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dynamique des clans et des lignages chez les makina du gabon

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  • UNIVERSITE LUMIERE LYON 2

    FACULTE DANTHROPOLOGIE ET DE SOCIOLOGIE

    DEPARTEMENT DANTHROPOLOGIE

    DYNAMIQUE DES CLANS ET DES LIGNAGES

    CHEZ LES MAKINA DU GABON

    Mmoire de Master recherche Anthropologie

    Prsent par :

    Fabrice AGYUNE-NDONE

    Directeur de recherche :

    Raymond MAYER

    Septembre 2005

  • 2

    SOMMAIRE

    REMERCIEMENTS .................................................................................................................. 3 INTRODUCTION...................................................................................................................... 4 PREMIERE PARTIE : GENERALITES................................................................................... 9

    CHAPITRE 1 : METHODOLOGIE .................................................................................... 10

    1.1. Dfinition des concepts ............................................................................................. 10

    1.2. Mthodologie et pratique du terrain .......................................................................... 16

    CHAPITRE 2 : GENERALITES SUR LES MAKINA....................................................... 18

    2.1. Gographie actuelle du pays makina................................................................... 20

    2.2. Description sommaire de la vie chez les Makina par les explorateurs...................... 27 DEUXIEME PARTIE : CARACTERISTIQUES ACTUELLES ET ANALYSES ................ 40

    CHAPITRE 3 : ESSAI DE SYSTEMATISATION DES CARACTERISTIQUES CULTURELLES MAKINA : TOPONYMES, CLANYMES, ANTHROPONYMES ....... 41

    3.1. Inventaires des villages makina comparativement ceux des villages fang et shak rpertoris......................................................................................................................... 41

    3.2. Elments caractristiques des clans makina.............................................................. 47

    3.3. Distribution et caractristiques des anthroponymes makina ..................................... 56

    CHAPITRE 4 : CONDITIONS FAVORISANT LES AGREGATIONS ENTRE CLANS 62

    4 1. Le mariage comme stratgie permettant laccroissement naturel de la population du clan ou du lignage ....................................................................................................... 62

    4.2. Les autres formes daccroissement de la population du lignage ............................... 68

    CONCLUSION ........................................................................................................................ 74 REFERENCES DOCUMENTAIRES...................................................................................... 79

    Bibliographie........................................................................................................................ 80

    Autres documents ................................................................................................................. 84 ANNEXES ............................................................................................................................... 85

  • 3

    REMERCIEMENTS

    Nous aimerions exprimer notre gratitude toutes les personnes qui nous ont aid

    raliser ce mmoire.

    Nous remercions particulirement le Professeur Raymond Mayer davoir accept de

    diriger ce travail, lui qui nous a initi lanthropologie et ne cesse de consentir des efforts

    afin de nous offrir des conditions de travail optimales.

    Nous avons galement bnfici des conseils et de lexprience de Patrick Mouguiama

    Daouda chercheur associ au Laboratoire Dynamique Du Langage (DDL, CNRS UMR 5596)

    et enseignant au dpartement des Sciences du Langage de lUniversit Lumire Lyon 2.

    Grce au projet Langues Gnes et Cultures Bantoues , notamment son

    responsable le Professeur Lolke Van der Veen (DDL), nous avons pu accder la base de

    donnes ralise lors du dit projet. Par ailleurs sans ce projet, nos dplacements dans les

    diffrents villages makina auraient t matriellement compliqus.

    Nous noublierons pas, les premiers concerns dans cette tude ; les informateurs

    consults lors de nos diffrentes collectes dinformations, nous leur sommes gr pour tout.

    Tous ceux que nous ne citons pas, mais qui ont dune manire ou dune autre particip

    la ralisation de ce travail. Nous sommes de tout cur avec eux.

  • 4

    INTRODUCTION

  • 5

    Les Makina du Gabon, connus dans lhistoire de lexploration de ce pays sous

    lappellation d Ossyba ou MFan-Makeys , mais qui se nomment eux-mmes

    Chiwa (Puech 1989) ou Mek , ont t dcrits pour la premire fois par lexplorateur

    Paul Belloni Du Chaillu (au milieu du XIXme sicle). Ils occupaient alors un espace compris

    entre lextrme nord-est du Gabon, le Moyen-Ogoou et lOgoou-Ivindo. Depuis la fin du

    XIXme sicle, leur territoire sest rduit sous la pousse des Fang, en provenance du sud du

    Cameroun. Les historiens et anthropologues du Gabon admettent que cette rduction de

    lespace initial sest accompagne dune pahouinisation 1 des Makina. Ainsi la langue

    originale chiwa (Puech 1989) serait de plus en plus remplace par celle des Fang ; les

    anthroponymes, les clans dorigine et les villages historiques auraient galement disparu au

    profit de la mme ethnie. De nombreuses productions artistiques, notamment les figures

    reliquaires et les masques, que lon retrouve dans la littrature ethnographique sous le terme

    fang ou pahouin , incluent, selon lavis mme des spcialistes (Perrois, 1997), des

    productions chiwa. Les contacts entre les deux ethnies, limportance dmographique des Fang

    sont des ralits que lon ne saurait ignorer. Pour certains spcialistes, la substitution serait

    mme totale, au point que linventaire des ethnies du Gabon confond dornavant les deux

    ethnies (Mayer, 1992 : 248). Ce qui nest pas le cas de linventaire linguistique qui distingue

    encore deux glossonymes pour des langues diffrentes fang (A75) (Guthrie, 1967-1971),

    chiwa (A80) (Puech, 1989).

