements ncessaires un grand port militaire 10. A son tour, le maire de Cherbourg rclamait en conseil municipal ltablissement du chemin de fer de Paris Cherbourg pour expdier le beurre et les bestiaux du Cotentin, les hutres, le coquillage et une partie du poisson que rclame la consommation de Paris , pour favoriser lapprovisionnement de sa ville dont la population saccrot rapidement par suite des grands travaux [digue et arsenal] qui sy excutent et celui de son industrie qui recevrait davantage et moindre cot les ufs pour lexportation vers lAngleterre, le porc pour les salaisons, la chaux pour les travaux.11

    En 1844 donc, la ncessit dune ligne Paris-Cherbourg tait dmontre. Sa faisabilit aussi. Alexis de Tocqueville pouvait prsenter dans le dtail ses collgues conseillers gnraux le projet de chemin de fer et les cinq tracs possibles. Malgr tout, lannonce par le gouvernement, en juillet 1844, dtablir une ligne Paris-Rennes passant par Le Mans ou par Alenon ravivait les rivalits. Pour quAlenon soit choisi, ne faut-il pas promouvoir un trac indirect de Cherbourg Paris par Caen et Alenon ? Mais Cherbourg, Valognes et Carentan rclamaient le trajet le plus direct et le plus court en direction de la Seine, cependant que Caen, qui simaginait futur centre ferroviaire, lorgnait vers Alenon pour ne pas offrir le pays dAuge Rouen, sa rivale12. Finalement en 1845, un projet de loi tait rdig qui prvoyait ltablissement dun chemin de fer Paris-Cherbourg direct par Bernay et Caen. Les conseillers gnraux de la Manche pouvaient alors dbattre dun passage par la prfecture plutt que par Isigny ou Saint-Fromond. Ce dernier tait finalement rclam, sacrifiant la relation avec Coutances et Granville, pour ne pas augmenter la dpense. Les choses allaient bon train, lheure tait la confiance. Confiance entretenue par le vote, le 21 juin 1846, dune loi qui ordonnait la construction dun chemin de fer de Paris Cherbourg par Evreux et Caen, avec embranchement sur Rouen, et qui en concdait l'exploitation la Socit du chemin de fer de Paris Cherbourg.

    Les crises, agricole de 1847, politique de 1848, stopprent brutalement le train en marche, faisant abandonner par la compagnie la soumission, par lEtat le projet dexcuter la ligne par lui-mme. Le conseil gnral exprime aussitt au gouvernement la surprise et la douleur que lui cause un retard si inexplicable 13. Les lus ne se dmobilisrent pas, reprenant les arguments mis brillamment en lumire par Alexis de Tocqueville en 1844 mais sinquitant des consquences toujours plus graves du retard pris face aux autres rgions agricoles qui inondent les marchs. Les conseillers gnraux craignaient aussi la division de la ligne de part et dautre de Caen et ladoption du systme dadjudications spares au dtriment de la portion de Caen Cherbourg qui noffre pas de chances suffisantes de bnfice lindustrie prive . Ils pressaient lEtat de 9 Alexis de Tocqueville, Rapport au Conseil gnral du dpartement de la Manche par sa commission

    spciale sur un projet de chemin de fer de Paris Cherbourg , Annuaire de la Manche, 1845. 10

    Mmoire sur le projet du chemin de fer de Paris Cherbourg par M. le comte Du Moncel in Edmond Lhommed, Un dpartement franais sous la monarchie de juillet, Paris, 1933. 11

    Expos fait par M. le Maire de Cherbourg au Conseil municipal de cette ville, le 16 aot 1844 in Edmond Lhommed, Un dpartement franais sous la monarchie de juillet, Paris, 1933. 12

    Au sujet des rivalits entre cits normandes, lire Michel Douesnel, Les dbuts du chemin de fer en Basse-Normandie Attitudes et rivalits in Annales de Normandie, 35e anne, n 3, juillet 1985. 13

    Annuaire de la Manche, 1848.

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    Lenterrement du chemin de fer. Bertall, Cahier des charges des chemins de fer : pamphlet illustr, J. Hetzel, 1847 (arch. dp. Manche, BIB D 3722)

    prendre en charge ldification dune ligne aux importants intrts stratgiques. Mais les appels lintrt gnral et lquit (le dpartement contribuait largement la ralisation dun rseau ferr national dont il ne profitait pas, pire dont il ptissait puisque des rgions jusqualors isoles, mais maintenant rapproches de la capitale, ravissaient la Normandie lnorme march parisien) ne lemportaient pas. Linquitude tait son comble car le premier projet tait ajourn. Les difficults financires, lesprit troit des rivalits , la crainte de complications extrieures 14 (mnager lAngleterre ?) avaient eu raison du chemin de fer de Paris Cherbourg.

