DETENUS LIBANAIS EN SYRIE, - ?· - Robert BOU-SERHAL - Milad Youssef EL-ALAM - Elias Youssef AOUN -…

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    29-Aug-2018

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    Bonjour, Le Prsident Bachar EL-ASSAD, au pouvoir depuis prs dun an en Syrie, a pris quelques initiatives en faveur des droits de lHomme, notamment en librant la fin de lanne 2000 plusieurs centaines de prisonniers politiques, parmi lesquels une cinquantaine de citoyens libanais, qui taient dtenus illgalement dans les prisons syriennes. Toutefois au moins 200 familles libanaises sont toujours sans nouvelles de leurs proches dtenus au secret en Syrie. Grce de nombreux tmoignages de Libanais librs de la prison de Palmyre, dans le dsert syrien, le mouvement SOLIDA (Soutien aux Libanais Dtenus Arbitrairement) a pu tablir une description des conditions de dtention dans cette prison, o nombre de dtenus Libanais pourraient se trouver aujourdhui. Les rcits difiants de ces anciens dtenus, - voir page 3 du document ci-joint- , nous font aujourdhui pousser un cri dalarme : il serait impensable de laisser perdurer une telle situation ; aussi, nous appelons la communaut internationale ragir pour faire cesser ces atrocits et rclamer au Prsident ASSAD la libration immdiate des Libanais dtenus arbitrairement en Syrie. La journe internationale de soutien aux victimes de la torture , fixe au 26 juin par lAssemble Gnrale des Nations Unies, concidera avec la visite du Prsident Syrien Paris. Nous esprons que vous souhaiterez une nouvelle fois apporter votre contribution la lutte contre la torture, en intervenant notamment en faveur des Libanais disparus et torturs dans les prisons syriennes. Cordialement,

    Marie DAUNAY Prsidente de SOLIDA

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    DETENUS LIBANAIS EN SYRIE,

    LE SILENCE MEURTRIER

    Appel au Prsident Syrien Bachar EL-ASSAD et aux autorits franaises

    Paris, le 15 Juin 2001

    Mouvement franco-libanais SOLIDA (Soutien aux Libanais Dtenus Arbitrairement) 28 Avenue des Princes 93460 Gournay sur Marne / France tel/fax: (33) 01 43 05 68 67

    e-mail: solida@solida.org Web : www.solida.org Membre du Rseau Euro-Mditerranen des Droits de lHomme

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    LES LIBANAIS ENLEVES PAR LARMEE SYRIENNE AU LIBAN Depuis 1976, de trs nombreux citoyens libanais ont t enlevs en territoire libanais par les forces syriennes -et certaines milices libanaises- et transfrs dans des prisons en Syrie. Jusquen 1998, le Prsident Hafez EL-ASSAD puis en lan 2000, le Prsident Bachar EL-ASSAD, ont procd diffrentes occasions des librations de groupes de dtenus libanais, reconnaissant ainsi le pouvoir de la Justice libanaise de juger les citoyens libanais accuss de crimes commis au Liban. Cependant, aprs ces librations, on restait sans nouvelle de trs nombreux Libanais transfrs dans les prisons syriennes. Les autorits syriennes publirent donc une liste de 95 Libanais dtenus en Syrie, affirmant quils taient les seuls Libanais emprisonns en Syrie, pour des crimes de droit commun commis sur le territoire syrien. Une seule des personnes figurant sur cette liste tait connue des organisations libanaises de dfense des droits de lHomme et sa situation contredit les dclarations officielles : il sagit en effet de Joseph HOUEISS, condamn en Syrie pour des crimes commis au Liban Par ailleurs, un grand nombre de familles libanaises (au moins 200) ont acquis la certitude du transfert de leurs proches dans les prisons syriennes, beaucoup leur ayant rendu visite au moins une fois (voir quelques exemples page 6). On sait galement que les enlvements en territoire libanais se sont poursuivis au moins jusqu la fin de lanne 2000.

