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Arlon de 1940 à 1949 par Jean-Pierre HERWEG --------------------------------------------------------------------- page Introduction: 003 01. L'architecture de la ville 011 a) Les belles images. b) Les petits commerces à Arlon c) du béton qui dégueulasse tout 02. A l'école ... par tous les temps 034 a) l'école des soeurs de Notre Dame. b) l'école des soeurs des Frère Maristes. c) et quand il y avait de la neige. 03. La Hetchegas 044 a) La Hetchegas, le coeur d'Arlon. b) Le Bamboula c) Les enfants de la Hetchegas d) Le Folklore e) Ida la Rouge. f) Les héros g) Les bagarres h) Les chiens de la Hetchegas i) Les pâtisseries de chez Beicht 04. Le Mahrt (le marché) 063 05. Le Botermahrt (la Grand Place) 070 a) Le Marché au beurre c'est où ? b) Les arbres de la Grand Place: la grande menace ! c) Les arbres: le complot. d) "As-tu senti tes pieds...?" 06. Mes premiers livres. 077 a) Tintin b) Spirou. c) les autre livres 07. Les enterrements 083 08. Faire ses courses dans les années quarante 089 09. Madame Antoinette. 094 10. Chröschtag zu Arel (Noël à Arlon) 098 a) la messe de minuit b) Une crèche au Botermahrt 11. Cléricalisme et anticléricalisme 103 a) le cléricalisme. b) l'anticléricalisme 12. La Knip'tchen, le curé Firmin Schmitz et ses vicaires. 109 13. Eppes fir z'iessen (Si on bouffait ?) 116 a) On mangeait et on buvait bien ... Arlon de 1940 à1949 1

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  • Arlon de 1940 1949par Jean-Pierre HERWEG--------------------------------------------------------------------- page

    Introduction: 00301. L'architecture de la ville 011 a) Les belles images. b) Les petits commerces Arlon c) du bton qui dgueulasse tout02. A l'cole ... par tous les temps 034 a) l'cole des soeurs de Notre Dame. b) l'cole des soeurs des Frre Maristes. c) et quand il y avait de la neige.03. La Hetchegas 044 a) La Hetchegas, le coeur d'Arlon. b) Le Bamboula c) Les enfants de la Hetchegas d) Le Folklore e) Ida la Rouge. f) Les hros g) Les bagarres h) Les chiens de la Hetchegas i) Les ptisseries de chez Beicht04. Le Mahrt (le march) 06305. Le Botermahrt (la Grand Place) 070 a) Le March au beurre c'est o ? b) Les arbres de la Grand Place: la grande menace ! c) Les arbres: le complot. d) "As-tu senti tes pieds...?"06. Mes premiers livres. 077 a) Tintin b) Spirou. c) les autre livres07. Les enterrements 08308. Faire ses courses dans les annes quarante 08909. Madame Antoinette. 09410. Chrschtag zu Arel (Nol Arlon) 098 a) la messe de minuit b) Une crche au Botermahrt11. Clricalisme et anticlricalisme 103 a) le clricalisme. b) l'anticlricalisme12. La Knip'tchen, le cur Firmin Schmitz et ses vicaires. 10913. Eppes fir z'iessen (Si on bouffait ?) 116 a) On mangeait et on buvait bien ...

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  • b) Le porc c)Le boeuf la mode d) La basse cour et les clapiers e) La chasse et la pche f) Les Soupes14. Le linge 125 a) La lessive la main. b) La premire lessiveuse mcanique. d) La centrifuge (l'essoreuse) e) Le repassage f) Zouzou, fuyez mortels ...15. Hollefrasteng (La pierre de la femme du diable) 13016. Chauffage: Auguste Pesch, "le" Pesch. 135 a) La cuisinire charbon b) La cuisinire au gaz et le chauffage ... c) "Le" Pesch. d) Le bois et les chardes. e) Jean Luc Fonck17. Les imprimeurs et les sachets de graines 143 a) Les graines b) Les imprimeries d'Arlon18. Les Klippes. 14619. La fte Parette (zu Parrt) 150 a) Les alliances familiales b) Le Tram c) D'Arlon Parette20. La guerre 156 a) La Grand messe, le dimanche matin. b) les collabos et les rsistants. c) L'assassinat du Dr Hollenfeltz d) Et cela continue Athus. d) L'abri. e) La libration. f) L'offensive Von Runstedt.21. Fritz Barnich 172

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    Dans ma famille il y a aussi beaucoup de cartes postales que l'on peut reproduire, j'ai achet trs cher celles qui me manquaient. C'est en prenant des photos et en regardant les cartes postales que jaillissent mes souvenirs !

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  • Introduction:

    Je suis n Arlon le 27 juin 19737, au coin que fait la Hetchegas avec la rue des Capucins au bumro 14 de la rue des Capucins. Mes parents y ven-daient grains et graines. Ma famille tait germanophone et catholique. La fa-mille de mon pre provenait de Koblenz, celle de ma mre de Germersheim/Rhein.

    Le coin que fait la Hetchegas et de la rue des Capucins. Il n'y avait ni rverbres ni tous ces signaux rouges ! C'tait le temps bni o il n'y avait pas d'autos. Le coin d'en face fut successivement une ptisserie, une pice-rie, un caf ...

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  • Le lendemain mon pre partagea sa joie avec ses copains. L'expdition qu'ils firent et qu'on ne m'a jamais dcrite se termina l'Htel de Ville par la dclaration de naissance.

    Accompagn de ses amis, mon pre a rencontr l le Bourgmestre Paul Reuter. Ils ont certifi ma naissance en signant sur une page dans un grand livre cartonn. Paul Reuter a sign ensuite pour confirmer. Si on vous dit que Paul Reuter n'a jamais rien fait dans sa vie, vous savez maintenant que ce n'est pas vrai. Vous pensez srement que c'est pour le rcompenser de cet effort qu'on lui a moul un bronze et ddi une rue ... je le pense aussi. Vous verrez en lisant mon texte que je ne l'aime pas. Vous me direz que ce n'est pas chrtien et je vous rpondrai que vous avez raison.

    Vous pensez peut-tre qu'on a moul le bronze Paul Reuter prs de l'glise parce qu'il tait enfant de Marie, dtrompez-vous ! Celui qui veut bouffer du lapin s'installe prs du clapier: Paul Reuter tait un bouffeur de curs.

    Mon pre et ses copains habitaient le haut de la ville, dans les quar-tiers populaires. Ils parlaient le patois, l'allemand et le franais. Leur franais avait un accent "arlonnais" trs prononc et ils utilisaient une syntaxe trs ger-

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  • manique. Il accentuaient fortement la premire syllabe des mots. Cet accent se rapproche plus de celui du Haut Allemand que du luxembourgeois. Aprs l'an-nexion d'Arlon par la Belgique on enseigna l'allemand l'cole (une sorte de r-gime de facilit linguistique transitoire). Les patois locaux, dont le luxembour-geois n'tait pas enseigns; ce rgime de facilit explique peut-tre l'accent. Les imprimeurs nous ont laiss des livres crits en pur allemand, parfois mme en caractres gothiques (Wintergrne de Walker par exemple). Si on imprimait des livres en allemand Arlon, c'est parce qu'on les vendait, et donc qu'on les lisait. A l'cole on leur enseigna aussi le franais. Mais, comme les instituteurs parlaient l'allemand ou le patois local entre eux et chez eux, leurs lves par-laient beaucoup de langues, mais mal.

    Cette carte Ferraris vous montre Arlon et ses remparts en 1775. Le point jaune indique la maison de mes pa-rents l'poque. Le comte Ferraris tait un militaire autrichen. Les cartes Ferraris sont sur Interet.

    Le bas de la ville se trouvait hors les murs, c'est dire l'extrieur des remparts de la ville. Il se peupla ainsi: Quelqu'un du haut de la ville s'tait-il enrichi, il achetait un terrain dans le bas de la ville, hors les murs. Il y construisait une villa et allait s'y "emmerder" avec les siens. Dans le bas de la ville, vinrent aussi des "belges", des flamands, des wallons et des bruxellois.

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  • Parmi eux, il y avait des fonctionnaires, des employs et des ouvriers. Les fonc-tionnaires taient des gens sans relation politique. Pour tre nomm Arlon, il fallait vraiment avoir peu d'amis politiques influents: les fonctionnaires taient donc comptents. Les employs et ouvriers du bas de la ville taient les wallons racolls par la SNCB. On diminuait ainsi la proportion des germanophone: il y avait trop de "boches" dans cette ville. J'oubliais qu'il y avait aussi des militai-res. Bref, la ville avait t srieusement envahie. Quand en 1940 les verts sont venus leur tour, on tait habitu, on avait dj donn (Avec mes antcdents allemands, je peux toujours causer !)

    Les gens du bas de la ville francisaient tout (Je comprend la mfiance des flamands dans les communes facilits). Sur la Knip'tchen, nous tions les Hair'vgues; dans le bas de la ville nous devenions les Ervches (en circonflexant le ), les Ervches ou mme les Ervs, le tout avec un accent tonique sur les ou sur le . En 1949, mes parents me mirent en pension en France et je redevins le Hairvgue que j'avais toujours t. Pour la famille de ma mre, ce fut pire. Son nom tait "Lichtenberger". Cela donna Lichtebert ou Lichtant, la simplifica-tion est-elle due au snobisme ou la paresse ou aux deux ... Le wallon n'est pas que snob. On a aussi transform les noms de lieux, Weiler devient "o est l'air", Toernich devient "Tournik", Schoppach, Chopak et Sterpenich, "Sterpenik" ... On a aussi transform les noms d'autos: On roule en v-ou (VW) ou en b-em-ou (BMW) ... on coute Jean-Sbastien Bak ... et ainsi de suite. Flamands vous avez raison de vous dfendre, si vous les laissez continuer, ce sera bientt chez vous comme c'est chez nous maintenant ... et comme ce sera bientt au Grand Duch !

    Le clerg devait parler le franais, Namur oblige. Il le faisait avec les fautes de syntaxeet l'accent du terroir: c'taient des curs de chez nous, des cu-rs de l'Arelerland ! Pourquoi forait-on le cur Firmin Schmitz, faire des sermons en franais ! Pour les confessions il faut que les curs comprennent les pchs de leurs paroissiens. On sait qu'il est plus agrable de pcher dans le pa-tois local que dans une langue exotique. Un pch est plus facile dcrire en dans la langue dans laquelle il a t commis; Pour le pardonner, le prtre doit d'abord comprendre ... or les curs de maintenant ne comprennent plus. !

    De 1937 1940, me laissa peu de souvenirs. Je ne me souviens ni de l'arrive des boches ni de l'arrestation de mon pre. Le gouvernement belge s'tait rfugi courageusement Londres pour y distraire les pouses libres et inoccupes des nombreux soldats anglais prisonniers en Allemagne avec nos p-res.

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  • IX Station: "Jesus fallt das dritte mal unter dem Kreuz - Jsus tombe la troisime fois sous la croix" (traduction assez littrale). Flamands vous avez raison, si vous les laissez continuer ce sera bientt chez vous comme c'est chez nous maintenant ... et comme ce sera bientt au Grand Duch de Luxembourg !

    L'arme belge avait courageusement rsist la pousse allemande. A Arlon on avait abattu trois arbres dont les troncs, placs transversalement, de-vaient arrter l'ennemi dans l'avenue de Mersch (maintenant avenue Godfroid Kurth). Nos stratges avaient aussi fait un trou dans une rue prs de Waltzing et les artificiers avaient fait sauter deux ponts dont celui de Schoppach. En le fai-sant sauter, on coupait Arlon de sa source de miel. En effet, le marchand de miel se trouvait (et se trouve encore, je crois) juste de l'autre ct du pont ! Les allemands avaient tout rpar en une journe, et ce la grande joie des amateurs de miel. Aprs d'autres actions tout aussi prestigieuses, notre arme s'est glorieusement replie vers l'ouest et le nord: elle a y combattit avec ar-deur pendant 16 jours encore, puis essouffle, elle capitula. Ne rions pas, elle utilisa au mieux les maigres budgets qu'on lui avait allous.

