Blyton Enid L'Ile de la nuit INEDIT d'après l'édition originale The Island of Adventure

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    29-Jul-2015

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Avis importantDans ldition franaise quelques dessins ont t omis. Nous les avons donc remis, nous reportant louvrage original en langue anglaise. Louvrage en langue franaise est donc la copie conforme de la vritable dition. Nous informons nos aimables lectrices et lecteurs que cet ouvrage en langue anglaise a t crit en 1944, traduit quelques annes aprs, comportant des mots spcifiques au contexte davant guerre qui sont devenus aux jours daujourdhui, impropres, immoraux et racistes. Ce livre a t publi , dans une autre dition , dans les anne 1965 sous le titre de : Le mystre de lile aux mouettes , ouvrage trs abrg, et dont lhistoire est assez loigne de louvrage anglais. La nouvelle dition, Le mystre de lile aux mouettes est quant elle conforme socialement.

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SPIROU- Slection.

LILE DE LA NUIT

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ENID BLYTON

L'LE DE LA NUITRoman traduit de l'anglais par Pierre PAGANO illustr par Stuart TRESILIAN Couverture de WEINBERG

Editions J. DUPUIS, FILS & CieRue Destre, 41 MARCINELLE 84, Bd St-Germain PARIS (Ve)

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ChapitreChapitre I. II. III. IV. V. VI. VII. VIII. IX. X. XI. Page

XII.XIII.

XIV.XV. XVI.

Ainsi commena notre aventure. 9 Une amiti se noue. 21 Deux lettres et un plan. 34 Craggy-Tops. Les gosses obtiennent gain de cause. Au fil des jours. 75 Une trange dcouverte. 87 Dans les caves. 101 Un mystrieux bateau. Une aventure dans la nuit. 125 Billy Smugs 139 Un cadeau... et une surprise pour Jo-Jo. Jo-Jo est roul une fois de plus. On ne dbarque pas lile de la Nuit. De curieux signaux et une belle promenade en nier. Etranges dcouvertes.

47 60

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152 166 179 202 2237

XVII. XVIII. XIX. XX. XXI. XXII. XXIII.

Jo-Jo se fche une fois de plus. 238 Seconde visite Vile de la Nuit. Dans la mine. Prisonniers dans la mine 286 Dlivrs... mais o est Jacques ? Rien ne va plus. 313 Encore un passage secret. 326

252 273 300

Chapitre XXIV.

Page

XXV. XXVI.XXVII. XXVIII. XXIX.

Un Voyage sous la mer. 340 Une dcouverte peu banale Un mauvais quart d'heure... et une rencontre inespre. O tout devient clair comme de l'eau de roche. Pris Tout est bien qui finit bien.

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CHAPITRE PREMIER

Ainsi commena notre aventure.Il se passa quelque chose de pas ordinaire. Etendu de tout son long sous un arbre, Philippe Mannering essayait de rsoudre un problme d'algbre quand,

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soudain, une voix s'leva et le fit sursauter d'autant plus fort qu'il se croyait seul. Ferme la porte, idiot ! disait la voix avec une impatience mal contenue. Combien de fois dois-je te rpter d'essuyer tes pieds au paillasson ? Philippe se leva et regarda autour de lui avec la plus grande attention, mais la colline au sommet de laquelle il se trouvait tait dserte. Il eut beau carquiller les yeux, il ne vit fuir ni fille ni garon qui riait de lui. C'est compltement ridicule, murmura Philippe, outr. Je ne vois pas de porte fermer et moins encore de paillasson pour m'essuyer les pieds. Quelle que soit la personne qui parle, elle est folle, c'est moi qui le dis. Et puis je n'aime pas a, mais

l pas du tout... Une voix sans qu'il y ait quelqu'un, c'est par trop trange ! Une mignonne petite tte brune apparut de sous la vareuse de Philippe. C'tait une souris toute menue, que Philippe avait apprivoise et laquelle il tenait beaucoup. Avec prcaution et aussi avec une dlicatesse rare chez un garon, il avana la main pour caresser le dos de la petite bte. Elle devait aimer a, car de contentement son nez bougea drlement. Ferme la porte, idiot ! rpta alors la voix de nulle part. Et ne renifle pas ! O est ton mouchoir ? Cette fois, c'tait trop fort ! Philippe sentit la moutarde lui monter au nez, et il cria le plus haut qu'il put : Tais-toi ! Je ne renifle pas. Dis-moi plutt qui tu es et o tu es cach ?10