    Cependant, lors de notre terrain en pays chiwa, nous nous sommes rendu compte

    que la ralit est beaucoup plus complexe. Les Makina subissent certes la pression des Fang

    dont la culture est aurole dun certain prestige, depuis que le Pre Trilles (cit par Merlet,

    1990a : 118-123) leur a trouv une ascendance gyptienne, et que les explorateurs les ont

    prsents comme la race davenir du Gabon. Mais ces derniers ne sont pas le seul groupe

    ethnolinguistique dans lequel les Chiwa semblent se fondre ; ils subissent tout autant la

    pression dautres ethnies telles que les Okand, les Simba, les Kota, les Shak et les

    Ndambomo avec qui, ils changent les marchandises et peuvent se marier. Nous-mme, nous

    nous sommes aussi rendu compte que de nombreux traits culturels makina ressurgissent

    dans cette mosaque culturelle, dans des circonstances que ltude voudrait identifier

    systmatiquement.

    Pourquoi Makina comme choix dappellation du groupe ?

    Il faudra noter que les Makina sont lun des rares peuples du Gabon avoir connu

    plusieurs appellations au cours de leur histoire. Dans la rgion de Medouneu, Du Chaillu 1 De pahouin , autre appellation des Fang. Laburthe Tolra en parle aussi puiquil a travaill en 1981 sur la pahouinisation des ethnies du Sud du Cameroun.

  • 6

    (1856) les dcrit sous lethnonyme Osheba. A Boou, ils sy nomment Chiwa (Bichiwa au

    pluriel). Dans la mme rgion, leurs voisins les appelaient Ossyba, nom qui leur aurait t

    donn par les Okand, cest ce nom qui va surtout les caractriser dans lhistoire de

    lexploration des peuples du bassin de lOgoou. Aujourdhui, dans les rgions de Makokou,

    Ndjol, Lambarn et de Libreville, ils sont devenus un sous-groupe fang connus sous le nom

    de Mek ou Fang-makina. Cest dans ces rgions, notamment dans les provinces de lEstuaire

    (Kango) et du Woleu-Ntem (entre Medouneu-Mitzic) que le destin des Makina semble

    dsormais se fondre dans celui des Fang, desquels ils furent rapprochs ds les premires

    heures dans les descriptions des explorateurs (Du Chaillu 1863).

    Ces diffrentes appellations ont longtemps induit en erreur certains explorateurs et

    chercheurs, puisque lunit culturelle des Makina a t occulte au profit de celle des Fang.

    En effet, Galley disait dj que les Mek taient une branche importante du peuple

    [Fang], par opposition Betsi (Galley 1964). Paradoxalement il continua sa dfinition en

    affirmant qu ils [les Mek] ont une langue part. On les appelle aussi Ossyba (ou Osba).

    Au Cameroun : Ngoumba ou Mekukh . Puis il esquissa une dmonstration qui pour lui

    justifiait peut tre lappartenance des Mek au groupe fang : do viennent les Mek ? Leurs

    tribus sont apparentes aux tribus Betsi, Nzaman, Ntume et Bulu. A lorigine, il ny avait pas

    de Mek. Des Betsi, Bulu, Ntume et Nzaman ont quitt leurs tribus pour aller se mler un

    autre peuple qui parlait la langue Ak (Ngoumba, Ossyba, Mek) . Explications que lauteur

    a certainement obtenues dun rcit de vie et qui, pour nous, justifient amplement dj son

    poque lhtrognit culturelle entre les deux peuples qui, il faut le reconnatre, taient dj

    en plein processus dagrgation.

