Contamination humaine et animale par Leptospira interrogans australis
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  • LETTRE A L 'EDITEUR M*d Mal Infect. 1992 ; 22 :880-2

    Contamination humaine et animale par Leptospira interrogans australis

    G. ANDRE-FONTAINE", R. BOUDET'", J. DE COQUET"', P.H. REYNAL"", J.P. GANIERE" et M. LARRAT"

    La leptospirose est une des zoonoses les plus r~pan- dues dans le monde. Sur le territoire metropolitain les cas humains sont peu nombreux. Pour 1990, le Centre National de Reference de rlnstitut Pasteur a d~nombr~ 233 diagnostics positifs. Leur origine reste souvent difficile 8 determiner : sur 3 784 observes en 7 ansen metropole et dans les DOM-TOM, seuls 925 etaient documentes.

    Uetude suivante se propose de montrer, 8 propos d'un cas, rinterdependance possible de !a maladie humaine et de rinfection des animaux domestiques.

    OBSERVATION

    Le 10 juillet 1991, apr~s 5 jours d'asth~nie intense, de c~phal~es, de frissons et de myalgies, Monsieur C..., 58 ans, est hospitalise dans le service de N~phrologie pour insuffisance r~nale aigu~ febrile.

    A radmission, on constate une hyperhemie conjonc- tivale, une discrete raideur de la nuque. Les auscul- tations cardiaque et pulmonaire sont normales et le reste de rexamen clinique est sans particularite (pas d'ict~re, pas de purpura, pas de spl~nom~galie). Sur le plan biologique, diverses perturbations sont notees (tableau I). Les h~mocultures sur milieux usuels sont n~gatives. Le liquide cephalorachidien (LCR) limpide, contient 28 lymphocytes par mm 3. Le diagnostic de leptospirose est envisag~ sur les elements cliniques et biologiques, ainsi que sur les arguments ~pidemio- Iogiques suivants : Monsieur C .... ~leveur de bovins, dispose de batiments de stockage de fourrage reconnus comme largement frequentes par rats et campagnols.

    " Re~u le 20:11.1991. Acceptation d~finitive le 04.02.J:992.. "" Labqratoire de Maladies Contagieuses, Ecole Natiort~flv V~t~rinaire de Nantes, Route de Gachet, CP 3013, F-44087 Nantes cedex 03, ** Centre Hospitalier G6n~ral de Brive, F-19312 Brive cedex. "*** Docteur VSt~rinaire, 1:-19130 Objat.

    Pour confirmer le diagnostic, un tube de sang h~pa- rin~ et un tube de LCR sont envoy~s au laboratoire le 11 juillet. Les 2 pr~l~vements, requs le 12 juillet, sont imm~diatement trait~s : les aliquots de plasma et de LCR sont mis en culture dans un milieu sp~cifique des leptospires (EMJH + enrichissement DIFCO) ; des aliquots de plasma et de LCR sont inocul~s chacun une gerbille ; un aliquot du plasma est envoye au

    Tableau I : Bilan biologique.

    SANG - H~moglobine : 116 g/l Leucocytes 4 310/ram 3 dont neutrophiles : 52 % Plaquettes 101 000/ram 3 Cr~atinine = 42 mg/l Urge = 1,42 g/] Sodium = 137 mmol/l Potassium = 3,4 mmol/l Chlore = 94 mmol/l Bicarbonate = 24 mmol/1 Calcium = 2,1 retool/1 Phosphore : 1,2 mmol/l Acide urique = 107 mg/l Albumine = 34,3 gA Globulines = 30 g/1 (al = 5,4 %, a2 --- 15,2 %, 1~ = 12,9 %, T-- 12,9 %) ASAT = 29 Ul/l ALAT = 79 UIA ~GT = 99 UI/I Phosphatases alcalines = 88 UI/I Bilimbine = 14 mgJl (conjuguae 11 mg/1}

    URINE - Urge = 28 g/24 h - Sodium = 85 mmol/24 h - Potassium = 69 mmol/24 h - Chlore = 63 mmol/24 h

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  • centre de r~f~rence de l'lnstitut Pasteur pour re- cherche par PCR (Polymerase Chain Reaction). Deux pr~l~vements sanguins sont r~alis~s, le 20 juillet et le 1 er aoflt pour examens s~rologiques (antig~nes formol~s commerciaux DIFCO et test de micro- agglutination de souches vivantes ou MAT). Un traitement par amoxiciUine avait ~t~ entrepris d~s les examens bact~riologiques r~alis~s. L'~volution clinique s'est r~v~l~e favorable, sans complication.