    Les tmoignages des dtenus librs rgulirement des prisons syriennes laissent penser que la vie des personnes dtenues est quotidiennement menace par les tortures, mauvais traitements et mauvaises conditions de dtention quelles subissent, notamment dans la prison de Palmyre (TADMOR, voir page 3) dans le dsert syrien, mais aussi dans les diffrents centres de dtention et dinterrogatoires rpartis en territoire syrien. A loccasion de la visite du Prsident Bachar EL-ASSAD en France, nous demandons donc : Au Prsident Syrien : De mettre un terme au crime continu constitu par la disparition force (voir description des Nations Unies, page 7), cest--dire :

    1. de faire librer tous les Libanais enlevs au Liban et dtenus arbitrairement au secret en territoire syrien.

    2. de faire cesser tout recours la pratique des disparitions forces en territoire libanais.

    3. de restituer aux familles les corps de ceux qui sont morts en dtention, ou dfaut, de rendre publique une liste nominative des morts.

    4. dordonner des enqutes sur les allgations de torture par des agents gouvernementaux, et en particulier sur les conditions de dtention et les excutions sommaires la prison de Palmyre.

    Aux autorits franaises et europennes : Dintervenir en faveur des Libanais dtenus arbitrairement en Syrie auprs du Prsident syrien loccasion de sa visite en France. De rendre cette question prioritaire lors des changes bilatraux avec la Syrie.

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    PRISON DE PALMYRE, SYRIE 30 METHODES UTILISEES CONTRE LES DETENUS

    Les tmoignages de plusieurs personnes libres de la prison de TADMOR (Palmyre, Syrie) nous permettent aujourdhui de dresser cette liste des mthodes de torture et de mauvais traitements pratiqus dans cette prison:

    ARRIVEE A LA PRISON

    1. A leur arrive la prison, des dtenus sont jets du haut dun grand escalier, alors quils ont les yeux bands et les mains attaches dans le dos.

    2. On fait marcher les dtenus les uns derrire les autres, en file indienne, penchs en avant, et ils sont constamment frapps au cours de leurs dplacements dans la prison.

    CONDITIONS DE SURVIE DES DETENUS 3. Dans certaines cellules, plus de 34 prisonniers sentassent dans 10 m. 4. La cellule disolement mesure 1m/1m, on ne peut pas sy mettre

    debout ; les dtenus y sont frquemment placs. 5. Les dtenus ne sont pas informs des motifs et de la dure de leur

    dtention. METHODES DE TORTURE, MAUVAIS TRAITEMENTS (AU COURS DES INTERROGATOIRES ET DE LA DETENTION) 6. La torture du Dullab (pneu ) est utilise au cours des interrogatoires: la

    victime est attache un pneu suspendu, et frappe. 7. De mme que les coups rptition sur une mme partie du corps; cette

    torture provoque de graves et douloureuses dchirures musculaires. 8. Coups avec des barres de fer. 9. Les gardiens prennent parfois un dtenu et lui causent des entailles sur le

    corps avec un couteau, avant de recoudre eux-mmes les plaies. 10. Aprs avoir fait boire beaucoup deau au dtenu, les gardiens lui attachent

    lextrmit de la verge avec un lastique pour lempcher duriner, ce qui provoque des infections urinaires graves. Des dtenus ont affirm avoir ensuite urin du sang pendant plusieurs semaines.

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    11. Au cours des interrogatoires, on peut aussi interdire au dtenu de boire jusqu ce quil signe des documents quil a linterdiction de lire avant.

    12. Par moment, les dtenus sont placs dans une cellule surplombe de deux fentres. Des gardiens sasseyent sur ces fentres et frappent les dtenus avec leurs pieds.

    13. Les gardiens chargent un dtenu de la scurit . Celui-ci est alors tenu de frapper les autres (en particulier ceux du mme parti que lui) trs violemment.

    14. Si le dtenu charg de la scurit refuse de frapper ses co-dtenus, les gardiens prennent un tuyau et le fouettent jusquau sang. Ensuite, ils mettent du sel sur ses blessures.

    15. Les gardiens pntrent tout moment dans les cellules pour frapper les dtenus, et leur pitiner le visage.

    16. Les dtenus doivent par moment rester plusieurs heures dans la mme position ( genoux ou plat ventre avec les pieds en lair) avec interdiction de changer de position.