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  • Le gouvernement avait fait des conomies, sans doute en prvision de son futur sjour londonnien. Ces conomies avaient surtout touch la dfense nationale. Un de mes oncles tirait avec un canon fendu qui branlait les tuiles des habitations voisines chaque fois qu'il l'utilisait, l'autre "sidolait" les garde-boues de son vlo militaire, il faut que a brille disait le sergent ! Les garde-boue brillants et le soleil de mai facilitaient drlement la tche des bombar-diers allemands. Mon pre fut arrt par les allemands Bandes sans avoir pu rejoindre l'arme belge. Si le Gouvernement allait Londres, nos jeunes gars allaient en excursion en Allemagne: on se sparait les uns gauche, les autres droite et au mileu les jeunes femmes et les enfants autout du roi Lopold III.

    Mes oncles furent parqus dans un camp aux environs de Nuremberg. Mon pre et le cousin Victor de Parette taient dans un camp prs de Berlin. On ne parlait pas encore du "regroupement familial" cette poque. Dans ces camps les ntres mangeaient du Rutabaga, des patates en robe des champs et du Stockfisch. Les prisonniers recevaient aussi du pain tout noir: comme ils taient jeunes, ils espraient manger du pain blanc leur retour. Pour ce qui est de la "bouffe", nos ministre n'taient sans doute pas mieux lotis Londres. Vous pouvez lire les rcits de rsistance hroque qui ont permis certains d'ob-tenir des dcorations. Si nos ministres n'taient pas des exemples de courage, nos jeunes par contre ...

    Arlon tait une ville de garnison, il y avait beaucoup de casernes. Il y avait donc beaucoup de militaires, des "oiseaux de passage" comme disaient les parents aux filles lgres. Les sergents belges dconseillaient aux recrues de frquenter les quartiers chauds du haut de la ville et on voyait donc peu de sol-dats belges dans la Hetchegas. Par contre, Les boches se sont vite rendu compte de la chaleur de ce quartier. En plus, grce au dialecte local, ils se sentaient compris. Mais ils se sont vite rendus compte que le coin avait le patriotisme as-sez sanglant. Il y eut des morts ... et des belges condamns par les conseils de guerre ennemis: leurs corps reposent quelque part l-bas avec celui d'autres h-ros.

    Maintenant que les hommes taient prisonniers en Allemagne, la ville n'tait plus peuple que de jeunes boches, de jeunes femmes et d'enfants. Pire, les femmes taient parfois enceintes et toujours dsargentes. Donc d'un ct il y avait donc les hros (dont on parle dans tous les livres), des hros qui man-geaient du rutabaga et de l'autre les femmes (dont on ne parle nulle part) et qui n'avaient rien manger. Je me demande si Paul Reuter n'tait pas un hros,

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  • un hro mconnu ... de moi en tous les cas ? Et vous savez-vous qui c'est, savez-vous ce qu'il a fait ... ?

    Les hommes taient prisonniers en Allemagne, la ville n'tait peuple que de jeunes boches de femmes et d'en-fants. De tous temps les enfants ont gns les militaires ... ("Va donc jouer l-bas; nous on joue ici ! Tu ne veux quand mme pas qu'on te tue comme on a tu les tiens !").

    L'occupant avait renvoy Paul Reuter, le bourgmestre, se reposer chez lui. Il pouvait donc faire de l'hrosme domicile. Je ne sais pas ce qu'il a fait, mais je sais qu'il est rest sagement chez lui (pourquoi n'est-il pas all en An-gleterre, avait-il perdu son ticket ?). Les verts ont ensuite nomm un collabo dvou pour lui succder.

    Nous avions un gouverneur de province courageux, le baron Greindl. Il est rest son poste jusqu'au moment o les Nazis l'ont arrt et lui ont admi-nistr du cyanure (en 1945). La baronne Greindl, infirmire Bastogne s'est dis-tingue par son courage lors de l'offensive von Runstedt. Il n'y a ni rue, ni bronze, ni plaque pour rappeler ne fut-ce que leur existence, Ils n'taient sans doute pas politiquement intressants ! S'ils taient partis courageusement en Angleterre comme tout le monde ...

    C'est ici que commencent mes souvenirs, ma mre tait enceinte, j'avais dj une jeune soeur. Aprs avoir test les capacits pdagogiques de

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  • mes tantes et cousines, ma mre dcida que j'irai l'cole gardienne des soeurs de Notre Dame, rue Joseph Netzer, pour la rentr de septembre 1940. Ma mre pouvait donc travailler au magasin et dans sa cuisine.

    Les histoires racontes ici se sont donc passes entre septembre 1940 et octobre 1949 (j'ai quitt Arlon pour Metz en octobre 1949). Ces histoires sont prsentes sans ordre. Je raconte des histoires parce que je ne suis pas histo-rien.

    Un historien, celui qui a "tudi pour", raconte l'Histoire , l'Histoire avec un grand H ! (Comme dans H'est-ce que tu m' payes une drep am Dueref ?). N'allez pas demander votre Historien favori de vous offrir une drep ... am Dueref

    "Am Dueref" ... C'est quoi "am Duerf" !

    Je ne sais qui a dcrt que dans l'Arelerland on crivait Am Duerf, comme au Grand Duch et pas Am Dueref ! Pourtant Arlon on disait Dueref et Kueref: on mettait un e muet entre le r et le f. Le mot Dueref est ainsi de-venu bissyllabique.Cet ajout a'appelle un "Svarabhakti"Lorsqu'il parlait franais, l'athusien du quartier de la gare disait "Je vais au village" pour dire qu'il allait au cen-tre d'Athus; il faisait une traduction littrale. Traduire "Am Dueref" par "Au village" est un peu trop littral, on devrait plutt dire je vais au centre du village, il y a d'ailleurs Athus une rue du Centre.Si vous visitez Tontelange, vous comprendrez-mieux ce que je veux dire, le Dueref commence longtemps avant cette plaque.

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  • Le svarabhakti dans le patois arlonnais:http://genemol.org/BBR/g-g/g-09.html

    in "Grammatik der Areler Mundart " (Al. Bertrang, 1920) page 169-172. L'image ci-dessus est un condens.

    L'arlonais met souvent un e muet entre deux consonnes qui se suivent. Ce n'est peut-tre pas le but, mais cela rend la langue plus musicale: Dorf (en allemand) est Duerf (en luxembourgeois) et Dueref Arlon (il y a des Luxembourgeois qui disent Dueref surtout dans l'Arelerland luxembourgeois). Je prfre le "gestueref" arlonais au "gestorben" allemand ... cela fait moins "mort"; foenef est aussi plus mlodieux que fnf.

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    http://genemol.org/BBR/g-g/g-09.htmlhttp://genemol.org/BBR/g-g/g-09.html

  • 01. Les toits de la ville

    a) l'conomie.

    Puisque vous ne connaissez pas l'Arlon des annes 40-49. Je vais utiliser un recueil de cartes postales pour vous le prsenter. Il est plus facile de dcrire une ville avec des images.

    J'ai en main un livre intitul "Arlon la Belle Epoque". Il fut rdig (un bien grand mot car il y a peu de texte) par Jean-Marie Triffaux. La couverture du livre montre une "Vision artistique" d'Arlon la "Belle Epoque". Ce livre est un recueil de reproduction de vieilles cartes postales ! En famille, nous achet des cartes semblables la brocante, c'tait cher ! Certaines sont reproduites ici et vous pouvez les reproduire vous aussi, elles sont nous et nous vous les of-frons !

    Sur la gravure qui couvre le livre, on dcouvre deux glises Saint Mar-tin. Le dessin reprsente donc Arlon quelque part entre 1904 et 1936. Dans cet intervalle de temps, les deux glises coexistaient: la nouvelle glise Saint Mar-tin fut, en effet, commence en 1904 et l'ancienne fut abattue en 1936. La cou-verture montre aussi une majorit de toits simples, des batires comme on dit chez les architectes; ce sont des toits dont les deux versants sont parfaitement plans, on ne voit ni croupe ni croupette latrales; il y a de plus quelques toits mansards, c'est tout. Les murs des maisons sont "tartins" d'enduits aux cou-leurs vives, rouge, bleue, jaune ou verte. La majorit des chemines ne sont pas centrales, mais latrales. Les fentres sont "nues", il n'y a pas de volets persiennes. Dans cette image d'Arlon de la "Belle Epoque", n'ont exist que la colline et les deux glises Saint Martin: le reste (toit simple, enduit color, ab-sence de volet) provient donc de l'imagination du dessinateur.

    Quand j'tais gosse, je dessinais aussi des glises entoures de maisons. Les toits que je dessinais taient aussi de simples btires, comme sur la cou-verture du livre. J'aurais du faire de l'art, j'avais des dons !

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  • Devenu enfant de choeur Saint Donat, je voyais les toits d'Arlon de haut, chaque matin en montant les escaliers pour aller servir la messe. Je me rendis vite compte que plusieurs sortes de toits coexistaient Arlon. Un toit c'est quelque chose qui couvre une maison et sert la protger contre la pluie, la neige, le froid et le soleil. Il existe plusieurs designs qui permettent d'attein-dre cet objectif.

    Il existe d'abord la simple btire constitue de deux plans qui forment un angle plus ou moins aigu. On retrouve une majorit de ce genre de toits sur l'illustration du livre, sur mes dessins d'cole et sur cette carte postale achete par ma soeur Annie la brocante. Regardez les gouttires que l'on construisait l'poque: Elles taient trs larges et je pouvais marcher dedans (je recevais une fesse quand je le faisais). Dans une rgion (comme celle d'Arlon) ou il pleut longtemps et o il neige, on construit de larges gouttires

    La Grand Place (Grou Platz vers 1900)Actuellement les fentres sont "nues", on a enlev tous les volets persiennes. Si vous enle-vez les volets de cette photo les tages n'ont pratiquement pas chang. L'picerie qui prc-dait le caf d'Ida (avant et pendant la guerre de 40) montre deux vitrines semblables celles que l'on voit actuellement au restaurant Knopes: si vous allez dans ce restaurant vous verrez qu'il est trs lumineux (on y mange bien aussi !). Dans notre maison, le toit n'tait pas encore la Mansard et l'enduit tait encore frais et clair. Le Bazar Walens tait de mon temps la mercerie de la "Joffer Mller". On voit le robinet (c'est bien un robinet) eau au centre de la place.

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  • Comme il neigeait abondamment Arlon jadis, aux btires on ajoutait parfois des artifices qui retenaient la neige et protgeait davantage les pas-sants que les larges gouttires seules: il tombait parfois des blocs soit de neige soit de glace.

    La grand Place (Grou Platz):Il n'y a plus beaucoup de magasins, on a pu enfin planter des arbres. Comparez cette photo celle de 1900, on s'est content de "rafistoler", mais en gros on reconnat les maisons.

    Ainsi il y avait et il y a encore des grilles au bord de certains toits toits. J'en ai photographie une sur le toit de ce qui tait la papeterie Breyer-Lussot. Ces grilles avaient un objectif social qui n'existe plus pour les toits mo-dernes: ils protgeaient les passants. Maintenant, ce n'est plus le passant qui compte, mais l'conomie que l'on peut faire: c'est une autre approche.

