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Campus N°94 / avril-mai 2009

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Que reste-t-il de Calvin

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  • Que reste-t-il de calvin?Histoire: sur les traces des experts du XVIIIe sicle

    Rony Brauman: vers une aide humanitaire mancipe

    N 94 avril-mai 2009

  • perspectives2

    campus n 94

    Climat et Guantanamo: Obama ne dissipe pas tous les doutes

    Alexandre Hedjazi, chercheur au Dpartement de sciences politiques et au Ple en sciences de lenvironnement, commente les premires dclarations du nouveau prsident amricain

    Campus: Barack Obama a dcid, dans un dcret prsidentiel du 22 janvier, de fermer la prison de Guantanamo. Quen pensez-vous?Alexandre B. Hedjazi: Le prsident amricain a rpt le 24 fvrier au cours de son discours devant les chambres du Congrs quil avait ordonn la fermeture de la prison de Guanta-namo car, selon ses termes, sil est essentiel de combattre lextrmisme, il faudra le faire dans le respect des valeurs amricaines. Barack Obama est donc toujours aussi dcid fermer ce camp qui, avec Abu Ghraib en Irak et les pri-sons secrtes de la CIA dans le reste du monde, ont dgrad de manire dramatique limage de son pays ltranger. Il a galement promis une justice rapide et certaine aux terroristes capturs. Cela signifie quil na, premire vue, pas peur que la justice amricaine soit un frein la lutte contre lextrmisme, ce qui a t la principale motivation de George W. Bush pour crer ces prisons soumises une juridiction dexception.

    Tout va donc pour le mieux?Pas exactement. Parmi les dfenseurs des droits de lhomme, un doute commence poindre, voire un certain dsenchantement. Tout dabord, son dcret du 22 janvier laisse des ambiguts quant au sort des prisonniers encore incarcrs Guantanamo. Le texte or-donne en effet la cration dune commission destine produire dans un dlai de six mois un rapport sur la dangerosit des dtenus, la manire dont ils pourraient tre traits ainsi que lapplicabilit de certaines rgles dinter-rogation de larme amricaine aux prison-niers haut risque. Des ambiguts portent aussi sur lextradition de ces prisonniers. Se-ront-ils transfrs vers leur pays dorigine ou vers un pays tiers? Ou faut-il, pour certains,

    prolonger leur statut de prisonnier dexcep-tion? Cest cette dernire possibilit, laisse ouverte par ladministration Obama, qui inquite. Certains craignent que le nouveau prsident narrive pas dmler limbroglio politico-juridique cr par son prdcesseur. Dun autre ct, le prsident est soumis de telles contraintes (lobbies politiques, manque de temps, oprations militaires en cours), que lon peut comprendre quil se mnage pour linstant une petite marge de manuvre.

    Une fois sortis de Guantanamo, que vont devenir les prisonniers?La plupart des dtenus dj sortis (779 indi-vidus sont passs par le camp cubain depuis 2002, il en reste moins de 250 aujourdhui) sont aujourdhui libres. Par exemple, quelques cen-taines dAfghans ont bnfici dune amnistie, la France a rcemment jug la relaxe de cinq de ses citoyens ex-dtenus et un Ethiopien, ex-r-sident britannique, a t libr immdiatement aprs son arrive Londres. Lorganisation Hu-man Rights Watch a pour sa part demand aux pays europens et au Canada daccueillir une soixantaine de prisonniers originaires de pays comme lAlgrie, la Libye ou la Chine et qui subiraient les mmes pratiques dinterrogation qu Guantanamo, et probablement pire, sil taient renvoys chez eux, coupables de terro-risme ou non. Certains pays europens se sont dclars prts en recevoir. Les prochains mois seront dcisifs cet gard.

    Pourquoi les Etats-Unis ne gardent-ils pas ces dtenus sur leur territoire?Parce que les dtenus ne veulent pas rester dans le pays qui, selon leurs rcits, leur a fait subir des interrogatoires que lon peut assimiler de la torture. Je peux le comprendre.

    Un autre sujet dans lequel les Etats-Unis oprent une volte-face spectaculaire est la lutte contre le changement climatiqueEn effet. Depuis que ladministration Obama est en place, les Etats-Unis se sont engags jouer un rle de premier plan en ce qui concerne la lutte contre le changement climatique et la protection de lenvironnement. Dans ses pre-mires dclarations, Barack Obama a montr une claire volont de rupture avec les annes Bush. Un de ses premiers dcrets a ainsi de-mand la mise en place dune rglementation concrte visant baisser la consommation des voitures lhorizon 2011. Il a aussi autoris les Etats de lUnion adopter des normes dmis-sion de gaz effet de serre plus contraignantes que celles de lEtat fdral ce que demandait la Californie et que George Bush a toujours refus. Le nouveau prsident sest galement entour dexperts qui ne contourneront pas la ralit scientifique comme ont pu le faire leurs prdcesseurs. Cela dit, la quinzime confrence sur le climat qui se tiendra en d-cembre 2009 Copenhague et qui doit dfinir laprs-Kyoto sera un moment de vrit. Les discussions prparatoires montrent dj la dif-ficult darriver un consensus, notamment en raison du contexte conomique mondial. On le voit notamment dans lintroduction dun dlai accord la cration du march dmission de CO

