Boukous Les Marocains et la langue française

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    25-Nov-2015

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<ul><li><p>Allocution du secrtaire gnral de la facultdes Lettres et des Sciences humaines de Rabat</p><p>Mohamed Maniar</p><p>Mesdames et messieurs, chers collgues,</p><p>Plus que n'importe quelle priode de l'histoire de l'humanit, notre temps est celui de l'inte-raction des peuples travers leurs langues et leurs cultures. Cette interaction peut tre unfacteur d'intercomprhension et d'enrichissement des peuples si elle est conue avec ouvertured'esprit et gre avec raison.</p><p>Conformment la philosophie de Sa Majest Hassan II, le Maroc est un pays solidementancr dans son identit arabo-musulmane fonde sur sa langue officielle qui est l'arabe maisaussi rsolument ouvert sur le monde travers les langues internationales et notamment lefranais.</p><p>Dans ce sens, Sa Majest crit dans Le Dfi : Le franais est pour nous une fentre large-ment ouverte non seulement sur le monde occidental mais sur celui de la logique, de la raison,de la mesure .</p><p>C'est ainsi que l'cole et l'universit marocaines accueillent la langue franaise tous lesniveaux et dans toutes les formations. Le franais a pour nous de facto le statut de premirelangue trangre obligatoire dans l'enseignement fondamental et secondaire et celui de langued'enseignement dans le suprieur scientifique et technique.</p><p>L'objectif de notre systme ducatif est de former des cadres comptents dans leur spcialitet matrisant le bilinguisme arabe-franais, suivant en cela les directives de Sa Majest qui ditque le bilinguisme est une richesse qui fait partie du droit inalinable de chacun. Le bilin-guisme quilibr, en effet, est loin de porter atteinte notre identit, il la consolide et l'enrichitdans un esprit de convivialit et d'enrichissement mutuel.</p><p>Comme vous le voyez, chers collgues, votre rseau et ses proccupations scientifiquess'inscrivent pleinement dans la ligne de la politique ducative et culturelle de notre pays. C'estpourquoi, lorsque notre facult a t sollicite par les organisateurs de vos Journes d'tudes,elle n'a pas hsit mettre leur disposition ses modestes moyens humains et matriels.</p><p>Permettez-moi de ritrer devant vous tous notre entire disponibilit collaborer avec votrerseau et soutenir vos efforts scientifiques.</p><p>Permettez-moi galement de souhaiter vos travaux plein succs et qu'ils se concluent pardes rsultats susceptibles de renforcer, ici, de crer, l, un climat propice au dialogue entre noslangues, nos cultures et nos peuples, un dialogue empreint de respect, de comprhension et detolrance.</p><p>Mesdames, Messieurs, Chers collgues,Au terme de cette allocution, j 'ai le plaisir et l'honneur de dclarer ouverts les travaux de vos</p><p>Journes d'tudes.</p><p>11</p></li><li><p>Confrence plnire</p><p>Les Marocains et la langue franaiseAhmed Boukous</p><p>Le problme</p><p>La typologie de la francophonie suggre par M. Houis, 1973 comprend trois types desituations : celle des pays dans lesquels le franais est langue officielle unique de jure et languevhiculaire majoritaire (la France); celle des pays o le franais est de jure l'une des languesofficielles (Canada, Belgique, Luxembourg, Suisse) ; celle des pays o le franais est langueofficielle unique, de jure ou de facto, dans une situation marque par la diversit des languesnationales (c'est le cas de l'Afrique sub-saharienne).</p><p> cette typologie, il faut ajouter un quatrime type de francophonie, celui du Maghreb etpeut-tre du Liban o le franais est historiquement langue de la puissance coloniale, protec-trice ou mandataire selon le cas, et o prsentement, le franais est premire langue trangrefortement prsente dans l'enseignement, l'administration et la vie publique, et o la basesociale de la francophonie se rduit essentiellement une fraction des lites urbaines.