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CHAPITRE 1. L’ ÉCONOMIE ET L’ÉCONOMISTE 1.1 Qu’est-ce que l’économie Une économie peut se définir comme un groupe d’individus en relation les uns avec les autres dans leur vie courante de production, de consommation et d’échange. L’économie ainsi définie en tant que système met à la disposition des individus, des entreprises et des gouvernements les biens et les services qu’ils désirent et qu’ils achètent à l’aide de leurs dotations en facteurs : travail, capital, et autres ressources. Ces biens et services sont en partie destinés à la production ultérieure d’autres biens et services. Ceci peut se concevoir à différents niveaux : on peut ainsi parler de l’économie de la province du Kadiogo, de l’économie du Burkina, de l’économie de l’Afrique ou du monde dans son ensemble. L’économie en tant que discipline étudie la manière dont les choix sont effectués par les individus dans une entité sociale. En particulier, elle s’intéresse à la gestion des ressources rares. Par exemple l’économie en tant que discipline s’intéresse : au comportement des individus et des unités de production. Des exemples comprennent le temps consacré par les individus au travail; la répartition des revenus obtenus entre différents postes (consommation, épargne et investissement) ; la décision d’investissement des entreprises ; le coix effectué par une entreprise entre plusieurs projets alternatifs. aux échanges que les individus entretiennent entre eux. Ce sont les interactions entre les vendeurs et les acheteurs qui déterminent la quantité d’un bien vendu et acheté ainsi que le prix de vente; aux forces globales qui font évoluer l’économie dans son ensemble. Des exemples comprennent la croissance du revenu par tête ; le mouvement général des prix ; le taux de change (c’est-à-dire la quantité de francs CFA qu’il faut céder pour obtenir un dollar US) et son évolution dans le temps ; le taux de chômage, c’est-à-dire la proportion de personnes dans la population active à la recherche d’emploi et qui n’en trouve pas. PRINCIPES DE L’ECONOMIE On peut mieux comprendre l’économie discipline en passant en revue un certain nombre de principes qui la caractérisent. Ces principes permettent de distinguer l’économie des autres sciences sociales (sociologie, anthropologie, psychologie) qui étudient aussi les interactions entre les individus. Ces principes peuvent s’organiser autour de trois éléments : la prise de décision individuelle, les interactions entre les individus et le fonctionnement de l’économie globale. 1. La prise de décision au niveau individuel Que ce soit dans une économie locale (d’une ville), nationale ou mondiale, les individus impliqués font face à des décisions. Quatre principes gouvernent la prise de décision. Principe 1 : Les individus doivent faire des choix : le principe de rareté Un adage courant dit qu’il n’y a pas de repas gratuit. Ceci est utilisé pour simplement dire qu’on ne peut pas obtenir une chose sans renoncer à autre chose. Autrement dit, on doit toujours choisir. Le choix suppose la rareté. La rareté elle-même provient du fait que les besoins des individus (ou des sociétés) excèdent les ressources disponibles. La rareté est omniprésente. Par exemple, nous voulons tous une vie confortable, nous voulons tous une P50 ou une voiture, nous voulons tous une bonne santé et une longue vie. Aucun de ces besoins n’est entièrement satisfait. Par exemple, beaucoup de burkinabè aimeraient avoir plus d’argent qu’ils n’en ont. Peu de gens sont satisfaits de leur état de santé. Tout le monde, riche ou pauvre, fait face à la rareté. Devant la rareté, il faut prendre une décision. Une prise de décision revient à comparer deux alternatives. Illustrons par des exemples. Un étudiant dispose de 40 heures dans la semaine, à répartir entre les matières économiques et les mathématiques. Si l’étudiant consacre totalement ses heures à l’économie, il ne comprendra pas les maths, et vice versa. Toute heure qu’il consacre à un des groupes n’est plus disponible pour l’autre. En plus, toute heure consacrée aux études n’est plus disponible pour faire du sport ou aller rendre visite aux parents ou amis. Le choix implique de renoncer à une alternative. Considérer la décision de production d’un agriculteur. Dès que la saison démarre, l’agriculteur dispose de 5 hectares sur lesquels il peut cultiver des céréales (maïs, ou sorgho) ou du coton. Il peut utiliser toute la superficie pour le coton et dans ce cas il devra acquérir ses besoins de céréales sur le marché. Tout hectare utilisé pour la culture de coton n’est plus utilisable, la même année pour la culture de céréales. L’utilisation d’un hectare pour une des deux cultures implique que l’agriculteur doit renoncer à l’autre culture. 1

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  • CHAPITRE 1. L’ ÉCONOMIE ET L’ÉCONOMISTE

    1.1 Qu’est-ce que l’économie

    Une économie peut se définir comme un groupe d’individus en relation les uns avec les autres dans leur vie courante de production,de consommation et d’échange. L’économie ainsi définie en tant que système met à la disposition des individus, des entreprises et desgouvernements les biens et les services qu’ils désirent et qu’ils achètent à l’aide de leurs dotations en facteurs : travail, capital, etautres ressources. Ces biens et services sont en partie destinés à la production ultérieure d’autres biens et services. Ceci peut seconcevoir à différents niveaux : on peut ainsi parler de l’économie de la province du Kadiogo, de l’économie du Burkina, del’économie de l’Afrique ou du monde dans son ensemble.

    L’économie en tant que discipline étudie la manière dont les choix sont effectués par les individus dans une entité sociale. Enparticulier, elle s’intéresse à la gestion des ressources rares. Par exemple l’économie en tant que discipline s’intéresse :

    au comportement des individus et des unités de production. Des exemples comprennent le temps consacré par lesindividus au travail; la répartition des revenus obtenus entre différents postes (consommation, épargne et investissement) ; ladécision d’investissement des entreprises ; le coix effectué par une entreprise entre plusieurs projets alternatifs. aux échanges que les individus entretiennent entre eux. Ce sont les interactions entre les vendeurs et les acheteurs quidéterminent la quantité d’un bien vendu et acheté ainsi que le prix de vente; aux forces globales qui font évoluer l’économie dans son ensemble. Des exemples comprennent la croissance du revenu partête ; le mouvement général des prix ; le taux de change (c’est-à-dire la quantité de francs CFA qu’il faut céder pour obtenir undollar US) et son évolution dans le temps ; le taux de chômage, c’est-à-dire la proportion de personnes dans la population active àla recherche d’emploi et qui n’en trouve pas.

    PRINCIPES DE L’ECONOMIE

    On peut mieux comprendre l’économie discipline en passant en revue un certain nombre de principes qui la caractérisent. Cesprincipes permettent de distinguer l’économie des autres sciences sociales (sociologie, anthropologie, psychologie) qui étudient aussiles interactions entre les individus. Ces principes peuvent s’organiser autour de trois éléments : la prise de décision individuelle, lesinteractions entre les individus et le fonctionnement de l’économie globale.

    1. La prise de décision au niveau individuel

    Que ce soit dans une économie locale (d’une ville), nationale ou mondiale, les individus impliqués font face à des décisions. Quatreprincipes gouvernent la prise de décision.

    Principe 1 : Les individus doivent faire des choix : le principe de rareté

    Un adage courant dit qu’il n’y a pas de repas gratuit. Ceci est utilisé pour simplement dire qu’on ne peut pas obtenir une chose sansrenoncer à autre chose. Autrement dit, on doit toujours choisir.

    Le choix suppose la rareté. La rareté elle-même provient du fait que les besoins des individus (ou des sociétés) excèdent les ressourcesdisponibles. La rareté est omniprésente. Par exemple, nous voulons tous une vie confortable, nous voulons tous une P50 ou unevoiture, nous voulons tous une bonne santé et une longue vie. Aucun de ces besoins n’est entièrement satisfait. Par exemple, beaucoupde burkinabè aimeraient avoir plus d’argent qu’ils n’en ont. Peu de gens sont satisfaits de leur état de santé. Tout le monde, riche oupauvre, fait face à la rareté.

    Devant la rareté, il faut prendre une décision. Une prise de décision revient à comparer deux alternatives. Illustrons par des exemples.

    Un étudiant dispose de 40 heures dans la semaine, à répartir entre les matières économiques et les mathématiques. Sil’étudiant consacre totalement ses heures à l’économie, il ne comprendra pas les maths, et vice versa. Toute heure qu’il consacre àun des groupes n’est plus disponible pour l’autre. En plus, toute heure consacrée aux études n’est plus disponible pour faire dusport ou aller rendre visite aux parents ou amis. Le choix implique de renoncer à une alternative. Considérer la décision de production d’un agriculteur. Dès que la saison démarre, l’agriculteur dispose de 5 hectares surlesquels il peut cultiver des céréales (maïs, ou sorgho) ou du coton. Il peut utiliser toute la superficie pour le coton et dans ce casil devra acquérir ses besoins de céréales sur le marché. Tout hectare utilisé pour la culture de coton n’est plus utilisable, la mêmeannée pour la culture de céréales. L’utilisation d’un hectare pour une des deux cultures implique que l’agriculteur doit renoncer àl’autre culture.

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  • Considérer les choix au niveau d’un village (une société). Quand un projet de développement veut intervenir dans un villagepar exemple, il y a un problème de choix, avant que le projet ne soit définitif. On doit choisir par exemple entre l’efficacité etl’équité entraînée par des projets différents. L’efficacité consiste à obtenir le plus possible avec des ressources données; l’équitéconcerne le partage. Par exemple, le projet doit-il démarrer une activité de cultures maraîchères dans laquelle interviendront lesbras valides du village (augmentation de la production) ou doit-il se contenter de distribuer 1000 F à chaque habitant du village(égalité mais aucune production supplémentaire). Quand on considère les choix au niveau d’un Etat, le choix oppose par exemplele ‘beurre’ aux ‘canons’, autrement les dépenses d’amélioration du niveau de vie à celles pour la défense nationale. Faut-il s’armer, ou faut-il investir dans des écoles, centres de santé, routes ? Un choix oppose aussi la protection des ressources naturelles(environnement) à la production ou à la consommation. Par exemple, la protection des forêts limite l’expansion des surfacesagricoles. Et l’expansion des surfaces cultivées détruit les forêts. La société doit faire un choix entre préserver l’environnement etaccroître les surfaces cultivées. Cent hectares mis en cultures impliquent 100 hectares de moins en forêts.

    NB : Le fait de reconnaître que des choix doivent être faits n’indique en rien le choix qui sera effectivement fait. Par exemple,l’étudiant dans l’exemple ne va pas entièrement se consacrer à l’économie au détriment des maths. L’agriculteur ne choisira pasuniquement le coton au détriment des céréales. La prise de décision, étant donné les alternatives, implique la comparaison des coûts etdes avantages liés aux différents choix faits.