Il n'y eut pas de rponse. Philippe se gratta la tte, interloqu pour de bon. C'tait tout fait extraordinaire. D'o pouvait bien venir cette voix trange qui lui commandait rudement de faire un tas de choses ridicules ? Personne, pourtant, n'tait couch dans l'herbe, et part lui il n'y avait pas d'tre vivant sur la colline. Philippe se gonfla la poitrine et cria de nouveau : Je suis en train de travailler. Si tu as envie de parler avec moi, sors de ton trou et montre-toi. Bien, mon oncle ! rpondit la voix, mais cette fois sur un tout autre ton que prcdemment, avec soumission et humilit. a alors !... grommela Philippe. Non, je ne le supporterai pas plus longtemps. Il faut que je rsolve ce mystre, que je sache d'o vient la voix, et je dcouvrirai son propritaire ! Et il cria une fois de plus : O es-tu ? Sors de ton trou et montre-toi ! Combien de fois ne t'ai-je pas dit de ne point siffler ! lana la voix, d'un petit ton acide. Philippe faillit s'asseoir d'tonnement. Qu'est-ce que cela voulait donc dire ?... Il n'avait pas siffl ! A coup sr, son mystrieux interlocuteur devait tre fou lier. Devant cette vidence, Philippe se sentit tout coup moins dsireux de nouer connaissance avec l'inconnu et il jugea bon de rentrer. Le regard de Philippe erra sur la campagne. Il n'avait pas la moindre ide de l'endroit d'o la voix pouvait venir, mais sans trop savoir pourquoi il estima que ce11

devait tre de la gauche, et il se dcida prendre par la droite, en se tenant le plus longtemps possible l'ombre des arbres. Il ramassa ses livres parpills dans l'herbe, glissa son crayon en poche et, avec des mines de Sioux sur le sentier de la guerre, fit quelques pas vers la droite. Il faillit se sentir mal quand il entendit la voix clater en rires stridents qui n'avaient plus rien d'humain. Du coup, Philippe oublia sa rsolution d'tre prudent. Il courut tant qu'il put et ne s'arrta qu'une fois arriv au pied de la colline. Tout tait redevenu silencieux. Philippe se trouvait prsent sous un arbre de grande taille et il tendit l'oreille. Son cur battait tout rompre, et il et donn beaucoup pour se trouver parmi ses camarades, dans un endroit entour de murs et couvert d'un toit. Il y pensait encore que la voix se fit de nouveau entendre, juste au-dessus de sa tte. - Combien de fois dois-je te rpter de t'essuyer les pieds? Cette phrase insense fut suivie d'un cri bizarre qui fit sauter Philippe au point qu'il laissa choir tous ses livres dans l'herbe. Mais Philippe n'tait pas peureux, et la premire motion passe il leva la tte vers les branches. Il vit alors un magnifique perroquet rouge et vert, dont le crne tait orn d'une crte splendide, sans cesse en mouvement. Le perroquet regardait Philippe avec de grands yeux noirs, la tte lgrement incline sur

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la gauche, et il faisait entendre une sorte de grognement aimable qui devait tre un bonjour. Philippe ne bougeait plus ; son regard ne pouvait se dtacher de l'animal, qui continuait le dvisager impudemment, comme s'il tait une vieille dame prsente un jeune homme. Puis il s'envola pour se poser sur une branche plus leve et, tout en hochant la tte, il recommena son caquetage : - Ne renifle pas ! Tu ne peux donc pas fermer la porte, idiot ! On ne t'a pas appris tre poli ? - Bon Dieu ! s'exclama Philippe en riant, ainsi donc, c'tait toi qui parlais tout l'heure ? Eh bien, je puis t'assurer que tu m'as fait rudement peur ...