    2 aux Etats-Unis tel quil a t propos par

    le prsident amricain lors de son discours du 24 fvrier. Limpratif de sauvetage de lco-nomie amricaine, notamment de lindustrie dautomobile, risque donc de renforcer cer-taines craintes quant la capacit de Barack Obama de traduire sa volont de rupture en vritables actes politiques. Propos recueillis par Anton Vos

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    sommaire avril-mai 2009

    RECHERCHE

    4 HistoireStars du petit cran, les experts ont largement contribu au dve-loppement de la justice moderne. Explications avec le dernier ouvrage de Michel Porret, direc-teur du Dpartement dhistoire.

    6 Psychologie Le conflit peut savrer un moyen

    dapprendre efficace et durable pour autant que certaines conditions soient respectes. Un ouvrage dresse la synthse de trente ans de recherche sur le sujet.

    7 Sciences conomiques Mme si la Suisse est un pays

    riche, la plupart de ses habitants nont pas les moyens daccder la proprit de leur logement. Cest le cas pour 73% des Genevois.

    RENDEZ-VOUS

    24 LinvitRony Brauman: Depuis une trentaine dannes, lhumanitaire smancipe du pouvoir politique de manire progressive.

    26 Extra-murosLe volcan chilien Llaima est entr en ruption le 1er janvier 2008. Une quipe genevoise a gravi trois reprises les flancs de la montagne. Rcit.

    28 Tte chercheusePortrait de Augustin-Pyramus de Candolle souverain pontife de la botanique et crateur des Conservatoire et Jardin botaniques.

    31 A lireLa Haine de lOccident, par Jean Ziegler

    Les Deux Sources de la morale et de la religion, par Henri Bergson

    Bergson et la religion, par Ghislain Waterloo

    Orphe au Colise et le mystre du chant de la cigale. Choix dpigrammes grecques et latines, par Antje Kolde, Damien Nelis et Paul Schubert

    33 Actus

    34 Thses

    couverture: dessin daloys

    8 23 DOSSIERQUE RESTE-T-IL DE CALVIN?

    De la politique universitaire aux droits de lhomme, en passant par le rapport au travail, linfluence de Calvin, selon le doyen de la Facult de thologie, est encore visible, tant Genve que dans le monde. Christian Grosse publie une thse sur les changements liturgiques apports par la Rforme Genve. O lon ap-prend que le calvinisme nest pas une religion purement intellectuelle et d-pourvue de rites

    La pense sociale et conomique de Calvin figure parmi les aspects les plus discuts de sa postrit. Au centre des dbats: les liens rels ou supposs entre la Rforme et lessor du capita-lisme en Occident

  • 4universit de Genve

    Les experts: aux sources de la police scientifiqueDs le milieu du XVIIIe sicle, les experts sont de plus en plus frquemment convoqus sur les scnes de crime. Une prsence qui vise limiter la dimension arbitraire de la justice, comme le montre le dernier ouvrage de Michel Porret

    recherche | histoire

    Difficile dy chapper. Diffuses aux quatre coins du globe depuis le dbut des annes 2000, les fictions retraant les tribulations de la police scientifique, Las Vegas, New York, Miami ou ailleurs, pulvrisent les re-

    cords daudience. Cest ce point vrai que ltalon du genre Les Experts (CSI: Las Vegas) a runi prs de 84 millions de tlspectateurs en 2007, ce qui en fait la srie la plus regarde lchelle de la plante. Cet engouement spectaculaire atteste de lintrt du public pour ces Sherlock Holmes du nou-veau millnaire, mais il ne dit rien du rle cl jou par les spcialistes de la science

    forensique dans lhistoire de la pratique judi-ciaire. Comme le montre Michel Porret dans son dernier ouvrage, bas sur lexamen des archives genevoises*, les experts ont pourtant largement contribu la scularisation et la rationalisation du droit de punir.

    DE LAVEU LA PREUVEEntre le dbut et la fin du XVIIIe sicle, la jus-

    tice occidentale connat une profonde mutation, ex-plique lhistorien. Sous la pression des principes dgalit, qui agitent les esprits depuis deux sicles, les pratiques prvalant sous lAncien Rgime, mar-ques par larbitraire des juges et la grande impor-tance accorde la jurisprudence, sont progressi-vement disqualifies. Avec ladoption du Code pnal (en 1791 pour la France et en 1798 pour Genve), la logique du