    Il nen demeure pas moins quavec Merlet (1990b), la relation entre Chiwa, Mek et

    Fang-makina, est ranalyse. Cest pourquoi, dans le cadre de cette tude, nous avons choisi

    lendonyme Makina comme terme gnrique de lethnie, car nous pensons quil est celui qui

    nous permet de mieux circonscrire toute la complexit et la ralit de ce groupe. Makina, en

    langue chiwa, signifie je dis que , certains linguistiques (Kwenzi Mikala, 1987) considre

    cet item comme nom de la langue. Par ailleurs, ce terme permettrait aussi de faire le lien avec

    les origines maka, qui serait lexplication du maintien de ce nom chez les Mek (Merlet,

    1990b : 94). Il est aussi celui qui permet (cela nengage que moi) de rentrer dans les diffrents

    sous-groupes de lethnie, mme si les populations elles-mmes ne le considrent pas comme

    ethnonyme. Autrement dit, nous considrerons le terme Makina comme le nom de lethnie

    quand nous parlerons du groupe de manire gnrale. Cependant, nous conserverons les

    termes par lesquels, les populations elles-mmes sidentifient rgionalement. Ainsi nous

    utiliserons les termes Chiwa pour les Makina de Boou et ses environs, et Mek pour

    les Makina de Ndjol, Lambarn, Kango et Makokou.

  • 7

    Aprs une mise au point des diffrents items qui permettent de dsigner ce peuple,

    nous proposons partir des cinquante-six (56) gnalogies G-3 que nous avons collectes

    dans le cadre dune tude systmatique sur les composants culturels et gntiques du Gabon2,

    de faire une tude systmatique des noms de clans, des anthroponymes, des villages

    (localisation et toponymes) et des langues parles chez les Makina. Nous procderons ensuite

    une tude compare de ces gnalogies avec ceux des ethnies voisines (toujours partir des

    mmes critres) pour distinguer ce qui serait hrit des traditions makina de ce qui serait fang

    ou autre. Comme nous travaillons sur deux groupes localiss sur des territoires spars par

    deux cents kilomtres et entours dethnies diffrentes, nous pourrons valuer la dynamique

    des traits culturels en fonction de la configuration gographique et de lenvironnement

    ethnolinguistique.

    Nous inscrivons notre travail dans le cadre dune anthropologie dynamique. Les

    concepts d ethnie , de clan , de lignage , chers lanthropologie classique seront

    interrogs dans le contexte spcifique du Gabon. Les traits culturels seront donc tudis dans

    une perspective qui prend en compte les variations synchroniques, diatopiques et

    diachroniques, puisque nous voyons la situation des Makina comme un laboratoire o nous

    observons les phnomnes de substitution ethnique et les circonstances dans lesquelles ils se

    produisent. Certains repres historiques (par exemple, la description de quelques lments de

    la vie chez les Makina par les explorateurs) nous permettront de suggrer une chelle

    temporelle et les facteurs favorisant le changement culturel ou, au contraire, le maintien dans

    un contexte de pression extrieure.

    Des tudes analogues ont t faites dans laire qui nous intresse ; elles portent

    notamment sur les conditions de changement ou de maintien des traits culturels des Pygmes,

    sous la pression des Grands Noirs, Bantu et Oubanguiens principalement. On sait, par

    exemple, depuis Serge Bahuchet (1989), que si les Pygmes ont adopt la langue des Grands

    Noirs, ils sont rests fondamentalement des Hommes de la fort dont le mode de vie

    diffre de celui des villageois. Quest-ce qui a pu favoriser, une certaine poque, le

    changement de langue et le maintien des autres traits culturels ?

    On sait par ailleurs, daprs Mayer (1992 : 73-78) qui cite les observations

    ethnographiques faites par Eckendorf en 1946 au Gabon, quun groupe (i)kota aurait adopt

    non seulement la langue, mais galement le systme de filiation de ses nouveaux allis

    (Apindji et Okand), tout en conservant ses clanymes (o)kota. Quelles ont t les tapes de ce

    processus de changement et partir de quel moment peut-on estimer que le changement

    culturel est irrversible ?

    2 Langues, Gnes et Cultures bantoues du laboratoire DDL Lyon 2 (CNRS, UMR 5596).

  • 8

    En fait, les modles anthropologiques de description des changements culturels

    mritent dtre affins. La question tait dj pose par les premiers anthropologues. Depuis

    lors, elle reste dactualit. Cest pourquoi notre tude voudrait partir de lobservation des

    changements en cours que nous rpertorions, contribuer mettre en vidence certaines phases

    transitoires telles que la perte de la langue, le changement de filiation, le remplacement des

    clans, etc. Il sagira donc dobtenir des donnes quantitatives dans le but de parvenir des

    gnralisations et modlisations pertinentes. Comme les Makina sont estims moins de 2000

    individus au Gabon3, lobjectif est partir des fiches denqutes gnalogiques classes par

    tranches dge : 20-40, 40-60, 60 et plus, dobserver la variation ou la stabilit des clans ce

    premier niveau. Cest la variation interne (tude en temps apparent ou variation

    synchronique). La question que lon peut se poser ici est de savoir si le maintien des clans

    makina est proportionnel lge ou si les bi-clans augmentent chez les jeunes gnrations.