    17. On fait nettoyer la cour aux dtenus avec des gallons deau. Le dtenu doit faire 400 m en versant de leau. Si le gallon est vide larrive, le dtenu est frapp de 500 coups de ceinturon.

    18. Les dtenus doivent manger des ufs avec leur coquille, des rats vivants, et parfois des mdicaments non identifis en grande quantit.

    19. Certains dtenus ont t obligs de venir voir les cadavres dautres dtenus excuts sommairement, notamment des pendus.

    20. La nuit, les dtenus ont interdiction daller aux toilettes. Sils y vont, ils sont punis de 500 1000 coups de ceinture. De mme, ils ont interdiction de faire le moindre mouvement durant leur sommeil, sous peine dtre gravement frapps. Des gardiens, relays toutes les 2h, y veillent.

    AUTRES HUMILIATIONS 21. Si le dtenu reoit (cas trs rare) une visite de sa famille, il est tenu de dire

    que tout va bien , quil na besoin de rien. 22. Dans la plupart des cas le dtenu ne peut pas faire savoir sa famille

    lendroit o il se trouve, ni mme quil est toujours vivant. 23. Lorsquun dtenu perd connaissance dans la cellule suite aux mauvais

    traitements, les autres doivent appeler le gardien en lui disant que lun deux ne va pas bien car il a gliss dans les toilettes .

    SORTIES

    24. Le dtenu est sorti lextrieur quelques minutes dans la journe. Au

    cours de cette sortie, il est tenu de rester assis au sol, les mains sur la tte et de ne regarder que le sol.

    25. Au cours de la sortie, il arrive que le gardien demande au dtenu depuis combien de temps il est dehors : sil est l depuis 3 minutes par exemple,

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    il doit rpondre 30 minutes, sans quoi, il est puni. Les gardiens lui lancent alors de trs grosses pierres, causant de graves blessures pouvant entraner la mort.

    HYGIENE ET SOINS 26. Lorsquun dtenu souffre dune dent, celle-ci est arrache vif la

    tenaille. 27. Au moment de la douche, les dtenus sont attachs les uns derrire les

    autres avec des draps, et constamment frapps, les gardiens insultent leurs familles.

    28. Lorsquun dtenu est dans un tat dpressif, il est gravement battu. CULTE 29. Les dtenus qui veulent faire le ramadan en ont linterdiction : sils

    refusent de salimenter durant la journe, on les oblige se coucher avant lheure de manger.

    30. Les dtenus ont interdiction de prier, sous peine dtres tus.

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    Exemples de Libanais dtenus arbitrairement en Syrie:

    - Georges Ayoub CHALAWEET, joaillier, enlev Beyrouth en 1994, il a reu des visites de sa famille sur son lieu de dtention en Syrie jusquen 1998.

    - Bechara ROUMIEH, enlev Riyak-Bekaa en 1978, lge de 16 ans, il a reu durant un an des visites de sa famille dans un centre des services de

    renseignements syriens. De nombreux Libanais librs des prisons syriennes ont confirm quil tait toujours dtenu en Syrie.

    - Shamel Hussein KENAAN, militaire libanais, enlev sur le chemin de son travail, sur la route entre Chebaa et Beyrouth en 1986, de nombreuses

    informations ont confirm sa dtention en Syrie. - Boutros KHAWAND, lun des responsables du Parti Katab, enlev devant

    son domicile Beyrouth en 1992, des prisonniers rcemment librs ont confirm sa dtention en Syrie.

    - Ali Moussa ABDALLAH, enlev Beyrouth en 1981 par les services de renseignements syriens. De nombreuses informations ont confirm sa

    dtention en Syrie.

