Click here to load reader

CAHIERS DE - unice.fr · gièresetformationsdiscursives :Marcellesi,Gardin,Robin,Pêcheux Foucaultenarrièreplan)danslemêmetempsque,considérant« qu’on ne peut pas tout expliquer

  • View
    214

  • Download
    0

Embed Size (px)

Text of CAHIERS DE - unice.fr · gièresetformationsdiscursives :Marcellesi,Gardin,Robin,Pêcheux...

CAHIERS DE LINGUISTIQUE

CAHIERS DE LINGUISTIQUE de linguistique franaise

Bouq

uet de revues

Contenu du prsent fascicule : Revue de sociolinguistiqueet de sociologie de la langue franaise

CA

HIE

RS

DE

LIN

GU

IST

IQU

E20

12 -

38/2

ISNN : 0771-6524 ISBN : 978-2-8066-0135-3

Dpot lgal : 2011/9202/134Prix : 25,00

ID EME : E1045903

E.M.E.

Construction des connaissances sociolinguistiquesDu terrain au positionnement thorique

Sous la direction de Franoise Gadet

2012 - 38/2

Publi avec le soutien de la Fondation universitaire et du Service de la Langue Franaise (CFWB)

Le savoir des sociolinguistes 2Franoise Gadet .............................................................................................................5

Discours et idologies linguistiques. Les minorits linguistiquesau Canada ou comment tre francophone autrementAnnette Boudreau ...........................................................................................................9

Une approche panfactorielle : sur la piste de tre Robert Chaudenson ......................................................................................................37

Le franais panfrancophone saisi travers un maillage de rseauxFranoise Gadet & France Martineau ........................................................................63

Des thories sociolinguistiques une thorie du langage :lectures dHenri MeschonnicMdric Gasquet-Cyrus ...............................................................................................89

Individuals, Populations, and Timespace: Perspectives on the Ecology of LanguageSalikoko S. Mufwene & Ccile B. Vigouroux ............................................................. 111

Langue(s) et communication en Guadeloupe :vers une approche colinguistiqueRalph Ludwig & Florence Bruneau-Ludwig .............................................................139

Limprobable parenthse de la (socio)linguistiqueRobert Nicola ............................................................................................................167

AAA

167

Limprobable parenthse de la (socio)linguistique

Robert Nicola, Universit de Nice - Sophia Antipolis

et Institut universitaire de France

I. Introduction.

En 1917, Schuchardt prsentait lAcadmie de Berlin sa conception de la parent des langues. Il avait alors atteint lge du recul et, propos des controverses de son poque sur la parent gna-logique du hittite, il fit cette remarque On connat les paravents plis-ss, qui offrent celui qui se tient gauche une toute autre image qu' celui qui se tient droite. C'est cela que me fait penser le combat enflamm autour du hittite : selon F. Hrozn, c'est une langue aryenne

avec une coloration caucasienne, selon E. Weidner une langue cauca-sienne avec une coloration aryenne 83. Ce qui mintresse ici, cest limage des paravents plisss, le questionnement sur la nature et la ralit des choses, les interprtations corrlatives que les chercheurs en font. Cest en pensant cette image que jai dcid de minterro-ger sur une ouverture aussi rflexive que La sociolinguistique comme construction en proposant un titre aussi problmatique que Limpro-bable parenthse de la (socio)linguistique.

Aprs un demi-sicle dun dveloppement parfois difficile, ce qui pour la sociolinguistique est lordre du jour nest sans doute pas une bataille pour son existence disciplinaire, qui est acquise au sens o tout linguiste sait quest subsum sous cette appellation quelque chose relevant des disciplines, mme si ce quelle recouvre est loin dtre bien dfini. Mais les sociolinguistes sinterrogent aujourdhui sur leur science et sur leurs pratiques. Cest ainsi que dans un rcent appel colloque (Montpellier 2009) sur le thme symptomatique Pour une pistmologie de la sociolinguistique, Boyer engageait dbat-tre d'un certain nombre de repres qui balisent ce champ ouvert des

83 On se reportera Nicola & Tabouret-Keller (2011b) pour lensemble des rfrences Schuchardt dans cet article.

168

sciences du langage qu'est la sociolinguistique, et dont l'identification

et la visibilit [] sont dsormais assures au travers de ces attri-buts communs que sont d'une part la dnomination, d'autre part la diffusion spcifique de la recherche [], sans oublier la place recon-nue dans divers cursus d'enseignement . Un besoin scientifique et politique de rflexion sur la structuration et lorganisation du champ dont cette sociolinguistique participe se manifeste donc, en France peut-tre plus quailleurs, par des appels parfois claironnants la rflexion pistmologique ; laquelle peut tre entendue au sens de Bourdieu, pour qui le champ scientifique tait un espace objectif dun jeu o se trouvent engags des enjeux scientifiques, quil est

vain de distinguer entre des dterminations proprement scientifiques

et des dterminations proprement sociales de pratiques essentielle-ment surdtermines (1975 : 93) .

Ds lors,

au vu de ses liens avec des approches dialectologiques plus anciennes (pointes par Labov), avec la pragmatique, lana-lyse de discours (Achard), puis avec la sociologie interac-tionnelle (Auer) et lanalyse conversationnelle (Mondada), jusquaux questionnements des Cultural Studies, ou la saisie cologique (Mufwene), voire lmergence dune rflexion sur les problmatiques de la complexit ;

au vu de ses enracinements idologiques majoritaires (mou-vances plutt de gauche et/ou marxiste) en relation avec des engagements politiques et sociaux, parfois avec des objectifs pratiques (politiques linguistiques, minorits, migrants, du-cation, constructions identitaires) ;

au vu de la diversit de ses terrains, de ltude de la variation dans lespace urbain celle des pratiques en contextes plu-rilingues (car tous les terrains sont concerns ds lors que la variation, le contact, les modalits normatives, les rapports de force symboliques deviennent objets dtude) ;

au vu de certains positionnements thoriques face une lin-guistique focalise sur la dimension systmique des faits de langue et la description formaliste ;

on se demandera ce que reprsente cette sociolinguistique. On sinterrogera sur ce qui, travers les alas de sa courte

169

histoire, se construit autour delle pour ceux qui la pratiquent ou la thorisent, supputant sur ce qui peut se transformer partir delle.

Alors donc :

- quest-ce que la sociolinguistique introduit au plan des connaissances, dans quels domaines ? Quest-ce quelle dveloppe ? Quest-ce quelle filtre ?

- Dans quelle mesure la rflexion pistmologique est-elle en phase avec la construction ou la transformation dune pra-tique sociolinguistique, le dveloppement de connaissances sur le langage, la construction et la justification de procdu-res de description et de thories donnes pour explicatives ?

- Dans quelle mesure contribue-t-elle rendre compte de la position des acteurs humains dans le tressage o ils trou-vent place, en liaison avec la construction de phnomnes dont ils participent et llaboration des connaissances ?

Les rponses seront diffrentes selon quon se sent plus ou moins lgitime dans lun ou lautre de ces espaces sociolinguistiques. Pour moi, cest de lextrieur du domaine que jaborderai le thme, de lautre ct du paravent pliss. Je me place aux marges pour inspecter les grandes lignes de ce que jentrevois dans une extriorit qui permet non de surplomber le champ dans une mythique objectivit mais, travers une subjectivit diffrente, de lapprocher la faon de ce petit garon qui, ntant ni tailleur ni courtisan, nonait son point de vue sans subir les pressions qui eussent pu le conduire ne pas constater la nudit du roi.