Le perroquet rpondit, en imitant la perfection un ternuement.13

- O est ton mouchoir ? dit-il. Philippe ne put s'empcher de rire aux clats et de crier : Tu es extraordinaire ! Tu es l'oiseau le plus intelligent que je connaisse ! Mais d'o viens-tu? Je ne t'ai jamais vu ici... - Essuie tes pieds ! rpondit le perroquet. Philippe se mit de nouveau rire. Mais alors une voix s'leva tout coup qui tait la voix d'un petit garon : - Kiki, Kiki, Kiki ! O es-tu cach? Le perroquet ouvrit largement ses ailes, lana un cri perant et s'envola dans la direction d'une maison qu'on pouvait apercevoir une bonne centaine de mtres. Le garon qui vient d'appeler son perroquet se trouve donc dans le jardin de Hillfoot House !... murmura Philippe. Dans le jardin de la maison o je suis moimme pensionnaire ! Est-ce qu'il vient ici pour tre chauff blanc comme moi, en vue des examens? Ce serait patant !... Surtout avec ce perroquet ! Au moins, il me consolera d'avoir tudier pendant les vacances, et je pourrai jouer avec lui, ce qui est plus gai que de faire de l'algbre.. . Au cours de l'anne scolaire qui venait de s'couler, Philippe avait eu la fivre scarlatine, et il tait en retard sur ses condisciples. Le directeur de l'cole avait crit son oncle et sa tante, pour leur suggrer d'envoyer leur neveu la campagne, pendant quelques14

semaines, chez un instituteur qui lui ferait rattraper le temps perdu. Et, au plus grand mcontentement de Philippe, son oncle avait tout de suite accept cette proposition, de sorte que le pauvre garon, au lieu de passer ses vacances au bord de la mer, avec sa sur Dinah, dans le manoir de Craggy-Tops, comme il le faisait tous les ts, se trouvait maintenant le nez plong dans des livres d'tude : algbre, gographie, histoire... Il aimait beaucoup son instituteur, Mr. Roy, mais il tait passablement ennuy par la prsence de deux autres garons qui suivaient les cours de vacances pour la mme raison que lui. Sam tait beaucoup plus g que Philippe, et Olivier tait un petit malheureux qui avait une peur bleue de la collection d'animaux et d'insectes de toutes sortes que Philippe possdait. Car Philippe adorait les btes et il s'intressait prodigieusement leur manire de vivre ainsi qu' leur histoire. Quand il fut bien certain que le perroquet resterait dans le jardin de Hillfoot House, Philippe se mit courir dans la direction de la maison, excit l'ide d'y trouver un autre garon qui allait peut-tre devenir un compagnon de jeu idal. C'est qu'il tait intressant, cet inconnu avec son perroquet ! Bien plus intressant que le grand Sam ou le pauvre petit Olivier. Philippe ouvrit la porte du jardin et s'arrta, tonn. Devant lui, et le regardant, se tenait une petite fille qui ne devait pas avoir plus d'onze ans. Elle avait des cheveux roux boucls, coups trs court, et des yeux verts. Sa15

peau tait fine, et des centaines de taches de rousseur la couvraient. - Hello ! dit Philippe, qui trouva tout de suite plaisant le regard de cette petite fille. Tu viens chez nous ? Il parat, rpondit-elle en souriant. Mais moi, je ne viens pas pour travailler. J'accompagne seulement Jacques. - Qui est Jacques ? demanda Philippe. - Mon frre, dit la petite fille. Il doit absolument remonter le courant. Ses notes sont tout ce qu'il y a de plus lamentable. C'est simple, il tait le dernier de la classe... Ce n'est pourtant pas un imbcile, mon frre... oh ! non. Il est mme trs intelligent, mais il dteste qu'on l'ennuie. Il dit qu'il veut devenir un ornithologiste et qu'il perd son temps en essayant de retenir des dates, des batailles et des pomes. Qu'est-ce qu'il veut... euh ! devenir? reprit Philippe, qui n'avait pas bien compris et qui, au lieu d'couter la fillette avec attention, avait prfr s'tonner du nombre invraisemblable de taches de rousseur dont son nez tait agrment. - Ornithologiste ! rpta-t-elle. C'est quelqu'un qui s'occupe d'oiseaux et qui tudie leur vie. Tu ne sais pas cela ? Jacques ne rve que d'oiseaux ! Oh ! mais alors, il faut qu'il vienne et vive chez nous !... lana Philippe, que cette nouvelle enthousiasmait. Moi, j'habite au bord de la mer, dans une rgion trs sauvage o il y a beaucoup d'oiseaux, mais je