    Principe 2 : Renoncer à une alternative comporte un coût : Le coût de l’alternative choisie est ce à quoi on renonce pourl’obtenir.

    Comme vu plus haut, tout choix implique de renoncer à autre chose. Supposer qu’on veuille évaluer le coût de l’action choisie. Enéconomie, ce coût ne se limite pas au coût d’acquisition.

    Exemple : Considérer la décision d’un élève de poursuivre des études universitaires après le bac. Le bénéfice attendu est l’obtentiond’un diplôme universitaire, comme la maîtrise et par suite l’obtention d’un emploi très rémunérateur. Mais quel est le coût associé à ladécision ? Supposer qu’on additionne les frais universitaires, les coûts des livres, les coûts liés au logement et à l’alimentation aucours d’une année. Obtient-on le coût lié à une année d’université ? La réponse est non.

    - La réponse contient des éléments qui ne sont pas strictement liés à l’université. Par exemple, même si on ne va pas àl’université, il faudra bien se loger et se nourrir. De même il faut se vêtir. La partie de ces coûts due à l’université serait ce quiest au-dessus du coût normal d’un individu qui n’irait pas à l’université. Si aller à l’université permet par exemple l’accès àune chambre moins coûteuse que rester en dehors, l’économie réalisée représente un bénéfice lié à l’université. Les élémentsde coût doivent donc représenter des coûts nets liés au choix d’aller à l’université.- Ensuite, la réponse donnée ignore le coût lié au temps de l’élève. Supposer par exemple qu’au lieu d’aller à l’université,l’élève aurait pu s’engager dans une activité lui rapportant une somme X Fcfa par an. Aller à l’université dans ce cas luisupprimerait une source de revenu. En réalité, ce coût lié aux activités alternatives peut, dans certains cas, constituer le coûtprincipal lié aux études universitaires.

    Le concept de coût d’opportunité : Ce qui précède permet d’introduire une notion essentielle en économie, celle de coût d’opportunitéou encore coût lié à la renonciation. Le coût d’opportunité d’un bien (d’une action), c’est ce à quoi on renonce pour obtenir ce bien(mener cette action). Avant de décider d’aller à l’université, il faut évaluer la valeur de ce à quoi on renonce. Dans le cas de nombreuxpays africains où les alternatives rémunératrices pour des élèves du secondaires sont très peu nombreuses, le coût d’opportunité auratendance à être faible.

    Principe 3. Les gens rationnels prennent leurs décisions en comparant les effets des actions à la marge.

    On appelle changement marginal tout changement par rapport à une situation déjà existante. Par exemple, si une entreprise emploie100 personnes, la décision d’embaucher une personne supplémentaire doit se référer à ce que cette personne coûte et ce qu’ellerapportera à l’entreprise. Le coût additionnel occasionné par l’embauche est appelé coût marginal. Le bénéfice additionnel lié àl’embauche est appelé bénéfice marginal. L’entreprise comparera le coût marginal au bénéfice marginal et n’embauchera la personnesupplémentaire que si le bénéfice marginal excède le coût marginal.

    Noter qu’on n’a pas besoin de comparer le coût total lié à l’emploi de la personne additionnelle au bénéfice total. On suppose que toutce qui précède le nouvel emploi s’était déjà ajusté par des comparaisons adéquates.

    Principe 4. Les agents réagissent aux incitations

    Une incitation est une action prise en vue de provoquer des effets favorables. L’incitation atteint son but en modifiant le coûtd’opportunité d’une activité (en l’augmentant ou en le diminuant). L’incitation agit en permettant à des biens ou actions de se

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  • substituer à d’autres biens ou actions. En effet, comme les agents prennent leurs décisions en comparant les coûts aux bénéfices, leurschoix changent quand ces éléments changent.

    Par exemple, si le coût de photocopie dans un kiosque au sein de l’université diminue sensiblement, de nombreux utilisateurs sedirigeront vers ce kiosque, et les autres kiosques auront moins de clients. La décision de baisser le prix est une incitation.

    Un autre exemple : Si vous voulez emprunter de l’argent à la banque et que le taux d’intérêt augmente, vous aurez tendance àrechercher d’autres sources. Par exemple, si votre ami peut vous prêter la somme voulue (sans intérêt), vous vous rabattrez sur lui.

    Le rôle des incitations est capital dans la conduite de la politique économique. Par exemple, si un prix planché (minimum en dessousduquel on ne peut descendre) était imposé aux acheteurs de maïs, les producteurs de maïs en bénéficieraient et auraient intérêt àproduire beaucoup. Malheureusement, un tel prix n’existe pas et une bonne année de production est accompagnée de prixexcessivement bas, notamment au moment des récoltes. Ces prix bas se traduisent par une baisse des revenus des producteurs etconstituent une incitation négative dans les décisions de production la saison suivante.

    Considérer une autre incitation correspondant à l’installation de moulins et de forages avec pompe solaire à la portée des concessionsdans un village donné. Ces actions conduiront à alléger les travaux domestiques des femmes.

    Comment cette action affecte-t-elle une situation comme la scolarisation des jeunes filles rurales ? En milieu rural, la petite fille estsouvent utilisée par sa mère pour l’accompagner dans les travaux domestiques. Lorsque l’eau et le bois sont à des distances éloignéeset que le moulin est inexistant, le temps mis pour ces travaux est tellement important qu’il n’y a plus de temps disponible à la petitefille pour l’école. Avec l’installation des pompes d’eau solaires et des moulins, le temps disponible augmente et la probabilité deretenir les filles à la maison à cause des travaux domestiques diminue. Cela leur donne plus de chance d’aller à l’école.

    Les incitations peuvent aussi concerner l’environnement au sein duquel les acteurs économiques opèrent. Par exemple, soit une loipermettant le règlement des litiges commerciaux par arbitrage. Cela permet d’éviter les délais liés aux procédures judiciairesordinaires. Si cette loi est appliquée, le milieu des affaires rencontrera moins de problèmes dans le règlement des contentieux. Lescontrats pourront se conclure avec une certaine confiance de rentrer dans ses droits en cas de non exécution. Une telle loi peut doncconduire à augmenter le volume des affaires.

    2. Les interactions entre les individus

    Au-delà des décisions au niveau individuel, l’économie concerne aussi les interactions entre individus. Les interactions concernent leséchanges et les institutions gouvernant ces échanges (marchés, Etat).

    Principe 5. L’échange constitue un avantage pour tous les participants

    Imaginer un monde sans échange. Dans un tel univers, chaque individu devrait produire tout ce qu’il désire consommer : nourriture,vêtements, logement, distraction. Il est facile d’imaginer que chaque individu, vivant en parfaite autarcie, finirait par devenirschizophrénique.

    L’échange permet d’éviter ce risque. Chacun produit ce qu’il (ce qu’elle) sait faire le mieux et l’échange contre ce que les autressavent faire de mieux. Par exemple, le travailleur vend sa force de travail (en creusant des trous, en écrivant des romans) contre desbiens (niébé vendu au bord de la route, café dans une pâtisserie).

    La concurrence qui s’instaure entre les agents à travers l’échange permet d’améliorer le bien-être. Les cybercafés devenus trèsnombreux à Ouagadougou sont en concurrence les uns par rapport aux autres pour attirer les clients. Il en résulte des promotions ouune baisse des prix dont les ultimes bénéficiaires sont les consommateurs.

    C’est la concurrence qui introduit un élément dynamique dans les interactions entre les individus. Considérer par exemple l’effet d’unepolitique incitative augmentant le prix du maïs au producteur. Dans ce cas, la demande de maïs baisse, la demande d’un produitcomme le mil augmente, ce qui entraîne l’augmentation du prix du mil. Les galettes sont produites à partir de la farine de mil. Le prixdes galettes augmente et les consommateurs se mettent à consommer plus de pain de blé. Mais les effets ne s’arrêtent pas là. Lesproducteurs de maïs et de mil voient leur production devenue plus rentable, ils vont produire plus la saison suivante, les prix vontbaisser et une autre série d’enchaînements se produisent. La concurrence à laquelle se livrent les gens pour vendre ou acheter estresponsable de ces évolutions économiques.

    Ce qui est vrai entre individus est aussi vrai entre nations. Par exemple, plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest produisent et exportent lecoton (Mali, Burkina, Bénin, Côte d’Ivoire). Ces pays sont en concurrence sur le marché mondial de coton. Chacun fait des effortspour produire du coton de bonne qualité (le coton est classé en grade 1 ou 2 à l’exportation). Ces pays qui produisent du coton

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  • achètent des engrais et des tracteurs sur le marché mondial. Il est évident que ces pays ne peuvent pas à la fois produire le coton et lesfacteurs de production. L’échange entre nations permet d’éviter à faire face à ce problème.

    Principe 6. Le marché constitue une façon efficace d’organiser l’activité économique

    Les interactions entre individus peuvent se faire à travers plusieurs mécanismes. A un extrême se trouvent les méthodes dirigistesbasées sur la planification centrale. Ce système a prévalu dans les anciens pays communistes (Union Soviétique, Chine populaire, paysd’Europe de l’Est). L’organisme central décidait de la production (quels biens, quelles quantités, par quels moyens) et de l’affectationde la consommation. L’objectif visé était d’assurer le plus grand bien-être pour la population.

    Avec la chute du système communiste dès 1991, l’organisation de l’activité économique se fait surtout à travers le marché. Au lieud’un organisme central, les décisions sont faites au niveau de millions d’unités (individus, entreprises). Chaque entreprise décide de saproduction (quantité, facteurs) et de l’affectation de cette production. Les individus décident de la vente de leur force de travail et del’utilisation des revenus qui en résultent. Dans leurs choix, entreprises et individus sont guidés par leurs seuls intérêts.

    Adam Smith, le ‘père de l’économie’ avait déjà stipulé en 1776 que ces échanges décentralisés, basés sur les seuls intérêts desparticipants, aboutissaient à l’intérêt général, sans qu’une force centrale ne se mêle. Il introduit le principe de la main invisible pourreprésenter cette idée. Cette convergence entre intérêts individuels et intérêt de l’ensemble de la société est étonnante mais elle estpresque unanimement acceptée comme réalité. En fait, dans le système de marché, chaque acteur se réfère au prix pour ses décisions.Les prix étant donnés et conformes à la rareté des ressources, les décisions qui en résultent sont compatibles avec l’offre en ressourcesde la société dans son ensemble.

    On peut juger désormais la politique menée par les gouvernements en évaluant à quel point le gouvernement empêche ou permet lefonctionnement de cette main invisible.