Cest donc de l que je tenterai de rflchir sur ce qui se construit et se pratique sous le nom de sociolinguistique, qui tmoigne du moins dans lespace franais sinon dun mal-tre du moins dun mal-vcu suffisant pour envisager lventualit de la renommer. Car de la vieille distinction entre sociologie du langage et sociolinguisti-que, lcolinguistique daujourdhui sans omettre lalterlinguistique ou lontolinguistique, pour ventuellement en revenir une linguisti-que ou, tout simplement, aux sciences du langage, le jeu des dnomi-nations comme symbole dincertitude sur les contenus et les pratiques est une constante.

170

Mais ces marges qui sont ma centralit demanderont leur tour tre prcises. Cest pourquoi, toujours de lautre ct du para-vent pliss, jaborderai ensuite quelques-uns des points de diffluence qui me sparent de cette vise sociolinguistique, aprs avoir fait le tour de ce que jen perois.

2. Le peru sociolinguistique

Dans les manuels, on tend faire natre la sociolinguistique aux USA, dans les annes 60. On pourrait tout aussi bien faire appel aux descriptions empiriques palo-sociolinguistiques qui avaient su entrouvrir la fois une rflexion fonde sur la ncessit dune approche homognise des phnomnes, et une saisie attentive de leur variabilit gographique et sociale, ou au Martinet des annes de guerre (Martinet 1945). Mais si avec un norme raccourci, on se propulse dans les annes 70 en France, on constate que, dans un cadre idologiquement marqu par un marxisme souvent dobdience althussrienne et travers le sentiment dun manque tout autant que par limpliqu didologies politiques fortes, le rapport entre linguis-tique et social est au centre du dbat, et que la sociolinguistique se cherche et se forme. Je ne retiendrai que quelques caractristiques qui mauront sembl pouvoir fonctionner comme repres. La problmati-que de la covariance est pose : trace ou reflet ? Questions qui donnent lieu des dbats dans ce cadre idologiquement prcontraint. Ainsi, dans la revue Critique, Boutet, Fiala & Simonin-Grumbach (1976) orientent la rflexion : Comment concevoir le langagier comme l-ment constitutif de la formation sociale, et non plus seulement comme un matriau dans lequel on trouverait des traces dune organisation sociale existant ailleurs que dans le langage , et proposent pour marquer un dcentrement de la problmatique, c'est--dire principa-lement viter la thorie du reflet de distinguer entre sociolinguisti-que, terme qui renvoie gnralement des travaux centrs sur la covariance , et sociologie du langage, qui chercherait plutt com-ment le langage est constitutif, la fois enjeu et agent, dune forma-tion sociale84. Cela conduit ces auteurs conclure sur la dfinition de

84 Vingt ans plus tard, et la mme anne (1993) seront publis dans la Collec-tion Que-sais-je ? qui lgitimise des existants acadmiques pour la lecture estudiantine, La sociolinguistique de Calvet et La sociologie du langage de Achard.

171

formations langagires entendues comme un ensemble rgl de pratiques langagires, qui organise celles-ci selon des rapports de forces en pratiques dominantes et pratiques domines , et dassigner la sociologie du langage la tche de dcrire dans un processus his-torique la formation langagire dans une formation sociale donne, c'est--dire un ensemble de pratiques langagires lies entre elles par des rapports de domination, donc contradictoires .

Lanne suivante, parat en France le premier numro de la revue Langage & Socit o Branca (1977) propose un tat des lieux : approches amricaines illustres par la sociolinguistique corrlation-niste (Labov) et lethnographie de la communication (Hymes), appro-ches franaises de lanalyse du discours politique (formations langa-gires et formations discursives : Marcellesi, Gardin, Robin, Pcheux ; Foucault en arrire-plan) dans le mme temps que, considrant quon ne peut pas tout expliquer en termes de stratgies discursives et quil y a aussi la place du systme mnager (51), elle met en vidence les travaux dont lobjectif est de dcouvrir la cohrence propre des formes linguistiques utilises par les diverses couches sociales (48) (Blanche-Benveniste et al.).

Dans la mme revue, Achard (1978) proposera la thorie du discours comme cadre unificateur pour ltude de lusage du langage, thmatique quil dveloppera par la suite, tandis que Boutet (1980) semploie situer dans une synthse politique et rflexive85 la sociolin-guistique face aux approches dominantes structurales et gnratives, et contribue lintroduction de la perspective du signe socialement pluri-accentu dans la ligne de Bakhtine-Volochinov (la vritable substance de la langue est le phnomne social de linteraction ver-bale ). Par l mme, elle positionne la guerre de tranches mergente en retenant une partition en deux ples, suivant que les courants sont interprtables par rapport la linguistique dominante comme forage (variationnisme et grammaire de la langue parle) ou comme rupture (ethnographie de la communication, analyse conversationnelle, ana-lyse du discours) ; avec toujours larrire-plan de rflexions sociales

85 Synthse qui est aussi un programme pour des recherches regroupes sous le terme sociolinguistique, htrognes dans leur objets de recherche, dans leurs mthodologies et qui semblent nanmoins prsenter deux ca-ractristiques communes : une tentative pour introduire le politique dans la linguistique et une dmarche critique face la linguistique contemporaine (Boutet 1980 : 33).

172

et politiques axes sur les populations noires et le dficit linguistique (Labov, Bernstein), ou sur les approches marxistes en France86.

Plus tard encore, Calvet (1999), sautorisant des quelques trente annes coules depuis la confrence de lUCLA de 1964 et aprs avoir not dans une modalit bourdieusienne la permanence de la dispersion des intrts, labsence dune thorie unifiante et de force institutionnelle en arrire-plan, fera le constat que la sociolinguisti-que se constitue en Europe comme une science sculire, consciente des implications sociales et politiques de ses dcouvertes . Il conclura quelle se cherche toujours et se demandera sur quelles bases thoriques faut-il construire cette science sociale ? Et de quels instru-ments heuristiques faut-il la doter ? ; situation que Cadiot et Dittmar (1989) observaient dix ans plus tt pour lAllemagne : La sociolin-guistique nest pas une discipline unifie, dont lobjet serait claire-ment dlimit et qui serait en situation de se rclamer dune thorie interdisciplinaire elle-mme unifie (p. 9) .

Aprs cette rtrovision des racines de la sociolinguistique, viendra le temps dun autre trentenaire : celui de Langage & Socit (2007) qui pour loccasion, ouvrit des rflexions et perspectives de recherche dans un numro consacr lvnement. La revue fit alors un point des thmatiques rcurrentes abordes (dont les usages sociaux des langues et du langage, ses usages gnrationnels, linter-disciplinarit et la question de la norme linguistique et sociale) ainsi que des questionnements mergents quelle a soutenus (tels le dbat avec lethnomthodologie, la question des langues et du langage dans les univers professionnels, lurbain et son inscription langagire).

Mais la rflexion sociolinguistique nest pas un chass-crois entre les tats-Unis et la France, que la vision dforme dun tropisme apparent pourrait suggrer. Dun peu partout en Europe, surgissent des questionnements. Souvent dtermins par les ralits locales qui fournissent les terrains, ils contribuent largir la perspective, sans ncessairement sortir des cadres acadmiques, sans donner croire quils se pensent en rupture des filiations universitaires, sans prendre

86 Cf. Boutet (1980 :34) ce qui mapparat comme la proprit commune dcoles, de courants, de chercheurs aussi divers que M. Pcheux, W. Labov, J.-B. Marcellesi, J.-P. Faye, R. Robin, cest davoir eu un enjeu explicitement politique au dpart de leurs recherches : enjeu politique et non uniquement scientifique comme dans la linguistique dominante .