    La grille que l'on voit sur le toit de l'ancienne librairie Breyer-Lussot ( droite en regardant le magasin Cami) retenait la neige. On pouvait en tout s-

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  • curit aller acheter et lire son journal sur le trottoir... On a enlev les volets, mais les crochets sont toujours l ... La maison a un air cadavrique, un cadavre sale ! Les fentres sont double vitres et moches. Il est peut-tre utile de rap-peler que le plastique s'abme plus vite que le bois ! (un polymre est toujours en quilibre avec ses monomres, lesquels s'vaporent rendant le polymre po-reux). Pour vous vendre du plastique on vous dit qu'on a chang a, on raconte aussi n'importe quoi du moment que a rapporte !

    Le haut de la Librairie Breyer-Lussot (Grand Rue)La maison l'aspect d'un cadavre blanc et sale, une sorte de wei Macchabe ! J'aime cette maison, car nous achetions l Spirou et Tintin. Je vois encore la vielle dame qui vendait les journaux et recevait les pronostics "Prior". Remarquez les "larmoyers" au dessus des fentres. On ne fait plus cela parce que a cote cher (toujours la mme philosophe ...)

    Il y avait ensuite les toits dit " coyaux". Il prsentent une modification de la dclivit. Cela devient plus plat vers le bas: ainsi la neige peut fondre l o c'est plat, sans tomber en bloc sur la tte des passants et des futurs clients

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  • qui regardaient les vitrines. Je prend comme exemple le toit de la bijouterie "Henrion" et un des toits du palais du Gouverneur. Ces toits ncessitent une mo-dification coteuse de la charpente qui provoquent en plus une diminution de la taille du grenier. Mais, ce sont des toits trs respectueux des pitons: la neige fond lentement, ne tombe pas en amas sur les trottoirs, de plus les gouttire ne dbordent pas elles non plus sur la tte des passants.

    La bijouterie Henrion et l'Ecu de Bourgogne.

    Dans les anne quarantes, il y avait beaucoup de protections contre la neige: Le passant tait un client et toutes les maisons taient des commerces. On pouvait se faire ses achats et bavarder sur les trottoirs en scurit mme les jours de fontes des neiges: nous ne risquions pas de recevoir des blocs de glace sur la tte. J'allais l'cole sans regarder en l'air. Il y avait suffisamment de choses contrler au sol pour viter de glisser et de tomber.

    Il y a enfin le toit habituel et bon march que l'on utilise pour les habi-tations modernes. Quand il neige, vous restez chez vous et vous regardez la t-l, bien au sec ! On place parfois des gouttire de pays secs; lgres et inutiles. a cote moins cher (mais il faut les remplacer souvent et a arrose copieuse-ment les passants).

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  • Un tot coyaux au Gouvernement provincial

    Autour de Saint Donat la restauration des anciens habitats a t faite en posant des toits en btires (Figure 6). Si vous regardez bien les gouttires de ces maisons, vous verrez combien elles sont fragiles. On a travaill l'co-nomie. Ces toits "synthtiques", sont vite couverts de mousses: elles poussent trs rapidement sur les ardoises synthtiques ! Ces logements taient des habi-tations populaires. Ils ont t "restaurs" et vendus des prix levs ! Qu'a-t-on fait des habitants pauvres d'avant ?

    Achetez ... Mais attention aux toit en btires et aux gouttires conomiques ! Regardez aus-si les murs colors, comme sur la couverture du livre sur la "Belle Epoque". Les murs colors, c'est parfois du simple bton peint !

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  • Les Maisons faisant des coins de rues avaient des toits dits " crou-pes", comme la maison ci-dessous (Figure 7). Cette maison prsent en plus des coyaux et d'une large gouttire. Gosse, j'ai achet deux litres de pltres dans cette maison (le pltre se vendait au litre).

    Il y avait aussi des toits croupettes (Figure 8). La croupette a le mme rle que la croupe, mais elle tait plus petite et ne trouvaient pas ncs-sairement aux maisons des coins. La croupette permettaient de conserver un large grenier.

    Une croupe et des coyaux (coin de la rue du Bastion et du Marquisat).La charpente de cette maison n'a pas t modifie lors de la dernire restauration de la toiture. La plus longue des chemines perce la croupe. Regardez-bien comment les coyaux, construits sur la charpente ont un peu apla-ti la base du toit. On a bien sr enlev les volets, ce qui donne la maison cet aspect lugubre: on dirait une usine abandonne !

    La pierre d'Arlon est trs friable. Les arlonais enduisaient donc leurs murs pour protger les pierres (enduire ne sert pas dcorer, mais bien pro-tger !). On aurait pu utiliser des enduits pigments, mais les arlonais se con-tentaient d'un enduit fait du sable local jaune. Les murs taient donc jauntres, mais devenaient rapidement gris plus ou moins fonc (figure 8) !. La maison ci-dessus montre un enduit au sable jaune d'Arlon.

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  • Les murs noircissaient, se desschaient, se fendaient et s'caillait en vieillissant. Seules les grosses fermes des environs taient enduites de rose (l'enduit tait base de chaux colore en rose, il s'caille). Maintenant on cons-truit peu en pierre, on enduit donc peu; par contre, un construit en bton que l'on peint. L'artiste qui a illustr la couverture du livre a donc simplement transfer le prsent dans le pass.

    Une croupette perce d'une chemine (vue prise de la gare).La croupette de l'ancienne picerie Hollenfeltz est perce d'une chemine. Jadis il y avait l une picerie dans laquelle allait parfois ma mre. Le fils d'Ignace Rodesch a dirig cette pi-cerie avant de retourner au lyce pour fille enseigner le latin et le grec (c'tait un excellent professeur !).

    Dans les quartiers chics et rcents du bas de la ville, les toits taient " la Mansard", souvent avec lucarne. On a ainsi transform le toit de notre maison, crant un tage supplmentaire: Cette transformation rendit habitable une partie du grenier.

    En hiver il faisait trs froid, aussi les arlonais construisaient les gran-des maisons autour d'une chemine centrale qui permettait de conserver la cha-leur et de la distribuer dans tout l'habitation. Une chemine latrale distribuait la chaleur, mais l'extrieur. Dans notre maison, la chemine chauffait le ma-gasin. On construisait des chemines latrales pour les maisons troites: les pauvres chauffaient les rues !

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  • Les fentres avaient toutes des volets persiennes. On pouvait ouvrir les volets en les plaquant contre les murs. Grce de tiges mtalliques on maintenait les volets contre la faade. En t, quand il faisait trs chaud les volets taient clos nuit et jour, l'aide d'un levier on rglait la persienne pour que rentre l'air et pas la chaleur: dans ma chambre il faisait donc frais en t et chaud en hiver !

    Les volets Metz (rue des Clercs)Jadis Il y avait, comme Metz, ce genre de volets partout Arlon. A mon avis les maisons ont l'air plus habilles. Naturellement il faut de bons menuisiers ... A Metz, il y a aussi des doubles vitres ! Volets et double vitrage sont une bonne manire de conserver l'nergie.

    En hiver, les volets tait aussi clos, persiennes fermes: j'tais protg du froid et du bruit. C'tait certainement plus cologique. Maintenant, il n'y a

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  • plus de volets persiennes; ils ont disparu progressivement. Si vous visitez Metz et les environs de Metz (cela vaut la peine), vous verrez que dans cette ville le maire a fait restaurer les volets persiennes: c'est trs beau !

    L'auteur de l'image du livre de Triffaux a certainement rv d'un en-droit qu'il a appel Arlon. On ne doit pas empcher les artistes de rver, de r-ver d'enduits colors ... Nos voisins luxembourgeois usent et abusent des en-duits trs colors ... citrons, fraises, cleris, tomates ... Ici en ville cela fait un peu crme glace.

    b) Les petits commerces Arlon.

    Le "filet" provision (Kueref) ne devait jamais tre trop lourd, parce qu'il fallait le ramener pied la maison. A Arlon, on descend vers les magasins et on remonte chez soi. A cette poque, comme il n'y avait pas de frigo, on achetait la nourriture frache chaque jour. Nous tions donc souvent dehors et nous rencontrions frquemment nos voisins: on ne se disait pas "au revoir", mais " demain", et parfois mme " plus tard" (bis mi spt, bis spter).

    Comme il n'y avait pas de voiture, il n'y avait pas de Supermarch. En effet, un Supermarch est un endroit o l'on remplit le coffre de sa voiture une fois par semaine: pas de voiture, pas de coffre et donc pas de Supermarch ! Les rues taient ares et l'air respirable. On voyait beaucoup de crottes de chien. Il y avait aussi des crottins de cheval. Ces crottins parfumaient les pavs convexes: c'tait sain et naturel ! D'ailleurs, comme dans la chanson, les crot-tins fumants attiraient les petits oiseaux. Ils attiraient aussi ceux qui avaient un jardin: ces derniers venaient la collecte aux crottins. Mais pour avoir du cottin frais et bien chaud, mieux valait suivre les chevaus. Les poireaux qui poussent entours de crottins permettent de raliser d'excelents potages !

    Les magasins donnaient aux maisons du Haut de la Ville un aspect vi-vant qu'elles ont perdu ... Avez-vous dj visit Arlon quand il n'y a ni march ni

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  • cole ? Qu'est-ce qu'on s'ennuye ! Jadis, la Hetchegas et la Grand Place taient de vrais village, il y avait de l'animation.

    Les gens d'Arlon se connaissaient. Ils taient heureux de se rencontrer en faisant leurs courses. On bavardait dans les magasins en attendant son tour et sur les trottoir en allant d'un magasin l'autre. Maintenant on se retrouve l'Hydrion, on parle peu, on est press ! Ces grands mall ont supprim une grande partie de la joie de vivre en communaut. Les gens cherchent s'isoler ... drle de socit !

    Prendre une photo maintenant, c'est un peu comme crer une affiche pour le salon de l'auto. En enlevant les autos, les signes rouges et en remettant des volets aux fentres on peut imaginer l'Arlon de jadis (on voit ici l'enduit jaune ou de la peinture qui l"imite). Sur la vitrine de la maison jaune on lit "Maison de la Knipchen", on a crit Kniptchen sans t: celui qui a crit cela est un illetr. En arlonais on crit et on prononce Kniptchen (Les luxo mettent deux p ... s'ils aiment). Au Grand Duch, une Knippchen est une praline. Pour rentrer chez nous je descendais cet escalier chaque matin aprs avoir servi la messe Saint Donat.

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  • Il y a de moins en moins de petits magasins. Les maisons sont devenues des dortoirs. Il reste encore quelques magasins de luxe, "des boutiques". Hors ville, dans les malls il y a d'normes socits et des employs, mme politique-ment c'est diffrent. Les petits indpendants d'Arlon votaient comme ceci et les employs des grosses socits votent maintenant comme cela. Il y en a qui ont intrt fabriquer des employs, les employs, a se syndique, a vote pour , dans le fond pour qui ? Jadis l'argent restait en ville, maintenant il va dans les poches des actionnaires des grosses socits, il va donc ailleurs, parfois tr loin. L'Hydrion, c'est comme n'importe quel mall en Belgique ou de par le monde: on trouve les mmes enseignes, les mmes marchandises. On achte pour quasi rien dans les pays pauvres et l'on vend trs cher ici.

    Essayez d' acheter l'Hydrion si vous n'avez pas de voiture (ma soeur m'a dit que maintenant il y a un bus, mais pour les marchandises congeles ... (c'est peut-tre un bus frigorifique) !

    Aprs leurs achats, les arlonais remontent en ville. Ils parquent leurs autos prs de chez eux. Ils rentrent avec ce qu'ils ont achet et regardent vite "le match" la tl avant de bouffer ou d'aller au lit: parfois ils bouffent des chips en regardant la tl.

    A Arlon, si vous vendez des tls ...