    Principe 7. L’intervention de l’Etat permet de corriger les imperfections du marché

    Le marché ne permet pas toujours d’atteindre les objectifs visés par une société, par exemple l’efficacité. Si le marché ne permet pasl’allocation efficace des ressources, on parle de défaillance des marchés. Le deuxième cas de mauvaise performance des marchés estlié à la justice (équité).

    La défaillance des marchés peut provenir de deux sources : La présence d’externalités : On dit qu’une externalité est présente lorsque l’action d’un agent engendre des effets négatifs oupositifs non intentionnés sur d’autres agents. Par exemple, une usine qui dégage des odeurs produit une externalité négative pourles résidents des environs. La construction d’une route entre deux villes s’accompagne d’externalités positives pour les villagessitués entre les deux villes, sous forme de nouvelles activités commerciales ou de services. Le marché ne permet pas de résoudrele problème d’externalité. Dans le cas de la pollution par exemple, l’entreprise a naturellement tendance à produire sans éliminerles odeurs. Le gouvernement peut intervenir sous forme de taxe pour modifier le niveau de pollution. Existence d’un pouvoir de marché : Si par exemple il n’existe qu’un seul acheteur d’un produit vendu par des milliersd’individus, l’agent acheteur bénéficie d’un pouvoir de marché qui permet de manipuler les prix. De même lorsqu’il y a unvendeur et de multiples acheteurs, le vendeur peut imposer son prix. Il y a absence de concurrence dans les deux cas et le prix nereflète plus la rareté des ressources et le principe de la main invisible ne joue pas. Ici encore, l’Etat peut intervenir pourréglementer le pouvoir de marché.

    Le marché est le plus souvent incapable d’assurer une allocation équitable des ressources, donc d’assurer la justice sociale. Le marché‘récompense’ chacun en fonction de sa capacité à produire des biens demandés par d’autres. Il se trouve que les individus n’ont pas lesmêmes dotations et certains sont privilégiés. Dans le monde par exemple, les athlètes professionnels sont de loin mieux payés que lesfonctions intellectuelles, simplement parce qu’il y a des millions de gens prêts à payer pour regarder un match de football parexemple, alors que le nombre de gens prêts à payer un livre d’économie générale durant la même période de temps est infiniment pluspetit. Dans une situation de ce genre, le gouvernement peut intervenir sous forme d’impôt pour transférer les ressources de certainsgroupes vers les groupes défavorisés.

    3. Le fonctionnement de l’économie dans son ensemble

    Lorsque l’on passe des individus ou des entreprises à des niveaux plus agrégés (la nation, le continent, le monde) on parle d’économiedans son ensemble. A ce niveau on peut étudier l’évolution de l’économie dans le temps ou comparer les économies nationales entreelles. Trois principes gouvernent ces fonctionnements globaux.

    Principe 8. Le niveau de vie d’un pays dépend de sa capacité à produire des biens et des services

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  • Les niveaux de vie diffèrent grandement entre les pays dans le monde (voir le Tableau 1 ci-dessous). En 1998, le Burkinabè moyenavait un revenu de 230 dollars par an, le Sénégalais moyen un revenu de 520 dollars et l’Ivoirien moyen un revenu de 780 dollars. Lamême année, l’Indonésien moyen avait un revenu de 670 dollars, le Chinois un revenu de 740 dollars. Le résident moyen de l’Afriquesub-saharienne avait 510 dollars. A l’autre extrême, le Belge moyen avait un revenu de 25.630 dollars, et le Japonais moyen un revenude 33.720 dollars. Cinq années plus tard, en 2002, alors que certains pays ou régions ont vu leurs conditions s’améliorer avec unehausse du revenu par tête, beaucoup d’autres, notamment en Afrique, ont connu une détérioration de leurs conditions. Ainsi, leBurkinabè en 2002 a un revenu de 220 dollars. Par contre, l’Américain moyen a un revenu de 35.060 dollars, un accroissement parrapport à son revenu de 1998. On peut admettre que les pays à revenu plus élevé ont en général un niveau de vie plus élevé, dans lesens d’avoir accès à plus de bien et de services.

    Lorsqu’on étudie les facteurs qui différencient les niveaux de vie entre pays, on se rend compte que les pays à niveau de vie plus élevésont capables de produire plus de biens et services que les pays à plus faible niveau de vie. Deux facteurs essentiellement déterminentle niveau de la production :

    Le niveau de capital physique. Les pays à niveau de vie élevé ont des stocks de capital plus importants que les pays à faibleniveau de vie. En agriculture par exemple, les pays développés utilisent des tracteurs, alors que les pays non développés utilisentla daba manuelle ou à la rigueur la culture attelée. Dans l’industrie, les pays développés utilisent des techniques de productionplus performantes dans la production de masse. Le niveau de capital humain. L’éducation et la santé sont des éléments qui rendent le travail humain plus productif. Lespays développés ont à la fois un niveau de santé et un niveau d’éducation plus élevés que les pays non développés. Le capitalhumain est plus élevé. Un fort niveau de capital humain est nécessaire pour utiliser les techniques de production plus élaborées.Le capital humain varie fortement d’un pays à l’autre. Au Burkina, le nombre moyen d’années d’éducation pour un individu estde 6 mois. Au Ghana, ce chiffre atteint 3 années. Dans les pays développés, la plupart des résidents ont fini l’école secondaire,c’est-à-dire ont au moins 12 ans d’éducation.

    Le capital physique et le capital humain rendent les individus plus productifs. Autrement dit, quand ces facteurs sont favorables, laproduction par travailleur est plus élevée. Les pays à niveau de vie plus élevé ont une production par travailleur beaucoup plus élevée.Par exemple, en 1995-97, l’Afrique au sud du Sahara avait une valeur ajoutée par travailleur agricole de 355 dollars. Au Burkina, letravailleur agricole moyen générait 159 dollars dans l’année. Des pays développés comme la France et l’Australie avaient des niveauxde 34760 et 29044 dollars respectivement. D’autres facteurs affectent la productivité, y compris la politique budgétaire et monétairede l’Etat.

    Tableau 1. Revenu national brut par tête de quelques pays et régions, 1998-2002(En dollars US courants) 1998 1999 2000 2001 2002MONDE 5070 5060 5210 5130 5080

    RÉGIONSAfrique sub-Saharienne 510 490 480 460 450Amérique Latine et Caraïbes 4070 3730 3700 3550 3280Europe & Asie Centrale 2160 1970 2010 1970 2160Union Européenne 22490 22050 21770 20720 20230

    QUELQUES PAYS AFRICAINSBénin 380 380 390 380 380Botswana 3290 3040 3070 3100 2980Burkina Faso 230 230 220 220 220Cameroun 610 610 590 580 560Côte d'Ivoire 780 750 690 640 610Ghana 390 390 340 290 270Kenya 350 360 350 350 360Mali 250 260 250 230 240Niger 200 190 180 180 170Nigeria 260 260 270 290 290Sénégal 520 500 490 480 470Afrique du Sud 3320 3180 3060 2840 2600Togo 330 320 290 270 270

    QUELQUES PAYS D'ASIEChine 740 780 840 890 940

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  • Indonésie 670 590 570 680 710GROUPES

    Pays Pauvres Très endettés 310 310 310 310 320Pays les moins développés 280 280 280 280 280Revenus élevés, hors OCDE 16080 16110 16610 15950..Revenus élevés, OCDE 26110 26470 27470 27140 26950

    QUELQUES PAYS RICHESAustralie 21240 20860 20120 19930 19740Belgique 25630 25090 25070 23850 23250Japon 33720 33310 35420 35610 33550Etats Unis 30700 32260 34370 34400 35060Source: World Development Indicators (WDI), 2003.

    Principe 9. Les prix montent quand le gouvernement fait tourner la planche à billet

    Quand le niveau général des prix dans une économie augmente sensiblement, on parle d’inflation. En présence d’inflation, le pouvoird’achat de la monnaie du pays baisse. Cette baisse peut être considérable dépendant de l’ampleur de l’inflation.

    Les exemples d’inflation exagérée repérés dans l’histoire des nations incluent le cas de l’Allemagne pendant la crise de 1929, le Zaïre(maintenant République Démocratique du Congo) de Mobutu durant la période de déclin et l’exemple plus récent de l’Argentine.

    Quelles sont les causes de l’inflation ? Les explications économiques attribuent la montée du niveau général des prix à l’augmentationde la quantité de monnaie en circulation dans un pays. Quand le gouvernement imprime de la monnaie en grande quantité (cas duZaïre de Mobutu), la valeur de la monnaie diminue et il en faut plus pour acheter un bien donné. Ainsi donc, il est dangereux pour unEtat d’utiliser la création de la monnaie nationale pour financer son économie : il peut rendre cette dernière plus pauvre.

    Principe 10. A court terme, il y a un arbitrage à faire entre inflation et chômage

    Le chômage est un des maux des économies modernes. Il en est de même de l’inflation, qui touche particulièrement les économiesfragiles. Les économistes sont arrivés à établir une relation inverse entre le chômage et l’inflation. Autrement dit, lorsqu’on mène despolitiques tendant à diminuer le taux d’inflation, cela s’accompagne d’une augmentation du chômage. Autrement dit, pour avoir moinsd’inflation, il faut payer avec un peu plus de chômeurs dans l’économie. La courbe de Phillips décrit ce phénomène.

    Comment peut-on expliquer la courbe de Phillips ? L’explication est basée sur les décalages entre variables en économie et sur leconcept de rigidité des prix. Si par exemple le gouvernement baisse la quantité de monnaie dans le but de combattre l’inflation, ils’ensuivra à long terme une baisse du niveau général des prix, donc du taux d’inflation. Mais à court terme, tous les prix ne baissentpas. Certains prennent du temps (le temps d’imprimer de nouveaux menus dans tous les restaurants, le temps que toutes les entreprisespublient les nouveaux prix). C’est ce décalage qui définit le concept de prix rigides.

    Cette rigidité fait que les effets d’une politique peuvent différer entre le court et le long terme. Quand la quantité de monnaie encirculation diminue, les gens ont moins d’argent à dépenser. La consommation diminue, alors que les prix ne changent pas. Les venteset les profits des entreprises diminuent et certaines sont amenées à licencier des travailleurs, d’où une augmentation temporaire duchômage. Cette augmentation du chômage disparaît dès que tous les prix se sont ajustés. Noter que dans les pays où la législation dutravail est rigide et ne permet pas un ajustement par licenciement sur le marché du travail, ces effets peuvent ne pas être les mêmes.Les entreprises peuvent être obligées de supporter du personnel devenu inefficace, mais dans ce cas il peut y avoir des faillites, créantdes effets plus dévastateurs que le licenciement des travailleurs en excès.

    Voici donc dix principes qui permettent de comprendre l’économie. Dans ce qui suit nous étudions comment les économistesraisonnent. Ceci nous permet de voir ce qui distingue l’économie des autres sciences sociales.

