DAKAR 66 Chroniques d’un festival panafricain - .Discours du président sénégalais, Léopold

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  • DAKAR 66 Chroniques dun festival panafricain

  • Introduction Du 1er au 24 avril 1966, Dakar fut le thtre dun vnement qui attira des milliers de spectateurs venus du monde entier : le Premier festival mondial des arts ngres. Sous le patronage de lUNESCO, cette vaste manifestation tait organise par lEtat sngalais et la Socit africaine de culture, rseau international structur autour de linfluente revue Prsence africaine. Visiteurs et Dakarois purent assister une multitude de spectacles, dexpositions, de confrences et de ftes de rue, ainsi qu un dfil continu de figures politiques et intellectuelles. La concordance des dates du Festival avec celles de lanniversaire de lindpendance du Sngal et des ftes religieuses de lAd el-Kebir et de Pques contribua leffervescence du moment.

    Lobjectif tait ambitieux : le Festival se voulait tout la fois lexpression et le vecteur dune socit nouvelle aux prises avec les promesses des Indpendances africaines. Le projet avait pour socle la Ngritude, philosophie proclamant lautorit de la culture noire lchelle mondiale, labore dans les annes 1930 et 40 et chre au prsident sngalais Lopold Sdar Senghor, un de ses principaux architectes. Rpercute par de nombreux mdias, la manifestation eut un puissant impact sur larticulation dimaginaires politiques au Nord comme au Sud du Sahara et bien au-del, en Amrique du Nord, au Brsil et dans les Carabes. En pleine Guerre froide, le Festival fut aussi le thtre daffrontements vise gopolitique, qui dbordrent le projet initial.

    Cette exposition sur le Festival se prsente comme une srie de chroniques, chacune mettant en lumire un aspect diffrent de la manifestation. Ni rtrospective, ni commmoration, elle propose plutt une dambulation en mots et en images le long de parcours manant de sources diverses : organisateurs, participants, observateurs

  • Le festival de Dakar sera-t-il aussi le creuset o se reforgera lAfrique Noire de demain ? se demandaient les journalistes dAfrique Nouvelle.

    Cest que Dakar avait fait peau neuve pour loccasion : de vastes chantiers avaient t lancs, des quartiers entiers nettoys, des complexes hteliers et un muse construits, pour faire de la capitale sngalaise une vitrine de la modernit.

    Si lon sen tient aux rapports officiels, le prsident Senghor personnifia lui seul le Festival. Via cet vnement, il stait donn pour but de sortir le concept de Ngritude des livres afin den dmontrer la porte pratique. Pour la dfense et lillustration de la Ngritude : ainsi caractrisait-il avec gravit le projet dans son discours inaugural. Il entendait ainsi mettre lpreuve ce modle philosophique, qui constituait ses yeux tout la fois lexpression de lunit

    culturelle africaine et le meilleur moyen de lui donner corps.

    Le Festival, cependant, ne fut pas exempt de critiques : trop grande connivence entre le Sngal et la France, jetant le trouble sur les revendications panafricanistes du projet et sur le renouveau quil tait cens incarner ; dfinition restreinte aux enjeux culturels de la Ngritude ; silence sur des mouvements anticoloniaux contemporains qui disaient une tout autre Afrique que celle mise en scne par le Festival. Ces critiques prsageaient dj une autre grande manifestation des annes 1960 en Afrique : le Premier festival culturel panafricain dAlger (1969). L, les dbats lancs Dakar allaient sarticuler ceux de la Confrence de solidarit des peuples dAsie, dAfrique et dAmrique latine (Tricontinentale de la Havane, 1966).

  • Discours du prsident sngalais, Lopold Sdar Senghor, et dAndr Malraux, ministre franais de la culture, prononcs Dakar le 30 mars 1966, au cours de la sance douverture du colloque Fonction et signification de lart ngre dans la vie du peuple et pour le peuple , organis loccasion du Festival. Ces interventions furent diffuses en France le 4 avril 1966, au journal tlvis de 13 heures. 230 Festival des Arts ngres Dakar. Institut National de l'Audiovisuel

    Cest pourquoi, aux hommes dtat africains qui nous disent : Messieurs les artistes africains, travaillez sauver lart africain , nous rpondons : hommes dAfrique et vous dabord, politiques africains, parce que cest vous qui tes les plus responsables, faites-nous de la bonne politique africaine, faites-nous une bonne Afrique, faites-nous une Afrique o il y a encore des raisons desprer, des moyens de saccomplir, des raisons dtre fiers, refaites lAfrique une dignit et une sant, et lart africain sera sauv .

    Extrait du discours prononc le 6 avril 1966 Dakar par lcrivain Aim Csaire, un des pres de la Ngritude, au cours du colloque Fonction et signification de lart ngre dans la vie du peuple et pour le peuple .

