Barres Maurice - Colette Baudoche

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    MAURICE BARRS

    COLETTE BAUDOCHE

  • MAURICE BARRS

    COLETTE BAUDOCHE

    Un texte du domaine public.Une dition libre.

    ISBN978-2-8247-0896-6

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  • Colette Baudoche

    H lle de MetzLa premire dition de Colee Baudoche parut en 1908. Ce roman faitsuite Au service de lAllemagne, publi en 1905, qui inaugurait la sriedes Bastions de lEst. Barrs y dfend la langue franaise et sa culture, etface ce quil appelle le barbare prussien , son nationalisme est sou-vent intransigeant et empreint de mauvaise foi.

    la veille de la Premire Guerre mondiale, lAlsace et la Lorraine sontallemandes depuis 1870. Elles seront libres en 1918. Puis reconquisespar lAllemagne durant la Deuxime Guerre.

    Maurice Barrs crivit Colee Baudoche pendant un sjour Metz, enLorraine. Au mois daot 1911, sur linvitation des chefs de la rsistancelorraine, il se rendit de nouveau Metz, an dy prononcer un discours,armant ainsi sa foi en lavenir :

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  • Colee Baudoche Chapitre

    En avant ! Ayons conance dans la puissance de la vie, dans la viequi sexhale du tertre des hros. Cest une vie plus forte quaucune poli-tique.

    Monsieur Frdric Masson.Charmes-sur-Moselle, le 1 octobre 1908.Mon cher ami,Je vous ore ici louvrage o je crois avoir le mieux ml les images

    que je trouve en fermant les yeux et celles que jai recueillies daprs na-ture. Vous mavez fait le plaisir daimer le Service de lAllemagne. ColeeBaudoche est la sur de lAlsacien Ehrman. Lun et lautre, jai essay deles prsenter avec les mots les plus unis et sans aucun artice, pour ne pasdiminuer devant le lecteur une position dun romanesque si vrai. Vous quivivez pour amener la lumire sur toutes les parties dune gure colossale,vous reconnatrez, je crois, dans ces deux jeunes gens, quelques-unes desvertus avec lesquelles votre hros t de lpope. Jai voulu dcrire lessentiments des rcentes gnrations dAlsace, de Lorraine et de Metz lgard des vainqueurs. Jadmire en elles ce qui me parat le signe dunehumanit suprieure : la volont de ne pas subir, la volont de naccep-ter que ce qui saccorde avec leur sentiment intrieur. Ces captifs et cescaptives continuent dajouter au capital cornlien de la France. Jai tentdincorporer notre lirature les grands exemples de constance et deert quils fournissent chaque jour, l-bas, an que leur vertu continuede sexercer au milieu de nous. Le public dira si jai russi. Pour vous, moncher ami, de qui lindulgence mest acquise depuis vingt-cinq ans, voustrouverez au moins dans ce livre un tmoignage de ma dle aection.

    Maurice Barrs.

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  • I pas de ville qui se fasse mieux aimer que Metz. Un Mes-sin franais qui lon rappelle sa cathdrale, lEsplanade, les ruestroites aux noms familiers, la Moselle au pied des remparts etles villages dissmins sur les collines, saendrit. Et pourtant ces gensde Metz sont de vieux civiliss, modrs, nuancs, jaloux de cacher leurpuissance denthousiasme. Un passant ne sexplique pas cee motionen faveur dune ville de guerre, o il na vu quune belle cathdrale etdes vestiges du dix-huitime sicle, auprs dune rivire agrable. Mais ilfaut comprendre que Metz ne vise pas plaire aux sens ; elle sduit dunemanire plus profonde : cest une ville pour lme, pour la vieille mefranaise, militaire et rurale.

    Les statues de Fabert et de Ney, que sont venues rejoindre cellesde Guillaume I et de Frdric-Charles, taient entoures du prestigequon accorde aux pierres tutlaires. On se montrait les hros des grandesguerres sur les places o les ociers allemands exercent aujourdhui leursrecrues. Les dices civils gardent encore la marque des ingnieurs denotre arme ; cest partout droiture et simplicit, neet des frontonssculpts, aspect rectiligne de lensemble. Dun bord lautre de la placeRoyale, le palais de justice saccorde fraternellement avec la caserne du

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  • Colee Baudoche Chapitre

    gnie ; les maisons bourgeoises, elles-mmes, se rangent lalignement,et, sous les arcades de la place Saint-Louis, on croit sentir une discipline.Cet esprit stend sur la douce valle mosellane. Depuis lEsplanade, ondevine sous un ciel nuageux douze villages vignerons, baigns ou mi-rs dans la Moselle, et qui nous caressent, comme elle, par la douceurmouille de leurs noms : Scy, qui donne le premier de nos vins ; Roz-rieulles, o chaque maison possde sa vigne ; Woippy, le pays des fraises ;Lorry, que ses mirabelles enrichissent ; tous chargs darbres fruits quisemblent les abriter et les aimer. Mais les collines o ils stagent ontleurs ttes aplanies : cest quelles sont devenues les forts de Plappeville,de Saint-entin, de Saint-Blaise et de Sommy.

