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chapitre 5--Manon des Sources

Chapitre 5: Manon des Sources

La communauté villageoise pagnolienne est au complet dans La Femme du boulanger où Pagnol est au sommet de son art cinématographique. Plusieurs années après la deuxième guerre mondiale, en 1952, Marcel Pagnol, devenu membre de l'Académie Française, écrit et réalise un film de quatre heures qu'il appelle Manon des Sources. L'histoire rappelle vaguement celle de Colline, le roman par Jean Giono auquel Pagnol avait acheté les droits en 1932. Il s'agit donc d'un village privé d'eau; c'est le seul exemple d'une communauté négative, peuplé de gens nuisibles, dans toute l'œuvre pagnolienne.[endnoteRef:1] [1: À part "les farceurs" du Schpountz; ce film dépeint la communauté du cinéma français pendant les années trente et contient plusieurs communautés avec des valeurs en conflit. Voir la discussion de Ginette Vincendeau, French Cinema in the 1930s: Social Text and Context of a Popular Entertainment Medium (The British Library: U of East Angia, 1985) 161-164 et l'article par Michel Marie and Francis Vanoye, "Comment parler la bouche pleine?," Communications: Enonciation et cinéma 38 (1983): 51-74. ]

Manon des Sources contraste également avec l'esthétique établie par Pagnol, car il contient plusieurs monologues. Pendant ces soliloques, le dialogue et l'action s'arrêtent complètement pendant qu'un personnage parle. Par contre, les scènes visuelles montrant la Provence, les paysages autour du village, et les commentaires des paysans sont plus nombreux que dans les films précédents, ce qui a mené André Bazin à dire (en 1952) que l'accent de Provence n'est pas un accessoire pittoresque, mais "consubstantiel au texte et par-là, aux personnages"[endnoteRef:2]. Le paysage joue un rôle important dans ce film, et la communauté humaine des Bastides Blanches, silencieuse au sujet de la source bouchée par la famille Soubeyran, devient aussi méchante et aussi menaçante que les collines sans eau. Les membres de la collectivité n'ont pas beaucoup changé depuis La Femme du boulanger; chaque personnage représente un métier utile au village. Ici, pourtant, il y a aussi un notaire à la retraite, autrement dit, un personnage superfétatoire. [2: André Bazin, "Le Cas Pagnol," Qu'est-ce que le cinéma?, 2nd ed. (Paris: Cerf, 1994/1958) 181. ]

Au commencement du film, on voit les hommes du groupe qui se réunissent devant le café de Pamphile; l'ambiance rappelle le début de Marius. L'individu qui s'oppose à la collectivité est, comme toujours, celui mentionné dans le titre du film: Manon des Sources. Celle-ci est la fille de Jean de Florette dont l'histoire sera racontée brièvement pendant le film.

Jean de Florette était un habitant de la ville qui est venu s'installer avec sa femme et ses deux enfants à la campagne dans la ferme qu'il a héritée. Il n'est pas paysan et il a tout appris dans les livres. Les gens de la commune ne l'aiment pas et lui aussi, il les évite. César Soubeyran veut acheter ses terres pour son neveu, Ugolin. Celui-ci fait semblant d'être l'ami de Jean de Florette, mais Ugolin ne lui dit pas que sa ferme contient une source--et pire encore, César et son neveu bouchent cette source pour obliger l'ancien citadin à vendre ses terres. À cause d'Ugolin et de son oncle, Jean de Florette et son fils meurent, sa femme devient folle et sa fille, Manon, habite dans une grotte mangeant les produits de la Provence. La famille de Jean de Florette a donc tout perdu.

Après la mort de Jean, Ugolin a acheté la ferme à un prix dérisoire et en secret, il a débouché la source. Il a désormais une plantation fleurissante d'oeillets. Les habitants des Bastides Blanches l'ont vu faire, mais personne n'est intervenu pour parler de cette source à Jean de Florette.

Manon a grandi et en tant qu'adulte, elle est devenue sauvageonne. Pourtant, Ugolin tombe amoureux d'elle et veut l'épouser; elle est dégoûtée par lui parce qu'elle comprend que son père est mort par les actions d'Ugolin.

Au début du film, la jeune femme est poursuivie dans les collines par les gendarmes parce qu'un jeune homme du village l'accuse de l'avoir battu. Quand Manon est capturée, les villageois décident de mener un procès contre elle. La scène la plus importante de la première partie du film sera ce procès où l'instituteur défendra la jeune femme contre les témoins qui sont surtout les vieilles femmes de la communauté. La tension sexuelle éclate une fois de plus dans la collectivité pagnolienne, car ce sont la beauté, la jeunesse, la sexualité et la liberté de Manon qui menacent les femmes de la commune et risquent de dissoudre l'unité du groupe. Le procès qui s'ensuit montre l'opposition exemplaire entre un individu lié à la nature et la collectivité coupeé de ses sources. La source devient donc un symbole des origines de la civilisation humaine.