    On observera galement la variation en montrant comment les caractristiques des clans

    varient en fonction de lenvironnement gographique (cest la variation diatopique). On

    observera enfin la variation au niveau historique (tude de la variation diachronique) : la

    collecte des rcits de vie (migrations, alliances, etc.) nous permettra de savoir le rle quont

    pu jouer les migrations par exemple dans la constitution dune mmoire collective pour un

    lignage particulier.

    De fait, on sintressera au degr de profondeur dun changement clanique. Un aspect

    que lethnographie na pas encore tudi en profondeur et pour lequel on peut obtenir des

    donnes intressantes. On sait par exemple quun clan se dfinit par rapport un anctre

    mythique, un totem et des tabous qui lui sont relis, un village historique, etc. Lhypothse

    que lon peut faire est la suivante : un changement clanique est avr si les membres dune

    ethnie revendiquent lappartenance un clan (ce quils disent), alors mme quils nobservent

    pas toutes les pratiques relatives au dit clan (ce quils font). Car on peut revendiquer

    lappartenance un clan et ses interdits, alors quen ralit on ne les respecte pas. Lobjectif

    tant partir de la corrlation des informations obtenues par les fiches denqutes, les notes

    dobservations et les rcits de vie, de parvenir tablir une chelle pour les changements

    culturels et dfinir un seuil dirrversibilit.

    Pour cela, notre travail sarticule en deux parties principales. Une partie de

    considrations gnrales, qui est consacre non seulement la mthodologie, mais aussi

    lhistoire des Makina quon ne peut dissocier des migrations gnrales des peuples dit bantu.

    Une deuxime partie traite des caractristiques actuelles et danalyses o nous essaierons

    disoler les toponymes, les clans et les anthroponymes makina parmi les autres ethnies, tout

    en suggrant les conditions qui favorisent les changements de ces traits culturels et les tapes

    de cette dynamique chez les Makina.

    3 En tenant compte des Makina du Cameroun, il y en a beaucoup plus. Cette estimation devra tre prcise ultrieurement.

  • 9

    PREMIERE PARTIE : GENERALITES

  • 10

    CHAPITRE 1 : METHODOLOGIE

    1.1. Dfinition des concepts

    Commenons par dfinir un certain nombre de notions cls de la parent autour

    desquelles sarticule notre tude.

    La distinction entre acculturation et assimilation pour dterminer ltat des Makina

    par rapport aux Fang.

    Le Petit Robert (2003), dfinit acculturation comme un processus par lequel un

    groupe humain assimile tout ou une partie des valeurs culturelles dun autre groupe humain .

    Pour Panoff (1989), ce terme anglo-saxon fait son apparition au XIXme sicle, et

    dsigne les phnomnes qui rsultent de contacts directs et prolongs entre deux cultures

    diffrentes et qui sont caractriss par la modification ou la transformation de lun ou des

    types culturels en prsence .

    Pour Bastide (1971 : cit par Duvillaret 2001 : 28), lacculturation est lensemble des

    phnomnes qui rsultent de ce que des groupes dindividus de cultures diffrentes entre en

    contact continu et direct et des changements qui se produisent dans les patrons (pattern)

    culturels originaux de lun ou des deux groupes .

    Le terme assimilation est utilis pour dsigner les disparitions des caractristiques de

    certains groupes humains, par incorporation et absorption par certains autres. En ethnologie,

    cest non seulement ladoption, mais aussi la fusion dans un tout culturel cohrent gardant

    les caractristiques essentielles de la culture traditionnelle, dlments emprunts une autre

    culture (Panoff, 1989).

    Pour mieux saisir les deux prcdentes dfinitions, il est ncessaire de reconnatre

    quelles sont lies. Pendant que lAcculturation dfinit le passage progressif dune culture V

    une culture W, lAssimilation quant elle, dsigne ltat de disparition totale de la culture V

    dans sa voisine W. Quand une culture arrive ltat dassimil, cela veut dire que le processus

    de perte de sa culture sest achev et est devenu irrversible on peut parler ds lors de

    changement culturel. Ce qui nest pas le cas de lAcculturation qui suggre certes, le

    processus qui conduit lAssimilation, mais ce dernier ne lui est pas fatal. Cest pourquoi,

    lemprunt de certains lments culturels entre peuples en contact, nest pas toujours

    synonyme dassimilation, mme si, lune des cultures en contact adopt entre autres la

  • 11

    langue ou le systme de parent de sa voisine (le cas des Pygmes Baka : Bahuchet, 1989 et

    des Okota : Mayer, 1992).

    Puisque nous proposons dtudier les processus de changements culturels chez les

    Makina, changements qui ont conduit certains dentre eux adopter la langue fang, cest le

    terme Acculturation auquel nous ferons rfrence (explicitement ou implicitement) tout au

    long de ce texte. Celui dAssimilation, ninterviendra que si la dmonstration de la fusion

    totale des Makina dans un groupe voisin est avre.

    Le concept clan mrite galement dtre discut et situ dans la perspective gabonaise.