    Des reprsentants de l'administration communale vont demander aux anciens "petits commerants" de redonner leur maison l'aspect de jadis. Que l'on supprime les malls et les Supermarchs et que l'on ramne l'argent d'Arlon Arlon ! Pour entretenir sa maison, il faut un commerce florissant. Il y en a qui rvent du beurre et de l'argent du beurre.

    Je me demande bien quel touriste voudrait visiter ce qui reste d'Arlon. Trves n'est pas loin, et l il y a aussi des Muses, pas des Muses Gaspard, de vrais muses ... Il y a mme des restaurants o on bouffe autre chose que des pizzas. Allez Trve et laissez les arlonais dormir en paix !

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  • c) du bton et encore du bton pour tout enlaidir

    Arlon est une ville ancienne, il y a eu des celtes, des romains, des ger-mains ... que sais-je. Il faut donc se retirer de la tte l'ide qu'il y a un style ar-lonais. Mais on peut se dire que maintenant, ce n'est pas la beaut qui compte, mais l'argent. Pas seulement Arlon.

    Reconstruire comme avant n'a donc aucun sens. Avant quoi ? Mais cons-truire comme Buenos Aires ou Hong Kong n'a pas de sens non plus. Ce qu'il faut c'est btir quelque chose d'original et qui plaise la population, pas quel-que chose de moche qui ne nous cote rien et qu'on vend trs cher. Je sais qu'il y a de plus en plus d'architectes, et qu'ils doivent gagner leur vie.

    Dans beaucoup de villes de par le monde, on utilise le bton pour cons-truire des maisons qui ne cotent pas cher et qui rapportent beaucoup ceux qui les construisent. Comme disait une de mes amies amricaines en visitant Bruxelles: "Vos architectes ne sont pas plus originaux que les ntres, ils foutent aussi de la merde partout". Ce n'est pas que le bton soit laid, mais il vieillit mal et devient vite trs sale ... ! Chaque fois on nous promet du beau et c'est chaque fois plus moche: on ne devrait utiliser que les matriaux tests ...

    Pour voir comment le bton s'intgre dans le paysage arlonais, prome-nons nous. Descendons la rue des Capucins droite de la "Monte Royale" vers la gare.

    Prenons d'abord la rue des Capucins. Soyez prudent, cette rue troite est sens unique, les trottoirs sont troits eux aussi, les voitures roulent grande vitesse ... Les chauffeurs roulent vite pour vite souper et ne pas "louper le match" la tl. Prenons vite la Place Camille Cerf.

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  • La Monte Royale (en parler local: les escaliers de Saint Donat). La photo montre qu'il y a un palier par sta-tions du chemin de la croix. Partons d'ici pour notre balade et allons gauche !

    Regardez les fentres des maisons: on a enlev tous les volets. Ces vo-lets donnaient un cachet typique aux maisons de la rue. On a ensuitz demand des architectes de construire un norme bloc imitant les habitations du pass. On n'imite pas le pass.

    D'ailleurs le pass fut jadis le prsent. Au lieu d'imiter on ferait mieux de crer quelque chose de beau avec ce dnt nous disposons actuellement. Dea architecte on construit des choses originales Arlon, des choses qui se ma-riaient bien avec ce qui tait. On peut faire cohabiter du contemporain et du pass, l'intgration est peut-tre une chose difficile raliser, mais elle est possible !

    Rattrapons la rue de la Porte Neuve et retournons vers la rue des Ca-pucins et descendons-l.

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  • La place Camille CerfOn a demand des architectes de construire un norme bloc ( droite) imitant les habita-tions du pass. a fait un peu crme glace non ?

    Regardez ce qui reste de la boulangerie Simonis, une maison dans la "Death Row", qui espre peut-tre encore l'un ou l'autre sursis. On arrive sur la Place du docteur Hollenfeltz. Vous ne le saviez pas, mais, avant d'tre assassin par les boches, le docteur tait un protecteur des Arts et des Lettres, et en sa mmoire on a transform la place en "chancre communal": avez-vous vu le b-ton qui remplace l'imprimerie Fasbender, avez-vous vu ce que sont devenus les maisons Cahen et Martha, avez-vous vu leur tat d'abandon ?

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  • Le Docteur Jean Louis Hollenfeltz tait un mcne, c'est lui qui a restaur la pharmacie de l'Abbaye d'Orval.

    Jadis la boucherie Guirsch et l'picerie Klein-brcher avaient de l'al-lure, mais actuellement, ces maisons sont devenues laides. Elles ne sont pas de-venues laides parce qu'on les a dmolies et mal reconstruites. Au contraire, on a modifi, juste ce qu'il faut pour qu'elle deviennen laides: la laideur a se con-oit un peu comme la beaut et je me demande si cela ne ncessit pas autant d'nergie et de longues tudes !

    Devant ces maisons, chaque matin, les marachers du bas de la ville (il y avait des marachers Arlon !) amenaient des grands paniers bruns contenant les lgumes que des braves vieilles nous vendaient. Maintenant, les gens ach-tent des soupes en bote avec "boulettes". Certains disent que ce sont des bou-lettes de viande de cheval ... va-t-on savoir ?

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  • Le GB du March aux lgumes est un bloc de bton laid et qui vieillit mal. Quelqu'un de riche et puissant a rachet les maisons qu'il y avait-l jadis. Ce quelqu'un a dmoli ces maisons et les a remplaces par ce tas de bton (avec la bndiction complice de l'urbanisme). Il y avait l le Mtropole, le restaurant du "Frittert". Un restaurant o j'ai mang des choses si dlicates. Jadis, avant les pizzas on mangeait bien Arlon ! Maintenant; on "bouffe" vite vite un sand-wich bien gras en buvant du "Coco" bien sucr.

    Le GB du March aux lgumes est un bloc de bton laid, qui vieillit mal ... et qui salit !

    Passons le long de " l'Htel du Nord", et partir de l'ancien palais de Justice traversons la place Lopold en diagonale jusqu' la rue Netzer. Ne visi-tons pas le parc ... On a enlev le Kiosque du parc. Le parc est devenu une jun-gle. On y a juste install des "chiottes modernes" (un Euro par personne). Il y

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  • avait des "chiottes communaux", on les a abattu et on y amis le buste de Lenoir. Le pauvre Lenoir (Pourquoi n'y a-t-on pas mis le buste de Paul Reuter ... Na!). A part cela, si vous avez la prostate active, il vaut mieux prendre ses prcautions.

    On a aussi ramnag le parc, on a par exemple plac un btiment atroce l o il y avait jadis l'office du Tourisme. J'ai pris des photos pour mon-trer combien c'est laid. Les terroristes ne sont pas mieux en Afghanistan. Les terroristes ont dmnag ... ils sont maintenant au conseil communal d'Arlon !

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  • Il y avait des "chiottes" ici. Vous deviez y aller l'heure o les mouches taient dans les cuisi-nes des maisons voisines. On a dmoli ces chiottes et on a plac le mmorial . Il y a des petits dlicats qui vont pisser derrire le monument.

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  • Visitez Arlon ... qu'ils disaient. C'est beau !

    Dans la rue Netzer on a abattu la maison du Docteur Birck. A sa place on a construit un bloc de bton cot duquel un Blockhaus est une oeuvre d'art.

    Au coin de la rue Molitor, le restaurant est devenu plus beau, il est "encadr" d'horribles trucs en bton. Il y a donc encore du bton partant du Res-taurant jusqu' la rue suivante: du bton gris-sale avec des vitres mal ajustes ... Du truc se demander ce que font les architecte l'cole !

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  • 02. L'cole

    a) l'cole des soeurs de Notre Dame

    Le 10 mai 1940 lorsque les allemands sont arrivs Arlon, les hommes valides combattaient au front ou tait dj squestrs dans les camps de pri-sonniers en Allemagne. Le front qui se dplaait trs rapidement. Tous ceux qui taient encore libres se retrouvrent rapidement, en cong forc dans les camps de prisonniers eux aussi. Il ne restait plus Arlon que les femmes, les enfants, les hommes trop vieux ou inaptes et les nouveau venus de l'arme al-lemande.

    Les soldats belges prisonniers avaient entre 19 et 30 ans. Leurs pou-ses avaient des enfants et beaucoup taient enceintes.

    La main d'oeuvre tait en Allemagne. Il n' y avait plus d'ouvriers, les usines et les chantiers taient clos. Dans les fermes, les femmes faisaient tout y compris la rcolte. Les femmes taient sans argent, abandonnes dans un pays dsorganis. Vous devinez srement les propos qu'changeaient nos pres pri-sonniers quand ils parlaient de nos chers ministres qui s'taient enfuis coura-geusement en Grande Bretagne, laissant les hommes dans les camps allemands et les femmes seules au pays. Le Roi ne s'tait pas enfui et c'est en lui que tous plaaient leurs espoirs.

    Et les grand parents, que faisait-ils ? Les "vieux" ne pouvaient pas tout faire... A cette poque, les familles des "vieux" taient trs nombreuses, beau-coup de fils taient en Allemagne. Les "vieux devaient donc tre plusieurs en-droits la fois. De plus, les vieux devaient travailler pour vivre eux aussi ...

    Ma mre dcida donc de nous placer ma soeur et moi l'cole gar-dienne chez les Soeurs de Notre Dame, rue Joseph Netzer. Ainsi elle pouvait aonsi travailler dans son magasin.

    Les Soeurs s'occuprent bien de nous. Nous recevions quotidiennement une cuillre soupe d'huile de foie de morue. C'tait dgueulasse, mais plein de vitamine D. Je ne me souviens que d'une Soeur, "la" Soeur Jeanne. Une gentille soeur qui gagnait son ciel en s'occupant de moi.

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  • Comme j'tais un sale gosse, l'institutrice me confectionnait force bonnets d'ne et me mettait dans le coin coiff de ces bonnets. Ds qu'elle tournait le dos, je me retournais et chahutait qui mieux mieux en faisant rire les autres. J'tais vraiment un sale gamin ! Nous faisions du tissage, du pi-quage... et d'autres jeux trs ducatifs. On nous a mme appris l'alphabet. Ainsi j'avais appris que le son o pouvait s'crire o ou au: ce n'tait pas encore le prix Nobel, mais c'tait la direction !

    Pour crire nous avions des ardoises sur lesquelles nous crivions avec des "touches". Il y avait des ardoises en carton et d'autres en schiste. Celles en schiste se fendaient, elles avaient aussi un encadrement en bois avec un trou. Le trou recevait la ficelle qui retenait l'ponge qui servait effacer textes et dessins.

    L'cole des soeurs:La flche rouge indique l'entre de la classe gardienne l'poque.

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  • L'cole tait luxueuse avec des couloirs en marbre couleur acajou. Il y avait un couloir colonnades de marbre qui menait la chapelle. Tout cela a disparu, mme la chapelle. Un jour que l'institutrice m'avait refus d'aller aux toilettes, j'ai "piss" sur une de ces belles colonnes en marbre. La "demoiselle" tait trs fche. Pour me punir elle m'envoya chez la Mre Suprieure. Non seulement je ne fus pas puni, mais la Mre Suprieure fut trs gentille avec moi et sermonna l'institutrice qui m'avait refus l'accs aux toilettes. Na !

    C'tait une cole de filles, de grandes filles. On les punissait parce qu'elle portaient des "socquettes blanches" au lieu des "bas sports blancs" r-glementaires. Elles portaient un uniforme: jupe bleue marine, chemise blanche, bas sports blancs et chaussures vernies noires. Nous partagions leur cour de r-cration. On leur interdisait de jouer saute mouton: elle risquaient parat-il de perdre leurs cheveux. Je dois dire que c'tait vrai ! Elles les perdaient ! Lais-sez-moi ajouter que c'est la seule fois o j'ai vu des filles jouer un jeu violent !

