Deschamps La Grece d'Aujourd'Hui

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    18-Jul-2015

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Deschamps, Gaston (1861-1931). La Grce d'aujourd'hui. 1995.

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LA GRGE D'AUJOURD'HUI

Il a t tir part, sur papier de Hollande, dix exemplaires numrots de la Grce d'aujourd'hui. Ces exemplaires sont mis en vente au prix de S francs.

Droits de traduction et de reproduction rservs pour tous les pays, y compris la Sude et la Norvge.

:onlommiers.

Imp. PAULBRODARD.

GASTON DESCHAMPS LA GR C E D'AUJOURD'HUIQUATRIME DITION

PARISARMAND COLIN ET Cie, DITEURS 5, RUEDEMZIRES1894 Tous droits rservs.

LAGRCE D'AUJOURD'HUI

CHAPITRE PREMIERL'arrive Athnes. La gare du Ploponse le port du et Pire. L'Acropole printemps. Lanouvelle thnes. au A Divertissements athniens. L'agora. Le royaume de Grce se compose d'une petite ville et d'un assez grand nombre de villages. Mais cette petite ville possde un trsor pour lequel beaucoup de personnes donneraient toutes les btisses des capitales de l'Occident l'Acropole. Et ces villages sont habits par une race ingnieuse et patiente, qui a vaincu, par sa tnacit, les plus violentes temptes, qui est sortie, plus allgre que jamais, d'un naufrage de plusieurs sicles, qui est encore endolorie par les dures annes de servage et de misre, mais qui possde les deux qualits par o les nations malheureuses russissent lasser la mauvaise fortune le don de se souvenir quand mme, et la capacit d'esprer malgr tout.3 j_ _L LA GRCE D'AUJOURD'HUI..1 '1

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LA

GRCE

D'AUJOURD'HUI

r 1 .7. 1~T.n"nn Il ne faut point juger ce peuple sur l'apparence. On risquerait d'noncer sur son compte quelqu'une de ces apprciations partiales et irrites, dont sont coutumiers les voyageurs presss qui voient l'Atdu paquebot. tique entre l'arrive et le dpart Toutes les fois que la question d'Orient se commine de marcher plique, si l'arme grecque fait vers la frontire de Macdoine, si les chrtiens de Crte essayent d'apitoyer les puissances sur leur sort, il se trouve rgulirement un touriste pour adresser aux journaux d'Occident une dissertation de politique, o il y a des considrations gnrales et des phrases solennelles, mais surtout un peu de haine contre un douanier brutal, beaucoup de rancune contre un htelier perfide, un ressentiment mal dguis contre les cochers narquois auxquels on est oblig de recourir si l'on veut djeuner dans le bois sacr de Colone ou dner sur les marbres d'leusis. Il faut pardonner ce genre de littrature factieuse toutes les sottises qu'il a fait natre; car nous lui devons un chef-d'uvre la Grce contemporaine d'Edmond About. De tous les peuples bavards et aimables, le le moins aispeuple grec est celui qui se rvle ment l'tranger qui passe. On peut habiter Athnes, courir de salon en salon, causer avec les riches banquiers qui se flattent de bien parler notre langue et de bien copier nos lgances, et ne rien comprendre aux choses de Grce. G'est le

L'ARRIVEA ATHNES

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iaucoun de diplomates, dont l'investigation cas de beaucoup de dinlomates. dont l'investigation ne dpasse gure la limite des maisons o l'on danse, et l'habitude de quelques Franais qui considrent leur sjour l-bas comme un exil, et qui se construisent laborieusement, au pied de l'Acropole, un petit Montmartre. Chateaubriand, dans son admirable Itinraire de Paris Jrusalem, affirme que la plus belle route par o l'on puisse arriver Athnes est celle qu'il a prise, et que la ville de Ccrops doit tre vue d'abord des hauteurs de Daphni, sur la route d'leusis. Les voyageurs ne prennent plus gure cette voie, o l'illustre crivain avait t engag par sa fantaisie et son caprice. Aujourd'hui, ceux qui ont peur du mal de mer prennent leur billet Paris, la gare de Lyon, traversent l'Italie toute vapeur, s'embarquent Brindisi sur un bateau du Lloyd, touchent Corfou, se transportent avec leurs malles sur un paquebot hellnique qui leur fait payer, par de fortes odeurs de saumure et d'huile, la brivet charmante de la traverse, voient les maisons neuves de Patras, admirent le golfe de Lpante, s'arrtent Corinthe, o ils sont invitablement affligs par la douane et consols par le buffet, courent en chemin de fer, le long d'une corniche, entre la mer et des pentes abruptes, saluent, du fond de leur wagon, les noms illustres de Mgare et d'Eleusis, cris pleins poumons par le chef du train, aperoivent des montagnes de plus

