Contes Recits Canada

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Charles Quinel et Adhmar de Montgon

Contes et Rcits du

Canadaditions Fernand Nathan, Paris, 1940.

Un document produit en version numrique par Jean-Marc Simonet, bnvole, professeur retrait de lenseignement suprieur de lUniversit de Paris XI-Orsay Courriel: jmsimonet@wanadoo.fr Dans le cadre de la collection: "Les classiques des sciences sociales" Site web: http://classiques.uqac.ca/ Une collection dveloppe en collaboration avec la Bibliothque Paul-mile-Boulet de l'Universit du Qubec Chicoutimi Site web: http://bibliotheque.uqac.ca/

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Cette dition lectronique a t ralise par Jean-Marc Simonet, bnvole. Courriel: jmsimonet@wanadoo.fr

partir du livre de : Charles Quinel et Adhmar de Montgon

Contes et rcits du CanadaLibrairie Fernand Nathan, Paris,1940, 256 pages, Collection des contes et lgendes de tous les pays.

Polices de caractres utilise : Pour le texte: Times New Roman, 14 points. Pour les notes de bas de page : Times New Roman, 10 points. dition lectronique ralise avec le traitement de textes Microsoft Word 2004 pour Macintosh. Mise en page sur papier format : LETTRE (US letter), 8.5 x 11) dition numrique ralise le 28 fvrier 2006 Chicoutimi, Ville de Saguenay, province de Qubec, Canada.

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Charles Quinel et Adhmar de Montgon

Contes et rcits du Canada

Librairie Fernand Nathan, Paris,1940, 256 pages, Collection des contes et lgendes de tous les pays.

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Table des Matires1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. 12. 13. 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. 21. 22. Les diables cornus Leau de feu Le fier mensonge Le Leonidas canadien La ruse de M. de Frontenac Une amazone de quinze ans La belle prise de deux matelots Les trois du fort Sainte-Anne Les premires armes de George Washington Les plaines dAbraham Lhroque Vauquelin Le dernier sige de Qubec Lle de la Demoiselle Et la cloche sonnait Frdric au paradis Les fi-follets Ti-Jean et le cheval blanc Les tours de Pois-Vert Ti-Pierre et la chatte blanche Le roi et le vinaigrier Le pudding de Nol Le cavalier masqu

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Les diables cornus

Retour la table des matires

ORSQUE, le 14 septembre 1535, Cartier, venant au Canada pour la deuxime fois, mouilla dans lestuaire du Saint-Laurent avec ses trois navires, la Grande Hermine, la Petite Hermine et lEmerillon, il fut accueilli avec enthousiasme par les indignes. Les deux Hurons, Domagaya et Tagnoagny, quil avait emmens avec lui Saint-Malo et quil ramenait, savaient assez de franais pour lui servir dinterprtes. Ces deux jeunes gens lui prsentrent Donnaconna, chef de tribu influent que lon appelait lagouhanna du Canada. Ce dernier offrit lexplorateur malouin des anguilles, du poisson, des melons et toute sorte du gibier. Il venait bord des nefs avec une nombreuse suite dhommes et de femmes qui, pour faire honneur aux blancs, dansaient et chantaient sur le pont. Tous ces peaux-rouges taient nus et se contentaient de se badigeonner le corps de couleurs vives. Seul, lagouhanna portait une couverture, en mme temps ornement, protection et manteau royal. Il prsidait aux jeux et aux danses de ses sujets et restait des heures entires assis sur le toit de ce palais flottant dont les proportions lui paraissaient dmesures. Un jour, Cartier, sadressant Domagaya, lui dit : Explique donc lagouhanna que je dsire pntrer plus loin dans lintrieur des terres. On ma cont quil existait une ville, nomme Hochelaga, et je voudrais la connatre. A mesure que le Malouin parlait, la figure du Huron prenait une teinte cendre; il traduisait les paroles du blanc Donnaconna qui fut saisi

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dune sorte de tremblement. Les deux indignes se concertrent longuement, puis Domagaya rpondit en franais : Le seigneur Donnaconna serait fch que vous alliez Hochelaga, car la rivire ne vaut rien. Cela ne mempchera point de my rendre, rpliqua Jacques Cartier, car jai ordre du Roi, mon matre, daller le plus avant quil me sera possible. Le chef indien, par le truchement de Domagaya, insista : on allait tomber au milieu des neiges, le froid serait intolrable, des tourmentes couperaient la route des explorateurs. Cartier secoua la tte. Jirai cote que cote, duss-je aller tout seul. Le lendemain, le surlendemain, les jours suivants, Donnaconna revint. Il tait toujours charg de prsents; il rptait inlassablement que ctait folie de tenter cette entreprise, que, pour lui, il nirait pas et quil interdirait aux deux Hurons interprtes de suivre lexplorateur. Je nai besoin de personne, rpliquait schement Cartier. On poussait fivreusement les prparatifs pour une expdition vers louest; on ne devait emmener que lEmerillon dont le tirant deau tait faible. Donnaconna fit une tentative dsespre. Deux jours avant celui fix pour le dpart, il arriva lair hagard, une peinture toute frache sur le corps et la chevelure plus emplume que dhabitude. Tagnoagny parla en son nom : Le chef dit quil y a de mauvaises nouvelles. Lesquelles donc ? demanda Cartier dj habitu la nervosit des Indiens. Le seigneur Donnaconna, pronona linterprte dun air de respectueuse componction, a interrog les gnies du fleuve au fond des bois; il y a pass la nuit. Le dieu Cudouagny lui il parl et lui a dit quil y aurait tant de glace sur le fleuve et de telles temptes de neige que tous ceux qui tenteraient de gagner Hochelaga mourraient. Cartier haussa les paules. Votre Cudouagny nest quun sot. Moi aussi jai interrog mon Dieu. Les Indiens dressrent loreille. Que vous a-t-il dit? demanda Domagaya mfiant.

