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  • ABC Agriculture et Agroalimentaire de Bretagne en Clair Analyse & Perspectives Edition 2016

  • v

    ABC Agriculture et agroalimentaire de Bretagne en Clair Analyse & Perspectives

    2016

    On entend souvent les propos suivants chez les par- lementaires et les élus territoriaux de notre région, « En Bretagne, il y a un avant-Doux et un après-Doux, un avant Gad et un après-Gad ». Ajoutons, un avant Quotas laitiers, et un après Quotas laitiers. Un avant et un après restitu- tions à l’exportation dans la volaille. L’année 2015 concentre, non plus des signaux de rupture, mais la concrétisation d’une transformation profonde et définitive. La Bretagne, à l’exception de certains micro-territoires, ne se céréalise pas. Elle reste une terre d’élevage et de production légumière. Mais quelle terre d’élevage ? Quelle dynamique légumière ? Cette dynamique de production de

    4 Synthèse de l’année 2015

    Où est la sortie de secours ?

    6 Contexte politique et économique

    TTIP : des raisons de s’inquiéter

    8 Grandes cultures

    Développer une culture économique

    10 Alimentation animale

    Plein de ressources

    12 Focus Emploi-compétences-formation

    Exploitations agricoles recherchent compétences

    14 Lait

    Maintenir le cap

    18 Porc

    Explosion de la filière porcine bretonne

    22 Focus Circuits de proximité

    Solidarité à travers champs

    24 Volailles Œufs Lapin

    La grippe fait grimper la température

    28 Bovins viande

    A la reconquête du consommateur 2

  • valeur ajoutée est-elle durable ? C’est la question qui nous est collectivement posée. En 2015, les producteurs paient au prix fort le poids exorbitant de la Grande Distribution dans le prix des produits alimentaires agricoles, quels que soient leur niveau de transformation et d’éla- boration. Ils paient aussi les effets désastreux d’un abandon par la puissance européenne de toute forme de régulation des marchés agricoles. A ce jeu-là, c’est le moins disant social de l’agro-ali- mentaire allemand qui gagne, ou le moins-disant environnemental espagnol. Il faut gagner les parts de marché de produits de base alimentaires totale- ment substituables où le seul critère qui prime est le prix le plus compétitif. Comment faire rebondir la Bretagne agricole et agroalimentaire ? En rapprochant sur les territoires les producteurs des consommateurs sur la question alimentaire, sur les filières courtes et longues, en redonnant la place qu’ils n’auraient pas dû perdre aux produc- tions régionales dans la restauration hors domicile.

    En rapprochant sur les territoires les produc- teurs des consommateurs sur la question sociale. N’en déplaise aux idées reçues, la pro- duction agricole bretonne n’est pas industrielle, ni encore aux mains de financiers. Elle reste à taille humaine, familiale, associative. C’est une valeur ajoutée à défendre auprès des consom- mateurs citoyens. C’est avec ces atouts que l’agriculture bretonne doit retrouver de la rentabilité, de la fierté pour donner envie aux agriculteurs d’investir, de se moderniser, de recruter, de progresser dans l’organisation des filières et notamment dans les relations entre acteurs pour permettre à la Bretagne de rester une région agricole et agroa- limentaire qui compte en France, en Europe et dans le monde.

    Jacques JAOUEN

    Président de la Chambre régionale d’agriculture

    de Bretagne

    32 Focus Céréalisation

    Céréalisation et élevage : on optimise ?

    34 Légumes frais

    Innover pour résister

    36 Légumes transformés

    Régime extra-fin

    38 Focus Algues vertes

    Algues vertes, construisons le futur

    40 Agriculture biologique

    Lait bio : l’année des records !

    42 Industries agroalimentaires

    L’agroalimentaire breton résiste

    46 Énergie climat

    La transition énergétique : un atout économique ?

    48 Environnement et Territoires

    Maintien ou évolution, faudra-t-il choisir ?

    50 Glossaire

    3

  • «

    L’ampleur des difficultés que connaît l’agriculture bre- tonne interpelle. La plupart des productions sont touchées simultanément. La combinaison du ralentissement éco- nomique des pays émergents et du démantèlement de la régulation des marchés met les exploitations agricoles en grande difficulté. La Bretagne s’interroge  : doit-elle tout miser sur la compétitivité ou chercher à mieux valoriser ses produits ?

    Où est la sortie de secours ?