    Le sige de la congrgation des Soeurs de Notre Dame tait Namur. Ici on se contentait de prier la bienheureuse Mre Julie Billard qui a fond l'Ordre (Billard s'crivait peut-tre autrement, mais mes prires taient orales, un mode de communication qui fait fi de l'orthographe).

    Un jour, l'institutrice nous prsenta deux petits nouveaux, Berthe et Henri Bosseler. Ils pleuraient. Pour les mettre l'aise, la "demoiselle" leur a demand s'ils ne connaissaient pas l'une ou l'autre chanson. Ils ont de suite en-tonn la Brabanonne (l'Hymne National Belge).

    Le pays tait occup par les verts, mais la "demoiselle" nous a quand mme expliqu ce qu'tait la Brabanonne, le drapeau belge, la rsistance et tout et tout. J'ai racont cela le soir ma mre qui semblait horrifie (les col-labos mettaient aussi leur gosses l'cole des Soeurs). Comme elle tait amie de Madame Bosseler, ma mre lui a racont l'histoire. A cette poque, le pre de Berthe et Henri tait aussi prisonnier en Allemagne. Le 25 aot 1944, il a t nouveau arrt. Dport au camp de Neuengamme. Il n'en est pas revenu.

    A Arlon il y avait deux sortes de soeurs, celles de Notre Dame et les Schwestern. Les Schwestern tenaient l'hospice et l'hpital. En gros, le mot "Soeurs" taient rserv aux religieuses qui n'taient pas de chez nous. Les Schwestern venaient de Capellen au Grand Duch et parlait un patois voisin du

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  • ntre: elles taient plus proche de la population du Haut de la Ville. La Soeur des malades tait une "Schwester".

    Aprs le jardin d'Enfants, on me mis l'cole des grands: chez les Fr-res Maristes. On m'a aussi mis chez les enfants de choeur, les tout jeunes, ceux qui portaient les lampions dans les processions. C'tait encore l'poque du doyen Knepper.

    a) L'cole des Frres Maristes

    L'Institut des Frres Maristes (ISMA) se trouve dans le bas de la rue des Faubourgs (rue de Bastogne), droite, partir du coin de la rue Nicolas Berger (ou rue des Morts). Il tait constitu de plusieurs btiments. Ceux-ci s'ten-daient vers le Nord et l'est, vers la rue des deux Luxembourgs. C'tait une grande cole. Il y avait des humanit modernes, une cole Normale et une cole primaire. L'cole primaire tait une cole d'application pour l'cole normale. C'tait donc une cole primaire de trs haut niveau.

    Avant d'aller l'cole des Frres, ma mre m'amena dans une boutique de la rue de la Grand Place pour acheter une toque. Les lves de l'enseigne-ment catholique portaient en effet une toque en imitation astrakan, avec un ruban aux couleurs nationales, alors qu'il y avait des boches partout. Les petits frres avaient tous les trucs pour narguer les boches. Personne ne le savait, mais les petit Frres faisait de la rsistance.

    Gosses nous nous y rendions l'cole en descendant "la rue des morts". On descendait en glissant sur nos cartables quand il y avait du verglas ou quand la neige tait un peu tasse. A cette poque, c'tait une rue assez campa-gnarde, il n'y avait pas encore de maisons. L'cole tait l bas dans le fond.

    Les boches n'utilisaient pas cette rue et nous allions donc l'cole en toute srnit.

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  • La plupart des parents n'avaient pas de voiture. Ceux qui en avaient n'avaient pas d'essence. A cette poque les parents ne nous conduisaient pas l'cole.

    Nous allions donc l'cole pied, en groupe avec les copains. Je des-cendais avec Ivan Claude et Michel Deviller. La maman d'Ivan tenait une picerie sur la grand Place (l o il ya une droguerie sur la photo qui suit, son Papa tait facteur. Son oncle habitait Barnich et nous l'aurions comme instituteur en cin-quime primaire. Le Papa de Michel Deviller tait cordonnier entre ce qui est devenu maintenant le restaurant Knopes et la maison d'Ivan.

    Un jour ma petite soeur fit la varicelle. Les parents d'Ivan lui interdi-rent d'aller encore avec moi l'cole. Il tait obissant et m'attendait la place Didier me suppliant de lui communiquer le virus pour que nous ayons cong comme ma petite soeur. Nous fmes pargns: c'est sans doute Notre Dame d'Ar-lon qui nous protgea !

    La Grand PlaceL'lectricit et les drapeaux en bernes permettent de supposer que la photo fut prises lors de la mort d'Albert Premier ou de la Reine Astrid: on devrait dater les cartes! Ivan habitait ce

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  • qui tait la droguerie. Il n'y a pas de carte montrant la maison de Michel. Les magasins de leurs parents ont disparu. On voit par contre la papeterie Walravens, la sixime maison gauche, partir de la publicit pour OXO. Les "stores" protgeaient et la marchandise sco-laire et les passants qui admiraient les vitrines. a fait un peu vide sans auto ... non !

    Au bas de la rue des morts, droite, une paisse porte coulissante donnait accs la cour de rcration des primaires. A gauche de la cour il y avait le btiment qui comportait les classes. En face, il y avait un prau qui nous abritait les jours de pluie ou de neige. Sous le prau il y avait aussi "chiot-tes et pissotires". On jouait " gendarmes-voleurs".

    Le matin nous arrivions huit heures. Les instituteurs taient dj en classe. Ils prparaient leur cours. Ils prparaient aussi l'encre, mlangeant de la poudre bleue l'eau et la versaient dans les encriers en porcelaine blanche. Nous crivions avec des plumes "Ballons" dans des cahiers "le Semeur". Pour crire proprement j'avais aussi un buvard rose. J'tais un lve "appliqu", comme on disait alors. A cette poque nous avions des livres. Nous n'achetions pas les livres, ils taient prts par l'cole. L'enseignement tait rllement gratuits. La seule chose que devait faire les parents, tait de couvrir les livres. Nous achetions papier couvrir et tiquettes chez Walravens, un copain et l'im-primeur de mon pre.

    Ceux qui venaient de loin amenaient des bidons remplis de caf au lait sucr. Ils les plaaient sur un chariot qu'un frre amenait la cuisine pour pou-voir les chauffer pour le repas de midi. Nous restions dans la cour de rcration surveills par le vieux frre Louis. Celui-ci veillait ce que nous ayons tous mang avant d'entrer en classe. C'tait la guerre, et tous n'avaient pas manger la maison, le vieux frre venait avec des tartines ... il savait qui les donner.

    Il y avait des wallons, les fils des fermiers wallons en priphrie de l'Arelerland. Ils se levaient tt pour venir Arlon en bus, en train ou en tram et ils dormaient souvent en classe. Monsieur Claude disait qu'il ne fallait pas r-veiller ces "Snateurs". Je pense qu'on les faisait bosser la ferme avant et aprs l'cole. Les arlonais taient frais parce qu'ils n'avaient qu'un petit trajet effectuer et qu'on leur foutait la paix la maison ...

    A midi et quatre heure et demi, nous formions des rangs. Chaque rang tait surveill par un instituteurs. Le rang nous ramenait en ville prs de nos maisons. Les instituteurs de cette poque taient trs dvous et aimaient leur mtier. Le soir, ils corrigeaient nos devoirs. Ils mritaient le peu de vacan-

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  • ces qu'ils avaient. N'oublions pas qu' cette poque nous allions en classe toute la journe du samedi et qu'il fallait corriger nos devoirs; chaque jour !

    Nous remontions la rue des Faubourgs, en rang de deux, marchant sur le trottoir de gauche. En cours de route, certains quittaient les rangs pour ren-trer chez eux. Je quittais tout en haut de la rue, au croisement de la rue des Faubourg et de la rue de Diekirch. Le rang se disloquait au niveau de l'Htel de Nord.

    Du temps de l'occupation, il y avait beaucoup de soldats allemands dans les casernes de la ville. Certains descendaient la rue des Faubourg sur l'au-tre trottoi, midi pour aller bouffer dans la grande salle ct du cinma Ca-meo. Ils avanaient quatre par quatre, au pas et en chantant "aille hi aille ho..." Ils portaient des bottes et taient arms. Ils portaient la carabine sur l'paule.

    Normalement nous aurions eu peur, les allemands n'taient pas venus en Belgique pour nous cajoler. Mais nous n'avions pas peur. Nous avions l'impres-sion d'tre protgs par notre instituteur. Notre rang tait "protg" par Mon-sieur Simon. Nous pensions qu'aucun allemand n'aurait os s'attaquer Monsieur Simon. Nous le respections et les allemands devaient le respecter aussi ! Le ma-tin, il y avait des allemands partout, mais les parents nous laissaient aller seuls l'cole..

    C'tait la guerre et les frres taient des rsistants. Pas de ceux qui tiraient des coups de feux en l'air quand les allemands taient loin, mais de ceux qui aidaient les personnes en difficult.

    Je me souviens du jour o les allemands avaient dcid de faire de nous de vrais boches. Ils venaient nous donner des cours d'allemand l'cole. Je faisais volontairement des fautes, et je me rendais compte que derrire l'alle-mand, le Frre Humilis m'encourageait comme on fait au foot. Un instituteur qui vous encourageait faire des fautes !

    Le Frre Charles, qui enseignait la musique, est venu en classe, disant qu'il ne savait pas quand, mais qu'un jour les Anglais viendraient comme en 14-18 nous librer. Ils nous disait aussi que les Anglais ne parlaient ni le franais, ni l'allemand ni le patois. Aussi nous disait-il "je vais vous apprendre des chants anglais pour que vous puissiez fter leur arrive...". Nous tions en 43 et Arlon tait une ville de garnison, pleine de boches. Le frre Charles ne savait pas que nous serions librs par les amricains ...

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  • Parmi ces chants, il y avait l'hymne national anglais "Dieu sauve notre roi...", la "brabanonne"(hymne national belge), "It's a long way to Tipperary" , "Nous irons pendre notre linge sur la ligne Siegfried" et "la Marche des Chasseurs Ardennais". Pour chaque chant, le texte tait un mlange d'anglais et de fran-ais qui nous permettait de bien mmoriser et au frre Charles de nous expli-quer le contenu. Nous ramenions les partitions la maison. Le papier musique tait imprim chez Fasbender, place Didier. Le petit fils Fasbender, Jacques Bal-lon tait l'cole chez les frres.

    Les Frres taient courageux, il y aurait pu y avoir des fils de collabos parmi les lves. Il est bon pour l'ducation des enfants de voir des adultes qui n'ont pas peur du danger. En effet, le frre Charles ne donnait pas ses cours de chants dans un coin quelques initis, il venait en classe et procdait devant l'instituteur et tous les lves de la classe: nous chantions ces chants sditieux haute voix, en ville !

    On nous enseignait que nos anctres taient des trvires. Mes anctres venaient de Coblence et Heidelberg, c'taient des Trvires au sens large, trs, trs large. Je n'osais rien dire, un peu honteux de mes origines exotiques, jus-qu'au jour o je me suis rendu compte que tous les belges sont un peu "des m-langes de promenade". Il y a eu Waterloo, mais il y eut l'avant et l'aprs-Water-loo !

    J'ai retenu le nom de tous les instituteurs que j'ai eu. Il y avait dans l'ordre Mr Ledent, le Frre Humilis, Monsieur Belche, Monsieur Claude, Mon-sieur Cozier et Monsieur Simon.