    Questions.

    1. Décrire les choix auxquels sont confrontés :

    6

  • a. Une famille rurale qui se demande si elle doit envoyer sa fille à l’école,b. Un ministre qui doit décider s’il doit accorder des subventions en intrants agricoles à des producteurs d’une région d’un pays,c. Un professeur qui se demande s’il doit préparer son cours.

    2. Vous aviez prévu de passer votre samedi dans la ferme animale de votre oncle, mais un de vos amis vous propose de l’accompagnerchez ces parents au village. Quel est le coût économique de cette sortie au village ? Supposons que votre samedi devait être consacré àréviser vos cours d’économie générale. Quel est alors le coût de la journée passée au village ?

    3. Vous venez d’obtenir une somme de 50.000 F lors d’une compétition d’histoire. Vous pouvez les dépenser tout de suite ou bien lesplacer dans un compte d’épargne qui rapporte 3,5% d’intérêts. Quel est le coût d’opportunité d’une dépense immédiate ?

    4. Une entreprise a déjà dépensé 100 millions de F dans le développement d’un nouveau produit, encore inachevé. Une étude récentede la direction commerciale fait ressortir que les ventes du produit ne dépasseront pas probablement 60 millions de F. Terminer ledéveloppement du produit coûtera 20 millions de F. L’entreprise devra-t-elle finir ce développement ou pas ? Quel montant maximaldoit-elle consacrer à l’achèvement du projet ?

    5. Parmi les activités gouvernementales suivantes, distinguez celles visant un gain d’efficacité de celles visant plus de justice. Dans lecas où c’est l’efficacité qui est recherchée, dire la nature de la défaillance du marché.

    a. La fixation d’un prix bas des céréales de grande consommation.b. La distribution de tickets d’achat de nourriture aux plus défavorisés.c. L’interdiction de fumer dans les bâtiments publics.d. L’instauration de la concurrence au sein de la téléphonie mobile.e. La progressivité de l’impôt sur les revenus des personnes physiques.

    6. Imaginons qu’au réveil tout le monde constate que le gouvernement a doublé les avoirs financiers de chacun. Quels pourraient êtreles effets de cette multiplication de l’offre monétaire sur :a. le montant total des dépenses de biens et services ;b. la quantité de biens et services achetés si les prix sont inélastiques (i.e. ne changent pas ;c. les prix des biens et services s’ils peuvent s’ajuster ? Expliquez.

    7. Vous êtes un décideur politique et vous vous demandez si vous devez réduire le taux d’inflation dans le pays. Pour déciderrationnellement, que vous faut-il savoir sur l’inflation, le chômage et la relation entre les deux ?

    II. Le raisonnement de l’économiste

    L’économie est une science. En tant que science, elle doit reposer sur un ensemble de constructions logiques comprenant desassertions ou postulats, des hypothèses ou conditions de vérification, et un ensemble de prédictions dérivées de la logique interne desconstructions logiques. Ces constructions logiques sont des théories. Les prédictions des théories sont confrontées à la réalité et lavalidité des constructions est établie à partir de la concordance ou non concordance entre les faits et les prédictions. L’économiste doitdonc utiliser un cheminement rigoureux pour aboutir à ses conclusions. Dans ce cas, il joue le rôle du scientifique. Mais l’économistene se limite pas à cela. En fait, un des objectifs principaux de la recherche d’explication des faits est de pouvoir utiliser lesconnaissances établies dans l’amélioration des conditions de fonctionnement de l’économie. Il s’agit de la politique économique.L’économiste doit par exemple pouvoir conseiller à un décideur, public ou privé sur les actions convenables à initier dans dessituations variées. Par exemple, si un Ministre de l’économie constate que les incitations mises en place ne favorisent pasl’investissement privé, l’économiste peut, à partir de ses constructions théoriques, montrer quels facteurs autres que les incitationspermettent d’impulser l’investissement privé.

    Nous allons passer en revue quelques exemples sur le mode de raisonnement de l’économiste en tant que scientifique et ensuite en tantque politique. Les 10 principes de l’économie déjà établis indiquent les particularités de l’approche du monde par les économistes.

    1. La démarche scientifique de l’économiste

    L’économiste approche les problèmes à l’aide de modèles. Les modèles sont basés sur des hypothèses.

    Les hypothèses permettent de réduire la réalité à un niveau qui facilite sa compréhension. Par exemple, en physique lorsque vousétudiez la chute d’un objet lourd, vous faites habituellement l’hypothèse que la résistance de l’air est négligeable. Ceci vous permet devous concentrer sur l’essentiel qui est l’attraction terrestre.

    7

  • Si on demande à un économiste de décrire le commerce mondial, il lui est impossible de prendre en compte la centaine de pays et lesmilliers de biens et facteurs de production dans une construction logique. L’économiste supposera que le monde est fait de deux paysproduisant chacun deux biens et utilisant deux facteurs de production. Ceci est une simplification qui permet d’obtenir des résultatsintéressants.

    Un modèle est une construction simplifiée de la réalité, qui ne retient de la réalité que les aspects utiles à la compréhension duproblème analysé. Quand le météorologue s’intéresse par exemple à la prédiction de la température, il ne s’intéresse qu’aux isobares(lignes de même pression atmosphérique) et non à la densité de la population dans un endroit donné. Lorsque l’économiste s’intéressepar exemple aux effets de la CAN 98 organisée au Burkina, elle peut élaborer un modèle qui prédit les effets sur les nouvellesconstructions (hôtels, résidences), les nombre de poulets, bovins et moutons abattus, le nombre de nouveaux emplois et les profits desopérateurs économiques dans les deux villes d’organisation et leurs environs.

    Nous présentons deux modèles économiques pour fixer les idées.

    Le diagramme de flux circulaire

    Le diagramme de flux circulaire est un modèle qui permet de décrire simplement le fonctionnement de l’économie nationale.L’économie est représentée par :

    Deux types d’agents : les entreprises et les ménages. Les entreprises sont les unités de production qui sont responsables de laproduction des biens et des services (maïs, coton, crayons, cahiers, mobylettes, services internet). Dans leur production, les entreprisesemploient des facteurs de production (travail, terre, bâtiments, engrais, eau). Les ménages, qui possèdent les facteurs de production,achètent et consomment les biens et les services produits par les entreprises. Deux types de marchés. Les ménages et les entreprises se rencontrent sur deux types de marchés. Sur le marché des biens et services,les entreprises vendent les produits et services et les ménages les achètent. Sur le marché des facteurs de production, les ménagesvendent les facteurs et les entreprises les achètent.

    Le schéma comprend deux types de flux. Les flux de biens et services représentent les déplacements de facteurs et biens tangiblesentre les deux agents. Les dotations possédées par les ménages (travail, terre, capital) deviennent des facteurs sur le marché desfacteurs, vendus aux entreprises qui les utilisent dans leur processus de production pour générer les biens et services vendus auxménages (Boucle solide du diagramme). En contrepartie, les entreprises paient des salaires, loyers et profits qui constituent lesrevenus des ménages. Ces revenus sont utilisés pour payer les biens et les services et se transforment en produits de ventes pour lesentreprises (Boucle non solide du diagramme).

    Ce modèle donne une bonne idée des interactions entre les agents à travers les deux marchés. Evidemment il laisse de côté les détailsmais c’est justement la qualité d’un modèle.

    8

  • Le modèle de la possibilité de production de la société

    Supposer que l’objectif soit de déterminer les quantités de biens que peut produire une économie à partir des quantités de facteursdisponibles. Le modèle de la frontière des possibilités de production permet d’atteindre un tel objectif.

    Le modèle suppose que les biens de la société peuvent se réduire à deux biens : le maïs et le coton. La société dispose d’une quantitélimitée de facteurs, la main d’œuvre, la terre, et le capital pour produire ces deux biens. Comme montré dans la revue des principes del’économie, la société doit opérer des choix dans son processus de production. Elle ne peut pas produire inconditionnellement ducoton si les résidents doivent vivre (par la consommation de maïs, leur aliment de base). On suppose en effet qu’aucune forceextérieure n’intervient dans cette société.

    Supposons qu’en consacrant la totalité des facteurs à la production de coton, 2 millions de tonnes peuvent être produites. Enconsacrant la totalité des ressources au maïs, 5 millions de tonnes peuvent être produites. On peut représenter cette situationgraphiquement. Dans un repère avec la quantité de coton à l’ordonnée et la quantité de maïs en abscisse, une courbe dont la concavitéest tournée vers l’origine des axes et passant par les points 5 (millions) et 2 (millions) représente les arbitrages possibles de la sociétédans son problème de production.

    9

    Marchés des biens et services

    Les enterprises vendentLes ménages achètent

    EntreprisesProduisent et vendent des biens

    et des servicesLouent et utilisent des facteurs

    de production

    MénagesAchètent et consomment des biens et des servicesPossèdent et vendent des facteurs de production

    Marchés des facteurs de production

    Les ménages vendentLes enterprises achètent

    Biens et services achetés

    Dépenses

    Biens et Servicesvendus

    Produits des ventes

    Facteurs de production

    Salaires,loyers,profits

    Travail, terre,capital

    Revenu desménages

    Flux monétaires Flux de biens et de services

    Figure 1.1 Diagramme de flux circulaire.

  • Analysons le contenu de cette figure. Au lieu de consacrer ses ressources exclusivement à la production de l’une des cultures, lasociété peut choisir d’opérer par exemple au point A, où une partie des ressources est destinée à chaque culture. En ce point, la sociétéproduit 4,5 millions de tonnes de maïs et 1,5 million de tonnes de coton. Un autre choix est le point B, où 3 millions de tonnes de maïssont produites contre 1,750 million de tonne de coton. Un point comme D, situé à l’extérieur de la frontière, n’est pas possible : lasociété ne peut pas produire les quantités de maïs et de coton indiquées par D avec l’état actuel de ses ressources. L’ensemble despoints réalisables est l’ensemble des points sur la frontière ou entre la frontière et l’origine des axes.

    Le concept d’efficacité rencontrée dans la présentation des 10 principes est illustré facilement avec la frontière de production.L’efficacité suppose que la société tire le maximum lorsqu’elle emploie la totalité de ses ressources rares. Les points situés sur lafrontière (la courbe) représentent des points efficaces. Lorsqu’un point est efficace, il est impossible d’augmenter la production d’undes biens sans diminuer celle de l’autre, les quantités de ressources restant inchangées. Selon une telle définition, le point C àl’intérieur de la frontière n’est pas efficace. La société peut, avec les mêmes ressources produire à la fois plus de maïs et plus de cotonen se plaçant aux points A ou B.