</p><p>C'est prcisment ce cas de figure qui nous intresse dans cette recherche.Au Maroc, la situation sociolinguistique est marque par la coexistence de langues natio-</p><p>nales, savoir l'arabe et le berbre (l'amazighe) avec leurs diffrentes varits, et de languestrangres, notamment le franais et, un moindre degr, l'espagnol et l'anglais.</p><p>Cette coexistence est pacifique par certains aspects et conflictuelle par d'autres. On peut dire,en effet, que ces langues sont dans un rapport de diglossies enchsses impliquant les languesnationales elles-mmes et celles-ci et les langues trangres. La proprit de ces diglossies estd'tre marque, d'une part, par la complmentarit des fonctions et des usages entre leslangues nationales et les langues trangres et, d'autre part, par une comptition entre lesdiverses varits linguistiques. La complmentarit des usages et des fonctions de ces varitspermet incontestablement de combler des lacunes videntes dans le rpertoire langagier deslocuteurs des langues nationales. Quant la comptition entre ces varits, elle manifeste ladynamique d'une situation sociolinguistique o des enjeux structurants sont l'uvre.</p><p>Parmi les nombreuses questions qui mritent une tude approfondie dans cette situation figu-rent le statut, les usages et les fonctions de la langue franaise. En tant que langue du rgimeprotectoral franais au Maroc (1912-1956), le franais a fait l'objet de diverses modalitsd'imposition dans le systme ducatif, les instances administratives, la vie conomique et lavie publique en gnral. Ceci a pour effet de produire une lite francophone dite moderne quia dclass l'lite arabisante traditionnelle en prenant les commandes au lendemain de l'ind-pendance.</p><p>Quatre dcennies aprs la proclamation de l'indpendance, la langue franaise jouit toujoursdu statut privilgi de premire langue trangre. Ce statut lui est de facto confr par la poly-valence de ses fonctions :</p><p>- unique langue trangre obligatoire dans l'enseignement fondamental et secondaire,- langue de l'enseignement scientifique et technique,- langue de travail dans les secteurs techniques des administrations publiques,- langue de travail du secteur formel de l'activit conomique,- langue diplomatique dans les chancelleries marocaines dans les pays non arabophones.Comment s'explique ce statut privilgi aussi bien sur le march linguistique que dans le</p><p>champ social?</p><p>13</p></li><li><p>Ahmed Boukous</p><p>Le facteur le plus vident dans l'explication de ce phnomne est le facteur historique, savoir que la langue franaise est une langue enracine dans la terre marocaine par des moyenspuissants pendant toute la dure du rgime du Protectorat, c'est--dire quarante quatre ans.Cette prsence massive n'a pas manqu de faonner durablement les consciences linguistiqueset de configurer de faon dcisive le paysage linguistique du pays.</p><p>La place particulire qu'occupe le franais au Maroc est aussi la rsultante d'autres facteursinhrents la relation de dpendance du Maroc, notamment sur les plans conomique, finan-cier et culturel. Rappelons, en effet, que la France est le premier fournisseur du Maroc (environ24 % de la valeur des importations marocaines), son premier client (environ 22 % de la valeurdes exportations) et le premier investisseur tranger (environ 20 % des investissements). Enoutre, pendant longtemps, le Maroc a t dpendant de la France, du Canada et de la Belgiquepour la formation de ses cadres suprieurs, c'est--dire des cadres francophones.