    A Arlon il y avait des processions: procession du Saint Sacrement, Saint Donat, Notre Dame d'Arlon, Notre Dame de Clairefontaine ... Les coles libres devaient participer aux processions, avec leurs lves en rang. L'cole des Fr-res avait une fanfare complte, dirige par l'ternel frre Charles. L'cole avec sa fanfare participait aux processions. La fanfare de la ville et de l'arme y participaient aussi; tout le monde sait que le sabre et le goupillon ...

    c) et quand il y avait de la neige

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  • Les prvisions mtorologiques des annes quarante taient beaucoup plus loufoques que maintenant, quoique ... A l'poque il y avait un refroidisse-ment climatique. C'tait la guerre, on n'avait pas assez de charbon pour r-chauffer la plante: on s'est rattrap depuis ! Ma Grand mre qui avait une me de prophte disait dj en 1944 que s'il n'y avait plus de saison, c'tait cause de la TSF. La TSF tait la Tlgraphie Sans Fil. La radio quoi ! De la TSF elle est passe au Spoutnik russe ... elle est mortes depuis et n'a donc pas connu la cou-che d'ozone et les autres inventions actuelles.

    En hiver Arlon, il y avait de la neige, beaucoup de neige !

    Dans mon lit, j'entendais une pelle qui raclait le trottoir. Ce n'tait pas une prvision mais une certitude: enfin il y avait de la neige ! .. Bien au chaud dans mon lit j'imaginais mon pre qui avec sa pelle enlevait la neige pour la d-poser dans le caniveau qui bordait la rue. Mon pre nettoyait le trottoir la fois parce qu'il avait un sens civique trs dvelopp, mais aussi parce qu'il de-vait amorcer le chauffage central dans la cave. La cave s'ouvrait sur le trottoir et s'il n'enlevait pas la neige, il ne pouvait pas ouvrir la porte de la cave. Lors-que la maison tait chaude, je pouvais sortir du lit et me prparer aller servir la messe.

    Il devait tre six heure trente am, quand arrivait le chasse-neige. Le chasse-neige tait en bois, c'tait des poutres disposes en V. Il tait tir par deux chevaux ardennais. Il y avait parfois 40 cm de neige, et seuls les chevaux ardennais pouvaient se dplacer dans la neige et tirer l'engin. Le chasse neige glissait et sa forme permettait la formation de deux congres qui sparaient les trottoirs de la rue. A la pelle, mon pre creusait dans les congres un passage qui permettait d'aller chez le boulanger et l'picerie. Il pouvait ainsi se ren-dre chez Simonis le Boulanger.

    Pour aller Saint Donat servir la messe de 7:00 heures, j'avais le choix, ou bien je prenais la rue dgage par le chasse neige ou bien je prenais le trottoir qui bien souvent n'avait pas t dgag (mon pre tait un lve-tt). Je choisissais le trottoir, parce que le route dgage tait glissante: le chasse neige cartait une grosse partie de la neige, mais il "tassait" le reste sur les pa-vs convexes et c'tait glissant. Sur les trottoirs par contre, la couche de neige tait plus haute que mes bottines, mais cela ne glissait pas. Il en entrait un peu de neige dans mes bottines et j'tais bien content d'atteindre la sacristie qui

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  • tait bien chauffe. Herr Plovier, Le Sacristain, tait dj l (c'tait un fla-mand).

    A l'poque, les bottines taient en cuir y compris les semelles. Les se-melles taient colles, puis cousues la main. Nous avions froid aux pieds et en plus les pieds taient souvent mouills. Le soir on mettait des journaux chif-fonns dans les chaussures puis on les mettait scher sous les radiateurs. Ma mre avait des snow boots, qu'elle appelait des schnobottes. A Arlon, le s se prononait sch. Elle pensait que l'anglais tait une sorte de boche dgnr.

    Aprs la messe je redescendais de la Knip'tchen vers la maison. Un ca-mion montait la rue des Capucins. La "ville" n'avait que ce camion, c'tait le camion " immondices". Le camion amenait du sable. Dans la benne, trois ou-vriers communaux munis d'une pelle jetaient du sable sur la rue. Avec ce sable on pouvait maintenant marcher. Mais je restais sur le trottoir, car j'aimais mar-cher dans la neige. Je n'avais pas peur d'avoir les pieds mouills, chez nous il faisait chaud et l'cole aussi.

    Mon pre avait ramen un pain rond tout chaud et bien cuit de chez Simonis. Dans notre famille, c'tait le Pater Familial qui dcoupait le pain. A cette poque, il n'y avait pas encore de machine couper le pain, mais un grand couteau bien aiguis. Tout la famille tait leve. Assis table chacun prenait le petit djeuner. Je tartinai une tranche de pain avec du pt ou de la confiture maison. Je mangeai le tout en buvant du caf la chicore bien chaud lui aussi. Ma soeur Annie se prparait du chocolat tartiner en incorporant un mlange aqueux de cacao et de sucre "farine" de la margarine "Solo".

    Ensuite on s'habillait chaudement et on allait l'cole. Chaudement voulait dire des pantalons golf bruns, un pull et des bas en laine, le tout recou-vert d'un "loden" teint en vert aprs avoir t taill dans une couverture usa-ge. Pour me faire aimer les pantalons golfs, on me disait que je ressemblerais Tintin.

    D'autre que mon pre avaient dj balay leur trottoir, Mais cela glis-sait quand mme un peu partout. Mon pre nous mettait autour des chaussures des morceaux de toile de jute qu'il fixait l'aide d'une ficelle. Ensuite commen-aient les batailles de boules de neige et les longues glissades avant d'arriver dans la cour de l'cole. On pouvait venir l'cole en traneau. Il n'y avait pas d'auto cette poque, ou plutt, il y avait des autos mais pas d'essence.

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  • Devant la porte des classes, nous fabriquions des glissoires qui accl-rait fortement les rentres en classe. Par les fentres, nous pouvions voir l'ins-tituteur qui prparait le pole pour nous faire une classe chaude. Il vidait d'abord le pole, puis y disposait du papier et du petit bois. Il enflammait le papier. Quand tout cela brlait bien, il ajoutait le charbon. Pendant la classe, il rechargeait avec du charbon pour que nous ayons bien chaud ! Je me demande si la chaleur d'un pole ne chauffe pas mieux que celle d'un radiateur, c'tait plus potique ! Nous avions conscience de ce que l'instituteur faisait pour nous: nous avions beaucoup de respect pour nos instituteurs

    Les poles taient de grand cylindriques noir en fonte munis d'une longue chemine pour bien rpartir la chaleur dans la classe.

    Pour moi, la guerre de l'Ardenne, c'tait en quelque sorte une bataille dans la neige. Un jour de tempte de neige, mon pre nous amena dans la rue des faubourgs. Des tanks amricains se suivaient de la rue de la prison vers la Nationale 4, en direction de Bastogne. Ils arrivaient sans doute de Reims pour renforcer les autres amricains qui se fesaient repousser lar les verts. Les chars amricains avanaient lentement sous la neige qui tombait.

    Tous les dix ou vingt chars, il y avait un char chasse neige. Mon pre me disait qu'il n'y avait pas de chauffage dans les chars. Ils nous apprit que le mtal tait un bon conducteur et que donc les tankistes devaient donc avoir froid.

    Les amricains se sont installs Arlon, ils ont install un quartier g-nral, de hopitaux, des camps, des leux de repos notamment dans les couvents de Clairefontaine. Ils occupaient l'cole des Frres, et aprs les vacances, nous eumes encore cong pendant un certain temps. Nous avions une peur, celle de voir revenir les allemands ! Ils revenaient, mais comme prisonniers.

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  • 03. La Het'chegas(l'apostrophe indique une glottalisation, un arrt respiratoire)

    Je suis n dans la Het'chegas ... !

    On tente encore maintenant de rendre les gens de la Het'chegas hon-teux de leur origine. Certains ont d quitter la ville et parfois l'Arelerland parce qu'on se moquait de leur origine ... Si vous avez n'aimez pas la Het'chegas et ses habitants... il vaut mieux arrter ici votre lecture et regarder la tl car J'aime et j'ai toujours aim le Het'schegas et je vais vous le montrer !

    Qui a invent le mot Neipuertgaass et sa transcription ? La rue de la Porte Neuve c'tait la Het'chegas. On disait aussi la Rue de la Porte Neuve, mais on ne traduisaient pas. on disait "Rue de la Porte neuve" en franais ! A Luxembourg il y a aussi une rue de la Porte Neuve, sans traduction non plus. A Luxembourg ils n'ont toutefois pas de Het'chegas, d'accord, ils ont un Grand Duc ...

    La Het'chegas, gas, comme le gaz des cuisinires, est un quartier d'Ar-lon trs difficile circonscrire: si vous demandez un arlonais o est l'endroit, il vous dira que la Het'chegas c'est partout sauf l d'o proviennent ses parents. La Het'chegas c'est donc nulle part ! J'ai d'ailleurs lu un article d'un qui se de-

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  • mandait aussi o c'tait, il a racont une histoire de gamelle ... ! On ne connat pas l'origine du nom. Il y a des gens qui disent "Het'chengas", cela n'est pas pos-sible: en arlonais, le "n" s'amuit toujours devant une consonne, ici le "g" du suf-fixe -gas (loi d'Eifel en Grand Ducal).

    Gas est un suffixe. A Arlon, 'gas' veut dire 'rue' (Gouss Gas). Il y a plu-sieurs autres mots pour dire "ruelle". Car en luxembourgeois et en allemand le mot veut plutt dire ruelle ... quoique au Grand Duch, il veut parfois dire Rue. Donc la Het'chegas est la rue hetchen.

    L'arlonais est un patois oral. On a crit les sons parls entendus lors d'une enqute. Cette enqute peut porter sur votre voisin ou sur un chantillon valable ... On peut crire ces sons l'allemande ou la franaise ou alors avec un mlange des deux comme font les grand ducaux. J'cris "chen", parce que "je crois" que le nom est un diminutif et que chen est un suffixe de diminutif. C'est une faon de vous montrer le caractre trs subjectif d'une transcription, on choisit les lettres, la langue, la prononciation, les csures et tout ... Bref on fait ce qu'on veut ! Ce n'est pas trs srieux.

    On appelait Het'chegas les quartiers pauvres et germanophones autour de la Knip'tchen. A Arlon on prononce le t et on dit donc Knip'tchen. Pour vous amuser, "tchen" est aussi un suffixe de diminutif. Une Knip'tchen est une petite Knupp (colline).

    Mon pre disait que la Het'chegas commenait au croisement de la rue de la Porte Neuve et de la rue des Capucins (chez nous, quoi!).

    C'est quoi la Neipuertgaass, qui a invent ce "nom-l" ? On a multipli les plaques soi-disant "bilingues" a Tontel, Schockweiler, Attert ... et on l'a fait tort et travers ! Pour ceux que cela intresse, rappelons qu'on a parl suc-cessivement plusieurs langues Arlon et parmi elles le franais. Il faudrait peut tre savoir si la nouvelle porte n'a pas t construite une poque o l'on par-lait franais.

    Signalons que je refuse d'crire l'arlonnais avec les conventions du luxembourgeois contemporain. Les luxembourgeois font ce qu'ils veulent, moi aussi. J'ai dj appris suffisamment de conventions pour l'anglais, l'allemand, l'espagnol et le franais. Pour les "dialectes" j'utilise les conventions de la (ou des) langue (s) laquelle (auxquelles) on les rattache. Ici j'utiliserai donc les

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  • conventions du franais et de l'allemand. Ce sera d'ailleurs plus facile pour la majorit d'entre vous.

    Mon pre disait que la Het'chegas commenait au croisement de la rue de la Porte Neuve et de la rue des Capucins (chez nous, quoi!). Remarquez que HERWEG s'crit maintenant HER-VEG: c'est plus francophone ! Les blocs sur le trottoir empchent les voitures de se garer.