    Le sjour prsidentiel de Louis-Napolon Bonaparte Cherbourg, du 5 au 9 septembre 1850, ny fit rien, du moins sur le coup, malgr la rclamation dAlexis de Tocqueville15, prsident du Conseil gnral depuis 1849. Mais, les mobiles du sjour prsidentiel taient essentiellement politiques (le prsident venait dans une cit qui devait tant son oncle, voquer un rtablissement de lEmpire et tester sa popularit) et Alexis de Tocqueville ne faisait pas figure dinterlocuteur idal16, 14

    M. DAigneaux, Annuaire de la Manche, 1850, p. 354. 15

    Vous avez sous les yeux, monsieur le Prsident, dans le port de Cherbourg, le plus audacieux et le plus merveilleux ouvrage qui soit jamais sorti de la main des hommes. [] Vous vous affligerez sans doute, avec nous, en voyant que son entreprise reste encore imparfaite, et vous jugerez, comme nous, qu'il y aurait tout la fois de la honte et du pril ne point terminer sur-le-champ une uvre si grande et toujours expose, tant qu'elle n'est pas acheve. Votre sollicitude, qui m'est si bien connue pour tout ce qui peut contribuer la grandeur et la scurit de la France, vous fera juger que le complment indispensable de ce vaste instrument de guerre est un chemin de fer entre Cherbourg et Paris. Vous entendrez, monsieur le Prsident, dans toutes nos villes, et jusqu'au fond de nos campagnes, rclamer l'excution du mme travail un autre point de vue non moins digne de votre attention ; partout on vous dira que, tandis que les dpartements de France qui sont nos rivaux en industrie peuvent rapidement et peu de frais, l'aide des chemins de fer tablis par l'tat ou avec son secours, apporter leurs denres sur le march, les ntres, privs du mme avantage, luttent contre une concurrence ruineuse. ce spectacle, notre pays s'inquite ; il s'meut, il se plaint. Nous esprons que sa voix sera entendue, car l'galit industrielle entre les dpartements n'est pas moins prcieuse que l'galit civile entre les citoyens. Ces deux grandes conqutes de la rvolution franaise sont galement chres tous les curs. Extrait de lallocution adresse au Prsident, le 6 septembre 1850 par A. de Tocqueville, Le Moniteur universel, 9 septembre 1850. 16

    [] j'ai t oblig de me rendre Cherbourg avec la plupart des membres [du Conseil gnral], afin d'y recevoir le Prsident. C'tait une corve assez ennuyeuse et une position assez dlicate. Je ne sais si les journaux reproduiront le discours que j'ai fait cette occasion et s'il vous tombera sous les yeux. Je crois tre rest sur le terrain qui me convenait, le compliment constitutionnel. [] Le Prsident est rest jusqu' ce matin Cherbourg. Mais avant-hier au soir, ayant rempli mon rle et n'en pouvant plus, j'ai pris cong de lui

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    dfenseur quil tait dune Rpublique modre17. Dailleurs, dans sa rponse au Conseil gnral, le Prsident, qui disait savoir combien serait avantageux nos intrts commerciaux et politiques le chemin de fer , laissait entendre quil fallait imputer la situation lAssemble nationale et se rassembler derrire lui pour obtenir un changement18.

    En dsespoir de cause, les Manchois taient prts accepter nimporte quel projet, mme de ligne indirecte, pourvu que le train siffle rapidement dans leurs campagnes. Cest Adolphe Thiers qui en sance de lAssemble nationale, le 3 mai 1851, vita le vote dun repiquage sur la ligne Paris-Rennes. Ses considrations stratgiques firent mouche : La question de dfense ne laisse pas un doute : la dfense est impossible avec le trac indirect. [] Le plus grand intrt politique de la France, aujourdhui, cest la dfense de ses ctes [] Quel le vritable intrt de la dfense ? Cest que le chemin direct aille runir Rouen, Evreux, Honfleur, Caen, Cherbourg [] Si vous placez le chemin de fer ailleurs que sur le littoral lintrt de la dfense est absolument impossible. 19 Car pour tous, alors, lennemi reste lAngleterre, et le chemin de fer est considr comme le moyen de se prmunir contre un dbarquement de ses armes sur nos ctes. Le nouveau projet de ligne est donc recal par 441 voix contre 181, prolongeant lajournement de ldification dune ligne jusqu Cherbourg.

