BEM - 46 : L'aéronautique navale

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Actes du colloque l'Aronautique navale organis par le Centre d'enseignement suprieur de la Marine

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  • Bulletin dtudes de la Marine

    N 46 - Octobre 2009

    Laronautique navale,les ailes de la mer

  • Larrive, laube du XXe sicle, de moyens ariens de plus en plus performants et nombreux a boulevers la conduite des oprations militaires et, par l, toute la rfl exion stratgique. La fl uidit du milieu offre aux militaires des capacits supplmentaires : ils peuvent dornavant se dplacer rapidement, voir et frapper loin.

    En mer, cette rvolution a eu notamment de grandes consquences.

    Ds 1909, Clment Ader avait peru lintrt du btiment porte-avions quil dcrivait de manire prophtique : le pont sera dgag de tout obstacle il prsentera laspect dune aire datterrissage le remisage des avions devra tre amnag ncessairement sous le pont .

    Pendant la Premire Guerre mondiale, lavion bas terre se rvle prcieux pour lclairage des fl ottes et la lutte contre les sous-marins. la fi n de la guerre, la seule marine franaise dispose de plus de mille deux cents appareils, arostats compris. Des esprits innovants vont plus loin. Ainsi, la Grande-Bretagne se dote de porte-avions conformes la vision dAder. Elle les utilise pour participer la matrise des espaces maritimes et conduit son premier raid contre lAllemagne partir du porte-avions Furious en juillet 1918.Chacun est alors conscient, mais dans des proportions variables, quil faudra dornavant raisonner en engagements aronavals et en stratgie aro-maritime.

    Toutefois, les moyens aronavals se dveloppent lentement pendant lentre-deux-guerres, freins par des conservatismes et victimes collatrales de querelles conceptuelles. En effet, on sinterroge trs vite sur la faon la plus judicieuse demployer ces moyens ariens, quils soient terrestres ou maritimes . Faut-il les utiliser de manire massive, indpendamment des autres moyens militaires ou devraient-ils oprer en liaison avec ceux-ci ?

    Ce dbat qui sest prolong tout au long du XXe sicle est aujourdhui clos. Le succs militaire provient, sans quivoque, de la combinaison de diffrents moyens militaires et de la coordination, aussi troite que possible, de ces outils. Cette liaison des armes , dj mise en vidence par lamiral Castex pour le domaine maritime, est aujourdhui confi rme dans lensemble des engagements des armes, comme le rappelle le gnral Jean-Louis Georgelin, chef dtat-major des armes, pour qui il convient de privilgier une approche fonde sur la combinaison des effets .

    Quoi quil en soit, ce dbat nuira au dveloppement harmonieux des aronautiques navales dans la plupart des pays. Seules quelques grandes puissances ambitions mondiales, les tats-Unis dAmrique, le Japon et le Royaume-Uni, sauront concrtiser assez tt le potentiel maritime des outils ariens.

  • Faute de pouvoir infl uencer les spcifi cations de ses appareils, dfi nies lpoque par la Royal Air Force, la marine britannique concentre ses efforts sur les btiments porteurs et sera lorigine de la plupart des innovations en matire de porte-avions. Elle rfl chit galement leur emploi oprationnel, comme lillustre lattaque de Tarente. Ralise en novembre 1940 par des avions lancs de lIllustrious, celle-ci permet de mettre hors de combat le tiers de la marine italienne et prfi gure lattaque de Pearl Harbor 13 mois plus tard.

    Ce coup dclat est le premier dune longue srie, car les aronautiques navales joueront un rle majeur dans la Seconde Guerre mondiale. A lOuest, la bataille de lAtlantique constitue un tournant de la guerre. Elle a vu la dfaite des sous-marins allemands insuffi samment soutenus par la Luftwaffe et harcels par des Allis qui, outre des escorteurs, disposaient, eux, davions de patrouille maritime et de porte-avions descorte pour protger leurs convois.Les Task Forces articules autour des porte-avions amricains seront la cl du succs dans la guerre du Pacifi que o elles se rvleront capables, non seulement dacqurir la matrise de la mer, mais aussi dutiliser cette matrise pour semparer de la terre.

    La rupture est dimportance : lventail des capacits dactions maritimes sest enrichi. En plus de la traditionnelle pression maritime, lente et progressive, outre le dbarquement et le soutien de forces terrestres, les moyens maritimes peuvent dornavant frapper fort et profondment lintrieur des terres. Loin dtre balayes par les avions bass terre, loin dtre rendues obsoltes par les outils ariens, les fl ottes peuvent, grce justement ces outils agir directement sur la terre.

    Un temps discuts dans le dsarmement qui suivra la Deuxime Guerre mondiale, les porte-avions amricains saffi rmeront jusqu nos jours comme le principal outil de projection de la puissance amricaine. Ce rle majeur dbutera avec la guerre de Core, se confi rmera pendant la guerre du Vietnam et, plus rcemment : pendant les deux guerres du Golfe (1991 et 2003)

    o les avions embarqus amricains effectueront entre un tiers et la moiti des missions de combat ;

    au Kosovo avec un tiers des missions de combat de la coalition1 ;

    et pendant la campagne qui a conduit la chute des Talibans en Afghanistan o 80 % des missions des deux premiers mois de lengagement ont t ralises par laviation embarque amricaine.