173

toujours position dans des dbats idologiques ; bien que cela puisse varier selon les contextes et les politiques locales. Ainsi, pour citer un peu arbitrairement quelques noms, le Royaume-Uni avec Trudgill, Romaine, Le Page, Lodge, Ayres-Benett, les Milroys ou Rampton ; la Suisse avec Py, Ldi, De Pietro, Matthey ou sch-Serra ; lAllemagne avec Dittmar, Ammon, Auer et tant dautres, contribuent au dvelop-pement de la recherche sociolinguistique, par ltude de la variation linguistique et langagire, de la dialectologie sociale, des contacts, des plurilinguismes et de leurs incidences, de la rlaboration des identits sociales. Et bien sr, par une potentielle rflexion thorique.

La rflexion sociolinguistique gagne peu peu du terrain et ne se limite plus aux domaines traditionnellement explors par les sociolinguistes. Au-del de ltude de ce qui se dit dans les marchs des villes et dans les cits, au-del de la perception souvent conven-tionnelle de catgorisations ethnico-sociales, travers bien des appro-ches empiriques qui, en France, auront conduit des travaux du croliste Chaudenson ceux sur le franais dAfrique du comparatiste africa-niste Manessy ; des tudes du franais de la syntacticienne Blanche-Benveniste celle de son htrognit intra-systmique par une autre syntacticienne, Gadet (approches auxquelles il faut ajouter les travaux des tudiants de ces chercheurs), nous sommes amens reconnatre ce dont on se doutait : tous les espaces o le langage est utilis sont des terrains pour la sociolinguistique.

Dans le mme temps, on constate que les questionnements du milieu intellectuel dun 20e sicle qui vit cette sociolinguistique se former dans le berceau dun structuralisme sr de lui et dune rflexion sociale politiquement marque par lancrage marxisant ne se retrouvent plus tels quels dans les proccupations des chercheurs daujourdhui. Toutefois, un nombre important de ces derniers87 qui retiennent les problmatiques sociolinguistiques saccordent au moins sur un constat dtape qui peut se rsumer trois propositions ponc-tues de trois limitations :

1. La sociolinguistique sintresse aux dynamiques linguis-tiques et langagires apprhendes dans les pratiques socia-les ordinaires en tant quelles illustrent des constructions symboliques linguistiques et politiques qui, utilises dans les

87 Leur importance numrique nimplique pas quils aient raison, sauf faire vrit de la force du nombre.

174

changes langagiers, font sens, crent du sens et constituent ventuellement des reprsentations ngociables au sein des communauts qui les actualisent ; avec en retour, des inci-dences sur les formes, la constitution et les dynamiques des langues Mais sans cadre thorique homogne, elle est bien cette discipline non unifie, lobjet plutt flou.

2. Le multiple et lhtrogne des formes dans les produc-tions langagires et linguistiques deviennent objets dtude Sans aller ncessairement jusqu la problmatisation de lvident rapport la construction dun homogne pris comme rfrence.

3. Lactivit des acteurs de la communication est reconnue et les dynamiques quils montrent dans la construction de leurs outils linguistiques et langagiers sont galement objets dtude Sans aller toujours jusqu problmatiser le pro-cs de mise en signification des constructions langagires

des locuteurs et a fortiori les reprsentations pistmiques quen retournent leurs descripteurs.

Il est vrai quuvrer pour dpasser ces limitations ouvre des problmatisations relevant plus dune rflexion sur les cadres de sai-sie des phnomnes que sur les phnomnes eux-mmes ; et on voit que, si un cadre thorique venait tre construit pour les dpasser, il concernerait la fois une thorie du langage, de laction et de la connaissance. On comprend encore pourquoi cet appel pistmo-logique daujourdhui a cette coloration holistique qui le situe aux antipodes de cet autre appel au minimum pistmologique (lin-ventaire des indfinissables) qui hanta la rflexion structuralisme du 20e sicle, dont lapproche thorique dun Hjelmslev (1943 [1968]) fournit une illustration exemplaire.

Ce sont peut-tre de telles considrations holistiques qui ont conduit des chercheurs comme Blanchet, Heller, Mose, Robillard donner une large place linterprtation dans une approche tendan-ciellement hermneutique influence par lautorit de paradigmes mergents trangers aux rfrences habituelles des linguistes88, mais

88 Les rfrences sont les notions de complexit et de rflexivit telles que vulgarises par Morin dans les six volumes de La Mthode, les leons dune sociologie de la science dans la ligne de Latour, lhermneutique de Ricur et de Gadamer. Comme quoi le besoin de pres subsiste mme dans les pos-

175

trs prsents dans la rflexion contemporaine en sciences humaines, particulirement en anthropologie. Ils souhaitent dpasser le constat dtape dont jai fait tat, contribuant ainsi au dveloppement de pers-pectives quon voit parfois se cristalliser avec radicalit chez certains sociolinguistes. Ces approches (se) proposent de transformer ques-tionnements et problmatiques non seulement dans le pr carr socio-linguistique, mais dans lensemble des sciences du langage, sinon au-del89. Un exemple en est la profession de foi de trois sociolinguistes franais (Blanchet, Calvet, Robillard) qui, situant leur rflexion dans le cadre de ces paradigmes mergents et historicisant leur dmar-che dans une posture rflexive sur la discipline (cf. Un sicle aprs Saussure), se sont positionns en affirmant que la sociolinguistique actuelle ressortit des modalits de questionnement quil importe de dpasser car elle relve dun paradigme inadapt son objet. A titre dexemple, Blanchet (2007)90 explicite que leur approche nest pas un simple rajustement/dpassement thorique , mais un recadrage pistmologique o il sagit :

- de choisir un paradigme interprtatif amenant met-tre laccent sur la notion dinterprtation dans un cadre constructiviste ,

- daccorder une importance redouble aux reprsenta-tions et la rflexivit du chercheur ,

- dhistoriciser sa dmarche sociocognitive .

Face de si fortes assertions, on peut se demander si nous choisissons vraiment un paradigme, ou si celui-ci simpose nous. Si la perception du paradigme relve dune reprsentation a posteriori dun tat historique du questionnement (dit scientifique en loccur-rence) ou bien dun volontarisme des acteurs ; si son pointage est un constat, un outil pratique utile son dveloppement, ou les deux. Aprs tant de rvolutions coperniciennes qui ont hant le sicle dernier, du structuralisme au gnrativisme, au cognitivisme, au constructivisme hermneutique, une usure ne peut pas ne pas marquer lusage rpt de cette dnomination kuhnienne. Ici, il semble parfois que ce soit

tures de rupture.89 Cahiers de sociolinguistique 14.90 Je nomme Blanchet parce que jai tir mes citations de son texte, mais le manifeste o il sinsre est collectivement revendiqu. Ce sont donc des pro-positions collectives que je commente, non celles dun auteur.