    A bout darguments, le Conseil gnral de la Manche met davantage la main la poche, promettant un million de francs la compagnie qui se prsenterait devant le gouvernement avant le 1er septembre 1852 pour solliciter la concession du chemin de fer de Paris Cherbourg. Le 8 janvier 1852, une dputation de maires du dpartement et plusieurs anciens dputs se rendent en audience auprs du Prince-Prsident, Louis Napolon Bonaparte, pour obtenir lexcution du chemin de fer et lobtention dun crdit spcial pour la portion non susceptible dtre livre lindustrie prive. Pour faciliter la dcision gouvernementale, le Conseil gnral, runi en session extraordinaire en mars, laissait seul juge lEtat du trac de la ligne entre Caen et Cherbourg et abandonnait le passage par Saint-L. Alexis de Tocqueville, lu pour la dernire fois la tte de lassemble dpartementale20, exprime le 18 mars cette hte : Evitons de soulever des questions de trac, elles seraient oiseuses, et, qui plus est, dangereuses en ce moment. Pas de conditions notre vote ; elles feraient supposer un dsir moins grand, moins unanime darriver une prompte solution. 21 Enfin, les vux des bas-normands furent entendus : le 27 juin 1852 un projet de loi relatif au chemin de fer de Paris Cherbourg tait adopt par 218 voix contre 3. Le lendemain, Cherbourg, qui avait tant dsespr, silluminait. Et dans la foule, son conseil municipal votait lrection dune statue en bronze de Napolon 1er sur le quai du mme nom. La loi vote, les diles dpartementaux gnral revenaient sur leur dcision de mars et demandaient au gouvernement de fixer le trac du chemin de fer par Saint-L, la compagnie concessionnaire stend engage accepter le trac dsign par celui-ci !

    [] Lettre du 9 septembre 1850 son ami Gustave de Beaumont, cite dans Pierre Roland-Marcel, Essai politique sur Alexis de Tocqueville, avec un grand nombre de documents indits, Paris, Alcan, 1910. 17

    Elu lAssemble constituante en 1848, il est membre de la commission charge dlaborer la constitution de la Deuxime Rpublique. Rlu dput de la Manche en 1849, il uvrera empcher ltablissement du rgime imprial par le prsident de la Rpublique, prfrant une rforme de la constitution autorisant la rlection de celui-ci, afin de ne pas lui offrir le prtexte un coup dEtat. Le 2 dcembre 1851 entrainera la fin de son mandat lgislatif, et sa dmission du conseil gnral de la Manche, quil prsidait, en avril 1852. 18

    Il faut que les reprsentants qui mentourent me secondent de leurs efforts et de leur influence lAssemble nationale. Le Moniteur universel, 9 septembre 1850. 19

    Journal officiel de la Rpublique, n 124, 4 mai 1851 cit dans Maurice Lantier, Linstallation du chemin de fer dans la Manche (Ligne Paris-Cherbourg), Caen, CRDP, 1976. 20

    Alexis de Tocqueville, oppos au rtablissement de lEmpire et au serment politique exig des lus, dmissionne le 29 avril 1852. 21

    Session extraordinaire du Conseil gnral (mars 1852), cit dans Maurice Lantier, Linstallation du chemin de fer dans la Manche (Ligne Paris-Cherbourg), Caen, CRDP, 1976.

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    Les Manchois retrouvaient le sourire, mais sinquitaient ds lanne suivante des lenteurs dexcution. Alors que le premier train entrait en gare de Caen le 18 novembre 1855, ce nest quen janvier 1855 que le gouvernement, qui avait opt pour le trac par Saint-Fromond, avec embranchement sur Saint-L, traitait de lexcution des travaux dart et de terrassement du chemin de fer de Caen Cherbourg, et de ceux de son embranchement sur Saint-L, avec la Compagnie des Chemins de fer de lOuest22, moyennant 18 millions. Travaux qui ntaient toujours pas commencs en 1856 ( lexception dun chantier lanc fin 1853 aux abords de Valognes dans une section o le trac noffrait aucune incertitude)23. Mais la fin de lanne 1857, 1 689 ouvriers travaillaient dans la Manche la construction de la voie ferre24. Si bien que le 17 juillet 1858, la section de 131 km de chemin de fer entre Caen et Cherbourg tait mise en service. Et le 4 aot, lex prince prsident, devenu entre temps empereur, qui avait su traduire en ralit les vux et esprances de la France 25 pouvait emprunter la ligne jusqu Cherbourg. Ayant inaugur la veille celle de Caen, il poussait jusque dans le Cotentin pour recevoir la reine dAngleterre et procder la triple inauguration de la gare, du nouveau bassin du port militaire qui porterait son nom et de la