    La frontière des possibilités illustre aussi le problème fondamental de l’économie, la nécessité de faire des choix. Lorsque leprocessus de production est efficace, en d’autres termes si l’on se place sur la frontière, il n’est pas possible d’augmenter la productionde coton sans diminuer celle de maïs, et vice versa. Le passage de A à B par exemple représente un choix de produire moins de maïs etplus de coton. Les seuls points où un choix ne s’impose pas sont les points non efficaces, à l’intérieur de la frontière. Mais aucunesociété rationnelle ne devrait opérer en ces points.

    La frontière illustre aussi le concept de coût d’opportunité, défini comme ce à quoi on renonce pour obtenir un bien. Lorsque la sociétése déplace de A à B, elle renonce à 1.500.000 kg de maïs pour obtenir 250.000 kg de coton (ceci se fait en allouant des ressources à laproduction du coton et au détriment du maïs). Autrement dit, pour obtenir un kg supplémentaire de coton, la société doit abandonner 6kg de maïs. Le coût d’opportunité du kg de coton est de 6 kg de maïs.

    Comme on l’a vu dans les principes, certaines sociétés ont plus de ressources que d’autres. Et pour une société donnée, l’espace desressources peut s’élargir dans le temps. Considérer par exemple une technologie permettant d’accroître la production du coton et dumaïs. Ceci se traduit par un déplacement de la frontière des possibilités, indiquée par la courbe en pointillé sur la figure 1.2. Leprogrès économique soutenu nécessite un déplacement constant de la frontière des possibilités dans le temps.

    Microéconomie et macroéconomie

    La plupart des disciplines scientifiques étudient les phénomènes à différents niveaux. Par exemple, la physique des particuless’intéresse au fonctionnement de l’univers sub-atomique. La relativité s’intéresse au fonctionnement de l’univers dans ses plusgrandes dimensions (motion des corps célestes, motion rapide sur de grands espaces).

    10

    Qté de cotton(millions T)

    2

    5 Quantité de maïs (millions T)

    A

    B

    3,5

    1,750

    4,5

    1,5

    C

    1

    0,5

    D

    Figure 1.2 Frontière des possibilités de production

  • De même en économie, on peut s’intéresser à des individus isolés (ménages, entreprises ou toute entité comportementale priseisolément) ou à un ensemble d’individus (relations entre ménages, entre ménages et entreprises) ou encore à une entité globale(l’économie entière). On distingue ainsi la microéconomie et la macroéconomie.

    La microéconomie s’intéresse à la prise de décision (comportement) des agents et à l’interaction de ces décisions sur les marchés. Lamicroéconomie essaie par exemple d’expliquer les prix et les quantités échangées des biens et des services. La microéconomie étudieaussi les effets des réglementations de l’état et des taxes publiques sur les prix et les quantités produites ou consommées des différentsbiens et services. Par exemple, l’ARTEL au Burkina Faso, instituée durant l’ère récente de la libéralisation dans le domaine destélécommunications, réglemente les télécommunications, et cette réglementation a des effets sur le niveau des frais de communicationdu téléphone fixe et du mobile, ainsi que sur le nombre d’abonnés et le chiffre d’affaires des opérateurs dans chaque branche.

    La macroéconomie étudie le fonctionnement de l’économie dans son ensemble. La macroéconomie essaie de comprendre commentles grandeurs économiques croissent dans le temps. La macroéconomie se donne aussi pour tâche d’expliquer l’évolution des prixmoyens, de l’emploi, du revenu et de la production. La macroéconomie étudie aussi les impacts des décisions de l’état (taxes,dépenses, déficit budgétaire) sur le revenu national, la production, l’emploi.

    Il faut noter que la frontière entre micro et macro n’est pas aussi étanche ou rigide que le laissent croire les définitions. Les outilsutilisés sont les mêmes. Les problèmes traités ont parfois à la fois une dimension micro et une dimension macro. Par exempleconsidérer la prolifération des secrétariats publics dans une ville comme Ouagadougou par suite du développement de l’ordinateur. Unmicroéconomiste peut s’intéresser à l’effet de la multiplication du nombre d’ordinateurs sur le prix de la page saisie, le nombre deconsommateurs des services, le nombre d’emplois générés par les secrétariats publics. Un macroéconomiste quant à lui essaiera desaisir l’impact du phénomène sur la croissance économique et la résorption du chômage.

    2. L’économiste et ses opinions politiques

    Alors que le côté scientifique de l’économiste essaie de comprendre et d’expliquer (objectivement) les phénomènes économiques, ilexiste un autre côté où les jugements de valeur jouent un rôle. Il s’agit des prescriptions de politique économique, qui tentent d’utiliserles résultats de l’analyse économique afin d’améliorer le monde réel. On distingue ainsi les aspects positif et normatif de l’économie.

    En tant que scientifique, l’économiste dira par exemple que « les subventions de leur agriculture par les pays industrialisés créent desdistorsions sur les prix mondiaux et ce au détriment des producteurs des pays en développement ». Une telle opinion relève del’économie positive. En tant que politique, l’économiste dira que « les pays industrialisés devraient lever leurs subventions àl’agriculture pour plus d’équité dans le monde ».

    Dans la pratique de tous les jours, ces deux types d’énoncés se côtoient. Les énoncés de type positif peuvent se vérifier parconfrontation avec les faits. Par exemple, l’effet des subventions agricoles sur les prix mondiaux peut s’évaluer en considérant unesérie de données dans le temps sur le niveau des subventions et celui des prix. Les énoncés normatifs ne peuvent pas se tester aussifacilement. Pour décider en faveur ou contre de tels énoncés, il faut parfois recourir à des domaines autres que scientifiques : l’éthique,la religion, la philosophie.

    Questions

    1. Quelles caractéristiques importantes de l’économie sont omises dans le diagramme simplifié des flux ? Identifier des éléments dontl’omission peut avoir des conséquences et ceux dont l’omission a peu d’effet.

    2. Indiquer si les propositions suivantes relèvent de l’économie normative ou positive.

    - La société doit opérer un choix à court terme entre inflation et chômage.- L’accélération de la croissance de la masse monétaire se traduira par une hausse de l’inflation.- La société devrait obliger les bénéficiaires des prestations sociales à se trouver du travail.- Des taux d’imposition plus bas incitent à travailler et à épargner davantage.- La politique fiscale exerce une influence stimulante sur une économie en situation de sous-emploi.- Si l’état veut aider les nécessiteux, il est mieux de leur donner de l’argent liquide que du lait en poudre et de la farine de

    maïs.

    11

  • CHAPITRE 2. L’OFFRE ET LA DEMANDE

    Les concepts d’offre et de demande sont au cœur de l’analyse économique. L’économiste se sert de ces concepts pour expliquerl’allocation des ressources et les niveaux des prix. A la fin de ce chapitre, l’étudiant doit être capable de mener un raisonnement solidealliant ces deux concepts pour expliquer les variations du niveau des prix dans le temps ou entre lieux géographiques. L’étudiant devraavoir compris que les niveaux des prix s’établissent selon des « lois » et non selon l’humeur des agents.

    I. Le marché, lieu d’interaction entre l’offre et la demande

    Offre et demande : décrivent le comportement des gens lorsque ceux-ci se trouvent sur un marché Marché : Groupe d’acheteurs ou de vendeurs d’un bien ou d’un service. Exemple : le marché du maïs représente l’ensemble desacheteurs et des vendeurs de maïs, dans un espace donné et pour une période définie. Noter en effet que le temps et l’espace induisentdes changements sur la forme et le contenu d’un marché.Différents genres de marchés : Les marchés peuvent être organisés ou non. Un exemple de marché organisé : le marché des ventesaux enchères des véhicules recyclés de l’Etat, où les acheteurs et le vendeur se rencontrent à un moment précis, pendant une duréedéterminée. La plupart des marchés sont moins organisés. Un exemple : le marché de Kouro-Kouro. Les différentes vendeuses sontdispersées dans les quartiers et les acheteurs arrivent selon une loi de probabilité non déterminée. L’inorganisation n’ôte pas la qualitéde marché, comme l’acheteur de kouro-kouro sait où trouver son produit préféré et à quel prix.Structure du marché. On distingue (1) le marché concurrentiel où le prix est donné, tous les acteurs font face au même prix. Lenombre des vendeurs et des acheteurs sont tels qu’aucun prix individuellement ne peut exercer une force quelconque sur le prix. Lemarché de kouro-kouro est un exemple de marché concurrentiel. (2) Le monopole où un seul vendeur fait face à une multituded’acheteurs. Le vendeur fixe le prix et les acheteurs réagissent en formulant leur demande. La SONABEL, productrice d’électricité auBurkina, est un exemple de monopole. (3) Le monopsone est le contraire du monopole, un seul acheteur face à une multitude devendeurs. L’acheteur fixe le prix d’achat. Un exemple est le marché des peaux animales au Burkina, où une société, le Groupe Alizconstitue le plus gros acheteur face à une multitude de vendeurs dispersés. (4) l’oligopole est une situation intermédiaire où quelquesvendeurs (2, ou quelques-uns) font face à une multitude d’acheteurs. Ici, chaque vendeur doit tenir compte de l’autre dans la fixationde son prix. Un exemple est le marché du pétrole brut, avec quelques pays exportateurs formant un oligopole face à tous les autrespays qui sont les acheteurs.

    Hypothèse de travail retenue ici : on considèrera que le marché est concurrentiel. Les acteurs sont tous preneurs de prix, c’est-à-direagissent en traitant le prix comme une donnée. Les biens vendus sont homogènes.

    Dans ce contexte, l’objectif de l’analyse de l’offre et de la demande est de (1) comprendre comment et à quel niveau les prixs’établissent; (2) comprendre comment et à quels niveaux les quantités demandées et offertes s’établissent et comment s’établit laquantité agrégée d’équilibre.

    II. La demande

    Demande : Pour l’économiste, il s’agit de la quantité d’un bien ou d’un service qu’un ménage ou une entreprise décident d’acheter àun prix donné. L’économiste s’intéresse aussi bien à ce que les gens souhaitent acheter qu’à ce qui leur permet d’acheter, étant donnéleurs contraintes budgétaires et les prix des autres biens. Une méthode d’analyse de la demande consiste à se poser la question :comment réagissent les acheteurs face au changement du prix d’un bien, toute autre chose (revenu, prix des autres biens) étant fixée àun niveau donné ?

    2.1 La courbe de demande individuelle

    La courbe de demande définit la quantité demandée d’un bien pour chaque niveau de prix de ce bien.

    2.1.1 Déterminants de la demande individuelleSoit la demande de kouro-kouro. Les facteurs suivants sont importants pour comprendre les différentes quantités demandées pardifférentes personnes.