176

la caricature, voire lanathme, qui pallient cette usure avec la mise en regard manichenne de deux postures antithtiques : le structu-rolinguiste et le sociolinguiste . Cela dit, cest ainsi que Blan-chet, aprs avoir rcus la position structurolinguiste , cherchera les motivations de sa prminence et considrera quelle est prcon-trainte par un certain nombre derrements philosophiques , telles que : (a) le mythe de la monogense, (b) la sacralisation de lhomog-nit, (c) la pense arborescente, (d) la construction monolingualise des Etats-nations, (e) la confusion rationalit/langue-langage issue du logos platonicien, (f) la survalorisation de la rationalit logico-mathmatique. Ds lors, face ces ides fausses dordres divers, les objectifs du sociolinguiste sont : (1) affirmer lhistoricit de la science, (2) rejeter lillusion du chercheur positionn hors du monde social et isol de ses influences, (3) dvelopper un paradigme inter-prtatif ct du paradigme disjonctif classique ; le paradigme

interprtatif tant ainsi li lmergence du concept interdisciplinaire dinteraction (relation de communication pragmatique au centre du fonctionnement social). Ce qui, selon lui, devrait contribuer dpasser le constat dtape susmentionn.

Ds lors, il ne reste plus qu affirmer que ce qui est en jeu est de dvelopper une alterlinguistique du dsordre et de la complexit Le phnomne sociolinguistique tant de nature chaode 91. Autre-ment dit encore, ce qui est propos est une alternative aux scien-ces positives et quantitatives dont le point-cl est limportance accorde ce que les gens font des phnomnes linguistiques, c'est--dire la faon dont ils les peroivent, leur donnent des significa-tions, les intriquent dans lensemble des processus scientifiques, les

y construisent et les utilisent . Les tenants de cette approche, leur faon, mettent le doigt sur deux questions importantes bien connues des anthropologues92, mais rarement aborde dans les sciences du langage : la rflexivit et la place du chercheur dans la construction de ses outils et de ses objets93, et la ncessit de ne pas tenir pour

91 Des rfrences la thorie du chaos nont quun sens mtaphorique hors du cadre des travaux sur les systmes dynamiques et les quations diffrentiel-les. Leur emploi et leur transfert mtaphorique peut toutefois tre utile, ds lors quil est peru comme tel et donn pour ce quil est.92 Aux Etats-Unis, penser Geertz, Clifford et linfluence de Derrida ou Foucault. En France, la revue Enqute parmi dautres a publi des textes sur le terrain, la description ethnographique ou linterprtation. 93 Voir cependant Nicola (2007a) pour des rflexions en rapport avec la re-

177

essences des constructions factuelles imposes par lhistoire qui, au mieux, ne traduisent que limmanence de leur mise en structure dans un conditionnement historique particulier. Une position qui introduit une partition non seulement entre structurolinguistes et sociolin-guistes , mais aussi parmi les sociolinguistes, dont beaucoup pensent que les varits langagires ou linguistiques quils dcrivent sont des ralits empiriques au dgagement desquelles ils procdent et non des constructions de lesprit, uniquement dtermines par le poids his-torique des reprsentations.

E la nave va.

3. Lil du cyclone

La situation daujourdhui est donc particulirement com-plexe. Cette tentative de renouvellement conceptuel qui tente de rpondre au constat dtape est symptomatique du croisement de deux questionnements : lun assez consensuel dordre sociolinguistique et linguistique, lautre plus original, dordre pistmologique. Do son intrt.

Le questionnement sociolinguistique et linguistique porte sur :

(a) la reconnaissance de la normalit dune variation tou-jours prsente ;

(b) la perception de lhtrognit fondamentale des phno-mnes. L, les sociolinguistes seront daccord pour reconna-tre la normalit de la variation linguistique et langagire et lhtrognit fondamentale de ce qui se manifeste dans le discours. Aucun travail de sociolinguistique actuel nlude ces questions.

Quant au questionnement pistmologique, il porte sur llaboration gnrale des connaissances. Concrtement, ce qui est en jeu, cest :

(c) le rejet de tout point de vue essentialiste. Autrement dit : les langues ou les varits des linguistes, et a fortiori des sociolinguistes, ne sont pas des essences : il sagit de constructions que nous laborons travers une activit inter-

cherche linguistique.

178

prtative ; on ne les dcouvre pas : on les fabrique. Mais cette position, reprise ad libitum par tout constructiviste, nest pas si nouvelle, et on aurait sans doute bien tonn le pr-structuraliste Saussure, le structuraliste Hjelmslev ou le fonctionnaliste Martinet en assurant quils pensaient au fond deux-mmes que les langues relevaient dessences ou dun ordre de la nature. Il est vrai que, pour reprendre une ima-gerie galvaude, le spectre du positivisme na de cesse de hanter les couloirs des universits. Et alors ? Cest mon avis intressant constater et tudier.

(d) le refus des prconstruits qui prdterminent les questions posables. Autrement dit, puisquon na plus affaire des ra-lits transcendantes, il faut prendre des distances par rapport aux reprsentations, notions, concepts et entits suscepti-bles de prdterminer nos constructions pistmiques et linterprtation des phnomnes. Mais cette position non plus nest pas si nouvelle car sans pistmologie construc-tiviste, avec un simple minimum pistmologique, les tenants de la glossmatique, pour ne parler que deux, avaient dj opt pour limmanence.

Le plus intressant dans cette tentative de renouvellement, cest sans doute la radicalisation constructiviste dans la volont de considrer les acteurs de la communication, ceux qui pratiquent le langage sans distanciation mtalinguistique comme ceux qui rendent compte des phnomnes linguistiques et langagiers dont ils sont aussi producteurs94. Cest encore la volont affiche de prendre rflexive-ment en compte la subjectivit de ces acteurs dans le processus de communication comme dans celui de construction des connaissances, ainsi que cela a t largement entrepris depuis plus de vingt ans dans les approches de sociologie et danthropologie rflexive. En effet, ces questionnements concernent tous les procs de construction de connaissances, et ils ne sont pas cantonns un domaine empirique particulier. Et cest bien ce que soulignent les tenants de cette appro-che en plaant lavant-scne leur posture pistmologique. Mais cette position travers laquelle ils approfondissent leur rapport la fois au terrain et la construction des connaissances semble parfois les

94 Jai appel acteurs sculiers les premiers et acteurs rguliers les se-conds. (Nicola 2007 b, 2011a ; Nicola & Ploog 2012b).

179

loigner dune rflexion sociolinguistique, voire linguistique. Autre-ment dit, les carter de lobjet empirique qui a justifi leur rflexion pour les enfermer dans une drive potentiellement solipsiste.

Ainsi mais cest sans doute le plus bnin thorisant la pos-ture rflexive du chercheur et la reconstruction a posteriori de son parcours et de ses pratiques, on note une navet, affiche et propose dans certains textes comme faon exemplaire de rgler la question de la place du chercheur, de lhistoricit de son approche, de la rflexivit de sa pratique et de linsertion de sa subjectivit, travers le plaqu dune histoire choisie de soi , dune anamnse conjoncturelle cense faire lien entre le vcu du chercheur et les reprsentations quil construit et donne apprhender95. Par exemple il ne sagit que dun exemple Claudine Mose, dans une conversation avec Monica Heller (2009) ouvrant un volume consacr la rflexivit et lhermneuti-que, dira : Avant tout questionnement sur la rflexivit de la science se pose notre propre histoire subjective (11) ; et il sagit dabord de comprendre notre histoire pour savoir ce que lon cherche, pourquoi on le cherche et comment lcrire ; et encore Et parce que cest notre histoire de recherche mme, la subjectivit va de soi. Elle fait partie intgrante de mon travail. Ma recherche me constitue comme je constitue ma recherche. Je me sens compltement rassemble (16). Tout en reconnaissant par ailleurs que Il faut rester vigilant, pour que la rflexivit soit un vecteur permanent du doute fondamental

mais non une mainmise de lintime [] ou une forme de dconstruc-tion paralysante et improductive (185). Il y a l un risque, ven-tuellement thoris, de complaisance solipsiste o le regard sur soi et la reconsidration historicise de sa pratique tient lieu de connais-sance, sans pour autant tenter de rsoudre la question fondamentale de comment connatre au-del de lexprience prive ? .