    Cest un groupe form dun ou plusieurs lignages. Il peut tre localis ou non,

    exogame ou non, mais pour tre considr comme tel il doit tre anim dun esprit de corps

    bien marqu et il doit tre le cadre dune solidarit active entre ses membres [] Les

    membres du clan sont gnralement incapables dtablir leur lien gnalogique avec lanctre

    ponyme (Panoff, 1989).

    Dans son dictionnaire de lethnologie, Bonte (2000), fait lhistorique du concept

    central de notre tude, le clan. Cest ainsi quil a longtemps t synonyme de filiation

    unilinaire. La notion tait applique tout groupe exogame dont les membres se rclament

    dun anctre commun, en vertu dun mode de filiation exclusif (en ligne paternelle ou en ligne

    maternelle). Les volutionnistes, L.H.Morgan notamment, postulaient que [les clans] taient

    lorigine matrilinaire puis passaient la patrilinarit en raison dun changement du mode

    successoral. Par la suite, le mot clan est devenu dun usage gnral pour dfinir ces groupes

    dunifiliation qui furent associs par des auteurs comme E.B.Tylor et J.G.Frazer, au

    totmisme et lexogamie. Critiquant, la suite de J.R.Swanton, les prsupposs de

    lvolutionnisme (lantcdent de la filiation matrilinaire), R.H. Lowie proposa que le clan

    ne soit plus identifi par sa relation au totmisme mais par le fait de constituer une unit,

    exogame dune part, dote dun territoire dautre part, dont lexploitation collective des

    ressources et la proprit commune servent de fondement lorganisation clanique.

    Aujourdhui, le critre territorial et l [exogamie] ne sont plus considrs comme pertinents :

    ainsi de nombreuses socits ont des clans non localiss dont les membres disperss peuvent

    se marier au sein de leur propre unit clanique. Le clan est dfini [chez Bonte] de manire

    minimale comme un groupe dunifiliation dont les membres ne peuvent tablir les liens

    gnalogiques rels qui les relient un anctre commun souvent mythique .

    Aprs ces approches sur la notion de clan, quelle ralit renvoie-t-elle, dans le

    contexte socioculturel gabonais ?

  • 12

    Dans le contexte gabonais, le concept renvoie peu prs la mme ralit quel que

    soit le groupe ethnique considr. Cest ainsi quon lutilise comme quivalent aux termes

    endognes suivants : ayong (Fang et Mek), ibandu (Punu), ikaka (Kota), bota (Tsogo),

    mbuw (Myn), etc. ; cest un groupe de parents qui se rattachent une gnalogie

    danctres mythiques communs, parfois zoomorphes. Le clan peut tre exogame ou endogame

    (Mayer 1992). A ce sujet, il faut signaler que les clans au Gabon se distribuent en deux

    groupes de filiation unilinaire4. Les ethnies filiation patrilinaire ou agnatique se localisent

    surtout sur la rive droite de lOgoou ; sur la rive gauche on rencontre en majorit des ethnies

    qui ont des clans filiation matrilinaire. Les deux groupes favorisent des stratgies de

    recherche des conjoints en dehors (exogamie) du clan dappartenance. Cependant, on note

    certains mariages au sein du groupe de parent faisant penser lendogamie clanique ou

    lignagre. Et, comme le disent Elo Mintsa et Ngbwa Mintsa (2003) ; le mariage

    endogamique est plutt relatif. Chez les patrilinaires, un homme peut, aprs tractations,

    pouser un membre du clan de sa mre, pourvu quils naient pas de lien de sang . Au

    Gabon, cest surtout chez les matrilinaires que lon rencontre diffrents types de mariages

    endogames. Chez les Ambama et les Tk, entre poux, il peut y avoir des liens de parent

    proche qui peuvent sexpliquer dans les formes dalliances suivantes :

    (i) Lobahayi [qui] est un mariage ngoci par les parents ou par les membres de

    deux familles amies. Dans le mariage ngoci par les parents, il fallait tre de la mme

    ascendance en respectant bien les gnrations [] Il fallait [donc que la parent entre les

    conjoints remonte ] deux gnrations, [ainsi], les cousins et cousines de la troisime

    gnration pouvaient se marier entre eux 5 (Apolline Ndoumba cit par Elo Mintsa et Ngbwa

    Mintsa, 2003 : 14) ;

    (ii) Dans le cas de londala le mariage avait lieu entre les grands-parents et les petits-

    enfants [] On imposait la jeune fille un vieux parent quelle nacceptait pas facilement

    (Apolline Ndoumba cit par Elo Mintsa et Ngbwa Mintsa, 2003 : 14) ;