Le lendemain du procès, l'eau de la fontaine du village ne coule plus. Les femmes accusent Manon d'y avoir jeté un sort, et bientôt tous les habitants s'inquiètent. Sans eau, personne ne peut plus y vivre et le village deviendra désert et vide.[endnoteRef:3] L'ingénieur du génie rural vient expliquer aux villageois ce qu'ils savent déjà, c'est-à-dire qu'il n'y a plus d'eau et qu'il ne sait pas quand elle reviendra ni même si elle reviendra. Pendant cette scène, Pagnol saute sur l'occasion pour parodier le langage administratif. Et, comme dans La Femme du boulanger, le curé et l'instituteur organisent, chacun sa part, la solution à la crise. Celui-là fait un sermon de vingt minutes[endnoteRef:4] dans l'église où il parle des mauvaises actions de certains membres du groupe et du silence de tout le monde. Celui-ci invite Manon et Ugolin chez lui avec d'autres villageois après le sermon et finalement, à cause du bon sens de l'instituteur ajouté au sermon du curé, le dialogue est rétabli dans la communauté. [3: Nous avons vu ce qui s'est passé à Aubignane dans Regain et le trouble causé par le manque de pain dans La Femme du boulanger. ] [4: Neuf pages dans Marcel Pagnol, Manon des Sources dialogue du film réalisé en 1952 (Monte-Carlo: Editions Pastorelly, 1984). ]

A la fin, Ugolin se tue parce qu'il n'aura jamais le pardon et l'amour de Manon. Elle choisit l'instituteur, l'homme de la parole, comme mari et elle sera intégrée à la collectivité. Le mauvais élément est donc exclu (Ugolin) du nouvel ordre, et le Papet comprend combien il avait tort d'exclure la fille parce qu'il apprend que Jean de Florette était son propre fils et que Manon est donc sa petite-fille. C'est la seule fois où Pagnol mette en question toute la bonne foi de la communauté et accuse tous les membres du groupe d'avoir exclu un étranger par méchanceté et par bêtise.

La communauté du film (1952)

La communauté contient, selon la distribution du film, vingt-sept personnages.[endnoteRef:5] La commune a un maire (qui est en même temps le propriétaire du bistrot campagnard contenant le téléphone--source de dialogue dans le monde moderne), un boulanger, un boucher, un menuisier, un fontainier, un instituteur, un curé, un forgeron, et des paysans avec leurs femmes. Un notaire à la retraite participe, lui aussi, aux discussions des villageois. Ce groupe est le plus grand de toutes les collectivités pagnoliennes. Cette communauté est entier et c'est un microcosme du village mondial. Tous les métiers sont représentés aussi bien que le pouvoir religieux et les institutions laïques. [5: Marcel Pagnol, Oeuvres Complètes, tome quatorzième (Paris: Chez Jean de Bonnot, 1980). Les pages données pour les citations seront dans cette même édition. ]

Les femmes du groupe, étant des personnages secondaires, se ressemblent toutes, mais les hommes ont des points de vue qui s'opposent les uns aux autres, et c'est leur échange d'opinions qui est nécessaire pour entamer les discussions; celles-ci mettent en contact policé les membres de la société. La première scène montre le groupe masculin divisé sur la question du jour: les gendarmes attraperont-ils oui ou non Manon? Le Papet, Philoxène et le boulanger pensent que oui; le boucher, le menuisier et Pétugue croient que non. Le village, comme dans La Femme du boulanger, est un lieu fermé, mais ceux qui ont travaillé en ville après leur service militaire, comme le boucher,[endnoteRef:6] ont des idées plus ouvertes, car les débats et les échanges avec d'autres aident les gens à accepter des opinions différentes et à s'exprimer sans violence. [6: Ibid. 23. ]

Cette discussion est donc le précurseur du procès, la scène essentielle de la première partie du film.[endnoteRef:7] La polémique en litige sera au sujet de Manon, celle qui risque de dissoudre la communauté. Comme le brigadier explique: "L'accusé n'est jamais d'accord avec le plaignant. C'est ce que fait l'intérêt de tous les procès"[endnoteRef:8]. C'est donc un moment dramatique où les personnages s'opposent: l'instituteur défendra Manon parce qu'elle est "toute seule"[endnoteRef:9], tandis que le maire, en tant que représentant civique, jouera le rôle du procureur de la République. Le dialogue a ici une structure formelle d'opposition. [7: Le film sera divisé en deux parties pour paraître dans les salles de cinéma; la deuxième partie s'appellera Ugolin. "Mais la direction de la Gaumont, qui assurera la distribution du film, émet des réserves sur le montage en deux parties. Elle craint l'opposition des directeurs de salles, les difficultés de la programmation pour deux semaines consécutives et, selon certains, le manque d'enthousiasme du public...Pour en avoir le cœur net, Marcel invite alors tous ses collaborateurs et le