    Les Messins davant la guerre, tous soldats ou parents de soldats,vivaient en rapports journaliers avec la rgion agricole. Les rentiers yavaient leurs fermes, les marchands leurs acheteurs, et la plus modestefamille rvait dune maison de campagne o, chaque automne, on iraitsurveiller la vendange.

    Tout cela composait une atmosphre trs propre la conservation duvieux type franais.i na pas connu, mdit cee ville, ignore peut-trela valeur dune civilisation forme dans les murs de lagriculture et de laguerre. Les Lorrains migrs ne regreent pas simplement des paysages,des habitudes, une socit disperse, ils croient avoir laiss derrire euxquelque chose de leur sant morale.

    Jamais je ne passe le seuil de cee ville dsaecte sans quelle meramne au sentiment de nos destines interrompues. Metz est lendroito lon mesure le mieux la dpression de notre force. Ici lon sest fatigupour une gloire, une patrie et une civilisation qui toutes trois gisent parterre. Seul un cercle de femmes les protge encore. Instinctivement, je medirige vers lle Chambire, et vais masseoir auprs du monument queles Dames de Metz ont dress la mmoire des soldats quelles avaientsoigns. Cest une de nos pierres sacres, un autel et un refuge, le dernierde nos menhirs.

    Tout autour de ce haut lieu, le ot germain monte sans cesse et me-nace de tout submerger. Au nombre de vingt-quatre mille (sans compterla garnison), les immigrs dominent lectoralement les vingt mille indi-gnes. Sous leort de cee inondation, ldice franais va-t-il tre em-

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  • Colee Baudoche Chapitre

    port ? Le voyageur qui arrive aujourdhui Metz distingue, ds labord,ce que vaudrait cee ville reconstruite lallemande et selon les besoinsdu vainqueur.

    La gare neuve o lon dbarque ache la ferme volont de crer unstyle de lempire, le style colossl,comme ils disent en saardant sur ladernire syllabe. Elle nous tonne par son style roman et par un clocher,qua dessin, dit-on, Guillaume II, mais rien ne slance, tout est retenu,accroupi, tass sous un couvercle dun prodigieux vert-pinard. On y sa-lue une ambition digne dune cathdrale, et ce nest quune tourte, un im-mense pt de viande. La prtention et le manque de got apparaissentmieux encore dans les dtails. Na-t-on pas imagin de rappeler dans cha-cun des motifs ornementaux la destination de ldice ! En artistes vri-diques, nous autres, loyaux Germains, pour amuser nos srieuses popu-lations, qui viennent prendre un billet de chemin de fer, nous leur pr-senterons dans nos chapiteaux des ttes de soldats casques de pointes,des gures demploys aux moustaches stylises, des locomotives, desdouaniers examinant le sac dun voyageur, enn un vieux monsieur, enchapeau haut de forme, qui pleure de quier son petit-ls. . . Cee sriede platitudes, produit dune conception philosophique, vous nen doutezpas, pourrait tant bien que mal se soutenir coups de raisonnements,mais nul homme de got ne les excusera, sil a vu leur morne moralit.

    Au sortir de la gare, on tombe dans un quartier tout neuf, o des cen-taines de maisons chaotiques nous allchent dabord par leur couleur cafau lait, chocolat ou th, rvlant chez les architectes germains une pr-dilection pour les aspects comestibles. Je ny vois nulle large, franche etbelle avenue qui nous mne la ville, mais une mme folie des grandeursdchane dnormes caravansrails et des villas bourgeoises, encombresde sculptures conomiques et tapageuses. En voici aux faades boises etbarioles lalsacienne, que anquent des tourelles trop pointues pourquon y pntre. En voil de tendance Louis XVI, mais bties en pierrerouge, ornes de vases en fonte et couronnes de mansardes en fer-blanc.Ici du gothique dAugsbourg, l quelques chantillons de ce roman quisemble toujours exciter mystrieusement la sensibilit prussienne. Ennmille lutins, elfes et gnomes, courbs sous dinvisibles fardeaux.

    Je ne ressens aucune motion de force devant ces faades pierres

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  • Colee Baudoche Chapitre

    non quarries, qui ne sont quun mince placage sur briques. Et je n-prouve pas davantage un joyeux sentiment de fantaisie voir un maontirer de son sac, au hasard, un assortiment inni de motifs architecturaux.Ces constructeurs possdent une rudition tendue, et, par exemple, unFranais voit bien quils ont copi Versailles dexcellents morceaux, detrs bonsils-de-buf, des pilastres, des oblisques ; mais cesmotifs, jux-taposs au petit bonheur, ne sont pas rduits aux justes proportions, niexcuts avec les matriaux convenables. Tout ce quartier neuf, qui vise la puissance et la richesse, nest que mensonge, dsordre et pauvretde gnie. Cest proprement inconcevable, sinon comme le dlire dlvessurmens ou la farce injurieuse de rapins qui bafouent leurs matres. Oncroit voir, ges en saindoux, les folies dtudiants architectes la tavernedAuerbach.