    Crise est le mot qui revient sans cesse à l’évocation de l’année agricole 2015. Des agriculteurs qui bloquent les routes et les super- marchés, qui roulent sur Paris en

    tracteur. Autant d’images fortes qui resteront dans les mémoires. Autant d’actions qui sont le symptôme d’un profond désarroi. La forte chute des prix concerne la plupart des produc- tions bretonnes : lait, porc, viande bovine mais aussi grandes cultures. Chaque marché a ses spécificités. Des causes communes sont-elles néanmoins identifiables ? Est-ce que cette si- tuation était prévisible et quelles sont les pistes pour faire face ?

    De la rareté à l’abondance Les marchés agricoles mondiaux, bien que volatils, ont connu une hausse tendancielle de- puis le milieu des années 2000. Ils suivaient en cela l’évolution des autres grands marchés des matières premières, ceux de l’énergie et des métaux. Le principal moteur est alors la forte demande des pays émergents, Chine en tête. Tous ont atteint des niveaux records. Le prix du baril de pétrole dépassa par exemple les 140 $, des émeutes de la faim se déclenchèrent. Cela a fait dire à certains que le XXIe siècle serait ce- lui de la rareté et donc de la cherté des matières premières. 2015 vient contredire, au moins tempo- rairement, cette prédiction. Un fort cycle déflationniste s’ouvre, touchant l’ensemble des matières premières. Le pétrole passe de 96 $ le baril en 2014 à 49 $ en 2015. La Chine est en mutation et la crise économique commence à sérieusement affecter les pays émergents qui réduisent leurs achats. A ceci s’ajoute depuis 2014 l’embargo de la Russie, pays dépen- dant des importations en produits animaux. Inévitablement, la plupart des cours agricoles baissent : céréales, lait, viandes.

    Un saut sans filet Ce contexte dépressif coïncide avec l’aboutis- sement d’un processus commencé en 1992 : la libéralisation de la Pac. Avant la fin des quotas le 31 mars 2015, le lait était le dernier grand marché agricole encore régulé. C’est désor- mais chose révolue. Tous les produits agricoles suivent dorénavant la loi de l’offre et de la de- mande et sont très influencés par les marchés mondiaux. Lorsque ceux-ci se retournent, le peu d’outils de régulation que conserve l’Union européenne ne suffit pas à soutenir les prix. Or un marché agricole libéralisé possède deux propriétés intrinsèques. Une faible variation de l’équilibre entre offre et demande entraîne d’importantes variations de prix. Et les cycles de production étant longs, les volumes mettent du temps à s’ajuster à la hausse ou à la baisse. Cela se vérifie en 2015. Alors que les prix sont au plus bas, la production européenne aug- mente nettement dans plusieurs secteurs : +2,5 % en lait et en volaille de chair, +2,6 % en porc. Ces volumes supplémentaires arrivent au moment où la demande ralentit. Ce qui fait craindre que les cours demeurent bas un mo- ment. A moins d’une reprise des importations des pays émergents, l’ajustement par un repli de la production semble inévitable avec toutes les conséquences sociales qui peuvent en dé- couler.

    Guerre économique La situation actuelle peut se résumer à l’équa- tion : marché libéralisé + cycle dépressif = concurrence exacerbée. C’est le pays, la région ou la filière produisant le moins cher qui est le mieux placé. Dans ce contexte, le projet d’ac- cord de libre-échange en cours de négociation entre l’Union européenne et les Etats-Unis inquiète. Si ce traité, appelé Tafta en anglais, est ratifié, les filières animales européennes

    Différence de coût de production entre le poulet polonais et français.

    d’aliments pour le bétail fabriqués en 2015 par 48 usines.

    18 %

    Part de la collecte nationale de lait en bio.

    2,3 %

    8 millions de tonnes

    Synthèse de l’année 2015

    4

    bio

  • et bretonnes devront affronter un adversaire redoutable. Ses bovins engraissés dans des « feedlots », parcs d’engraissement pouvant contenir des milliers de têtes, ses filets de poulets ou encore ses longes de porcs et jam- bons pourraient rentrer en quantité importante sur notre territoire. La concurrence est aussi féroce au sein même de l’Union européenne. Les champions ac- tuels sont l’Irlande en lait, l’Espagne en porc et la Pologne en volaille de chair. Pour différentes raisons, ces pays ont des coûts de production plus faibles que leurs concurrents. Ce qui leur permet d’accroître leurs volumes et de gagner des parts de marchés. La filière bretonne et française de volaille de chair connaît cette situation depuis un moment : les importations en provenance des