    - Militaires de larme libanaise enlevs au Liban en 1990 : - Marwan Riyad MICHAALANI - Michel Gerges EL-BATAH - Tanious Camille EL-HABR

    - Tanious Youssef ZGHEIB - Doumit Sleimane IBRAHIM

    - Jack Hanna NAKHOUL - Robert BOU-SERHAL

    - Milad Youssef EL-ALAM - Elias Youssef AOUN - Naji Elias EL-HINDI - Elie Karim WEHBE

    - Joseph Dib EL-AKIKI - Antoine Zakhour ZAKHOUR

    - Sayed Chahid BACHOUR - Elie Saad AL-HADDAD - Jean Mikhail NAKHLE

    - Michel Youssef EL-HASBANI - Adel Youssef DOUMIT

    - Jihad Georges EID - Johnny Salem NASSIF (enlev lge de 16 ans)

    - Georges Mtanious BACHOUR - Joseph Halim AZAR

    - Georges ABOU HALLOUN - Jean EL-KHOURY

    - Georges Milad EL-CHEIKH - Khaled Mustapha KHODR

    - Pre Albert CHERFANE - Pre Sleimane ABI KHALIL

    - Trois musiciens libanais enlevs le 21 Novembre 1984

    - Karam MORKOS - Ziad MORKOS

    - Elie ABOU NADER

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    LE CRIME DE DISPARITION FORCEE, dcrit par le Haut Commissaire aux Droits de lHomme des Nations Unies :

    Des hommes arrivent. Ils pntrent de force chez des gens, riches ou pauvres, dans une maison, un taudis ou une cabane, dans une ville ou un village, n'importe o. Ils arrivent n'importe quelle heure du jour ou de la nuit, sont gnralement en civil, parfois en uniforme, et sont toujours arms. Sans donner de raisons, ni produire de mandat d'arrt, souvent mme sans dire qui ils sont ni qui les envoie, ils tranent de force un ou plusieurs membres de la famille vers une voiture, usant de violence au besoin

    C'est souvent ainsi que commence le drame qui dbouchera sur la disparition force ou involontaire d'une personne, une violation particulirement ignoble des droits de l'homme. Selon la Dclaration sur la protection de toutes les personnes contre les disparitions forces, proclame par l'Assemble gnrale dans sa rsolution 47/133 du 18 dcembre 1992, on parle de disparition force lorsque "des personnes sont arrtes, dtenues ou enleves contre leur volont ou prives de toute autre manire de leur libert par des agents du gouvernement, de quelque service ou quelque niveau que ce soit, par des groupes organiss ou par des particuliers, qui agissent au nom du gouvernement ou avec son appui direct ou indirect, son autorisation ou son assentiment, et qui refusent ensuite de rvler le sort rserv ces personnes ou l'endroit o elles se trouvent ou d'admettre qu'elles sont prives de libert, les soustrayant ainsi la protection de la loi".

    Une disparition est une preuve doublement paralysante : pour les victimes, souvent tortures et dont la vie est constamment menace, et pour les membres de la famille qui, dans l'ignorance du sort de leurs proches, passent de l'espoir au dsespoir, dans l'expectative et dans l'attente, parfois pendant des annes, de nouvelles qu'ils ne recevront peut-tre jamais. Les victimes savent bien que leur famille ignore ce qui est arriv et que les chances d'tre secourues par qui que ce soit sont minces. Ayant t soustraites la protection de la loi et ayant "disparu" de la socit, elles sont en fait prives de tous leurs droits et sont la merci de leurs ravisseurs. Mme si, pour elles, le drame ne s'achve pas par la mort et si elles chappent finalement ce cauchemar, les victimes peuvent souffrir pendant longtemps des consquences physiques et psychologiques de cette forme de dshumanisation et des brutalits et actes de torture qui souvent l'accompagnent.

    La famille et les amis des personnes disparues subissent galement une lente torture mentale, car ils ne savent pas si la victime est encore en vie et, si elle l'est, o elle est dtenue, dans quelles conditions, et dans quel tat de sant. De surcrot, ils savent qu'eux aussi sont menacs, exposs au mme sort, et qu'il peut mme tre plus dangereux encore de chercher savoir la vrit.

    La dtresse de la famille est souvent aggrave par les difficults matrielles qu'entrane la disparition. Dans bien des cas, la personne qui a disparu est le principal soutien financier de la famille. Elle est peut-tre aussi le seul membre de la famille capable de cultiver la terre ou de diriger l'affaire familiale. L'preuve affective est ainsi exacerbe par le prjudice matriel, ressenti plus durement encore dans le cas o la famille dcide d'entreprendre des recherches et do...