    statue questre rige la gloire de son oncle, Napolon 1er. Ce 4 aot 1858, en gare de Carentan, lempereur et limpratrice daignrent admirer quelques-uns des chevaux qui font la rputation de la rgion et entendre les hommages des autorits dpartementales, Valognes, elles se montrrent la portire pour apprcier lamour et la vnration dont Elles sont lobjet en Normandie 26. Les jours suivants27, les Cherbourgeois clbraient leurs Altesses et un avenir prometteur car Dans les conditions o il se trouve aujourdhui, Cherbourg offre le double avantage dtre la fois

    port de commerce et port de guerre Port de commerce, car le chemin de fer ouvrira un nouveau dbouch lexportation de nos produits, et imprimera un nouvel lan ses oprations maritimes. [] Comme port de guerre, Cherbourg est sans rival : au premier ordre darmement, une flotte peut sy former comme par enchantement ; du jour au lendemain, une multitude de marins peuvent tre jets dans ses murs par le chemin de fer et embarqus aussitt sur les vaisseaux mouills dans ses vastes bassins. Et nous le rptons, ce qui contribue augmenter son importance, cest

    22

    Fonde en juin 1855, partir de diffrentes compagnies dont la Compagnie du chemin de fer de Paris Cherbourg, elle sera rachete par lEtat en 1908. 23

    Annuaire de la Manche, 1855, p. 30. 24

    Franois et Maguy Palau, Le rail en France, Le Second Empire, Tome 2, page 39. 25

    Le monde illustr, 31 juillet 1858 26

    LIllustration, aot 1858. 27

    Le couple imprial embarque le 8 bord de La Bretagne destination de Brest pour poursuivre son voyage officiel dans lOuest.

    Napolon III et limpratrice en gare de Cherbourg (Le Monde illustr, aot 1858)

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    La gare de Cherbourg en 1858 (arch. dp. Manche, BIB A2)

    sa position de sentinelle avance dans la Manche et sa proximit du sige du Gouvernement de la France. Napolon 1er a commenc Cherbourg ; Napolon III vient de lachever.28

    Pendant que Cherbourg se rjouit, Saint-L se lamente. Le tronon Lison-Saint-L, lui, avait t compltement dlaiss et il ne fut mis en service que le 1er mai 1860.

    Cest donc 12 ans aprs le vote dune premire loi en faveur dune ligne de Paris Cherbourg29, 21 ans aprs la mise en service de la premire ligne ouverte au trafic de voyageurs en France, que notre dpartement intgre le rseau national de communications rapides. En 1859, le chemin de fer ralliait Cherbourg Caen en moins de 4 heures lorsquil en fallait 18 par le service de diligences. Selon que lon monta bord dun des trois trains quotidiens en service, on mettait, en 1859, de 10 heures et 15 minutes 12 heures pour parcourir les 314 km qui nous sparaient de la capitale (contre 34 heures avec les voitures publiques en 184530), moyennant 41,55 f. en premire classe, 31,15 en seconde classe et 22,85 en troisime31 (le salaire journalier dun ouvrier est estim 2 f. Cherbourg en 183632).

    Mais le dpartement nentend pas en rester l. Ds 1860, le Conseil gnral vote une somme pour favoriser ltude dun chemin de fer de Cherbourg Brest. La comptition entre les cits manchoises reprend. Saint-L propose dabord de remonter la valle de la Vire pour atteindre la ligne Paris-Rennes puis se ravise, et rclame de rejoindre Coutances et Avranches via Folligny. Arguant de la dfense nationale et de ses intrts commerciaux, Cherbourg dfend un trac en ligne directe jusqu Coutances pour atteindre le plus rapidement possible larsenal breton. Six chefs-lieux de canton protestent contre un tel itinraire qui les vite systmatiquement. Carentan se rve gare dembranchement, mais on lui rtorque que la proximit du littoral fait delle une cible trop vulnrable en cas de guerre. Conseils darrondissement, municipalits, chambres de 28

    Cherbourg sous lempereur Napolon III Notice historique sur Cherbourg. 29

    Les combats livrs sur ce champ de bataille nont pas dur moins que le sige de Troie lisait-on dans le numro 68 du Monde illustr (31 juillet 1858). 30

    Mouvement des voitures publiques dans le dpartement au mois de novembre 1845 in Annuaire de la Manche, 1846, p. 437. 31

    Archives S.N.C.F., 091 E 26 cit dans Maurice Lantier, Linstallation du chemin de fer dans la Manche (Ligne Paris-Cherbourg), Caen, CRDP, 1976. 32

    Annuaire de la Manche, 1837, p. 92.