    C'est dans la Het'chegas que l'on parlait le "vritable" arlonais. Les ha-bitants parlent maintenant le franais,mais avec un accent typique: Ils accen-tuent fortement la premire syllabe des mots en postillonnant nergiquement (p'), mon pre disait qu'on ne va pas dans la Het'chegas sans parapluie. Jadis, les habitantes de la Het'chegas frquentaient l'glise saint Donat. Les ecclsias-tiques s'y exprimaient en allemand et en arlonais (pour les confessions). Confes-sez-vous en allemand maintenant, le cur ne comprendra pas.

    Le chanoine Eyschen de Cologne est n 14 rue des Capucins, dans la Hetchegas, en 1592. Son pre vendait du "Weibrod" (pain blanc). Le chanoine Eyschen fut le champion de la "contre-rforme" en Germanie (il n'y avait pas en-core d'Allemagne cette poque). Certains pensent que "Hetche" vient de Eys-chen. On peut faire plein d'hypothses, mais une bonne preuve a ne court pas les rues ... !

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  • Tous les Eyschen du Grand duch de Luxembourg, les Paul et les autres, descendent d'un boulanger de la Het'chegas (un des frres de Georges Eyschen fut cur Messancy).

    On dit aussi que Hit'chen est en arlonais le diminutif de Hutt, le cha-peau. Les arlonais comme les allemands confondent les sons i et e et diraient "Het'chen" au lieu de "Hit'chen". Les Het'chen sont les calots (petits chapeaux) que portaient les commerants juifs. Selon cette hypothse, la Het'chegas serait donc l'origine un quartier juif. Ce serait donc par antismitisme que certains affirment ne pas tre originaires de la Het'chegas. Mais une bonne preuve ...?

    Prenons la Grammatik d'Alfred Bertrang et tudions le problme des diminutifs en arlonais.

    (A. Bertrang: Au pluriel, Hutt devient Hitt (Hutt est le nom arlonais pour chapeau, en allemand, on dit Hut); le diminutif de Hutt est Hit'chen (avec un i long marqu Arlon par la glotalisation). "" est le symbole qui signifie "ch" dans le systme phontique utilis par Bertrang.

    a) La Het'chegas, le coeur d'Arlon.

    Dans la Het'chegas, il y avait des ouvriers, des artisans et des commer-ants. Il y avait trois boucheries (Aloys, rue de la Porte Neuve, la maison qui avait des grilles verticales en fer aux fentres, Schandler, la maison aux volets

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  • baisss, rue Ermesinde et le numro 8 rue de la Porte Neuve). Il y avait deux menuisiers (Ponsin et Durant), des plafonneurs, un boulanger (Durant-Hugo), un marchand de meubles (Maul-Grauf), un caf (Ida la Rouge et sa fille tout aussi rouge), deux piceries (Hollenfeltz et ?)

    Les ouvriers de la Het'chegas travaillaient aux usines d'Athus (Belgi-que), de Rodange (Luxembourg) et de Longwy (France). Il y en avait, aussi mais moins Mont Saint Martin, Rhon et Differdange. Ils travaillaient pause. Ils prenaient le train pour se rendre au travail. Un peu avant l'heure du train ils s'agglutinaient dans la Het'chegas, puis le groupe s'accroissait dans la rue des Capucins, au march au lgume et la place Lopold. C'tait quasi un rgiment qui arrivait la gare en descendant l'avenue Molitor.

    De la Het'chegas la gare d'Athus, il y avait une heure aller et une heure au retour. Pour aller Longwy et Rodange, il fallait encore prendre un autre train Athus. Comme les journes taient de huit heures ils taient ab-sents au moins dix heures par jour. Leur travail tait un travail de force, beau-coup mouraient avant la retraite. Leurs enfants taient placs l'orphelinat puis comme garons de ferme par une administration communale pleine de "phi-lanthropes" qui regardaient leurs sous. On disait qu'un philanthrope tait quelqu'un qui utilisait les pauvres pour se faire bien voir des riches. J'avais des copains l'orphelinat, c'est pour cela que je dtestais les "soi-disants Philan-thropes".

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  • Les femmes des ouvriers avaient souvent une dizaine d'enfants. Malgr cela, elles travaillaient souvent comme femmes journe chez les bourgeois du bas de la ville (les "Philanthropes" taient parmi ces bourgeois-l). Quand elles rentraient le soir, elles faisaient le souper et leur mnage. A cette poque, faire le mnage c'tait aussi faire les lessives la main et dehors. Les eaux de rinage taient froides et il faisait souvent trs froid dehors: leurs mains taient rouges et rides. Ce quartier ressemblait normment ceux dcrit par Emile Zola.

    Dans la Het'chegas, on parlait le patois pur et dur (roh und grob). On y "circonflexait". Circonflexer pour dire Karl c'est dire Ka-har-lll. Pour pntrer dans la Het'chegas, il fallait montrer patte blanche. Pendant la guerre, les Na-zis mmes arms n'osaient pas s'y aventurer seuls, ou alors ils le faisaient dis-crtement et poliment, par exemple pour faire respecter le couvre feu. Les mi-litaires, policiers etc. devaient viter l'endroit.

    b) Le Bamboula

    La Het'chegas posait un grave problme l'administration communale. Quel policier qui serait admis dans le quartier ?

    Aprs moult palabres, on dcida d'y envoyer "le Bamboula". "Le" Bam-boula tait un policier arlonais originaire de la Het'chegas: il connaissait ses ouailles. Il habitait sur la Knip'tchen, ct de l'glise Saint Donat. Il tenait son nom de la couleur de sa peau.

    C'est vrai qu'il tait un plus fonc que vous et moi. Il correspondait l'ide que les gens se faisaient "alors" d'un noir. A cette poque, les noirs n'taient pas admis en Belgique. On ne dit pas cela dans les coles, cela ferait un peu raciste: les Nazis n'aimait pas les juifs, mais nous nous n'aimions pas trop les noirs.

    Les missionnaires n'allaient pas dans la Het'chegas montrer des photos des petits congolais en voie d'vanglisation. L'arme amricaine cachait ses noirs. Les habitants n'n avaient pas vu beaucoup et ils pensaient donc que les congolais ressemblaient Monsieur Banania, le seul noir connu Arlon.

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  • Quand le Saint Nicolas de la Hetchegas (Madame Antoinette) allait de maison en maison, il tait accompagn de son "Bamboula". Ce dernier tait un noir, un mchant noir. Monsieur "Antoinette" le visage noirci avec du bouchon brl (Monsieur Antoinette tait le mari de Madame Antoinette).

    Je ne pense pas que "Bamboula" fut d'origine africaine. Toutefois, je ne sais rien de l'origine nom. Je ne connais mme pas le vrai nom de ce policier modle !

    Bamboula tait un homme respect. Il n'avait pas tudi le droit, mais il avait une ide toute personnelle de la loi. Sa nomination a permis de pacifier la Het'chegas. Quand un enfant n'tait pas sage, on disait "on va appeler le Bamboula" et il devenait de suite obissant. Je pense que la force de Bamboula provenait du lien que certains faisaient entre lui et le Pre Fouettard. Le bon tait blanc (Saint Nicolas), le mauvais tait noir (Bamboula). On n'tait pas ra-ciste Arlon ! ... Pas fort !

    c) Les enfants de la Het'chegas

    Quand les enfants rentraient de l'cole (Schoul), la maman tait encore au travail ou fatigue du travail qu'elle avait effectu durant la journe. Aban-donns eux-mmes, les enfants (Kanner) se retrouvaient doncsur la rue. Ils jouaient l avec les copains et les copines.

    Pour les parents (Eltern), il semblait inutile d'aller l'cole, de faire des devoirs et d'tudier des leons. Le sort des enfants tait dtermin: il iraient l'usine s'ils taient garons et faire les mnages si elles taient filles.

    De toutes faons, la maison, il n'y avait pas de place pour faire ses devoirs: la table servait faire la cuisine puis souper. Les parents ne parlaient d'ailleurs pas la langue que les enfants apprenaient l'cole: ils ne pouvaient donc pas les aider. Les enfants n'taient donc pas de bons lves. Il y eut des exceptions ! Pour tre une exception il fallait tre exceptionnel ! A Athus, il y a un ouvrier qui est devenu "Prix Nobel de Physiologie et Mdecine" en 1974. Il est

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  • vrai qu'il tait aussi devenu citoyen amricain, il n'avait pas le piston qu'il faut pour rester en Belgique ! Quand il a eu son prix, on a dit "il est des ntres ..."

    On parle de "mixit" sociale ... Je me demande si la misre humaine n'est pas le fond de commerce de certains.

    Les filles (mtchen) allaient l'cole communale des filles rue de Neufchateau . Les garons (Bouf) allaient l'cole communale de la place Didier (abattue et remplace par des appartements dortoirs plus rentables). Filles et garons se retrouvaient donc le soir dans la rue pour jouer.

    Je les enviais. Par la fentre, tout en faisant mes devoirs, je les voyais jouer. Quand on me mettait au lit, je les entendais encore jouer ! Mes parents ne voulaient pas que je joue avec "les gosses de rue". C'taient des "knachtichen Diwel" (diables boueux). La mixit ... !

    d) Le Folklore

    Il y avait des personnages folkloriques dans la Het'chegas. Il y eut je ne sais quand "Die Al mam Zack". Je ne l'ai pas connue, mais on chantait une chan-son:

    "Die Ale mam Zack, die Al mam Zack, die Al mam roude Zack (la vieille au sac, la vielle au sac, la vielle au sac rouge)". Je n'ai aucun souvenir personnel de "Die Ale mam Zack"

    Par contre j'ai bien connu "la Ketty mam Witzi". "Ketty" veut dire Ca-therine, mais je ne sais pas ce que veut dire "mam Witzi". Mam veut dire "avec", c'est la contraction de Mat et dem). Witzi pourrait tre le diminutif arlonais de "Wutz" (la mche de cheveux). Le suffixe "i" est aussi un suffixe de diminutif: un chien se dit mupp et un petit chien "mippi"(le mippi sa mm)

    A Arlon il y avait des mots termins en i dont je ne connaissais pas le sens. Un habitant de la Het'chegas, le "Gissi": encore un diminutif en i, (le p'ti

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  • Gu, un Gissi est aussi un petit cochon). Il avait t invit une "noce". On lui a demand ce qu'il avait mang. Il a rpondu du "Hasen Siwi" Je ne savais pas ce que "Hasen Siwi" signifiait. Ma mre m'apprit que dans la Het'chegas, "Hasen si-wi" signifiait "civet de livre": siwi est sans doute le diminutif d'un mot que je ne connais pas !

    Plutt que d'affirmer qu' Arlon on parlait "luxembourgeois", on devrait se rappeler que le luxembourgeois est une invention trs rcente: il n'existait pas quand j'tais petit. Ainsi Arlon on mangeait des Kromperen et pas des Gromperen, comme le pensent les petits malins qui placent des plaques aux murs. Nos voisins Wallons disent des Krompires ! Les arlonais vivaient du com-merce avec le Luxembourg Wallon il y avait srement une influence wallonne sur le parler arlonais.

    Gromperen ! Le gars qui a rdig le texte crit des choses qu'il ne connat pas ! On engage de plus en plus d'incomptents, c'est moins coteux. a veut dire quoi une place importante au 18e ?

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  • Une affirmation c'est bien, mais une preuve c'est mieux ! Ainsi, le responsable des plaques apprendra quelque chose (Le texte est tir de la Grammatik de Bertrang sur le patois arlo-nais. Le texte allemand n'est malheureusement pas encore traduit). Je n'ai retir de l'original que ce qui est utile ici. Le texte complet est sur le site:

    http://genemol.org

    Mais revenons notre "Ketty mam Witzi". Elle se promenait en rue avec son "Kueref" (filet) noir. Elle avait des cheveux poivre et sel coiffs la Jeanne d'Arc (d'o mon ide de Witzi). Les gens lui donnaient quitte une tartine, quitte des gaufres. Elle gardait ce qu'elle aimait et jetait le reste dans les gouts.