    Le prix du kouro-kouro. Si le prix du kouro-kouro augmente de façon exagérée, personne n’en achètera. Si le prix parcontre baisse de façon substantielle, des personnes qui hésitaient vont peut-être en acheter. En maintenant tous les autresfacteurs inchangés, la quantité demandée de Kouro-kouro diminue quand son prix augmente. C’est la loi de la demande.

    Le revenu. Lorsque le revenu d’un consommateur de kouro-kouro baisse, il diminuera probablement ses achats (saconsommation) de kouro-kouro. Un bien dont la quantité demandée diminue par suite d’une diminution du revenu (ou, ce quirevient au même, la quantité augmente lorsque le revenu augmente) est un bien dit normal. Si la quantité demandée diminue

    12

  • quand le revenu augmente, il s’agit d’un bien inférieur. Pour l’ensemble de la société urbaine, le kouro-kouro estprobablement un bien inférieur.

    Les prix des biens voisins. Au lieu de kouro-kouro, on peut consommer des cacahuètes, des noix d’anacarde, du pois deterre. On dit que ces biens sont des substituts du kouro-kouro. Lorsque le prix d’un bien substitut du kouro-kouro augmente,le consommateur aura tendance à acheter plus de kouro-kouro. Des exemples de biens substituts les uns pour les autres sont :le café et le thé, le jus de gingembre et le bissap, le bissap et les boissons industrielles gazeuses, la mobylette et le vélo. Desexemples de services substituables sont le sport et le cinéma. On dit que deux biens sont complémentaires lorsquel’augmentation du prix de l’un s’accompagne de la diminution de la quantité consommée de l’autre. Des exemples de bienscomplémentaires sont le bissap et le sucre.

    Les goûts. Celui qui n’aime pas le kouro-kouro n’en achètera pas (du moins pour sa propre consommation). Les goûts sontun déterminant fondamental de la demande d’un bien. En économie, on n’essaie pas d’expliquer comment les goûts seforment. Mais, on étudie l’impact d’un changement des goûts sur la demande.

    Les anticipations. Si on vous annonce que dans un mois vous aurez une augmentation de votre revenu, vous pouvezdépenser plus aujourd’hui sur un bien sur lequel vous aviez des hésitations. Si on vous annonce aujourd’hui que les prix deshabits que vous portez vont être multipliés par 3 dans deux mois par suite de modifications dans le commerce international,vous aurez tendance à acheter beaucoup d’habits aujourd’hui.

    2.1.2 Le barème de la demande

    Soit à étudier la demande de galettes de mil par Nong’misgu. D’après ses déclarations vous pouvez dresser le tableau suivant.

    Ainsi, malgré son désir pour les galettes Nong’misgu s’abstient d’en acheter lorsquele prix d’une galette atteint 25 F. Au fur et à mesure que le prix baisse, saconsommation de galettes augmente. L’ensemble des deux colonnes de ce tableauconstitue le plan ou barème de la demande de Nong’misgu. A partir de ce plan, onpeut représenter la courbe de demande sur un graphique.

    2.1.3 La courbe de demande

    Soit un système d’axes où nous portons en abscisse la quantité demandée de galettes et en ordonnée le prix des galettes.

    La courbe ainsi obtenue est descendante de la gauche vers la droite. On peut utiliserla courbe de deux façons :

    On peut se donner un prix et se demander la quantité de galettes achetéespar le consommateur. Ainsi, lorsque le prix est de 15 F, le croisement d’uneligne horizontale passant par 15 et la courbe donne le nombre de galettes :5.

    On peut se donner une quantité de galettes et se demander à quel prixNong’misgu accepterait d’acquérir cette quantité. Par exemple, pour unequantité de 10 galettes, notre consommateur serait prêt à payer 10 F pourchaque galette.

    NB : La construction de la courbe de demande s’appuie sur l’hypothèse suivante :aucun autre facteur ne change lorsque le prix de la galette change. Autrement dit, lerevenu, les prix des autres biens, les goûts et les anticipations sont fixes. On utilisel’expression “Toutes choses étant égales” pour designer cette clause. La phrase

    complète pour qualifier la loi de a demande est ainsi la suivante : « Toutes choses étant égales, l’augmentation du prix des galettess’accompagne de la baisse de la quantité demandée ». Souvent on utilise l’expression latine correspondant à l’expression « touteschoses étant égales par ailleurs » : Ceteris paribus, qui veut dire exactement la même chose mais en latin. Vous verrez donc desphrases du genre suivant : La quantité demandée d’un bien varie inversement avec le prix de ce bien, ceteris paribus. Noter l’intérêt decette clause : Si le prix des galettes augmente et que le revenu de Nong’misgu augmente aussi, il n’est plus sûr que la quantitédemandée de galettes va baisser. Nong’misgu peut « compenser » l’augmentation du prix par celle du revenu et consommer la mêmequantité de galettes qu’avant, aux nouveaux prix.

    2.2 La courbe de demande du marché

    13

    Prix des galettes (FCFA) Quantité demandée25 020 315 510 105 20

    Fig. 2.1 Courbe de demande de Nong'misgu

    0

    5

    10

    15

    20

    25

    30

    0 10 20 30

    Quantité de galettes

    Prix

    (FC

    FA)

  • Soit une économie composée de deux consommateurs, Nong’misgu et Ritta. Chaque consommateur exprime sa demande pour un bien,les galettes. On peut obtenir une courbe de demande pour la société en « additionnant » les courbes de demande des deux individus.La courbe de demande obtenue est la courbe de demande de marché (ou encore, demande totale ou demande agrégée).

    Le barème de la demande de Ritta est comme suit :

    Prix enFCFA

    Qtédemandée

    25 1

    20 2

    15 4

    10 7

    5 15

    En additionnant les deux barèmes on obtient le barème de la demande de marché suivant :

    Demande de marché des galettes

    Fig. 2.2 Courbe de demande de marché

    05

    1015

    2025

    30

    0 10 20 30 40

    Qté de galettes

    Prix

    (FC

    FA)

    La courbe de demande de marché obtenue a la même allure que la courbe de demande individuelle. Elle est décroissante de la gauchevers la droite. Cette propriété de la courbe de demande de marché est héritée de la propriété de la demande individuelle. Elles’explique aussi par le fait que lorsqu’on considère plusieurs individus, une augmentation du prix amène certaines personnes à seretirer du marché, conduisant à une baisse de la quantité total achetée. Dans l’exemple donné, les deux individus sortent du marchélorsque le prix des galettes atteint 25 F. On peut se demander quels sont les déterminants de la demande de marché. Premièrement, tous les déterminants de la demandeindividuelle sont aussi des déterminants de la demande de marché. Deuxièmement, il y a des facteurs additionnels, parmi lesquels lapopulation (la taille du marché) est déterminante.

    2.3 Déplacement des courbes de demande

    Le déplacement de la courbe de demande est causé par toute variation d’un facteur autre que le prix du bien. Par exemple, lorsque lerevenu d’un consommateur augmente, la quantité demandée aura tendance à augmenter, pour tout niveau de prix. On dit que la courbede demande se déplace vers la droite. Dans le temps par exemple, on peut étudier le comportement de la demande de galettes en

    14

    Prix enFCFA

    Qtédemandée

    25 1

    20 5

    15 9

    10 17

    5 35

  • milieu urbain. On peut considérer qu’à Ouagadougou, entre 1970 et 2003, la quantité de galettes consommées s’est accrue de façonsubstantielle par suite de la croissance démographique. A tout prix donné, la quantité de galettes demandée s’est accrue.

    2.4 Les sources de déplacement des courbes de demande

    De nombreux facteurs peuvent causer le déplacement de la courbe de demande. On peut les regrouper en facteurs économiques etfacteurs non-économiques.

    Facteurs économiques pouvant déplacer la courbe de demande. Il s’agit essentiellement du revenu et des prix des autresbiens. Parmi les autres biens, il y a les substituts et les compléments du bien analysé. Lorsque le prix d’un bien substituableaugmente, la courbe de demande se déplace vers la droite (la demande augmente : à tout niveau de prix, la quantité demandéedu bien augmente). S’il s’agit d’un complément, l’effet contraire est obtenu : l’augmentation du prix d’un complémententraîne un déplacement de la courbe de demande vers la gauche.

    Facteurs non économiques. Il s’agit principalement des changements dans les goûts (les préférences) des consommateurs etles modifications de la structure démographique de la population de référence. Lorsque la population augmente, la courbe dedemande se déplace vers la droite. Lorsque les préférences changent en faveur du bien, la courbe de demande se déplaceaussi vers la droite.

    On peut résumer les facteurs pouvant causer un déplacement de la courbe de demande comme suit :

    2.5 Déplacements le long de la courbe de demande et mouvements le long de cette courbe

    15

    Courbe de demande du marché en 2003

    Courbe dedemande du marché en 1970

    Qté demandée de galettes (Millions)

    Prix(FCFA)

    Q2003 Q1970

    P0

    Sources des déplacements des courbes de demande du marché

    Variation du revenuVariation du prix d’un bien substituableVariation du prix d’un bien complémentaireVariation de la structure de la populationChangements dans les préférencesModification de l’informationModification des conditions d’accès au créditModifications des anticipations

    Fig. 2.3 Déplacement de la courbe de demande.En 1970, la courbe de demande était la ligne légère. Au prix P0, la quantité totale demandée de galettes est donnée par Q1970. Trente trois années plus tard, la courbe s’est déplacée pour prendre la forme de la ligne en gras. La quantité demandée de galettes passe à Q2003, au même prix P0.

  • On ne doit pas confondre un déplacement de la courbe de la demande avec un glissement le long de la courbe de la demande. Unglissement le long de la courbe de demande est tout simplement la variation de la quantité demandée lorsque le prix du bien varie.Comme on l’a vu, une hausse du prix entraîne une baisse de la quantité demandée, donc un glissement vers le haut (de droite àgauche). Par contre, une baisse du prix entraîne une hausse de la quantité demandée, donc un glissement vers le bas (de droite àgauche), le long de la courbe.

    Une augmentation de la quantité demandée peut provenir de : (1) une baisse du prix ; (2) un déplacement de la courbe de demandevers la droite ; (3) une combinaison des deux.

    III. L’offre

    Le concept d’offre représente la quantité d’un bien ou d’un service qu’un ménage ou une entreprise souhaite vendre à un prix donné.On peut parler de l’offre de maïs par un producteur rural, de l’offre de galettes par une vendeuse de galettes à Ouagadougou, l’offre detravail d’un fonctionnaire public. On peut étudier l’offre en suivant le même cheminement que la demande.