Pour conclure, malgr les outrances et les raccourcis, je note lintrt dune tentative qui cherche (1) se situer de faon distancie contre les doxa imposes, (2) introduire une critique sur les prati-

95 Cette rflexion a posteriori a souvent t entreprise par des chercheurs confirms la fin de leurs parcours de recherche. Pour prendre de la distance sur ce quils ont fait, pour loffrir ceux qui entrent dans la carrire. Ce nest donc pas cette rflexion qui tonne, mais le fait que, systmatise et ven-tuellement ritualise, on finisse par la retrouver dans la bouche de tout jeunes chercheurs, explicitant le sens de leur recherche en sappuyant sur le court empan de leur approche post-doctorale.

180

ques danalyse et de construction des objets, (3) placer au centre une approche pistmologique sur la dynamique de recherche, (4) recon-natre lhistoricit, la rflexivit, la subjectivit dans la construction des connaissances, (5) engager une rflexion propos du dpasse-ment des cadres imposs. Cela justifie sans doute quon sy intresse plus au fond.

La bance

Si lon passe outre les problmes de forme et les postures convenues sur lesquels je reviendrai, ce qui me frappe ici est une bance, entre des considrations sociolinguistiques interactionnistes, actuelles mais pas particulirement rvolutionnaires dans le milieu et des envoles pistmologiques pour la construction de nouveaux para-digmes visant renouveler lordre de la connaissance dans la pers-pective dun constructivisme hermneutique post-moderne ou dune hermneutique philosophique. Cette bance recouvre labsence dla-boration thorique dun champ empirique que lon se donnerait pour but de mettre en vidence sinon de construire dans un nouvel ordre de pertinence de lespace communicationnel dont les caractristiques gnrales et les proprits seraient au moins esquisses.

Comme le notent les tenants de ces approches constructivis-tes, la prise en compte rflexive des acteurs agissant dans le procs de construction des connaissances ne peut pas ne pas introduire une modification dans la saisie des connaissances. Or, celle-ci implique aussi un travail de (re)construction de lobjet de ces connaissances travers une saisie empirique qui demande une laboration thorique. Autrement dit : ce nest pas seulement la modalit dapproche, de sai-sie et de construction des connaissances qui change en saffiliant de telles orientations philosophiques, cest aussi lobjet qui est recons-truit. Et, intgrant les acteurs et les producteurs de connaissance, cette reconstruction doit aussi impliquer un matriau empirique dont les spcificits et les caractristiques doivent tre reconnues et faire lobjet dune laboration thorique renouvele. A titre dexemple, une reconsidration de lespace de construction du sens dans lequel nous nous insrons pourrait tre tente.

En effet, ce qui est sous-jacent cette saisie rflexive concerne la dynamique de construction du sens et llaboration de connais-sances symboliques dans leur transformation continue au sein dun

181

espace communicationnel dont les acteurs, descripteurs/interprteurs, sont partie prenante. On sattend ds lors ce que lobjet empirique construire ait voir non seulement avec la rflexion sur ces acteurs, mais aussi avec la dlination et lanalyse du matriau reconfigurer qui sert de support pratique lactualisation dune dynamique linguis-tico-langagire96 largie. Lensemble complexe acteurs-matriau est alors pos comme le lieu pratique, matriel autant que symbolique, de llaboration continue des formes et du sens par les acteurs humains travers leurs activits naturelles97. Autrement dit, on pourrait aban-donner une problmatique sociolinguistique focalise sur les dynami-ques des langues et des humains ainsi que sur la construction dun sens social, pour sorienter vers une problmatique plus gnrale qui sintresse une dynamique smiotique, focalise sur la dynamique du langage et des acteurs, particulirement sur la question thorique et empirique de la construction du sens, dont le sens social est consti-tutif (Nicola 2011a, 2012a). Le langage, ici, ne serait pas seulement renvoy aux facults cognitives lies son mergence et aux concep-tualisations smantiques et formelles qui lui sont associes, car on y intgrerait lensemble des procs de construction de sens et de formes corrlativement labores que ces facults permettent de mettre en uvre et de transformer dans lespace anthroposocial ordinaire.

Le terme smiotique qui renvoie ordinairement des accep-tions systmiques, structurales et statiques, doit tre ici reconsidr : en le caractrisant par dynamique ou construction, je lextrais de sa rf-rence systmique pour lapprhender en tant que procs de construc-tion de sens et de symboles. La dynamique smiotique se construit alors entre deux limites98 :

(a) celle des smiotiques dobjets, abordes avec leurs outils propres dans des champs disciplinaires baliss et dtermins par cette dynamique smiotique. Les smiotiques dobjets traditionnelles, qui traitent de systmiques, se situent ce

96 Javais introduit ce terme ds 1987, dans lobjectif dintgrer les dimen-sions au sein desquelles linguistique et langagier sarticulent. Dun point de vue pratique, il sagissait danalyser le changement linguistique comme la trace du travail que font les locuteurs/descripteurs pour produire du sens et des formes (Nicola 1989 :19).97 Jai introduit ailleurs limage de lanneau de Mbius pour symboliser cette situation particulire (Nicola, 2012).98 Cest un commentaire de Jacques Fontanille que je dois ces distinctions.

182

niveau, mais aussi certains types dapproches sociolinguis-tiques ventuellement cadres par le minimum pistmolo-gique de quelques indfinissables de base constituent, sans doute, des smiotiques dobjets ;

(b) celle des smiotiques de cadre, qui englobent et dter-minent cet espace smiotique particulier au sein dune orga-nisation gnrale des formes de saisie et de connaissance. Le besoin dune laboration pistmologique se situe ce niveau. Sans doute quune saisie hermneutique peut tre considre comme relevant dune smiotique de cadre.

La dynamique smiotique nest donc ni une smiotique dob-jet, ni une smiotique de cadre, elle concerne les procs de construc-tion symbolique dans leur transformation continue, dont nous sommes partie prenante. Elle est donc importante. Revenant au questionnement sociolinguistique dont je suis parti, cest sans doute elle qui permet de saisir la relation ncessaire et spcifique entre les dimensions sociale et systmique dont la mise en opposition tactique, intellectuellement comprhensible du point de vue dune posture de combat, nen est pas moins dommageable pour la comprhension des phnomnes. En effet, plutt que de se placer a priori dans le champ prcontraint dune alternative force positivisme vs constructivisme qui, malgr une pro-fession de foi douverture, conduit aux rigidits du tableau prcdem-ment bross, il faudrait poser dautres questions portant non plus sur la pertinence de tel ou tel paradigme, modle, imaginaire mtaphorique, mais sur les objets que nous nous donnons tant entendu que nous en sommes partie prenante , sur leurs caractristiques propres et sur ce que peut impliquer leur construction et/ou leur analyse.