  • Le Premier festival mondial des arts ngres, film amricain ralis par William Greaves (1926-2014) 40 1968 William Greaves Productions

    En 1968 sort un important film du ralisateur amricain William Greaves, consacr au Festival. Cest une commande de la United States Information Agency. Fond en 1953 par le prsident Eisenhower, cet organisme est une pice matresse du programme mis en place par Washington pour promouvoir les intrts des Etats-Unis ltranger, dans le cadre de la Guerre froide. Le film de Greaves est complexe. Centr sur la dlgation afro-amricaine au Festival, trie sur le volet par le Dpartement dEtat, il participe dune campagne de propagande. Le film, en effet, sera montr travers lAfrique, afin de persuader les nations nouvellement indpendantes du continent que lAmrique des annes 1960 nest pas un pays violemment raciste. Mais le film est aussi un pied de nez cette reprsentation lisse des Etats-Unis. La commande tait pour un court-mtrage. Greaves sempare du projet et produit un long-mtrage dont le but, expliquera-t-il a posteriori, tait de faire enfin un film qui exprime une perspective noire sur la ralit . Un pionnier du cinma afro-amricain, Greaves produisit au cours de sa longue carrire plus de deux cents films documentaires.

  • Regards de la presse mainstream sur le Festival

  • Pour les membres dune certaine intelligentsia afro-amricaine la manifestation organise par Senghor se profilait comme lieu dune rencontre cruciale entre Africains et afro-descendants

    Ctait le cas, notamment, du doyen des potes Noirs amricains, Langston Hughes, qui voyait un lien troit entre le concept de Ngritude et celui de Soul, fondamental llaboration de la musique, de la peinture et de lcriture afro-amricaines au XXe sicle.

    Cette approche, cependant, ne faisait pas lunanimit. Pour un nombre important de penseurs et de crateurs afro-amricains, la Ngritude posait un problme fondamental : celui dun regard essentialiste qui refusait de prendre en compte des dimensions politiques pourtant critiques.

    Cette opinion, exprime dans les annes 1950 dj par lcrivain Richard Wright, dtourna du festival de nombreux intellectuels afro-amricains. Lestablishment blanc, lui aussi, avait ses opinions sur le Festival. Washington, en particulier, sy intressait, dans le cadre dun programme n de la Guerre froide, visant prsenter travers le monde une image des Etats-Unis comme un bastion de libert - ce alors mme que le pays tait en proie une violence sgrgationniste radicale. Dans cette optique, le Dpartement dEtat constitua une dlgation afro-amricaine. Tris sur le volet par une prsidente blanche, ses membres furent choisis certes pour leur grand talent, mais aussi pour leur absence dengagement politique.

  • Extrait dune interview du professeur Harold Weaver (2013) Collection PANAFEST Archive/ Sous-titres : Dominique Malaquais

    En 1966, lintellectuel Harold Weaver est approch par AMSAC, la branche tats-unienne de la Socit africaine de culture. Celle-ci lui propose de participer au Festival en tant que spectateur. En compagnie de quelque cent penseurs et artistes afro-amricains, il se rendra Dakar dans un avion affrt par AMSAC. A son grand dam, il dcouvrira une anne plus tard quAMSAC est une organisation sponsorise par la CIA, dans le cadre dune campagne monte par Washington afin de prsenter ltranger limage errone dune Amrique galitaire, exempte de racisme. Interview en 2013, il raconte ce douloureux pisode. Directeur inaugural de la chaire dtudes africaines la prestigieuse Rutgers University, Weaver fut le premier professeur offrir un cours sur le cinma africain aux Etats-Unis.

  • RETOUR DE FESTIVAL

  • DIAPORAMA Les clichs autoriss et officiels du Festival que lon voit ici (noir et blanc) appartenaient la collection de Jean Mazel, coordinateur et conseiller technique du Festival, nomm par Lopold Sdar Senghor. On y voit Senghor, lempereur dEthiopie, Hail Selassi, lcrivain nigrian Wole Soyinka, Duke Ellington, la danseuse Katherine Dunham et des membres de la troupe Alvin Ailey, Andr Malraux Ces images montrent aussi des spectacles, un vnement son et lumire organis sur lle de Gore, des vues de deux expositions : Art ngre : sources, volutions, expansion et Tendances et confrontations , des scnes de rue. Les photographies en couleur ont t prises par Roland Kaehr. Kaehr tait lassistant du musologue suisse Jean Gabus, un des commissaires de lexposition Art ngre et le concepteur principal du Muse dynamique, lieu de lexposition rig spcialement pour le Festival. Fonds Jean Mazel et fonds Roland Kaehr. Collection PANAFEST Archive

  • Le 21 janvier 1966, le journal Dakar-Matin Un htel flottant sovitique pour le Festival mondial des arts ngres .

    Quelques jours auparavant, le commissaire national du Festival et les autorits sovitiques avaient sign un accord pour la mise disposition dun paquebot de 750 places, le Rossia.

    Quelque 700 touristes venus dURSS assistrent au Festival. Une soire au thtre Daniel Sorano, haut-lieu de la manifestation, fut consacre deux potes sovitiques, Evgueni Dolmatovski et Evgue