    3.1 La courbe d’offre individuelle

    3.1.1 Déterminants de l’offre individuelle

    Le prix du bien : Toutes choses égales par ailleurs, une augmentation du prix du bien entraîne une augmentation de laquantité offerte par un individu. C’est la loi de l’offre.

    Les prix des facteurs de production : L’augmentation du prix d’un facteur de production essentiel peut diminuer la quantitéofferte. Par exemple, si la farine de mil devient plus chère, les galettes coûteront plus cher, entraînant une baisse de laquantité demandée.

    Les prix des autres produits. La quantité offerte d’un bien peut baisser quand le prix d’un autre bien augmente. Parexemple, si le prix des galettes augmente et s’y maintient, la production de boules (de mil) peut baisser, les vendeusespréférant produire des galettes devenues plus rentables.

    Prix futurs anticipés. L’anticipation de la hausse future du prix d’un bien peut faire baisser sa quantité offerte. Ceci estl’exemple d’un comportement spéculatif se traduisant par la rétention des stocks de produits.

    Technologie. Une amélioration de la technologie peut s’accompagner d’une baisse du coût de production, et par conséquentd’une augmentation de l’offre. Considérer par exemple la production de jus de pastèque. La technologie existante est unepresse qui occasionne beaucoup de perte de jus. Si une technologie plus performante permet de presser plus de pastèque parheure et perdre moins de jus, le coût de production par verre de jus baisse et par conséquent l’offre augmente.

    3.1.2 Le barème de l’offre

    Considérer l’offre de maïs par un producteur rural. Supposer que tous les facteurs autres que le prix sont donnés et maintenantconstants. On obtient le barème de l’offre suivant, pour différents niveaux du prix de maïs.

    Barème d’offre de maïs

    16

    Questions de révision

    1. Qu’entend-on par quantité demandée d’un bien ou d’un service?2. Enoncer la loi de la demande et l’illustrer par un exemple.3. Lister tous les facteurs qui affectent la quantité demandée et dire comment chaque facteur affecte la courbe de demande.4. Comment réagissent la quantité demandée et la courbe de demande de galettes si le prix des galettes chute, toute autre chose restant inchangée ?

  • Fig. 2.4. Courbe d'offre individuelle de maïs

    0

    50

    100

    150

    200

    0 100 200 300

    Qté de maïs (KG)

    Prix

    (FC

    FA)

    3.1.3 La courbe d’offre

    La courbe d’offre individuelle est obtenue en plaçant la quantité en abscisse et le prix en ordonnée. On obtient la courbe ci-dessus.

    3.2 La courbe d’offre du marché

    Soit deux producteurs de maïs, A et B, chacun désirant offrir du maïs sur le marché selon son propre plan. Le plan de l’offre totale (ouoffre agrégée ou offre de marché) s’obtient en faisant la somme des quantités offertes par les deux producteurs, à chaque niveau deprix.

    Fig. 2.5. Offre de marché du maïs

    020406080

    100120140160

    0 500 1000

    Qté (Kg)

    Prix

    (FC

    FA)

    Qa

    Qb

    Qt

    3.3 Déplacement des courbes d’offre

    Comme la courbe de demande, la courbe d’offre peut se déplacer suite à la variation de tout facteur autre que le prix du bien analysé.Supposons que la région de production de maïs soit frappée par une sécheresse. La production de maïs sera affectée négativement et lacourbe d’offre se déplacera vers la gauche. A tout niveau de prix, il y a moins de maïs offert sur le marché sur la nouvelle courbed’offre. Le graphique suivant représente cette situation. S est la courbe d’offre avant et S’ la courbe d’offre après la sécheresse. Au prixP, la quantité Q’ offerte après la sécheresse est inférieure à la quantité Q après la sécheresse.

    17

    Prix enFCFA

    Qté offerteen Kg

    0 025 5050 10075 150100 200150 250

    Prix Qa Qb Qt0 0 0 0

    25 50 75 12550 100 150 25075 150 200 350

    100 200 275 475150 250 350 600

  • 3.4 Les sources de déplacement des courbes d’offre

    Les facteurs qui causent le déplacement de la courbe d’offre sont nombreux. Une liste est donnée dans l’encadré ci-dessous. Chacunde ces facteurs déplace la courbe d’offre vers la gauche ou vers la droite. Par exemple, considérer la production de coton. Leprocessus de production utilise un intrant essentiel, l’engrais NPK. Si le prix de l’engrais augmente de façon substantielle, denombreux producteurs ne vont plus en acheter. Le rendement du coton étant très sensible à l’engrais, il s’ensuivra une diminution de laproduction totale et donc un déplacement de la courbe d’offre vers la gauche. Considérer maintenant la production de lait de chèvre.Une nouvelle technologie sous forme d’une nouvelle race de chèvre vient d’être adoptée par un grand nombre de producteurs. Cettetechnologie fait doubler la production journalière de lait par chèvre. Il en résultera un déplacement de la courbe d’offre de lait vers ladroite : A tout niveau de prix, la quantité de lait offerte sur le marché devient plus importante.

    18

    Prix

    Quantité

    S’

    S

    P

    Q’ Q

    Fig. 2.6 Déplacement de la courbe d’offre de maïs vers la gauche par suite d’une sécheresse. La courbe d’offre s’est déplacée de la droite vers la gauche, de S en S’. A tout prix donné, la quantité offerte devient inférieure.

  • 3.5 Déplacements le long de la courbe d’offre et mouvements le long de cette courbe

    19

    Sources de déplacement de la courbe d’offreVariation du prix des facteurs de productionEvolution des technologiesModification de l’environnement naturelModification des conditions d’accès au créditModification des anticipations

    Encadré 2.1Les conséquences de la sécheresse de 2000 sur le marché des céréales

    La saison agricole 2000-2001 a été marquée par une insuffisancepluviométrique qui a eu des conséquences négatives sur les récoltes. Laproduction totale de céréales au Burkina s’est établie à 2,286 millions detonnes, contre 2,700 millions de tonnes l’année antérieure. Il en est résulté undéficit céréalier (i.e. ce qui manque pour permettre à la population de senourrir de façon adéquate).

    La conséquence de la sécheresse a été de réduire l’offre de céréales sur lemarché. A tout niveau de prix, les vendeurs offraient moins de céréales sur lemarché que durant l’année antérieure.

    La baisse de l’offre a des effets sur le niveau des prix. Avec une courbe dedemande donnée (la sécheresse n’affecte pas les besoins de consommation dela population : la courbe de demande ne change pas), la baisse de l’offreentraîne une hausse des prix. Le prix du maïs a augmenté par rapport à l’annéeantérieure.

    L’économiste peut utiliser les schémas de l’offre et de la demande pourcomprendre ce qui s’est passé par la suite sur le marché du maïs. Lesspéculateurs, face à la mauvaise récolte, ont anticipé une baisse de l’offredurant la période de soudure et ont empilé des stocks pour vendre au prix élevéà cette période. Evènement non anticipé, il y a eu des entrées de maïs à partirdes pays voisins (notamment le Ghana) au moment de la soudure. L’effet deces entrées de maïs a été de déplacer la courbe d’offre vers la droite : à toutniveau de prix, la quantité vendue a augmenté. L’effet a été une pression à labaisse des prix, la courbe de demande étant donnée. Les consommateurs ont pubénéficier de ces prix bas et les spéculateurs ont obtenu beaucoup moins debénéfice qu’ils n’avaient anticipé.

  • Encore une fois il ne faut pas confondre le déplacement le long de la courbe et le déplacement de la courbe d’offre tout entière.Considérer l’offre de galettes. Les galettes sont produites par un nombre important de vendeuses. Lorsque le prix des galettesaugmente, chaque vendeuse essaie d’en produire plus. Il en résulte une augmentation de la quantité offerte sur le marché, provenantd’un glissement le long de la courbe d’offre, comme le montre le graphique ci-après. A côté de ce graphique, nous représentons unesituation où l’augmentation de la quantité offerte de galettes provient d’un déplacement de la courbe d’offre vers la droite.

    20

    Mouvements de la courbe ou le long de la courbe : Une question de repère !

    La courbe de demande et la courbe d’offre se représentent habituellement dans un repère prix-quantité, le prix se référant au prix du bien analysé. Dans un tel repère la courbe se déplace sous l’impact de toute variable qui n’appartient pas au repère. Par contre, la variation de toute variable appartenant au repère induit un mouvement le long de la courbe.

    Supposer que nous représentions la quantité demandée comme fonction du revenu. Ceci est bien possible, car le revenu est un des déterminants de la quantité demandée. Dans un repère revenu-quantité, on obtient une courbe croissante de la gauche vers la droite. Dans un tel repère, le changement du revenu induit un mouvement le long de la courbe, alors que le changement du prix du bien induit un déplacement de la courbe. Par exemple, si le prix du bien passe de 50 à 75, la quantité demandée diminue, pour tout niveau du revenu : la courbe se déplace vers la gauche.

    Questions de révision

    1. Comment définit-on la quantité offerte d’un bien ou d’un service ?2. Quelle différence faites-vous entre offre et production ?3. Enoncer la loi de l’offre et l’illustrer par un exemple.4. Donner la liste de tous les facteurs qui affectent le barème de l’offre.5. Pour chaque facteur de la question 4, dire comment la courbe d’offre est affectée.

  • IV. La rencontre de l’offre et de la demande

    Même s’il est utile d’étudier l’offre ou la demande d’un produit de manière isolée, c’est l’interaction entre les deux qui produit cequ’on observe dans une économie : le niveau des prix payé par les consommateurs et reçu par les producteurs et la quantité achetée etvendue par les deux types d’acteurs. Considérons le marché des galettes. Quel est le niveau du prix des galettes? Cela dépend desconditions de marché. Si par exemple aucun consommateur n’avait un goût pour les galettes, il est évident que le prix serait très bas.Si par contre les consommateurs se ruent sur une quantité limitée de galettes, celles-ci pourraient se vendre bien cher. En d’autrestermes, ce sont les conditions de l’offre et de la demande qui détermineront le prix des galettes.

    4.1 L’équilibre

    Portons sur le même graphique les courbes d’offre et de demande de galettes. On obtient une figure comme 2.8. L’intersection desdeux courbes détermine le prix payé par les acheteurs et perçu par les vendeurs. Dans le cas du marché des galettes, ce prix est de 10F.On attribue le nom ‘Prix d’équilibre’ à ce niveau de prix. A ce prix, les acheteurs achètent 1000 galettes. C’est la quantité d’équilibre.

    21

    Qo Q1

    Fig. 2.7. Mouvement le long de la courbe d’offre et déplacement de la courbe d’offre. La partie A du graphique montre un mouvement le long de la courbe d’offre tandis que la partie B illustre un déplacement de la courbe d’offre. Dans les deux cas, il en résulte une augmentation de la quantité offerte, de Qo à Q1. Mais la différence réside dans le niveau des prix. Dans la partie A, la quantité Q1 est obtenue au prix élevé p1. Dans la partie B, la quantité Q1 peut être obtenue sans que le prix ne change.