Autrement dit, en rapport avec la rlaboration dun cadre pistmologique, il importe de se questionner sur les proprits de ce que jai appel ailleurs des phnomnologies99, c'est--dire sur les nouveaux objets empiriques que cette pistmologie appelle, et

99 Cf. Nicola, 2010. Je dsigne par l un ensemble de phnomnes dynami-ques gnralement apprhends indpendamment les uns des autres dans leur matrialit et leur fonctionnement, mais quon dcide pour des raisons tho-riques de considrer comme lis par des relations plus ou moins troites. La phnomnologie est alors traite comme un objet problmatique dont il sagit de rendre compte. Sa description est envisage dans une vise explicative unique et/ou en rapport avec une pertinence construite dans le procs mme. Le terme ne fait pas rfrence une thorie philosophique particulire.

183

sur ltude pratique de leurs proprits, afin dlaborer un corps de concepts utile pour les cerner, et au fil du temps, laborer des mtho-dologies en rapport.

A partir de l, puisque nous laborons, historicisons et parta-geons des positivits dans des procs continus dchange et de mise en signification, activit essentielle pour notre pratique ordinaire de construction des signes, on pourrait problmatiser lensemble des ter-mes de ce qui relve du constat, plutt que de choisir pour vrit celui qui nous convient, alors mme que le cadre conceptuel se fonde sur la reconnaissance dune dimension constructiviste et relativiste dans nos constructions pistmiques. Ainsi :

a. il existe dans les langues, lhtrognit, la variation, la pluralit ; dans les pratiques, il existe la diffrenciation conti-nue mais corrlativement, nous construisons de faon sta-ble des reprsentations retenues et valorises qui crasent et transforment ces ralits pour les remplacer par des reprsen-tations homognises, unitarises.

b. il existe une historicit qui conduit ltat des choses, mais nous construisons des reprsentations anhistoriques des choses manifestes travers cet tat.

c. il existe des sujets et des acteurs, or nous les effaons dans la mesure du possible dans llaboration dune objecti-vit construite a posteriori, mais donne comme ncessit a priori de llaboration des reprsentations retenir.

Face ces apparentes contradictions et potentielles apories, on pourrait tre conduit aux questions suivantes :

- Pourquoi, malgr des prises de position parfois tran-ches et des rsistances continues, se perptue cette appa-rente dichotomie rcurrente entre postures objectivantes et subjectivantes ?

- Quelles sont la place et les fonctions des proprits dabstraction qui sont continuellement sollicites dans nos procs ordinaire de construction des signes et donc, de conceptualisation ?

184

- Peut-on penser la construction des signes hors dun pro-cs dessentialisation et de catgorisation : autrement dit, de conceptualisation ?

- Pourquoi une modalit dessentialisation des phnom-nes tend-elle sarticuler nos pratiques catgorisantes ds lors que nous constituons des entits partir du donn divers et htrogne ?

- Dautres facteurs que ceux dtermins par linteraction sociale et sa rinterprtation historicise entrent-ils en jeu dans la construction des phnomnes linguistico-langagiers et dans les modalits de leur transformation ?

- Comment apprhender la dynamique apparemment sta-ble et fondatrice qui conduit llaboration des formes et leur mise en signification ?

- Dans quel contexte de saisie des phnomnes et dans quel espace de construction des phnomnologies que nous rete-nons, une approche qui marginalise les procs dabstraction de catgorisation, dobjectivation, et finalement dessentiali-sation est-elle intressante pour rendre compte des dynami-ques communicationnelles, de la mise en signification, de la construction de sens et de la fabrication de formes dont nous sommes partie prenante ?

On peut constituer ces questions en querelle ; mais dans une vise non manichenne, rflexive et analytique, on peut aussi tenter dapprhender ce dbat, et analyser le type de ncessit qui conduit dvelopper la suppose aporie. Nous approchons alors dune la-boration thorique en rapport avec un espace intermdiaire, lespace smiotique, lieu dactualisation de la dynamique smiotique au sein duquel nous nous situons et o se dveloppent les dynamiques de construction du sens social et linguistique. Espace au sein duquel une rflexion pourrait sengager propos :

- des modalits de la construction du sens linguistique et social saisies dans le rapport de lhtrogne des formes, des contextes lhomogne de reprsentations stabilises,

- du procs smiotique auquel nous participons en tant quutilisateurs du langage comme en tant que descripteurs,

185

apprhend dans lensemble des dimensions qui y contri-buent. Y compris la naturalit100 des formes perues et ven-tuellement retenues,

- de la construction des signes et des reprsentions smio-tiques en tant quobjets symboliques fonctionnaliss dans lespace anthroposocial, jusqu leur appropriation dans le corps des sujets.

Or, ce que nous trouvons, conserve sans grand changement, cest la rfrence une dimension uniquement sociolinguistique : en dpit dune vision holistique de la communication humaine et de quel-ques changements terminologiques, il ny a gure que deux dimen-sions pertinentes : celle ( promouvoir) du social et celle ( minorer) du systmique.

Il y a donc, indpendamment des positions de principe, une approche rductionniste et de parti (pris), l o nous attendons une rflexion empiriquement fonde et une tentative de dpassement dap-parentes apories. Cest insuffisant par rapport aux approches antrieu-res aussi positivistes fussent-elles, car on peut craindre une minora-tion du support empirique des phnomnes tudis avec, pour effet de bord, une approche tendanciellement limite ltude des cadres danalyse et non celle des objets. Insuffisant par rapport aux pr-tentions de renouvellement affiches, car malgr des considrations sur le rapport des acteurs de la communication aux faits de langues et aux pratiques langagires, rien nest propos pour insrer ce potentiel objet (et la dynamique quil manifeste dans le domaine du symboli-que et qui constitue son rapport aux acteurs) dans un cadre thorique adapt. En effet, on doit peut-tre admettre que :

- La prise en compte de la rflexivit du chercheur et de sa subjectivit nimplique pas la dissolution de toute objecti-vit : il y a toujours une objectivit relative et construite quil convient de dvelopper.

- La reconnaissance dune htrognit des phnomnes et dune subjectivit dans leur saisie permet tout autant de

100 Les interactants sont concerns par une srie de rles, ils agissent, ils ont des stratgies, une histoire, des dsirs, des duplicits. Mais ils ont aussi une ralit physiologique et corporelle qui, dune faon ou de lautre, conduit prendre en compte leur naturalit dans les procs de cration du sens et de transformation des langues.

186

poser comme objet de recherche le procs de construction dhomognit et sa place dans les transformations des objets et des reprsentations du monde.

- La ngation de la validit des catgories de reprsenta-tions fondes sur la perception et/ou la construction dune homognit est un procs fallacieux, parce que ces reprsen-tations sont construites de manire continue et rcurrente : ce qui devrait faire sens nest pas la mise en cause de leur vali-dit mais lanalyse du procs de leur construction.

- Les procs de construction de ces homognits ne res-sortissent pas uniquement une saisie de lintersubjectivit et des phnomnologies sociales, mais aussi des capacits de construction et dlaboration de signes. Soit une saisie et une construction smiotique intgrant une rflexion sur les mat-rialits qui les soutiennent.

Une rflexion allant dans cette direction pourrait contribuer stabiliser et donner sens cette improbable parenthse de la (socio)linguistique .