    (iii) Enfin il y avait lobali (tudi par Mayer en 1986) qui se divisait en deux types ;

    lobali a nguwu qui est une alliance entre une fille et le frre de sa grand-mre ou de son

    grand-pre, toujours du ct maternel. Lobali a nguwu est oyisaa, car elle a t donne aux

    beaux-parents en signe de reconnaissance : cest une fille que son pre gniteur, satisfait de

    son pouse, donne en cadeau aux parents de cette dernire (Mayer, 1986 : 68); lobali a tata

    quant lui est un mariage prescrit entre un grand-pre paternel et sa petite fille, il est dit

    oyiga, [car il entre dans le cas ou] une fille est donne [en mariage] en compensation dun

    4 Lunilinarit ici ne veut pas dire que lautre branche ne joue aucun rle, le clan des oncles chez les patrilinaires et celui du pre chez les matrilinaires constituent le plus souvent des clans protecteurs pour ego. 5 A confirmer en tudiant Alihanga.

  • 13

    crime ou dune dette (Mayer, 1986 : 69). Ces alliances, encore appeles mariages

    prfrentiels, permettent certes lunion entre consanguins, mais elles respectent dans la

    majorit des cas la loi sociale de lexogamie lignagre (Mayer, 1992 : 188).

    Aujourdhui, bien quayant perdu certains de ses attributs (la fonction politique par

    exemple), la rfrence au clan pour certains gabonais reste un des moyens didentification,

    sinon le groupe de rfrence identitaire pour des individus parlant la mme langue et censs

    tre de la mme ethnie (Mayer, 1992 : 31-35). On y fait encore rfrence dans les tapes

    majeures de la vie dun individu (mariage, dcs, funrailles).

    Dans le contexte prcolonial, le clan constituait llment central de lorganisation la

    fois sociale, politique (Metegue N nah, 1979) voire religieuse de la vie de ses membres. Cest

    par exemple par lui quon dfinissait le statut et la personnalit juridique dun membre.

    Lindividu nexistait pas en tant que tel, mais par son rattachement au groupe. Par exemple,

    on tait un homme libre, cest--dire jouissant de tous ses droits civils au sein dun clan

    donn, quen apportant la preuve de son rattachement ce clan X ou un lignage Z, lui-mme

    li un territoire, par le biais dune brve rcitation de la gnalogie de ses anctres

    laquelle, on rattache automatiquement la terre ancestrale.

    Comme dans toutes organisations sociales, ici aussi il existait une forme de flexibilit

    de la rgle, qui permettait de grer les cas anormaux . Il ne faut pas penser quil nexistait

    que de lharmonie dans ces organisations humaines, au contraire, les tensions et les conflits

    taient frquents, entranant parfois, des segmentations claniques ou lignagres. Chez les

    patrilinaires o les cadets ne supportaient pas toujours le statut de subordination des ans

    trop zls, ces derniers avaient la possibilit de partir avec les leurs (le plus souvent femmes

    et enfants) fonder un village ailleurs. Cest lune des raisons qui expliquerait entre autres les

    nombreux dplacements des populations du Gabon et les quatre mille villages (Lissimba,

    1997) de ce pays. Notons aussi comme exceptions que ceux des nombreux clans, durant la

    mise en place du peuplement progressif du Gabon, ayant vu leur territoire se rduire ou

    disparatre, ont t contraints de ngocier une part de terre auprs de leur voisin. Cest

    pourquoi, quand plusieurs clans cohabitaient dans le mme village, ils ne bnficiaient pas

    des mmes droits, surtout ceux lis au sol. Le clan fondateur du village avait un statut

    suprieur aux autres clans qui, il avait offert l asile , car selon la rgle du premier

    occupant, les membres de ce clan jouissaient dun peu plus de droits, que les membres du

    village appartenant aux clans sans terre . Dans bon nombre dethnies, ces clans gardaient

    leur identit, mais lorsquil sagissait des questions foncires, ils avaient un statut proche de

  • 14

    celui de lesclave domestique. Cest dire quil tait difficile pour eux daccder par exemple

    la chefferie6.

    Lunit qui permet de subdiviser le clan est le lignage. Dans le contexte particulier de

    cette tude, il correspond aux termes endognes : mvok (fang), ifumba (punu), nzo (nzbi,

    duma, ambama). Cest un groupe de parents qui se rattachent une gnalogie ininterrompue

    danctres historiquement situables et anthropomorphes (Mayer : 1992).

    Pour Perrot (2000 : 11) ; cest lensemble des descendants en ligne paternelle ou

    maternelle danctres communs auxquels ils estiment tre rattachs par une chane

    gnalogique sans lacune, [en Afrique subsaharienne] le lignage est prsent aussi bien dans

    les royaumes, comme celui des Bamum [au Cameroun], que dans les socits dites

    segmentaires ou sans Etat comme les Nyaba de Cte dIvoire ou les Punu [mais aussi les

    Makina] du Gabon .

    Cest pourquoi nous pensons, la suite de Geschiere (1981), que le lignage est le

    noyau de la structure traditionnelle, par lequel le clan tire sa vitalit et sa visibilit lintrieur

    du territoire lignager quest le village.