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en plus chauves et des plaines de plus en plus striles, entendent enfin, comme en un songe dor, et 'AS-ivai,! descendent ce cri triomphant 'A8-/jvxi.! dans un ple-mle de gens qui s'embrassent, de bagages qui tombent, d'employs qui se querellent, sur le quai de la gare du Ploponse, vilaine btisse dans un terrain vague. Lorsque le voyaet tout mu geur s'lance hors de la gare, heureux de fouler enfin ce sol bni, il est tonn de se trouver d'abord dans un dsert. Il ne voit, autour de lui, que de pauvres cabanes de bois, o des gens mal vtus boivent et bavardent. Est-ce l cette Athnes tant rve? Cette station, perdue en rase de Yankees campagne, comme un campement la ville de Priparmi des tribus de Pawnies, c'est cls ? Il faut, en effet, se rsigner faire un assez et de long chemin avant d'entrer dans des rues voir des tres civiliss. Lorsque les Athniens eurent permis des Belges et des Anglais de construire les deux lignes qui vont d'Athnes au Pire et d'Athnes dans les bourgs du Ploponse, ils exigrent que les deux gares fussent situes aussi loin que possible de la ville; et, comme on opposait leurs discours l'incommodit de la distance, la fatigue des voyageurs, ils rpondirent ne que ces raisons n'taient point bonnes, qu'il fallait pas s'inquiter de l'loignement de ces deux gares, et qu'avec l'aide de Pallas, la ville d'Athnes, en sa rapide croissance, saurait bien les rattraper.

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A'

L'ARRIVE

A ATHNES

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1, t 3- -1_ Les Athniens ne dsesprent pas de rejoindre un jour le Pire, ce qui ferait une ville de douze kilomtres de long, et ce qui enlverait aux voyageurs le plaisir de longer, de temps en temps, le peu qui reste des murs de Thmistocle. L'arrive par le Pire est plus conforme que l'autre aux traditions antiques et veille toutes sortes de rves exquis. On a beau se dire que l'on est assis sur la dunette d'un paquebot qui ronfle, fume et s'bat lourdement comme un monstre sans lgance, on pense aux trirmes enlumines et fleuries qui beraient les chansons des athltes vainqueurs. Il faut, si l'on veut voir l'Attique dans toute sa beaut, et avec la grce de sa rapide fracheur, entrer dans le port de Pire un jour de printemps, au moment o les tideurs prcoces du mois de mars gayent de verdure htive et lgre la scheresse des collines de sable. Lorsque Yorghi, batelier de l'cole franaise, qui m'attendait au bas de l'chelle du Sindh, accosta au quai de tuf gristre prs de la douane, je fis un faux pas sur une des marches, et, sans le vouloir, peut-tre par l'effet d'une secrte influence des dieux, j'entrai genoux dans la patrie de Phidias j'ai cru depuis qu'il y avait un heureux prsage dans le hasard qui me prosternait ainsi, malgr moi, ds mes premiers pas dans le doux pays o a fleuri l'adolescence du monde, et o devait jaillir la source vive de toute joie, de toute science et de toute beaut.

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Je fns interromnu. ce moment, dans la prit Je fus interrompu, ce moment, dans prire mentale que j'adressais Zeus Hospitalier, protecteur des voyageurs, par l'arrive des douaniers, hommes injustes et vtus de tuniques vertes. La vrit m'oblige, bien qu'il m'en cote, vous conter mes dmls avec ces Barbares, qui ne mritent pas le nom d'Hellnes, et que je comparerais volontiers ces archers scythes qui taient chargs, au temps de la rpublique athnienne, des basses fonctions de police auxquelles un homme bien n ne saurait consentir. Chez la plupart des nations civilises, la douane est ennuyeuse. Au Pire et Corinthe, elle est taquine, cocasse, comique, rapace, philosophe avec tant de sans-gne et concussionnaire avec tant de bonne humeur, que, de tous les ministres qui se sont succd au pouvoir, M. Tricoupis seul eut le courage de se fcher et d'envoyer en prison plusieurs employs, convaincus d'innombrables facties. Dans certains pays, le voyageur est guett au passage par des brigadiers graves et dignes, qui procdent minutieusement l'examen des bagages, avec la scurit d'une bonne conscience et la srnit du devoir accompli. Mais ds que vous entrez dans ce grand et maussade btiment, qui gte avec tant de maladresse et de gaucherie le dcor du Pire, cinq ou six drles, les uns avec des kpis officiels, les autres nu-tte, tous vocifrants et surexcits, vous bousculent,