    RESULTATS BACTERIOLOGIQUES

    Les cultures en milieu sp~cifique sont rest~es n~gatives rant ~ partir du plasma que du LCR. La PCR effectu~e sur le plasma n'a pas permis de mettre en ~vidence des leptospires. L'inoculation aux gerbilles a provoqu6 en 3 jours la mort de l'animal ayant regu par voie p~riton~ale le liquide c~phalo- rachidien. A partir de cet animal pour lequel les contr61es bact~riologiques ordinaires ont ~t~ n~gatifs, s'est d~velopp~e en 3 semaines une culture de lepto- spires.

    Les antig~nes commerciaux, qui ne pr~sentent que quelques s~rogroupes, n'ont pas permis de mettre en ~vidence d'anticorps. En revanche, une nette s~roconversion a ~t~ constat~e en MAT vis-a-vis du s~rogroupe Aust ra l i s (s~rovars austra l is , brat is lava et munchen) et du s~rogroupe Panama (s~rovar panama) . (tableau II). On constate des titres ~lev~s, malgr~ rantibioth~rapie pr~coce. On note ~galement quelques coagglutinines vis-a-vis des s~rovars

    Tableau II : Titres s~rologiques obtenus en MAT.

    S~rovars 11/07/91 20/07/91 01/08/91

    copenhagen i - 40 40

    i c te rohaemorrhag iae - - -

    panama 320 > 5 120 2 560

    se j roe - - -

    hard jo - - -

    wo l f f i - 40 - can ico la - - -

    hebdomadis - 40 40

    pyrogenes - - -

    z a n o m i - - -

    p o m o n a - - -

    tarassovi - - -

    autumna l i s - - -

    austra l is 320 > 5 120 5 120 brat is lava 320 > 5 120 5 120 munchen 320 > 5 120 > 5 120

    copenhagen i , hebdomadis et wol f f i . La r6ponse s6rologique du patient laisse supposer que la souche isol~e par passage sur la gerbille appartient soit au s~rogroupe Aust ra l i s soit au s~rogroupe Panama.

    DISCUSSION

    Ce cas clinique appelle deux types de remarques bact~riologiques et ~pid~miologiques, d'une part sur les moyens de diagnostic disponibles en cas de suspi- cion de leptospirose, d'autre part, sur les modalit6s de contamination humaine.

    Remarques bact~riologiques

    Les leptospires ont ~t~ isol~ ~ partir du LCR apr~s passage sur animal sensible, alors que le plasma n'a pennis ni risolement, ni la raise en ~vidence par la PCR. Deux hypotheses sont possibles : ou les leptospires ~taient presents dans le sang lors du pr~l~vement (6 ~me jour de la maladie) mais se sont lys~s durant les 24 heures du transport, alors que le LCR permet une meilleure conservation, ou il n'exis- tait d~j~ plus de bact6ri~mie. Cette derni~re hypo- th~se semble la plus probable, vu le r~sultat n~gatif de la PCR, dont la sensibilit~ est de l'ordre de 102 germes. U6chec de la r6action s~rologique d'ag- glutination par les antig~nes commerciaux s'explique par rabsence d'antig~ne du s~rogroupe Aust ra l i s . Mais, d~s le I er pr~l~vement (6 ~me jour), le MAT montrait d~j8 des titres relativement ~lev~s, de rordre de 320. On constate par ailleurs que rantibioth~rapie entreprise le 6 ~me jour n'a pas emp~ch~ le d~veloppe- merit d'une forte r6action s~rologique.