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dois avouer que je ne connais pas grand-chose leur sujet. Est-ce que le perroquet appartient Jacques ? Bien sr ! s'exclama la fillette. A qui d'autre veux-tu qu'il appartienne? Il l'a reu voici quatre ans. Il s'appelle Kiki. - Est-ce que c'est Jacques qui lui a appris parler comme il fait ? Philippe faillit ajouter : Si l'on donnait l'cole des leons de conversation pour perroquets, Jacques ne serait srement plus le dernier de sa classe. Mais il prfra ne rien dire. Bien lui en prit, car la petite fille rpondit en souriant, tandis que ses yeux verts ptillaient de malice : Non, ce n'est pas Jacques. Kiki a retenu les phrases qu'il entend tous les jours dans la bouche de notre oncle. Nos parents sont morts, et c'est notre oncle Geoffrey qui s'occupe de nous, ou qui devrait s'occuper de nous, car en ralit il ne nous aime pas beaucoup et prfre nous voir loin de lui que prs. La gouvernante, qui a tout dire chez nous, ne nous aime pas beaucoup non plus. C'est un peu pour a/vois-tu, que nous sommes ici, Jacques et moi. Mais tant que j'aurai Jacques, et tant que Jacques aura ses oiseaux, nous serons heureux. Quand nous sommes ensemble, nous n'avons besoin de personne. Ainsi, pendant que Jacques et moi serons penchs sur nos livres, tu iras jouer dans les bois tout ce que tu veux? dclara alors Philippe, avec une pointe d'amertume. - Mais pas du tout ! rpliqua la fillette. L o Jacques est, je serai. Quand il est l'cole, je ne le vois17

jamais, et maintenant que ce sont les vacances je le veux tout moi. Tu verras, Jacques est extraordinaire ! - Eh bien ! s'exclama Philippe, un peu dpit, tu ne ressembles pas ma sur Dinah, toi !... Ce n'est pas elle qui dira jamais que je suis un type extraordinaire. Nous nous querellons toujours... Il se tut soudain, intress par quelque chose ou quelqu'un qui se trouvait derrire la fillette. - Hello ! fit-il, et il agita le bras. Puis il daigna regarder de nouveau la gamine et lui demanda laconiquement : C'est Jacques ? Un petit garon traversait le jardin et venait vers Philippe. Kiki tait install sur son paule gauche et penchait le bec vers son oreille, comme s'il tait en train de lui raconter voix basse une histoire drle. Quand le bonhomme ne se trouva plus qu' deux pas de Philippe, il s'arrta pour le regarder avec les mmes yeux verts que ceux de sa sur. Ses cheveux taient plus rouges encore que ceux de la fillette, et sur son visage il y avait tant de taches de rousseur qu'il>et t impossible d'y dcouvrir un centimtre de peau pargn. Aussi Philippe ne trouvat-il rien de mieux dire, en guise de bonjour : Hello, Grains de Son ! Hello, Riquet la Houppe ! rpliqua aussitt Jacques, qui semblait avoir la riposte aise. Philippe fit la grimace et tta le devant de son crne, o une touffe de cheveux rebelle tous les coups de peigne se dressait firement. Un vrai toupet de clown!18

- Essuie tes pieds !... cria Kiki avec une voix svre. Je suis bien contente que Kiki te plaise, dit alors la gamine. Kiki n'aime pas beaucoup les voyages, vois-tu, et il a une sainte horreur des lieux qu'il ne connat pas. Je crois d'ailleurs que c'est pour cette raison qu'il s'est envol tout l'heure. Oh ! il n'est pas all bien loin, Lucy-Ann, dclara Jacques. Et je parie, ajouta-t-il, que mon vieux Riquet la Houppe a connu une de ces frousses quand il a entendu Kiki faire ses observations... Pour a, oui ! lana le gamin. Il se mit raconter ses deux nouveaux camarades comment le perroquet l'avait surpris au sommet de la colline, alors qu'il tait plong dans la lecture d'un problme d'algbre. Jacques et Lucy-Ann...