    Personne n'a jamais voulu me dire o elle logeait.

    Je ne savais pas non plus o logeait "la petite madame rouge". Elle se promenait toute la journe habille de rouge. Elle portait mme une coiffe

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  • (Muts) rouge (oui, comme le petit chaperon Rouge). Je ne pense pas qu'elle mendiait, elle se promenait pour s'occuper.

    "L'homme automate" avait des gestes saccads. On lui avait demand de figurer un automate dans la cavalcade de la mi-carme. Je pense que son surnom vient de l. L'homme automate n'tais pas patoisant.

    Il tait client chez nous et un jour il aurait demand (je n'tais pas l) 250 grammes de canaris pour ses petites graines. Un jour de juillet, alors qu'il faisait trs trs chaud, il conversait en rue avec "Jang, Jang sei Jang" (le Jean, Jean du Jean, encore une figure du folklore) au niveau du caf d'Ida la Rouge. soit en face de note salle manger.

    - "Qu'il fait chaud, !"

    - "Ouais Jang, et si la plus belle femme du monde me demandait de faire l'amour, Jang, Tu sais ce que je lui dirai ?"

    - "Dis-moi ... !"

    - Eh bien, Jang je lui dirais "non! Il fait trop chaud, reviens en hiver !"

    Nous tions dans la salle manger, mes soeurs et moi, riant en imagi-nant la plus belle femme du monde venant dans la Het'chegas et demander l'homme automate de lui faire l'amour.

    Enfin il y avait les crivains. L'crivain tait celui qui crivait des let-tres pour les soldats illettrs. La majorit de ces lettres taient des lettres d'amour (pas pour la plus belle femme du monde ! parfois pour la plus belle flamande du village). L'crivain lisait aussi l'amoureux les lettres qu'un autre crivain avait crites au village de l'aime. Ecrivain, voila une profession d'ave-nir ! Mais comme vous le voyez il faut apprendre le flamand aussi ...

    e) Ida la Rouge.

    "Ida la Rouge" 'tait la femme de Victor Hugo. Avec sa fille elle tenait un bistrot chic au 16 rue des Capucins, donc l'autre coin de la frontire de la Het'chegas, face notre maison.

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  • Victor Hugo tait plafonneur. Il ne savait ni lire ni crire, mais il pla-fonnait mille fois mieux que son homonyme. Nous ne disions pas "Ida la Rouge", mais bien "Madame Hugo", car nous avions de trs bonnes manires nous !

    La Het'chegas s'ouvre devant vous. A gauche notre maison et droite celle d'Ida la Rouge (madame Hugo). Ces deux maisons servaient de frontire au quartier.

    Le qualificatif rouge s'appliquait la couleur de ses cheveux, pas ses ide politiques. Les mauvaises langues disaient d'ailleurs qu'elle n'avait pas d'ides. Le bistrot tait le repaire des libraux de la ville. On aurait donc d parler d'Ida la Bleue. La fille avait hrit de la couleur de cheveux de sa mre et je pense qu'elle n'avait pas beaucoup d'ides non plus. En plus, ses bras transportaient un ternel loulou tout blanc une sorte de "mippi sa mm".

    Chez Ida, on buvait de la bire et on bouffait du cur.

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  • Contrairement ce que vous pourriez imaginer, c'tait un endroit aux bonnes manire, mme si l'on y servait des alcools en priode de prohibition. De toutes faons, Arlon tout tait bleu ou nomm par les bleus et si vous vouliez avoir la paix, commencez par ne pas dranger les bleus !

    Il y en eu quand mme qui cherchaient noise Ida et donc aux bleus ! (C'tait parfois des "rouges").

    Ils envoyaient au bureaux bruxellois "ad hoc" une lettre anonyme, an-nonant que de l'alcool se dbitait chez Ida. Cela provoquait une raction im-mdiate, un fonctionnaire venait le lendemain Arlon pour faire respecter la loi Van der Velde et infliger les peines prvues pour les infractions. Le fonction-naire venait en train.

    En gare d'Arlon, il devait remettre son ticket au garde. Immdiatement le garde tlphonait aux bleus qui tlphonaient Ida. Elle mettait toutes les bouteilles litigieuses dans un sac provisions noir et amenait le tout chez nous, demandant ma mre de garder le sac jusqu'au soir. Ma mre avait un grand souci de conserver les relations de bon voisinage et acquiesait. Pour nous, Bruxelles c'tait ailleurs et Van der Velde, avec son nom tranger, tait sre-ment un collaborateur au service de l'occupant belge.

    Le soir, l'Inspecteur rentrait bredouille Bruxelles. Il donnait son billet poinonner. Le garde tlphonait la bonne nouvelle aux bleus qui la communi-quait Ida. Celle-ci venait chez nous reprendre son sac, et les choses conti-nuaient comme par le pass.

    La maison n'a pas toujours t un bistrot. C'tait une picerie. Jadis, l'entre n'tait pas au coin, mais dans la rue des Capucins, entre deux vitrines. L'entre tait juche au haut d'un escalier en pierre bleue comme chez nous. Il avait une rampe d'accs. Dans le magasin, il y avait un norme frigo blanc comme on les faisait avant la guerre de 40-44. Ida obtint les autorisations n-cessaires pour dmolir cet endroit et construire son horrible (car c'tait laid) "caboulot", c'est cela que servent les bonnes relations politiques.

    f) Les hros

    Les frres Achille et Lucien Schockert "auraient lancs" une bombe dans une des vitrines du magasin Ambroes. Ambroes tait un collaborateur notoire. Il

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  • aidait les nazis envoyer des arlonais de la Het'chegas pour "le travail forc" en Allemagne.

    Ambroes tait un collaborateur notoire qui aidait les nazis envoyer des arlonais de la Het'chegas en Allemagne pour le travail forc. Il habitait la maison blanche qui fait le coin prs de la banque ING. La bombe devait abat-tre la bte. N'hsitez pas acheter des fleurs l, la maison a t transforme et soigneusement dsinfecte !

    En effet, les hommes de la Het'chegas parlaient l'allemand et avaient travaill dans la mtallurgie. Maintenant ils se cachaient et Ambroes savait o. Ambroes tenait jadis un commerce dans la Het'chegas ...

    La vitrine bombarde se trouvait de l'autre cot de la rue, moins de 10 m de l'Htel du Nord, le repaire de la Gestapo. Le couvre-feu permettait de se dplacer ni vu ni connu: il tait interdit d'clairer.

    Malheureusement la bombe n'a pas tu la bte. Achille et Lucien Schockert sont morts, Achille au camp de Neuengamme avec beaucoup d'arlonais

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  • accuss eux aussi d'avoir lanc cette bombe (Cherchez Neuengamme sur Google, vous serez difis de dcouvrir ce qui s'y passait).

    Emile Schockert, le pre d'Achille et Lucien, avait lui abattu un soldat de la Wehrmach dans un caf. Il a t condamn 12 ans de travaux forcs (Il habitait ct de la boucherie Alos). Il est mort dans la forteresse de Diez Lahn. Son autre fils a t condamn trois ans de prison pour distribution de tracts antinazi: il a survcu.

    Mon pre me disait de ne pas passer devant les maisons des collabos. "Un jour on y jettera des bombes et si tu es l tu seras bless." Curieux comme tous les gosses, je suis quand mme all voir quoi ces gars ressemblaient.

    Dans le bas de la ville, la bourgeoisie ornait ses salons de trophes de chasse, On voulait faire de mme dans la Het'chegas. Mais dans la Het'chegas, il n'y avait ni salon ni partie de chasse. La salle de sjour servait de cuisine, sa-lon, salle manger, on y faisait des devoirs et tudiait ses leons (faon de par-ler)... Les trophes aussi taient diffrents. Dans la Het'chegas, on pinglait des brets et des casquettes le l'arme allemande. Soyons honnte, il y avait aussi des kpis de la gendarmerie nationale et de la police locale.

    Il tait dangereux de visiter la Het'chegas quand les hommes y taient. Seuls "trangers" a tre admis taient la Petite Soeur des malades et les prtres de Saint Donat. Etaient exclus d'office: policiers (sauf le Bamboula), soldats et ceux du bas de la ville.

    g) Les bagarres

    Dans La Het'chegas, il y avait souvent des crpages de chignons. Je vais vous en raconter l'un d'entr'eux:

    Dans la "geisel" Porte Neuve, sur le pas de sa porte, une blonde insulte sa voisine aux cheveux plus foncs "Schwahrze Maccabeh" (Cadavre noir) ! L'au-tre prend la balle au bond et lui crie "Pesch'iche Kart've" (une carte postale collante et couverte de confiture). Aprs le djeuner il restait souvent de la confiture sur la table. Le facteur dposait le courrier sur cette table: les cartes postales poses sur la confiture devenaient des "Pesch'iche Kart've". L'accent

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  • tonique est sur "pesch" et sur "Kart" , les premires syllabe des mots. Une forte glottalisarion sparait la premire syllabe de la suivante: Rpetez ...

    L'autre rtorque "Dompiche Tute" ( Dompiche veut dire mouill et "tu-te" est un sachet, Arlon on disait "Toute", pas Tte comme en allemand, le mot est fminin).

    Trop c'est trop, maintenant, c'est le corps corps. Les deux femmes quittent alors la "geisel" et entrent dans la rue de la Porte Neuve. Les poux et leurs copains vont s'asseoir sur les pierres bleues des porches voisins, ils sentent qu'il va y avoir du spectacle.

    La dernire insulte que j'ai pu entendre est "Stnck'iche Tromp'ett" (Trompette puante). C'est une insulte grave: les cheveux arrachs, noirs ou blonds volent dans toutes les directions. Cela dure... les maris, assis sur les pierres bleues du pas des portes, font des paris...

    Lentement, la tension retombe... Il y a moins de cheveux qui volent. Les chiens cessent d'aboyer, les maris se relvent ...

    Bamboula ne vient pas, il sait que la tension va diminuer et que les deux mgres iront finalement trinquer chez "le Doula". Je me demande si elles savent encore pourquoi elles ont commenc se battre... Mais a leur a fait du bien. Une bonne bagarre, c'est comme l'orage, a remet le temps en place.

    "Le" Bamboula n'intervenait jamais. Il se contentait de se promener, laissant sa rputation (ou celle qu'on lui faisait) faire le reste. L'administration communale avait fait un bon choix !

    h) Les chiens de la Het'chegas

    A cette poque on ne risquait pas de se faire craser par les voitures (Kutsch) en se baladant dans la Het'chegas, il n'y avait pas de bagnole. Par con-tre, on risquait de marcher dans une crotte de chien, il y avait des chiens par-tout !

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  • Un chien de taille normale tait un "Hond" ou un " Mupp" (au pluriel avec l'Umlaut on dit des Mip). Dans ma famille les deux mots taient utiliss pour dsigner notre braque. Un vrai braque. Mon oncle Ernest (Officier dans l'arme amricaine et chasseur) l'avait dcouvert dans une famille allemande de la rgion de Bamberg. Le chien servait rchauffer le lit conjugal. Mon oncle l'avait obtenu contre plusieurs fardes de cigarettes amricaines, des Camel pour tre tout fait prcis.

    L'oncle tait un peintre et, comme il aimait son chien, il dcida de l'immortaliser. Ce chien a peut-tre sali votre trottoir !

    Si vous marchiez dans une crotte, on vous conseillait d'aller immdia-tement acheter un dixime de la Loterie "Coloniale" chez Breyer-Lussot, une li-brairie qui