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Quil ferait beau temps. Voyant que, dcidment, il ny avait pas moyen de dtourner le Franais de sa rsolution, Donnaconna autorisa les deux interprtes hurons continuer leur service et, lui-mme demanda voyager sur lEmerillon. Lexplorateur attribua un si prompt revirement la versatilit des Indiens et la stupfaction quils avaient d prouver en apprenant quil avait convers avec son Dieu, alors quils savaient fort bien que le dieu Cudouagny ne leur avait fait aucune confidence. LEmerillon leva ses ancres, une bonne brise de mer gonfla ses voiles et la petite caravelle se mit bravement remonter le somptueux fleuve canadien, large comme un bras de mer entre ses rives boises. La temprature de ce dbut dautomne tait douce et rien ne faisait prvoir une tombe de neige prmature. Pour jouir du beau spectacle, les gentilshommes, les officiers de lexpdition et les marins qui ntaient pas de service, staient runis lavant de la nef. Lagouhanna, Domagaya et Tagnoagny, ainsi que plusieurs autres Indiens se tenaient au milieu deux. Les peaux-rouges avaient la tte basse, la mine craintive. A chaque instant, ils se penchaient par-dessus le bordage comme sils redoutaient quelque chose. Les gnies ne nous laisseront pas passer, rptaient sans cesse les Hurons. Ce sont de puissants gnies et le seigneur Cartier a tort de ddaigner nos avertissements; son enttement le perdra. Pour nous qui sommes ses amis, nous sommes. prts mourir avec lui. Ces propos inquitaient les Franais, Le malaise prit naissance chez les simples matelots, bretons pour la plupart, braves mais superstitieux. Les gentilshommes se laissrent gagner par la contagion, puis les compagnons mmes de Cartier : Claude de Pontbriant, Charles de La Pommeraye, Guillaume Le Breton, Mac Jalobert, le beau-frre de lexplorateur.

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Peut-tre, murmura ce dernier dans loreille de Pontbriant, le commandant a-t-il commis une imprudence en sengageant si avant dans ce pays. Il y a encore ici beaucoup de choses que nous ne connaissons pas. La Pommeraye, bien quil affectt plus dassurance, nen tait pas moins soucieux en son for intrieur. Evidemment, notre sainte Mre lEglise nous interdit de croire aux divinits barbares que redoutent ces sauvages, mais il se pourrait quils appelassent gnies des diables et en ce cas rien ne sopposerait ce que ce ft la vrit. Dautant, ajouta Guillaume Le Breton, ami personnel et voisin de campagne de Cartier, que la description que les Hurons mont faite de leurs gnies ressemble singulirement celle de diables cornus. Nous en avons vu dessins sur les parois de leurs huttes Staclacone 1 ; ils taient en tout pareils ces diables cornus dont vous parlez. Tandis que la nervosit augmentait, Jacques Cartier, assis dans sa chambre de poupe, inscrivait les vnements de ces derniers jours sur le livre de son journal. Il tait en retard; lcriture ntait pas son fait. Aussi sabsorbait-il dans sa tche, indiffrent ce qui se passait sur le tillac, car il avait la plus entire confiance dans son pilote. Le jour baissait, le soleil se couchait devant la proue du navire, projetant sur le fleuve ses reflets rouges. A droite et gauche, les ombres stendaient sur les forts et les collines. On arriva un coude du fleuve qui, doublant un cap rocheux, sincurvait vers le nord, Il fallut modifier la voilure. Soudain, du haut des vergues o les hommes taient grimps pour la manuvre, tomba un cri deffroi : Des diables cornus ! Tous les yeux se fixrent dans la mme direction : quelques encablures en avant. du beaupr, une pirogue peinte en rouge

1 Le village sur lemplacement duquel slve aujourdhui Qubec.

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descendait lentement le courant la rencontre de lEmerillon. Trois tres galement rouges occupaient lembarcation. Des hommes! Non. Si les corps avaient bien une forme humaine, les ttes taient celles de buffles avec leurs larges cornes rec