  • - 9 - LE DIDACDOC Service ducatif des archives dpartementales de la Manche Juin 2010

    La gare maritime (arch. dp. Manche, 1 fi 129-1627)

    commerce et notables saffrontent publiquement, compromettant srieusement lavenir du chemin de fer stratgique dont le principe avait t approuv par le gouvernement en 186633. A cette foire dempoigne, tout le monde est finalement perdant puisque la grande ligne stratgique Cherbourg-Brest ne verra jamais le jour. La modeste liaison Sottevast-Coutances (prescrite dans la loi du 28 juillet 1868) permettra bien, partir de 1884, de rallier Cherbourg Brest mais dans des conditions prouvantes pour les marsouins et cols bleus. Malgr les rclamations des Conseils gnraux, la vitesse tait encore rduite en 1907 35 km lheure sur lensemble de la ligne Brest-Cherbourg ! 34

    Au moins, lauberge de la Manche dsenclave grce la voie ferre, pourra mettre profit son immense rade obtenue lissue de la construction en 1853 de la digue du large, et accueillir les visiteurs doutre-Manche ou doutre-Atlantique ainsi que les candidats lmigration. Dj en 1844, M. Nol-Agns, le maire de Cherbourg qui rappelait quun service de paquebots transatlantiques a t cr grands frais et nattend plus quune compagnie pour tablir entre la France et lAmrique des communications promptes et rgulires , promettait que le chemin de fer de Paris Cherbourg deviendrait la tte des communications avec lAmrique pour une partie de la France et de lEurope. 35 Le pronostic du maire de Cherbourg semblait se confirmer ds 1867, avec larrive dune premire compagnie maritime, la Royal Mail Steam Packet Co, suivie par dautres, la Hamburg-Amerika Line (1895), la Northdeutscher Llyod et lAmerican Line (1897), la White Star (1907) Lactivit du port transatlantique ne cesse alors de saccrotre : de 17 paquebots en 1869, on passe 84 en 1880, 378 en 1900, 543 en 191036. Lafflux de passagers ncessite la construction dune gare maritime, mise en service en 1898. En 7 heures, un train transatlantique express relie alors les quais de Cherbourg ceux de Paris.37

    Le creusement dune darse pour permettre aux paquebots transatlantiques daccoster accompagne ldification dune nouvelle gare maritime, inaugure par le prsident Lebrun en juillet 1933. Las ! Les transatlantiques boudent le quai de France par des raisons de scurit, de cot et de temps (quand ce nest pas pour les nouveaux bassins du Havre), prfrant poursuivre le transbordement au milieu de la rade. Le budget de la Chambre du commerce, matre duvre de la modernisation du port descale, coule pic38. De toute manire, lpoque nest dj plus aux

    33

    AD Manche, 3 doc 133. 34

    De Gibon, Etudes sur le renouveau conomique dans le centre et le sud de la Manche, Caen, Jouan, 1919. 35

    Expos fait par M. le Maire de Cherbourg au Conseil municipal de cette ville, le 16 aot 1844 in Edmond Lhommed, Un dpartement franais sous la monarchie de juillet, Paris, 1933. 36

    Rene Hainneville, Cherbourg port transatlantique , Annales de gographie, 1923, tome 32, n 178. 37

    Rmy Desquesnes, lectrification des lignes Paris-Caen-Cherbourg et Paris-Trouville-Deauville, Dossier pdagogique Collges, Caen, Conseil rgional de Basse-Normandie, 1996. 38

    Ren Musset, Cherbourg et le Havre, ports transatlantiques , Annales de gographie, 1935, tome 44, n 250.

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    mares humaines. Il ne se rptera pas ce 29 mai 1925 o 8 paquebots en rade dchargrent 2 645 passagers qui ncessitrent la mise en service de plusieurs trains spciaux39.