    La guerre froide est lge dor de laviation de patrouille maritime : la priorit donne aux sous-marins par les Sovitiques oblige lOTAN squiper de forces susceptibles de maintenir les fl ux transatlantiques sans lesquels les oprations continentales sarrteraient rapidement.Au dpart simple moyen de transport, lhlicoptre se dote de capteurs et darmes, devenant, par son embarquement sur les plates-formes mobiles, un des lments majeurs du systme de combat des navires modernes dont il dcuple les capacits de dtection et de combat.

    De nombreux pays cherchent, et quelquefois russissent, acqurir des moyens ariens dans leur conqute dune dimension aro-maritime. La premire tape est souvent lacquisition dune aviation de surveillance maritime base terre. La seconde porte sur lhlicoptre embarqu, tant est radicale la supriorit oprationnelle dun btiment qui en dispose. Larrive future de drones ariens embarqus pourrait faire voluer la situation sans en modifi er le principe.

    Depuis la Seconde Guerre mondiale, de nombreux pays ont tent de se doter de porte-avions, mais peu ont russi car la matrise de loutil est exigeante et complexe. la suite de lUnion sovitique, la Russie sy emploie depuis plus de 30 ans ; elle envisage la construction de porte-avions de 60 000 tonnes propulsion nuclaire pour remplacer son unique porte-avions actuel. LInde dispose de porte-avions depuis les annes 1950, sans jamais avoir rellement disciplin leur mise en uvre ; elle vise passer la vitesse suprieure en se dotant, terme, de deux trois porte-avions. La Chine adapte un ex-porte-avions sovitique pour acqurir les savoir-faire dans la mise en uvre de laviation embarque. Cest une premire tape avant la construction de porte-avions nationaux puis, plus long terme, de porte-avions nuclaires de la classe des 90 000 tonnes. Il faut y ajouter le Brsil, avec qui la marine nationale entretient des liens particuliers.

  • Mais revenons la France, comme nous y incite le thme de ce Bulletin.A la fi n de la Deuxime Guerre mondiale, la Marine est reconstruire ; la tche est immense et les ressources limites. Une dizaine dannes plus tard, lexpdition de Suez met en valeur laronavale franaise, mais montre ses limites, surtout face sa sur britannique, alors son apoge et qui ralise lessentiel du travail arien.

    Il faudra fi nalement prs dune vingtaine dannes dapprentissage, ladmission au service des Foch et Clemenceau, ainsi que celle des tendard et Aliz, rgulirement mis niveau, pour que la France dispose enfi n dun outil effi cace et cohrent. Les porte-avions seront ensuite continment utiliss : participation aux campagnes dessais nuclaires, alors ariens, dans le Pacifi que, accompagnement de lindpendance de Djibouti, engagement face la Libye, longs dploiements devant le Liban ou dans le golfe Persique, oprations en ex-Yougoslavie puis en Afghanistan, pour se limiter aux actions les plus importantes.

    En parallle, la France se dote dune aviation maritime, dabord essentiellement oriente sur la lutte anti-sous-marine puis, plus largement, sur la surveillance de lensemble des espaces maritimes. Les avions de patrouille maritime deviennent de vritables frgates volantes , qui disposent dune panoplie trs complte de moyens dinformations et daction, et dont les capacits dintgration dans des dispositifs divers, en mer comme terre, sont utilises en permanence. Ils

    savrent irremplaables dans la conduite des activits maritimes, comme le montre le dfi cit permanent davions de patrouille maritime pour la mission Atalante de lutte contre la piraterie.Enfi n, llargissement du spectre demploi de lhlicoptre embarqu le rend quasi indispensable lobtention dune dimension hauturire.

    Les outils ariens sont aujourdhui essentiels au succs et leffi cacit dune marine ocanique. Nous ne sommes cependant plus lpoque de la dcouverte dune nouvelle dimension militaire ; les outils aro-maritimes se sont dvelopps et complexifi s si bien que leffi cacit optimum ne peut tre acquise quau prix dune pratique mutuelle soutenue et du partage dun socle de culture maritime. Cette capacit est donc fragile puisquelle repose, notamment, sur des savoir-faire longs et diffi ciles acqurir, mais rapides perdre, comme le montre la situation diffi cile de laviation navale britannique.

    Note :1 Laviation embarque franaise effectuera, elle, un tiers des missions dassaut ralises par des avions franais.

    Contre-amiral Franois de LasticCommandant le Centre denseignement

    suprieur de la Marine

  • Actes du colloques Laronautique navale, facteur de puissance en mer

    au service de la scurit et de la dfense

    Introduction par le vice-amiral Xavier Magne Amiral sous-chef dtat-major oprations aronavales ltat-major