Peut-on sen tenir l ? Tout nest pas dit sur le fond, mais nous pouvons marquer une pause, ne serait-ce que pour valuer la perti-nence de ces rflexions. Il y a cependant un autre niveau du discours actuel dans lespace sociolinguistique, apparemment secondaire, mais qui, nonobstant, me semble susceptible davoir des consquences suffisamment graves pour que je nhsite pas laborder. Il sagit de certains aspects de sa forme (rhtorique et postures). On pourrait pen-ser que ces critiques sont secondaires, mais il nen est rien car elles concernent la lisibilit de ce qui est prsent, et elles sarticulent troi-tement au fond. Cette articulation est partie intgrale de ma remarque citant Bourdieu.

Ainsi, les textes qui, symboliquement, ont la fonction recon-nue de manifeste, sont marqus par une massivit et une rhtorique qui rappelle tous les excs militants ; donc par un cart face aux standards dcriture en vigueur dans le milieu scientifique, et il nest pas certain que cela ne soit pas contre-productif101. Il sagit videmment dune

101 Certes, on sait que par ses dveloppements discursifs, par lquarrissage spcifique de ses propos, Robillard entend provoquer un lectrochoc. Or, mme lpoque o lon pratiquait les lectrochocs thrapeutiques, les mdecins sa-

187

posture de combat, mais en laissant par exemple en suspens le travail lent et fastidieux qui validerait empiriquement le renouvellement du champ de recherche102, elle nest pas sans effets secondaires. Cest pourquoi un tel type dcriture pose problme :

- Une conduite manichenne conduisant des catgorisa-tions surdtermines par des positions idologiquement mar-ques, induisant a priori une justification des positions et le rejet des critiques susceptibles de leur tre opposes. Autre-ment dit, entre structurolinguistes et sociolinguistiques pas de milieu. Pas de quartier non plus.

- Un choix limit de rfrences concrtes utiles et une laboration endocentre de la problmatique pose partir de rfrences symbolique lointaines et difficiles contester (Descartes, Galile). Autrement dit, un affaiblissement de la circulation de linformation sur ce qui se dit et ce qui se fait ds lors que a dpasse le cercle des pairs ou de la sous-com-munaut. Phnomne connu et critiqu propos de toutes les chapelles, positivistes ou non.

- Le choix stratgique ou tactique de se situer plus ou moins exclusivement dans le domaine philosophique et pistmo-logique cens justifier les approches proposes, sans entrer dans le vif de lanalyse.

- Le choix corrlatif dune terminologie connote du point de vue de ses orientations aussi bien politico-sociales (altermondialisme) que conceptuello-scientifiques (com-plexit, chaos).

- La dcision dutilitariser des approches modlisantes mtaphoriques, tactiquement retenues pour leurs qualits mtaphoriques plutt que pour leur efficacit opratoire dans le champ.

Jajouterai deux questions qui dcoulent de la faon de poser la recherche et dintroduire le chercheur :

vaient doser le courant pour viter daggraver le mal ou de tuer le patient. 102 Ou du moins en ne le labourant quen surface. Se limitant ainsi esquis-ser le cadre pos juste titre comme essentiel de la recherche empirique plutt qu la pratiquer.

188

- la ncessit dun positionnement dit thique (doxal par dfinition) dans la pratique de recherche (choix des phnomnes tudier, construction des connaissances en rapport)103, et le terrorisme intellectuel quil pourrait impli-quer, ouvrant de faon contre-productive sur une reconduc-tion du moutonnier.

- la place donner lactivisme idologique pris au sens large (positions militantes, citoyennes et politiques qui pour-raient conduire rendre lgitime de se demander sil est pos-sible dimaginer un sociolinguiste ractionnaire. Et si, dans ce cas, on peut/doit retenir sa lgitimit).

E la nave va.

4. De lautre ct du paravent pliss

Il est sans doute temps de changer de perspective ds lors que je fais entrer en jeu la notion de procs smiotique car, de lautre ct du paravent pliss, dautres questions se posent, dont il faut se deman-der en quoi elles croisent celles de r-institutionnalisation et dlargis-sement de la sociolinguistique et corrlativement, de rflexion pist-mologique son propos. Questionnement qui trouve sa justification dans la prtention affiche par ces propositions nouvelles de redfi-nir, au sens large, le champ au sein duquel les acteurs des changes construisent leur communication et ses outils.

In fine, par rapport mes propres problmatiques concernant les constructions et les dynamiques smiotiques, ces approches sont pour moi marques par labsence dune rflexion gnrale concernant la place, la fonction, et la fonctionnalit des acteurs, en tant quils sont des smioticiens et des objets smiotiques (des signes). Soit donc lab-sence dune rflexion prenant en compte non seulement le fait que les acteurs sont des acteurs sociaux, mais quils sont aussi des construc-teurs de signes, des abstracteurs et des dcontextualiseurs de formes et de significations. Et finalement, des signes eux-mmes. Acteurs (por-teurs de sens) actifs dans la dynamique de la construction du sens dont le langage participe, et de lchange de signification quil autorise au

103 La posture thique est coutumire chez les intellectuels franais. Par l mme, elle est intgre dans le politiquement correct correspondant cette catgorie.

189

sein du tissu social104. On pourrait me rtorquer que ce nest pas lobjet de cette approche-l que de sintresser la dimension smiotique. Mais le point de vue globalisant de ce projet de reconstruction sociolinguisti-que ne peut pas, sauf se sclroser avant sa concrtisation, laisser cette dimension de ct. Ce serait une erreur danalyse dans llaboration des phnomnologies quil se donne apprhender et une erreur stratgi-que dans un projet dinstitutionnalisation de ses pratiques.

Il est aussi marqu par une absence de vision, ou une vision convenue, limite et rductrice de ce qui ressortit la cognition dans les procs de construction de sens. Or ce qui ressortit la cognition nest pas ncessairement quelque chose qui ne peut qutre abord dans les cadres actuels des approches dites cognitivistes. Pour moi, les thmatiques suivantes, intrinsquement issues dune rflexion sur les signes et la pratique des signes, relvent dune approche cognitive. Mais, rinsres dans une perspective smiotique, elles ne peuvent pas ne pas croiser les dimensions sociales et systmique quand il sagit de sintresser au sens construit et une construction de soi qui ne peut ignorer lunivers des signes :

a. la rflexion sur la place de la subjectivit et le forma-lisme du signe en tant quhorizon et que clture de lhumain ; laquelle doit sans doute intgrer la prise en compte de ce que Pierce pointait par la primit, qui peut conduire au forma-lisme mallarmen (de lAzur, lAzur, lAzur Aboli bibelot dinanit sonore ). Il y a ici un lien constitutif pour le langage entre le social et le cognitif.

b. La place de la mmorisation distinguer de la recon-naissance de lhistoricit.

c. Enfin, il y a ce que je nomme en choisissant mes mots la manducation des mots du monde , interdpendante de leur mise en signification. Leur ingestion, digestion, restitu-tion dans un procs de rgurgitation du sens et des formes. Il sagit l de la reconnaissance de la pertinence dans le champ de cette appropriation quasiment corporelle dont Leiris par exemple rend compte pour ce qui le concerne lorsquil se remmore le moment o la correction par son pre de son

104 Voir Nicola (2011) pour une synthse, et les textes antrieurs dont cette synthse sest nourrie.

interjection enfantine reusement ! le conduit com-prendre que heureusement ! est un mot significatif dans la langue (Biffures. In : La rgle du jeu). Ou ces rflexions sur les caractristiques perues et ressenties des mots de la langue qui le conduiront crire Langage, Tangage. Autant de rflexions liant introspection et analyse des formes que des linguistes marginaux tels Guiraud conduiront aux marges de la linguistique lorsquils tenteront de comprendre certains aspects de la dynamique tymologique en reconnaissant, ct dune histoire objective des mots, une dynamique interne et subjective de recomposition de la construction lexicale.