    Si les partisans dune construction rapide du chemin de fer dans notre rgion nont pas voqu, parmi leurs arguments, le dveloppement du tourisme et ses retombes conomiques, cest quau milieu du 19e sicle peu de personnes encore souponnent son essor. Pourtant, trs rapidement des trains express conduiront vers les premires stations balnaires la bonne socit , soucieuse de dpenser ostensiblement le produit de ses rentes. Dj le cherbourgeois Marcel Mouchel, dans le Guide du touriste Cherbourg quil publia peu aprs 1858, relevait le lien entre chemin de fer et tourisme balnaire : Lemplacement des Bains-de-Mer comprend un hectare de terrain, et sa position est favorable [] pour un tablissement de bains, si le chemin de fer dcide les trangers nous visiter. 40

    M. Bourgogne, rdacteur en chef du Phare de la Manche, tablit en 1864 la mme relation : Cherbourg qui, ds lorigine pourtant, en 1829, se fit baptiser ville de bains de mer [] ntait pas viable ; Paris tait loin (48 heures) ; la mode existait, mais quest-ce quune mode dont les sectateurs se comptent par dizaines, par centaines tout au plus Deux villes suffirent et au-del pour satisfaire les fidles. Dieppe et Boulogne vgtrent [ici dans le sens de crotre], et Cherbourg mourut. Tout cela change du jour o furent inaugurs en mme temps les bassins,

    le brise-lames qui clt la large baie, le chemin de fer [...]. 41 Le journaliste constate aussi qu une saison aux bains de mer tait autrefois un divertissement princier, un got de grands seigneurs, une fantaisie dartistes ou dcrivains, une mode comptant un certain nombre dadeptes, admire de loin et envie du plus grand nombre. De cette mode, quils ont rendu abordables tout le monde (sic), les chemins de fer ont fait

    une habitude gnrale, au grand profit de lhygine publique. A dfaut dune dmocratisation du sjour au bord de la mer, on peut convenir que le chemin de fer va en rpandre lusage au sein de laristocratie et de la bourgeoisie. Cest donc bien le rail qui incite btir Cherbourg, lemplacement dun premier tablissement de bains abandonn, un luxueux et exotique casino ouvert tous ceux qui viennent y chercher la sant, la distraction, le bien tre . Etablissement inaugur le 15 juin 1864 et dont la direction fut confie lancien directeur des bains de Boulogne-sur-Mer. Et si Cherbourg ne connut finalement pas le succs de Dieppe, Etretat, Cabourg, Trouville, Deauville ou mme de Granville, la ville accueillera malgr tout, grce au chemin de fer, des amateurs dhydrothrapie (cest encore la cure avant la baignade), de grand air et dexcursions. 39

    Rmy Desquesnes, lectrification des lignes Paris-Caen-Cherbourg et Paris-Trouville-Deauville, Dossier pdagogique Collges, Caen, Conseil rgional de Basse-Normandie, 1996. 40

    Marcel Mouchel, Guide du touriste Cherbourg, Cherbourg, Marcel Moucel, vers 1858. 41

    Bains de mer de Cherbourg Inauguration le 15 juin 1864, Cherbourg, Auguste Mouchel, 1864.

    Bains de mer de Cherbourg, Inauguration, 1864 (arch. dp. Manche, B 26)

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    Atlas des chemins de fer franais, aot 1873 (arch. dp. Manche)

    Paralllement ces amnagements cherbourgeois, les performances de la ligne Paris-Cherbourg sont amliores au fil des annes : le doublement des voies est termin en 1900, lanne suivante ladoption de la Pacific 231, locomotive vapeur grande vitesse, rduit la dure du voyage condition de prfrer lexpress lomnibus qui faisait halte dans une trentaine de gares. Dans le dpartement, les liaisons se multiplient : Dabord sous forme de voies dintrt gnral (Paris-Granville en 1870, Saint-L-Lamballe via Coutances et Avranches en 1879, Sottevast-Coutances en 1884), puis de voies dintrt local (la premire voie locale dans le dpartement est en service en 1883, sur trois kilomtres manchois seulement, reliant les Maures sur Saint-Martin-de-Chaulieu Montsecret, dans lOrne. Elle se prolonge jusqu Sourdeval en 1885). Pourtant, ds 1865, le Conseil gnral de la Manche avait tudi la ralisation de cinq voies, mais le cot lev freina les ardeurs des lus. Le dpartement accorda cependant une concession une compagnie prive pour la ligne Carentan-Carteret, mais la faillite de la socit entrana de trs longs retards puisque la voie ne fut ouverte quen 1894.