LE PORT DU PIRE

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vous harponnent, vous arrachent vos caisses, vos valises, vos paquets. Non sans terreur, vous voyez accourir une seconde escouade, qui est arme de haches pour faire sauter les planches rebelles et avoir raison des clous rcalcitrants. En moins de rien, le voyageur mlancolique voit ses affaires parpilles sur le sol, livres comme une proie toute une canaille loquace, qui exerce vos dpens et sans le moindre scrupule le droit de bris et d'pave. Pendant que vous vous morfondez, impatient, nerveux, fbrile, vos bourreaux ttent l'toffe de vos habits, examinent vos chapeaux, les apprcient, donnent leur avis en fins et dlicats connaisseurs. Cependant, comme vous avez l'habitude des administrations correctes et des tarifs prcis, vous cherchez, dans cette foule hostile, quelqu'un qui puisse vous venir en aide. Vous regardez autour de vous, afin de rencontrer la face loyale et le regard secourable d'un inspecteur, d'un contrleur, d'un vrificateur. Vous demandez parler un chef, une autorit rgulirement constitue. On vous conduit devant un grillage, travers lequel un Palikare en paletot vous regarde d'un air tonn, coute vos dolances avec un sourire de stupeur, dit quelques mots inintelligibles l'oreille de ses voisins, et vous quitte pour s'entretenir familirement avec un cercle de gens de mauvaise mine, qui n'ont point l'air intimid par son paletot, et qui l'appellent adelph (frre),

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dans l'enceinte mme de son grillage directorial. Finalement, on vous rclame une somme quelconque, qui varie entre quatre et cent francs, droits fantastiques, dont personne n'a jamais devin l'objet et dont on ne verra jamais le mystrieux ` tarif. Un de mes amis, qui sait le grec aussi bien qu'un cabaretier du Magne, fut tellement indign par ces vexations, qu'il harangua pendant dix minutes tout le personnel de la douane. Je le vois encore, debout au milieu de ses malles dfonces, de ses valises bouscules et de ses hardes gisantes, montrant d'un grand geste la route de l'Acropole et s'criant que c'tait bien la peine de supporter tant d'avanies pour venir contempler le squelette calcin d'un vieux temple, et jouir de la socit de deux millions de Palikares, qui vivent de cet immortel dbris! Gomme la plupart des grands orateurs, il exagrait la vrit afin de la rendre plus frappante. Les douaniers sont les concierges d'une nation il ne faut pas juger le royaume de Grce d'aprs la loge. Lorsqu'on a des bagages, on ne peut songer prendre le petit chemin de fer qui fait le trajet d'Athnes au Pire. Le mieux est d'accepter les services des cochers errants qui vous proposent de vous traner, vous et votre fortune, dans de grands landaus, exils on ne sait par quel destin dans les chelles du Levant, aprs avoir suivi,

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=>. Occident, des nop.fis dj anciennes. sans doute, pn Orp/idfinL rlp.s noces dm anciennes. en Les vieilles voitures aiment le chemin d'Athnes et les sentiers du bois sacr des Muses le carrosse dor qui devait servir la rentre solennelle du comte de Chambord et qui attendit, longtemps, chez Binder, le retour -des migrs, se repose maintenant dans les. remises, du. roi George. Je l'ai vu passer, rue d'Herms, lorsqu'on clbra en grande pompe, l'glise mtropolitaine, la majorit du prince hritier Constantin. Les patriotes hellnes ne dsesprent pas de le voir un jour grimper les rues montantes et difficiles qui mnent Sainte-Sophie. Les landaus athniens s'appellent, dans la dlicieuse langue du pays, amaxa. C'est par ce mot, vous vous le rappelez, qu'Homre dsigne le char d'Achille. Avant de monter sur le marchepied de ces chars, il faut faire avec le cocher ce qu'on appelle, l-bas, une symphonie. Que ce mot n'veille point en vous l'ide de quelque chose de musical. La symphonie grecque est un accord purement commercial, analogue la combinazione des Italiens. Chez ce peuple, amoureux de libert, il n'y a point de tarifs, et votre cocher vous rirait au nez, si vous lui demandiez son numro Il faut s'entendre avec lui, discuter d'gal gal, engager un duel, comme deux adversaires qui s'estiment, mais qui ont une forte envie de se rouler mutuellement. Pour ma part, je ne me suis jam jamais. 1.

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