Cours de Projections de population Mdem 25f - Cours de Projections de population Mdem 25f Licence dأ©mographie

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  • Cours de Projections de population Mdem 25f Licence démographie Bénédicte Gérard

    SAUVY A. (1928), "La population française jusqu’en 1956. Essai de prévision démographique.", Journal de la Société de Paris, n°12, pp.321-327.

    Introduction

    Les projections de population peuvent illustrer les conséquences de telle ou telle évolution des phénomènes démographiques. Ce fut le premier rôle des calculs sur l'évolution future de la population, réalisés en France par Alfred Sauvy, démographe et économiste né en 1898 et mort en 19901. Redoutant les effets de la baisse de la fécondité, l'auteur veut montrer ce que deviendrait la population française, si la fécondité se maintenait au niveau observé au début des années 1920. Il alerte ainsi sur la diminution et le vieillissement de la population.

    Plan de l’exposé

    I. Contexte et problématique II. La méthode de projection : hypothèses et calculs III. Résultats des projections, confrontation avec la réalité, critique des hypothèses Conclusion

    I. Contexte et problématique

    1. Le contexte

    La spécificité française en matière de natalité et la guerre de 1914-18

    L'attitude de Sauvy ne peut se comprendre sans référence à ces décennies de la fin du XIXe siècle et du début de 20e siècle au cours desquelles une inquiétude profonde quant à l'avenir de la population française, à sa capacité de faire face à la concurrence de ses voisins, se développe parmi les élites. - La natalité et la fécondité sont en baisse en France depuis déjà le milieu du XVIIIe siècle (transition

    démographique). Le bas niveau du nombre de naissances est vécu comme un affaiblissement du pays ; il est mis en relation avec les défaites de la guerre de 1870, et de la première phase de la guerre de 1914-18.

    - De plus la démographie française est particulièrement marquée par la guerre de 1914-18. Dans les années 1920, les pertes dues à la guerre de 1914-18 sont obsédantes, du fait de leur ampleur et parce qu'elles se superposaient aux effets des décennies de dénatalité d'avant guerre. Le pays a perdu 1 420 000 personnes, soit 3,5 % de sa population de 1914. De plus cette perte de population s’est concentrée dans le groupe des jeunes adultes : plus de 20 % en moyenne des jeunes mobilisés âgés de 20 à 30 ans sont morts au combat. Par ailleurs, pendant ces années de guerre, la fécondité légitime a diminué d'environ 40 % par rapport à son niveau pourtant déjà peu élevé du début du siècle, creusant la pyramide des âges. La population ne retrouve durablement son niveau de 1914 qu'à partir de 1950. L'accroissement de la population est minime et la part des plus âgés augmente dans la population.

    La reprise des grandes questions de politique sociale et familiale

    Dans les années 1920, les grandes questions qui n'avaient pas été réglées à la veille du premier conflit mondial sont à nouveau discutées. Les ministres des finances craignent que l'ensemble des mesures envisagées compromette l'équilibre budgétaire. Les gouvernements successifs demandent à leurs services statistiques, en particulier à la Statistique Générale de France, d'évaluer le nombre probable des personnes bénéficiaires de chacune des mesures envisagées. Les statisticiens démographes et économistes de la SGF ( Sauvy y travaille depuis 1922) sont très sollicités. De leurs évaluations découlent la possibilité d'adopter tel projet plutôt qu'un autre.

    Exemples de mesures :

    1 D’après le Petit Robert des Noms Propres (Edition 2002). Alfred Sauvy est un « Démographe et économiste français. Directeur de l’Institut national démographique (1945-1962), professeur au Collège de France, il est l’auteur d’importantes études économiques et démographiques (Théorie générale de la population, 1952-1954 ; La Nature Sociale, 1957 ; Croissance zéro, 1973).

    Pour en savoir plus : http://sauvy.site.ined.fr/

  • - Aide aux familles nombreuses, réforme fiscale allégeant les charges financières qui pèsent sur les grandes familles, congés pour les accouchées de 4 enfants (loi du 14 juillet 1913) ;

    - Nouvelle loi sur les assurances sociales couvrant à la fois la maladie, la maternité, la vieillesse et l'invalidité (premier projet en 1921, puis prolifération des projets car le poids que les charges feront peser sur l'économie, sur l'équilibre général du système et sur l'importance de la contribution de l'Etat demeure au centre des préoccupations).

    C'est dans ce contexte (réduction de la natalité, charge grandissante déjà des personnes âgées), que Sauvy propose une estimation de l'évolution de la population française, dont dépendent aussi l'équilibre futur et l'avenir des assurances sociales.