    Le plan Freycinet, adopt en juillet 1879, qui prvoit la construction de nouvelles voies dintrt gnral et lintgration dans le rseau gnral de voies dintrt local, dope dans la Manche comme dans le reste du pays, ldification de lignes. La construction devient intense jusqu laube de la Grande Guerre, avec louverture de nouvelles lignes locales. En 1913, la Manche, qui totalise 39 % du rseau ferroviaire bas-normand,

    devance largement les autres dpartements normands en matire de kilomtres rservs aux ptits trains , tortillards et autres tue vaques (286 km contre 32 dans le Calvados et 17 dans lOrne !).

    Au seuil du 20me sicle, la ligne Cherbourg-Paris, pas encore concurrence par la route et le transport automobile, est laxe essentiel du dveloppement bas-normand. Et avec ses 694 806 passagers en 1917, la gare de Cherbourg est sans conteste la plus frquente du dpartement (Saint-L en compte 318 766, Granville 232 244 en 1916).42 Elle tait, en 1896-

    42

    De Gibon, Etudes sur le renouveau conomique dans le centre et le sud de la Manche, Caen, Jouan, 1919.

    Bertall, ibidem (arch. dp. Manche, BIB D 3722)

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    1900, la deuxime de Basse-Normandie en termes de recettes (Granville arrivant en huitime position, Carentan en dixime, Saint-L en douzime, Valognes en quinzime)43.

    Olivier Jouault Service ducatif des archives dpartementales de la Manche

    Les bains de mer de Cherbourg par Emile Le Chanteur de Pontaumont

    Avant le 15 juin 1864, Cherbourg n'avait pas de bains de mer, ou plutt l'tablissement qui en tenait lieu n'tait digne ni de la ville ni de sa destination44. Aujourd'hui, il n'a rien envier aux cits les plus clbres du littoral de la Manche et de l'Ocan sous ce rapport, et le somptueux difice inaugur l'an dernier, suffit et au del contenter les exigences des plus difficiles.

    Tout s'y trouve runi comme souhait pour les baigneurs, et ni Trouville ni Dieppe ne peuvent leur offrir plus de confort et plus de commodit. Une plage superbe, des campagnes vritablement merveilleuses, une ville intressante entre toutes, et l'un des premiers ports de l'Europe. Que faut-il de plus pour attirer et retenir ce monde lgant et fashionable qui s'en va chaque anne demander aux flots de la mer une salutaire rparation des fatigues causes par les plaisirs et les occupations de l'hiver ?

    Un autre avantage trs important et qu'apprcieront tous ceux qui redoutent le contact d'un certain monde douteux et quivoque, c'est qu' Cherbourg la socit est excellente et choisie. Les grandes familles de Normandie s'y donnent rendez-vous ; elles ont pris l'tablissement sous leur protection ; elles s'y plaisent et s'y sentent l'aise ; cette situation assure sa prosprit dans le prsent et dans l'avenir.

    C'est M. Geufroy qui est l'architecte des btiments ; ils lui font grand honneur. Du ct du jardin, dessin l'anglaise, avec ses pelouses vertes, ses massifs d'arbres et de fleurs, l'difice prsente au spectateur trois pavillons runis par un corps de btiment qui n'a qu'un rez-de-chausse. Le pavillon du centre est un tage surmont d'une lanterne entoure d'une galerie, d'o l'il dcouvre toutes les beauts des campagnes environnantes et de la mer. On entre dans ce pavillon par un escalier conduisant un lgant pristyle. Le premier tage est surmont d'un fronton demi-circulaire richement orn. Le btiment qui runit ce pavillon ceux des extrmits est prcd d'une lgante galerie donnant sur le jardin. Les pavillons d'angle ont deux tages dont l'un mansard. Toute cette faade, d'un style simple, est d'un bon caractre architectural, et prsente un ensemble de proportions harmonieuses. Sur la mer, l'difice offre des dispositions peu prs semblables, seulement le pavillon central forme avant corps au premier tage ainsi que les pavillons d'angle. Un peu en avant et de chaque ct des btiments s'allongent les cabines des baigneurs, dcores dans le style mauresque, lgantes et commodes. Le pavillon du milieu contient un grand salon destin aux ftes, aux danses, aux concerts. Il a tout fait bon air, avec sa dcoration sobre mais de bon got. De chaque ct, trois arcades, d'un ct sur des salons de lecture et de jeux, de l'autre sur la salle manger. Les pavillons latraux renferment des appartements spacieux, confortables, ars, d'o la vue s'tend au loin et embrasse tous les 43