</p><p>Dans ce contexte gnral, il nous a paru intressant de nous pencher sur le rapport des Maro-cains la langue franaise. La francophonie tant un phnomne aux dimensions multiples, ilest normal qu'elle soit envisage de plusieurs points de vue, notamment sous ses aspects didac-tique (Chami, 1987, Akouaou, 1984), socioculturel (Moatassime, 1992, Santucci, 1986), poli-tique (Chikh et al. 1988) et idologique (Ouedghiri, 1993), etc. Nous privilgions, quant nous, l'approche sociolinguistique de ce phnomne, approche qui met en rapport la languefranaise avec le contexte social et culturel marocain par le moyen d'une investigation empi-rique. Ce type d'approche a t tent par des prdcesseurs avec un bonheur ingal, des lacunesmthodologiques et le rductionnisme qui caractrise les travaux acadmiques (Bentahila,1983, El Gherbi, 1993, Boukous, 1996).</p><p>L'objet spcifique de ce travail est l'tude empirique du comportement d'un chantillon dela population marocaine l'gard de la langue franaise. Il s'agit notamment d'examiner lesusages faits par les locuteurs de la langue franaise, la connaissance qu'ils ont de la culture fran-cophone, la motivation pour cette langue et les attitudes et les reprsentations qu'ils en ont1.</p><p>Cette recherche vise au moins deux objectifs :- contribuer l'analyse du march linguistique marocain et des enjeux symboliques qui y</p><p>sont l'uvre,- contribuer une meilleure apprciation du statut et de la fonction du franais dans le cadre</p><p>de l'laboration d'une politique linguistique in vivo.Initialement, quatre questions sont au programme de cette recherche :- Quels sont les usages que les sujets dclarent faire de la langue franaise ?- Quel est le degr de connaissance que les sujets dclarent avoir de la culture francophone ?- Quel est le degr dclar de leur motivation pour le franais et quelle est la nature de cette</p><p>motivation (instrumentale vs integrative) ?- Quelle est l'attitude dclare et la reprsentation des sujets l'gard du franais?En raison du temps qui m'est imparti, je me limiterai ici aux usages et aux reprsentations.Les hypothses gnrales de travail postules ici sont les suivantes :- La langue franaise est en rgression relative, suite l'arabisation de l'enseignement et de</p><p>l'administration.- L'assise sociale de la langue franaise se rduit au milieu de l'lite urbaine.- Le comportement des sujets l'gard de la langue franaise est mitig parce qu'il s'inscrit</p><p>dans une conjoncture o deux tendances remettent en cause la francophonie. La premiretendance se manifeste par le repliement identitaire (religieux, nationaliste, ethnique), la secondese rclame de la logique de la globalisation et s'inscrit donc dans la mouvance anglo-saxonne.</p><p>1. Cette recherche entre dans le cadre du projet de recherche du rseau Sociolinguistique et dynamique destangues de l'AUPELF-UREF La francophonie au Maroc : Usages, motivations, attitudes et reprsentations.</p><p>Ce qui est prsent dans cette communication est ainsi le produit d'un travail collectif. Les enqutes ont teffectues par les tudiants du sminaire de sociolinguistique (1995-97). les analyses statistiques ont t ralisespar F. Agnaou. Quant moi, je me suis charg de l'laboration du questionnaire, de l'interprtation des rsultats,de leur discussion et de la rdaction du rapport final.</p><p>14</p></li><li><p>Les Marocains et la langue franaise</p><p>Population et chantillon :La population cible par l'enqute est la population urbaine. Ce choix est dict par :- la densit de la prsence du franais en milieu urbain, cette prsence tant quasi nulle en</p><p>milieu rural ;- l'importance du march linguistique urbain comme lieu d'imposition de la norme</p><p>sociolinguistique ;- le dveloppement du phnomne urbain ;- la commodit du travail de recherche en milieu urbain.L'chantillon de dpart est compos d'un nombre total de 985 sujets ayant rempli le ques-</p><p>tionnaire. Sur cet ensemble 300 sujets sont retenus selon la technique de l'chantillonnagealatoire, soit 30,45 % de l'chantillon de dpart.</p><p>Les sujets sont de rsidence urbaine. L'enqute a t effectue dans les villes suivantes :Knitra, Sal, Rabat, Mohammedia, Casablanca, Marrakech</p><p>Les variables indpendantes retenues sont l'ge, le genre, le statut social, le niveau d'tudeset la spcialit des sujets.