    Remarques ~pid&miologiques

    Uhypoth6se de contamination ~ partir de rongeurs ~tait plausible. N~anmoins, rats et campagnols ne sont pas les r~servoirs pr~f~rentiels des s~rogroupes Aust ra l i s ou Panama. En revanche, le groupe Aust ra l i s est fr~quemment retrouv~ chez les bovins chez lesquels il peut provoquer des avortements (3, 6). Les bovins infect~s d~veloppent une infection chronique avec excretion urinaire discontinue pou- vant durer plusieurs mois voire plusieurs ann~es (5).

    Une deuxi~me hypoth~se de la contamination du malade ~tant donc le contact avec des mati~res viru- lentes ~mises par ses bovins, un contrOle s~rologique a ~t~ effectu~ sur ses 11 vaches (r~sultats tableau III). Six des onze animaux de l'exploitation sont posi- tifs vis-a-vis d'au moins un s~rovar du s~rogroupe Aust ra l i s (titre >_ 100), certains avec des titres de 400 ~ 800, en faveur d'une infection relativement r~cente (de 3 semaines ~ 3 mois). La r~ponse des bovins est en faveur d'une infection par un leptospire du s~rogroupe Aust ra l i s , groupe ~galement suspect~ chez le malade. La contamination de Monsieur C...

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  • Tableau I!i : Titres s/~rologiques des bovins de rexplo|tation pour les s~rovars de leptospires test~s.

    Animal copen- grippo- hebdo- sejroe hardjo wolffi autum- aus- brat is-munchen pana- hageni typhosa madis nalis tralis laua ma

    779 0 0 0 0 0 0 0 200 400 200 0 768 0 0 0 0 0 0 0 100 100 0 0 368 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 778 0 0 0 0 0 0 0 0 100 0 0 369 0 0 0 0 0 0 0 400 800 400 0 767 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 764 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 367 100 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 759 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 776 0 0 0 0 0 0 0 200 400 200 0 766 0 200 0 0 0 0 0 200 200 100 0

    partir de ses propres animaux est vraisemblable. Nombreux sont les cas humains contract,s aupr~s de leurs troupeaux (1, 4, 7) en particulier par contact avec rurine d'animaux excr~teurs non symptoma- tiques (2). L'infection animale, chronique, peut passer inaper~ue sur de petits cheptels pour lesquels la

    notion de troubles de la reproduction collectifs ne peut @tre appr~ci~e. L'homme est expos~ de ce fair une source de contamination non suspect~e et risque de d~velopper de la maladie. La leptospirose consti- rue un authentique risque professionnel chez les ~leveurs.

    SUMMARY HUMAN AND ANIMAL INFECTION BY L, INTERROGANS AUSTRALIS

    The authors report one case of leptospirosis occuring in a farmer. Diagnostic methods and epidemiological factors are discussed.

    Key-words : Leptospirosis - Epidemiology - Diagnosis - Zoonosis.

    Mots-cl~s : Leptospirose - Epid~miologie - Diagnostic - Zoonose.

    BIBLIOGRAPHIE

    1. ANONYMES - Leptospiroses humaines. Rev Epid~m Hebd. 1985 ; 21 : 248-50.

    2. ANONYME - Leptospira hazard to humans. Vet Rec. 1986 ; 119 : 541.

    3. ANDRE-FONTAINE G., GANIERE J.P., BOUKERROU A., PROTIN P., MENARD M.F., QUINIOU M.A. - Etude de la pr~vanence des anticorps leptospirosiques chez les vaehes ayant avort,} en Loire-Atlantique au cours de I'ann,}e 1984. Rev Med Vet. 1986 ; 137 : 427-37.

    4. DESMARCHELIER P.M. - Human leptospirosis in new south

    wales, 1975-1985. Med dAustral. 1987 ; 146 : 353-7. 5. ELLIS W.A., O'BRIEN J . J . , CASSELS J.A., NEILL S.D.,

    HANNA J. - Ex