    Nous allons galement nous intresser lethnie sans revenir sur le dbat gnral

    concernant cette notion qui a dj fait lobjet de plusieurs dconstructions des prsupposs

    volutionnistes et colonialistes, auxquels elle se rattache, aprs son apparition la fin du

    XIXme sicle (Amselle et Mbokolo, 1985 ; Segalen, 2001 : 14-30). Nous allons utiliser le

    terme ethnie tel que ladministration gabonaise et les populations locales se lapproprient

    aujourdhui. Lethnie comme rfrent linguistique et/ou rgionale et/ou, dans une moindre

    mesure, construit autour dun ensemble de clans se rclamant parents. A partir de cette

    approche, on peut dj se rendre compte de la ralit ethnique au Gabon, qui dans certains

    cas, peut reflter la ralit culturelle locale, mais dans dautres, peut la rduire en superposant

    des populations culturellement diffrentes. Contrairement aux clans et aux lignages qui

    constituent encore des rfrences majeures pour nombres de Gabonais, lethnie comme

    rfrent linguistique ne remplissant certes pas toutes les fonctions classiques (de communaut

    de mmoire, de communaut de valeurs, de communaut de nom et de communaut

    daspirations) devient de plus en plus en milieu urbain voire en situation dexil, une source

    didentification hrite aprs la priode coloniale.

    6 Nous en reparlerons dans la deuxime partie de ce travail, quand nous aborderons les stratgies comptitives entre clans.

  • 15

    Ainsi, nous serons, par moment amen, utiliser le terme dethnie comme rsultat, du

    sentiment dappartenance un mme groupe : ethnicit.

    Enfin, lapproche dynamique que nous avons choisie nous impose de dfinir le

    concept de trait culturel. Nous utilisons ce concept en lieu et place de celui de culture qui est

    un ensemble complexe incluant les savoirs, les croyances, lart, les murs, le droit, les

    coutumes, ainsi que toute disposition ou usage acquis par lhomme en socit (Tylor, 1871).

    En effet, la notion de culture apparat de plus en plus conteste, car certains auteurs estiment

    quil ne prend pas en compte lhistoricit des populations tudies et, en lutilisant, on ne fait

    quappliquer des strotypes extrieurs ces dernires (Appadurai, 2001). Par ailleurs, nous

    pensons que lusage du concept trait culturel permet de montrer quici lidentit des

    populations nest pas fige, elle sinscrit dans un processus dynamique, intgrant au gr des

    poques et des rgions de nouveaux lments.

    Symboles de la parent utiliss

    individu de sexe masculin

    individu de sexe fminin

    ego de sexe masculin

    ego de sexe fminin

    ego de sexe indiffrenci, masculin ou fminin

    filiation

    mariage

    relation hors mariage

  • 16

    1.2. Mthodologie et pratique du terrain

    Nous insisterons, notamment sur les lieux denqutes, le droulement de celles-ci et

    les techniques utilises.

    Nous avons effectu plusieurs sjours denqutes pour collecter nos donnes. Dans un

    premier temps, Boou et dans les villages alentours, Lambarn et les villages

    environnants, en juillet et aot 2003. Puis, de nouveau Boou et Libreville, en fvrier 2004.

    Enfin, en aot 2004, nous avons men de nouveau Libreville, un terrain supplmentaire

    auprs de populations makina rsidant dans la capitale du Gabon.

    Dans ces diffrents lieux, loccasion nous a t offerte de nous familiariser non

    seulement avec des informateurs makina, mais aussi avec plusieurs autres informateurs des

    ethnies ; Fang, Shak, Galwa, Akl, Tsogho, Benga, Kota.

    Sagissant du droulement de lenqute, il sarticule en deux principales phases. Dans

    la premire phase, nous avons travaill en collaboration avec des linguistes et des gnticiens

    dans le cadre du projet LGCB ( Langues Gnes et cultures Bantoues voqu dans les pages

    prcdentes). Informs de notre dsir deffectuer une tude sur les Makina, les responsables

    du projet nous insrent dans lquipe qui tait charge de collecter les donnes gnalogiques,

    linguistiques et gntiques dans les villages makina.

    Notre rle dans cette quipe consistait non seulement au remplissage des fiches

    gnalogiques selon la technique de lentretien semi-directif, mais aussi et surtout, par notre

    formation dethnographe, de solliciter la participation des populations rpertories pour le dit

    projet. Pendant cette tape, nous avons rencontr des difficults lies au fait que, les

    informateurs retenus pour la collecte des gnalogies devaient systmatiquement faire un don

    de sang, stait le mode de prlvement gntique retenu. Or, pour ceux qui ne le savent pas,

    le sang constitue un tabou li aux croyances et aux pratiques religieuses qui ont cours dans

    chaque groupe ethnique au Gabon.