    Dans un coin de cet immense cauchemar, en contrebas, sous un pour-rissoir de vieux paniers et de seaux bossels, nest-ce pas lancienne porteSaint-Tibaud ? Ah ! quils la dmolissent, quils lui donnent le coup degrce, cee martyre !

    On reprend pied, on respire, sitt franchie la ligne des anciens rem-parts. Je ne dis pas que ces maisons petites, trs usages, avec leurs voletscommodes et parfois des balcons en fer forg, soient belles, mais ellesne font pas rire delles. De simples gens ont construit ces demeures leur image, et voulant vivre paisiblement une vie messine (Barrs%20-%20Colee%20Baudoche_split_4.html#_n1), ils nont pas eu souci dechercher des modles dans tous les sicles et par tous les climats. Voyez,au pied de lEsplanade, comme les honntes btiments de lancienne pou-drerie, recouverts de grands arbres et baigns par la Moselle, sont harmo-nieux, aimables. Tant de mesure et de repos semble pauvre aux esthti-ciens allemands. Ce pays tait pur, dcant, je voudrais dire spiritua-lis ; ils le troublent, le surchargent, lencombrent, ils y versent une lie.Le fate des maisons demeure encore franais, mais peu peu le rez-de-chausse, les magasins se germanisent. tout instant, on voit racler unefaade, la jeter bas, puis appliquer sur la pauvre btisse ventre une ar-mature de fer, avec de grandes places o, le soir, des lampes lectriques

    1. (Barrs%20-%20Colee%20Baudoche_split_3.html#_nref1) Messin, e. : De Metz.

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  • Colee Baudoche Chapitre

    inonderont daveuglantes clarts des montagnes de cigares. Lennui teu-ton commence possder Metz. Et pis que lennui, cee odeur avilissantede buet, de bire aigrie, de laine mouille et de pipe refroidie.

    Certains quartiers pourtant demeurent intacts : Mazelle, le Haut deSainte-Croix et les quais o lon retrouve les aspects ternels de Metz. Lespaysans viennent toujours porter aux vieux moulins le bl de la Seille etdu Pays-Haut. Les femmes en bonnet gaufr conduisent leurs charreespleines de beurre, dufs et de volailles. Lhtel de la Ville de Lyon regorgeencore, le samedi, de campagnards venus au march des petits cochons,sur le parvis de la cathdrale ; et lauberge de la Cte de Delme reste lerendez-vous des amateurs, quand les maquignons prsentent, sur la placeMazelle, les gros chevaux de labour, un tortillon de paille tress dans laqueue.

    Suis-je dupe dune illusion, dune rverie de mon cur prvenu ?Dans le rseau de ces rues troites, o les vieux noms sur les boutiques medonnent du plaisir, je crois sentir la simplicit des anciennes murs po-lies et ces vertus dhumilit, de dignit, qui, chez nos pres, saccordaient.Jy gote la froideur salubre des disciplines de jadis, mles dhumour etsi direntes de la contrainte prussienne. Un aendrissement nous gagnedans ces vieilles parties de Metz, o dominent aujourdhui les femmes etles enfants. Elles avivent notre don de spiritualit. Elles nous ramnentvers la France, et la France, l-bas, cest le synonyme le plus frquent delidal. Ceux qui lui demeurent dles meent un sentiment au-dessus deleurs intrts positifs. Si quelques-uns la renient, cest quils sont asservispar des raisons utilitaires et quils sacrient la part de la vie morale.

    Un jour que je me prtais ces inuences du vieux Metz, le long dela Moselle, et que je suivais le quai Flix-Marchal, je vis venir, le nezen lair et cherchant, semblait-il, un logement louer, un grand et vigou-reux jeune Allemand. LAllemand classique, coi dun feutre verdtre, etvtu ou plutt matelass dune redingote universitaire. Cest luniformede limmense arme des envahisseurs paciques, qui sest mise enmarchederrire les vainqueurs et qui dle depuis trente-cinq ans.

    Personne ne le regardait. Il nveillait ni linstinct comique, ni lhosti-lit. Il paraissait vraiment banal : un Prussien de plus arrivait, une gouedeau dans ce dluge.

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  • Colee Baudoche Chapitre

    Autour de lui, ctait la rivire glissante, ses tilleuls, lle aux grandsarbres que lon appelle du nom charmant de Jardin dAmour, la rumeurdes moulins et les jeux des petits polissons : tout le vieux Metz davant laguerre, o rien ne fait dfaut que nos uniformes. Il me rappela dune cer-tainemanire (avecmoins de rayonnement, faut-il le dire ?) cemmorableportrait, la fois ridicule et beau, que lon voit au muse de Francfort, dujeune Gthe tendu dans la campagne romaine et pareil un jeune l-phant. Oui,...