    CRHQ, Atlas historique et statistique de la Normandie occidentale lpoque contemporaine. Vol. 3, Les communications, Paris, La Mandragore, 2000. 44

    NDLR : Marcel Mouchel, dans le Guide du touriste Cherbourg quil publie entre 1858 et 1864, signale A lest du Vieil-Arsenal se trouve un tablissement assez vaste, connu sous le nom de Bains-de-Mer, qui sest appel Bains-Dauphin et Bains Louis-Philippe, et qui nont jamais rien rapport aux entrepreneurs qui ont essay de lexploiter. Aujourdhui il pleut dans les salons qui tombent en ruine, et dans peu dannes, si on y remdie bientt, tout croulera. Lemplacement des Bains-de-Mer comprend un hectare de terrain, et sa position est favorable ou pour une usine ou pour un tablissement de bains, si le chemin de fer dcide les trangers nous visiter.

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    accidents d'un magnifique paysage. L se trouvent aussi les dpendances du buffet et des salles, ou on a tabli un systme d'hydrothrapie, d'aprs les dernires donnes de la science, et les meilleures prescriptions de l'hygine.

    On trouve encore dans l'tablissement : un salon de lecture, une salle de billard, un salon de travail pour les dames, un gymnase, etc. L'architecte n'a pas voulu faire un monument. A l'instar de plusieurs de ses confrres, il n'a essay ni de rappeler les splendeurs de l'Alhambra un peu dpays au bord de l'Ocan, ni les magnificences d'un palais italien. Il a construit un difice d'un excellent aspect, admirablement appropri sa destination, une sorte de villa confortable et hospitalire, trs-propre aux nombreuses runions, et o cependant les gens qui les cherchent trouvent le calme, le repos et l'isolement.

    L'tablissement est dirig par un homme dont l'excellent got est connu, un directeur, qui n'a plus faire ses preuves d'intelligence et de dvouement sa mission.45

    Emile Le Chanteur de Pontaumont, Documents pour servir l'histoire de la ville de Cherbourg, Cherbourg, n. d.

    Prolongements Enqute sur une autre ligne du dpartement, en particulier sur les lignes dintrt local maintenant fermes mais pour certaines reconverties en espace de promenade (Sources : aux archives dpartementales la srie 5 S, dlibrations du conseil gnral dans Annuaire de la Manche, archives communales, dlibrations municipales, cartes et plans anciens, presse, cartes postales anciennes, vestiges ).

    Pour approfondir - BATHIAT (Bernard). Gares et tortillards de Basse-Normandie, Turquant, Cheminements,

    2008. - CARON (Franois). Histoire des chemins de fer en France, 2 tomes, Paris, Fayard, 1997. - COLL., Destination Normandie Deux sicles de tourisme. Muse de Normandie Caen, 5

    continents ditions, 2009. - DSERT (Gabriel), DUPR (Philippe), GARNIER (Bernard), LECOUTURIEUR (Yves),

    LEMNOREL (Alain). Atlas historique et statistique de la Normandie occidentale lpoque contemporaine. Vol. 3, Les communications, Paris, La Mandragore, 2000.

    - DESILE (Albert). Au temps de la vapeur : les ptits trains dans LTeimps dAtfais, tome 2, Coutances, OCEP, 1983.

    - DESQUESNES (Rmy). lectrification des lignes Paris-Caen-Cherbourg et Paris-Trouville-Deauville, Dossier pdagogique Collges, Caen, Conseil rgional de Basse-Normandie, 1996.

    - DUPONT (Andr). Au temps des tortillards dans Revue de la Manche, avril 1961, n 10. - GUN (Elie). Deux sicles de bains de mer sur les plages de lAvranchin et du Cotentin,

    Manche-Tourisme, 1985. - LHOMMED (Edmond). Un dpartement franais sous la monarchie de juillet, Paris, 1933. - LANTIER (Maurice). Linstallation du chemin de fer dans la Manche (Ligne Paris-Cherbourg),

    Caen, CRDP, 1976.

    45

    NDLR : La plage des bains disparat lors des travaux de la nouvelle gare transatlantique et le casino, qui se trouvait dans le champ de tir de leurs batteries de dfense ctire, est dtruit par les Allemands en juin 1943.