Mais l, je dborde de la rflexion critique sur la sociolin-guistique. Ma seule excuse est de constater que, par les choix de pos-ture que jai entrepris de commenter, cette sociolinguistique tait dj dborde et navait plus de frontires.

5. Conclusion : lautre ct du miroir

Ai-je rpondu aux questions poses au dpart, demandant ce que la sociolinguistique a introduit au plan de la connaissance, dve-lopp et filtr ; sinterrogeant sur la place donner une dimension hermneutique dans ce domaine de la rflexion pistmologique ? Peut-on refermer cette improbable parenthse de la (socio)linguis-tique ? Sans doute pas. Et cest heureux parce qu lvidence, les questions sociolinguistiques sont essentielles pour la comprhension aussi bien des dynamiques dusage des langues que pour celles de leurs transformations matrielles. En revanche, ce qui peut tre questionn, cest la faon dont elle se dveloppe et se transforme, la modalit de sa prise en charge en tant quobjet disciplinaire constitu. Problmatique qui, plutt qu la dimension de lpistmologique, renvoie celle du politique et des jeux de pouvoir quelle permet de dvelopper.

En 1885, dans tous les domaines se dveloppent des connais-sances en rapport avec les sciences de lesprit. Lapproche philoso-phique et mtaphysique des phnomnes sest distingue dautres approches nouvelles qui ont fond leur lgitimit sur une exigence dempiricit, sur le dveloppement de mthodes et llaboration de procdures strictes danalyse et de description dans ce qui est devenu aujourdhui les sciences humaines et sociales. Des restructurations

191

sont impliques par ces transformations et les saisies purement sp-culatives se sont trouves contraintes ; la psychologie, la sociologie, lanthropologie se dveloppent, tracent des frontires, dlimitent leurs domaines disciplinaires et des espaces de recherche empirique puis se positionnent dans un champ quelles balisent de nouvelles connais-sances et dexigences thoriques propres. Le darwinisme senracine et la psychanalyse saffirme au sein dun chantier ouvert de perma-nentes laborations et restructurations o se mlent et saffrontent les questions de logique et dpistmologie, de distribution des sciences (recouvrement et/ou distinction), sans oublier les conflits idologi-ques Caussat (2001). A ce mme moment, Schuchardt, dans un pam-phlet clbre pour tous ceux qui se sont intress ce 19e sicle finis-sant dans lequel il sinscrit avant dinitier le sicle nouveau, notait : [L]a rigueur [dans la recherche scientifique] ne peut sexprimer dans lobjet, mais seulement dans le sujet, non pas dans la formula-tion dune loi plus rigoureuse, mais dans ltude plus rigoureuse de ce sans quoi il ny a pas de science et de ce qui suffit pour quil y ait

science, savoir la loi de causalit .

Bien sr, nous ne discourons plus aujourdhui sur les lois pho-ntiques qui motivaient son pamphlet, mais ce que nous montrent ces discussions passes, cest que les dbats dides, la rflexion critique et pistmologique tout autant que les postures de combat sont la nor-malit et lordinaire de la recherche. Ce qui la fois tmoigne de la vitalit de lesprit scientifique et suggre que lattention aux donnes est heureusement croise par une exploration attentive de lensem-ble de ce qui est susceptible den articuler la comprhension dans le champ. Dit autrement : il vaut sans doute mieux, sauf sexclure du domaine de la recherche empirique, que nos positionnements pist-mologiques drivent a posteriori de la saisie et de la reconsidration de nos pratiques de recherche, plutt que ce soient nos pratiques de recherche qui drivent de positionnements pistmologiques juste titre donns pour ncessaires, mais mal arrims aux phnomnes et postuls a priori.

E la nave va.

Rfrences

Achard, Pierre. 1978. Une partie intgrante de la sociolinguistique : l'Analyse de Discours, Langage et Socit 6 : 3-26.

192

Blanchet, Philippe. 2007. Quels linguistes parlent de quoi, qui, quand, comment et pourquoi ? Pour un dbat pistmologique sur ltude des phnomnes linguistiques. Carnets dAtelier de Sociolinguisti-que 1 : 1-66.

Bourdieu, Pierre. 1975. La spcificit du champ scientifique et des conditions sociales du progrs de la raison. Sociologie et socits 7-1 : 91-108.

Boutet, Josiane. 1980. Quelques courants dans l'approche sociale du langage, Langage & Socit 12 : 33-70.

Boutet J., Fiala P. et Simonin-Grumbach, 1976, Sociolinguistique ou sociolo-gie du langage, Critique 344 : 68-87.

Branca, Sonia. 1977. Contribution une critique des recherches sociolinguis-tiques, Langage & Socit 0 : 29-51.

Calvet, Louis-Jean, 1999. Aux origines de la sociolinguistique : la conf-rence de sociolinguistique de l'UCLA (1964), Langage et Soci-t 88 : 25-57.

Caussat, Pierre, 2001, Charles Bally face la psychologie allemande de la fin du sicle : le passage complexe et continu de la substance la fonction, Cahiers Ferdinand de Saussure 54 : 21-42.

Heller, Monica & Mose, Claudine, 2009, Conversation : La co-construction dun positionnement interprtatif. Cahier de sociolinguistique 14 : 13-25.

Hjelmslev, Louis, 1943 [1968], Prolgomnes une thorie du langage, di-tions de Minuit. Paris.

Martinet, Andr, 1945. La prononciation du franais contemporain, Paris - Genve : Droz.

Nicola, Robert, 1988-89. Prsentation du groupe de recherche sur les inte-ractions linguistiques et langagires, Travaux du Cercle linguistique de Nice (TCLN) 10-11 : 5-11.

Nicola, Robert. 2000. La traverse de lempirique, essai sur les reprsenta-tions de lvolution des langues, Paris : Ophrys.

Nicola, Robert. 2007a. La vision des faits. De la posteriori la priori dans la saisie des langues. Paris : LHarmattan.

Nicola, Robert. 2007b. Des frontires et des normes, de lethnicit et du sty-le. http://www.unice.fr/ChaireIUF-Nicolai/TextesRN/frontEthnStyl.pdf.

Nicola, Robert. 2011. La construction du smiotique. Paris : LHarmattan.Nicola, Robert. 2012, Espace de variabilit, dimension du paratre et dy-

namique des acteurs. In : Gilles Siouffi (d.), Modes langagires dans l'histoire. Processus mimtiques et changements linguistiques, Paris : Champion.

193

Nicola, Robert & Ploog, Katja (2012). Frontires. In : Simonin, Jacky & Sylvie Wharton (ds.), Sociolinguistique des langues en contact. Dictionnaire des termes et concepts. Lyon : ENS Editions.

Nicola, Robert & Tabouret-Keller, Andre (ds.). 2011b, Hugo Schuchardt. Textes thoriques et de rflexion (1885-1925), Lambert-Lucas : Li-moges.

Robillard, Didier de, (Dir.) 2010, Cahiers de sociolinguistique 14. Rflexi-vit, hermneutique.