    2. Problématique

    Sauvy redoute les effets de la baisse de la fécondité et veut montrer (notamment aux politiques) ce que deviendrait la population française, si la fécondité se maintenait au niveau du début des années 1920, dans l'ensemble du territoire. p. 322 : « Nulle part la question démographique ne présente la même gravité qu'en France. Aussi a-t-il semblait intéressant d'étudier dans toute leur rigueur les conditions du problème et de reconnaître dans la mesure du possible de quelle façon se présente notre avenir démographique ». La population de la France diminuerait et vieillirait ; sachant que sa décroissance serait la conséquence de son vieillissement. (Dans son deuxième texte, Sauvy explicite son souhait que l'état prenne des mesures pour freiner la dénatalité. Il est persuadé de l'utilité d'une politique de population).

    Les buts de Sauvy sont clairement énoncés p. 322 « C'est ainsi que l'on peut suivre jusqu'en 1946, les variations de la population adulte ou âgée de plus de 18 ans. On peut aussi se limiter à la population en âge de travailler, au nombre d'hommes en âge de porter les armes ou au nombre des femmes en âge de procréer ». On retrouve ainsi les grandes catégories des âges de la vie ; la bonne administration du pays supposant la connaissance précise de ces différents effectifs, considérés comme les variables essentielles à l'appréciation des possibilités d'action politique et de la crédibilité des grandes lois sociales.

    Le terme de vieillissement apparaît dans son commentaire de l'évolution probable des naissances et des décès de 1927 à 1956 p. 325. Selon ses calculs, l'excédent des naissances sur les décès disparaîtrait en 1935, faisant place à un déficit qui atteindrait son point culminant en 1945. Déficit qui serait uniquement la conséquence du vieillissement de la population : " D'après les hypothèses faites sur la constance des taux de natalité et de mortalité, il importe de remarquer que ces résultats ne font qu'enregistrer les conséquences du vieillissement progressif de la population, vieillissement qui a pour effet d'élever la mortalité générale et d'abaisser la natalité". C'est le renflement du sommet de la pyramide des âges par rapport à sa base que Sauvy désigne par l’expression de « vieillissement progressif ».

    Sauvy est le premier à utiliser l’expression de « vieillissement de la population ». Par cette image, en un mot, il caractérise l'ensemble d'un processus, c’est-à-dire les effets des facteurs de la dynamique démographique (fécondité, mortalité et migrations ) sur la structure par âge d'une population. Si Alfred Sauvy est le premier à employer cette expression de vieillissement démographique, il faut toutefois préciser que la voie est ouverte par des précurseurs, dont un est particulièrement important : Jacques Bertillon. Celui-ci dénonce déjà à la fin du XIX e siècle la baisse de la natalité et introduit la métaphore qui consiste à comparer la population à un être vivant qui vieilli.

    II. La méthode de projection : hypothèses et calculs

    A l'instar des économistes qui tentent de prévoir les crises économistes et les mouvements boursiers, des météorologues, ou de la prévision budgétaire, Sauvy utilise les statistiques afin de prévoir l'avenir démographique qui « obéit à certaines lois et ne dépend par uniquement des caprices du hasard » (p.321). En matière de démographie il est possible de réaliser des prévisions beaucoup plus lointaine, car « Cette science n'enregistre en général que des mouvements forts lents, c'est aussi qu'elle n'étudie que des masses importantes, affectées par conséquent d'une inertie considérable ». Des exemples étrangers l'encouragent à réaliser ces projections.

    La situation de départ est celle du 1er janvier 1921 : la France comprend 38 900 000 habitants dont on connaît la répartition par âge et par sexe. Les calculs sont effectués jusqu'à l'année 1956.

  • Des trois facteurs de la dynamique démographique : fécondité, mortalité et migrations, Sauvy ne va estimer que les deux premiers et laisse de coté la question du flux migratoire. Cf. p. 322 « Les trois facteurs qui concourent à modifier une population , décès, naissances, migrations, se prêtent d’une façon très inégale à la prévision. Les décès peuvent être calculés avec une approximation satisfaisante ; ils ne dépendent que dans une assez faible mesure de la volonté humaine et obéissent par suite à des lois rigides dont les effets ne varient que lentement. Les évaluations de naissances sont déjà plus aléatoires ; le nombre de celles-ci dépend plus ou moins des mœurs, des conditions d’existence et d’habitation, de la législation, etc. Les chances d’erreur sont par suite beaucoup plus élevées que pour les décès.