</p><p>Age : les sujets sont gs de 12 76 ans;Sexe : les sujets retenus sont de sexe masculin et de sexe fminin, rpartis part gale.Statut social : il rfre grosso modo l'identification sociale et professionnelle des sujets. Il</p><p>a t distingu dix catgories : lve de l'enseignement fondamental, lve de l'enseignementsecondaire, tudiant, fonctionnaire, enseignant-chercheur; mdecin, avocat, commerant,libraire, employ de banque. Une catgorie du genre classe sociale n'a pas t retenue parceque le flou dfinitoire qu'elle a dans la formation sociale marocaine et tel qu'il induit deserreurs d'apprciation. Ne disposant pas d'informations sres relatives aux revenus des sujets,il est prfrable de s'en tenir une acception neutre de la notion de statut.</p><p>Niveau d'tudes des sujets varie de nant (sans scolarit) au 3e cycle.Spcialit est en rapport avec la formation suivie, c'est--dire lettres, droit, techniques et</p><p>sciences. Il est noter que cette catgorie ne concerne pas les sujets non scolariss et ceux dontla scolarit est limite l'enseignement fondamental. Le croisement de cette variable avec lestatut permet d'approcher de faon quelque peu objective la catgorie sociale des sujets.</p><p>L'instrument employ est un questionnaire. Pour viter les problmes de comprhension desquestions, deux versions du questionnaire sont proposes, l'une est en arabe et l'autre en fran-ais. Il comprend 30 questions dont certaines sont fermes et d'autres semi-ouvertes.</p><p>Ces questions portent sur les informations suivantes : le profil des sujets, leurs usages dufranais, leur motivation, et leurs attitudes et leurs reprsentations du franais.</p><p>L'administration du questionnaire s'est gnralement droule sur le lieu de travail ou sur lelieu d'tudes.</p><p>Les variables analyses dans la prsente communication sont les usages et les reprsenta-tions. Explicitons ce que nous entendons par ces notions.</p><p>Concernant les usages, il faut prciser d'emble qu'il s'agit des usages dclars par les sujetset non des usages rellement observs par l'enquteur. Ceci signifie videmment qu'il peut yavoir un hiatus plus ou moins important entre les usages dclars et les usages rels2.</p><p>2. L'une des questions mthodologiques majeures que pose notamment l'tude des usages est que l'analysese base sur les dclarations des sujets. Or, comme chacun sait, les dclarations ne refltent pas ncessairementles actes effectifs dans le comportement rel des sujets. L'idal serait qu'on puisse arriver contrler les direspar les faits par le moyen de l'observation directe dans le cadre d'une enqute anthropolique. Ceci est bien srun voeu qui, la plupart du temps reste, pieux car peu ralisable sur le terrain En effet, comment observer scru-puleusement des centaines de sujets dans la diversit des situations de communication o ils sont quotidiennementengags ? Ces limitations seraient-elles propres 1 ' approche macrosociolinguistique ? L'approche micro y chap-perait-elle? Ce n'est pas certain car, quand on lit la littrature anthropologique mme ralise dans un micro-domaine, on se rend l'vidence que l'observation elle-mme est un travail construit sur un objet lui-mme cons-truit par l'anthropologue et que le rsultat final est l'interprtation des faits observs partir du prisme dformantdes hypothses postules et surtout de la culture de l'analyste, de ses prjugs, etc. (Rabinow, 1988).</p><p>15</p></li><li><p>Ahmed Boukous</p><p>II s'agit de raliser deux tches :- valuer le degr et la nature des usages que les sujets dclarent faire de la langue franaise</p><p>aux niveaux de l'oral, de l'crit, de l'audition et de la lecture;- saisir la nature, les domaines de ces usages et l'identification des interlocuteurs.C'est l'objet des questions Q10-17 du questionnaire.Par reprsentations, nous entendons l'ensemble des dispositions psychologiques et sociales</p><p>que manif...</p></li></ul>

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