    A B

    Q1Q0

    P1

    P0

    P0

    PrixPrix

    QuantitéQuantité

    Offre Offre

  • Pour comprendre le concept d’équilibre, regardons ce qui se passe si le prix devait s’établir à un autre niveau. Si le prix est plus basque le prix d’équilibre, les acheteurs voudront acheter une quantité de galettes qui n’existe pas sur le marché. Dans ce cas, ils repartentinsatisfaits et plutôt que de le faire, certains seraient prêts à payer plus pour obtenir quelques galettes. De même, si le prix étaitsupérieur au prix d’équilibre, les vendeuses voudraient vendre des quantités que personne ne serait prêt à acheter. Des vendeusesrepartiront donc avec des galettes sous la main, qu’elles seront obligées de donner en cadeaux à des parents ou amis. Plutôt que de lefaire, certaines seront prêtes à vendre les galettes à un prix plus bas. En fait, le seul point qui satisfait simultanément les vendeuses etles acheteurs est le point d’équilibre, E. En ce point, la quantité que les vendeuses désirent vendre et celle que les acheteurs désirentacheter sont égales. L’équilibre est le lieu où les forces en présence annulent leurs effets, selon la définition du dictionnaire. C’est cequi se passe exactement sur le marché des galettes.

    4.2 La stabilité de l’équilibre

    Le point d’équilibre est le point ‘naturel’ du marché. En effet, lorsque pour une raison on s’écarte du point d’équilibre, les forces dumarché assurent qu’on est ramené à ce point. Supposons que par suite d’une décision des vendeuses le prix s’établit à 15 F la galette.A ce prix, les vendeuses mettent la quantité donnée par le point B sur le marché alors que les acheteurs sont prêts à acheter la quantitédonnée par le point A. Il en résulte un excès d’offre représenté par la distance AB. Dans une telle situation, certaines vendeuses vontcommencer à céder leurs galettes à des prix plus bas. Le mouvement se généralisera jusqu’à ce qu’on atteigne le point E et le prix de10 F. Peut-on aller en dessous du point E ? Supposons que l’on se retrouve dans la situation donnée par les points C et D, avec le prixdes galettes s’établissant à 5 F. Dans ce cas, les acheteurs sont prêts à acheter la quantité correspondant au point D et les vendeusesprêtes à vendre la quantité indiquée par le point C. Une situation d’excès de demande s’établit, représenté par la distance CD. Danscette situation, ce sont les consommateurs qui vont agir de manière à ramener le système au point E. Certains consommateurs degalettes vont se décider à payer au dessus de 5 F pour amener certaines vendeuses à leur vendre des galettes. Le mouvement segénéralise, le prix monte jusqu’au niveau de 10 F. En ce point E, il n’y a plus d’incitation à changer et le système se stabilise.

    Ainsi, les actions de multitudes d’acheteurs et de vendeurs poussent le prix vers le prix d’équilibre. Une fois ce prix d’équilibre atteint,tous les acteurs sont satisfaits et le prix ne subit plus aucune pression.

    22

    Demande

    Offre

    E

    Fig. 2.8 Equilibre entre offre et demande. L’intersection de la courbe de demande et de la courbe d’offre définit le point d’équilibre, E. Quand le prix est au-dessus de 10 F, l’offre excède la demande et le marché de galettes est en déséquilibre. De même pour tout prix inférieur à 10 F, la demande excède l’offre et le marché est encore en déséquilibre.

    10

    Quantité d’équilibre

    1000 Quantité de galettes

    Prix des galettes en FCFA

    15

    5

    BA

    C D

  • Le mécanisme d’équilibrage entre l’offre et la demande donne lieu à une loi : la loi de l’offre et de la demande, qui énonce que le prixd’un bien s’ajuste de manière à assurer l’égalité entre l’offre et la demande.

    La rapidité avec laquelle le prix s’ajuste dépend de la nature du marché. Sur certains marchés, le déséquilibre ne peut persisterlongtemps. Sur d’autres, une situation de déséquilibre peut persister plus longtemps.

    4.3 Analyse des modifications de l’équilibre

    Comme nous l’avons vu plus haut, les courbes de demande et d’offre peuvent se déplacer. De même, il peut y avoir des mouvementsle long de ces courbes. Ces deux types de changements sont provoqués par des forces (économiques ou non) que nous avons analyséesdans les sections concernées.

    L’équilibre se modifie sous l’action des forces modifiant la demande ou l’offre. Considérons le marché des galettes de mil. Dans unpremier temps, supposer que par suite d’un enchérissement des pièces détachées des moulins, le prix de la farine de mil augmente.Maintenant, à chaque niveau des prix, la quantité de galettes que les vendeuses sont prêtes à mettre sur le marché baisse (il s’agit del’effet de l’augmentation du prix d’un facteur de production essentiel). La courbe d’offre de galettes se déplace vers la gauche.L’équilibre se déplace de E0 à E1 où le prix payé par galette est plus élevé et la quantité achetée et vendue de galettes plus faible (voirfigure 2.9). On peut énoncer la règle générale suivante:

    23

    Règle : Effet du déplacement de la courbe d’offreUn déplacement de la courbe d’offre vers la gauche augmente le prix d’équilibre et réduit la quantité d’équilibre, la courbe de demande étant donnée.Un déplacement de la courbe d’offre vers la droite réduit le prix d’équilibre et augmente la quantité d’équilibre, la courbe de demande étant donnée.

  • Maintenant, supposer que par suite d’une campagne médicale, les consommateurs de galettes se rendent à l’évidence que les huilesutilisées dans la préparation des galettes ont un effet néfaste sur la santé. Cette prise de conscience aura pour effet de déplacer lacourbe de demande de galettes vers la gauche: A tout niveau de prix, les consommateurs achètent désormais moins de galettes. Lepoint d’équilibre passe de E0 à E1, où le prix payé est plus bas et la quantité d’équilibre plus faible. A partir de cette analyse, on peuténoncer la règle suivante:

    On voit ainsi qu’une modification de prix est due soit à un déplacement de la courbe de demande soit à un déplacement de la courbed’offre. Evidemment, il arrive que les pouvoirs publics manipulent les prix à la baisse ou à la hausse, sans tenir compte des forces dumarché. Ces changements autonomes de prix se traduisent par des glissements le long de la courbe d’offre ou de la courbe dedemande.

    4.2 L’utilisation des courbes de demande et d’offre

    24

    Courbe d’offre

    Courbe d’offre

    Courbe de demandeE0

    E1

    Q1 Q0

    P0

    P1 E0

    E1

    Courbe de demande

    P0

    P1

    P0P1

    Prix des galettes

    Prix des galettes

    Qté de galettes

    A B

    Fig. 2.9. Effets des déplacements des courbes d’offre et de demande sur les niveaux du prix et de la quantité.Dans le panel A, la courbe d’offre de galettes se déplace vers la gauche suite à l’augmentation du prix de la farine de mil. Le point d’équilibre passe de E0 à E1. Il en résulte un prix d’équilibre plus élevé, P1 et une quantité d’équilibre plus faible, Q1. Dans le panel B, la courbe de demande de galettes se déplace vers le bas (la gauche) par suite du changement de goût des consommateurs. Le point d’équilibre passe de E0 à E1. Il en résulte un prix d’équilibre plus bas, P1 et une quantité d’équilibre plus faible, Q1.

    Qté de galettes

    Règle : Effet du déplacement de la courbe de demandeUn déplacement de la courbe de demande vers la gauche réduit le prix d’équilibre et réduit la quantité d’équilibre, la courbe d’offre étant donnée.Un déplacement de la courbe de demande vers la droite augmente le prix d’équilibre et augmente la quantité d’équilibre, la courbe d’offre étant donnée.

  • Les déplacements des courbes donnent à l’économiste un outil puissant de compréhension de phénomènes économiques. Comme vuplus haut, ces déplacements de courbes sont à l’origine de la modification des prix que vous payez pour la plupart des biens. Unmodèle simple permet d’illustrer l’action simultanée de l’offre et de la demande (voir l’encadré 2.2).

    25

    Questions de révision

    1. Comment définit-on le prix d’équilibre d’un bien ?2. Pour quelle rangée de prix y a-t-il excédent sur le marché ?3. Pour quelle rangée de prix y a-t-il déficit sur le marché ?4. En cas de surplus, comment le prix réagit-il ?5. En cas de déficit, comment le prix réagit-il ?

  • V. Prix, valeur et coût

    Le prix est défini en économie comme la somme donnée en échange d’un bien ou d’un service. Dans ce sens, le prix est déterminé parles forces de l’offre et de la demande. Quelle relation y a-t-il entre valeur et prix ? Le premier économiste, Adam Smith, faisait ladistinction entre la valeur d’échange, qui est l’équivalent du concept de prix, et la valeur d’usage. La valeur d’usage est l’utilité ou la

    26

    Encadré 2.2UN MODÈLE ÉCONOMIQUE :

    COMPRENDRE LA FORMATION DES PRIX SUR LE MARCHÉ DES FRUITS A OUAGADOUGOU

    Il est arrivé à chacun de vous de vous demander pourquoi les fruits coûtent si cher à Ouagadougou alors qu’à Orodara, quelque 400 Km plus loin, ces fruits coûtent très peu de chose. A l’aide des outils simples des courbes d’offre, de demande et du concept d’équilibre, l’économiste est à même d’expliquer le niveau des prix. Pour cela, il construit un modèle simple d’offre et de demande. Un modèle est toujours constitué de trois types de relation : des identités, des relations de comportement et des conditions d’équilibre.

    La demande de marché (ou demande totale ou encore demande agrégée) de fruits est la somme des demandes des différents consommateurs. Une telle relation est une identité. De même l’offre totale de fruits est la somme des quantités offertes des différents vendeurs. C’est aussi une identité.

    La courbe de demande décrit la relation entre le prix et la quantité demandée. Lorsque le prix augmente, on s’attend à ce que la quantité demandée baisse, et vice versa. Cette relation est une relation de comportement (elle décrit la manière dont sont censés agir les consommateurs). La courbe d’offre, qui établit aussi le lien entre prix et quantité offerte, est une relation de comportement.

    Le point de satisfaction mutuelle des vendeurs et acheteurs sur un marché est le point d’équilibre. L’équilibre exige que la quantité demandée soit égale à la quantité offerte. Ceci se produit à l’intersection entre la courbe d’offre et la courbe de demande.

    En représentant mathématiquement ces idées, l’économiste est capable de dire ce qui cause le niveau des p