    Aprs le projet LGCB, vu que les donnes dont nous disposions taient composes

    essentiellement par des gnalogies dinformateurs de sexe masculin ayant de prfrence leurs

    deux parents de la mme ethnie, nous avons dcid dlargir notre champ dinvestigation aux

    femmes et aux individus issus des mariages mixtes ; dans le but dobtenir les donnes les plus

    reprsentatives possibles du groupe ethnique tudi. Cette seconde phase sest effectue dans

    la solitude de lethnographe sur son terrain. Pour des raisons dhomognisation des

    informations collectes pendant les deux phases de lenqute, nous avons utilis dans ce

    second stade, le formulaire labor dans le cadre du projet LGCB (cf. Annexe 1). Ainsi, si le

    questionnaire permet de quantifier les informations, lobservation directe, notamment lcoute

    et les tmoignages nous ont permis dobtenir des donnes plus fines.

  • 17

    Dune manire gnrale, par rapport au contexte gnral de ltude, nous bnficiions

    de quelques avantages comparatifs dus notre parcours.

    En effet pour des raisons subjectives, nous sommes de nationalit gabonaise mais

    aussi du clan massaka de lethnie Akl, donc imprgn plus ou moins de la ralit culturelle

    gabonaise. En outre, nous avons vcu de manire continue au Gabon jusquen 2004.

    Lautre pan de ce parcours, cest que depuis 1999, anne de notre premire inscription

    au dpartement dAnthropologie de lUniversit Omar Bongo du Gabon (o nous avons

    pass le diplme de matrise en anthropologie en 2004), nous tentons dobjectiver cette

    facilit naturelle accder par le biais des parlers fang et akl une connaissance plus

    approfondie, osons le dire, anthropologique de la diversit culturelle gabonaise.

    Le fait de poursuivre des tudes en France, hors du contexte particulier de notre

    terrain, constitue un lment supplmentaire dans cette qute de lobjectivit laquelle, sont

    gnralement confronts les anthropologues aprs une immersion dans leur objet dtude.

    Voil brivement prsent les conditions dans lesquelles, les donnes qui nous

    permettent de dbuter cette tude ont t collectes.

  • 18

    CHAPITRE 2 : GENERALITES SUR LES MAKINA

    Carte n1 : le GABON

    Source : http: // www.populationdata.net/images/cartes/afrique/gabon.jpg

  • 19

    Carte n2 : rpartition des groupes ethnolinguistiques au Gabon

    Source : Lolke Van der Veen, sur la base de donnes ethnolinguistiques des chercheurs du laboratoire

    Dynamique du Langage et de lUniversit de Libreville.

  • 20

    2.1. Gographie actuelle du pays makina

    Les gnalogies qui nous permettent de dbuter cette tude sur les makina, ont t

    collectes auprs dinformateurs originaires de : Boou et sa rgion ; Lambarn et Ndjol.

    Ces rgions sont localises au Gabon (carte n1) : pays situ sur la cte Ouest de lAfrique,

    entre 9 et 14 degrs de longitude est. Il sinscrit entre 230 nord et 355 sud. [] Sa

    superficie est de 267 667 Km2. (Ratanga-Atoz, 1999). La population du Gabon est estime

    en 2003 1 520 911 habitants7. Indpendant depuis le 17 aot 1960, cet ancien pays de lAEF

    (lAfrique quatoriale franaise), se divise administrativement en neuf (9) provinces (rgions).

    Notre zone dtude couvre deux provinces (carte n1) : la province du Moyen-Ogoou avec

    Lambarn comme ville principale et Ndjol comme deuxime ville, et la province de

    lOgoou-Ivindo o Boou est la deuxime ville aprs Makokou. Cette zone est ce qui reste

    du pays makina deux sicles aprs ses premires localisations.

    Le Gabon est baign par un rseau hydrographique dense dont le plus important est le

    fleuve Ogoou qui traverse le pays dest en ouest sur 1200 Km avant de se jeter dans la mer

    sur la cte atlantique. Ce rseau hydrographique a permis la fois le dplacement des

    populations (le long des cours deau) qui peuplent aujourdhui le Gabon, et facilit les

    longues expditions des explorateurs qui dferlent sur ses ctes partir du XVme sicle.

    Les provinces frontalires du Moyen-Ogoou et de lOgoou-Ivindo, abritent un

    ensemble de villages makina (voir la deuxime partie) dissmins autour des localits de

    Lambarn et Ndjol (Moyen-Ogoou), et Boou (Ogoou-Ivindo).

    2.1.1. Elments dhistoire makina

    Comme la majorit des peuples de lAfrique subsaharienne et du Gabon en particulier,

    les Makina sont un peuple de tradition orale. Cest--dire que, cest un peuple dont lhistoire

    prcoloniale nest quasiment pas connue parce quelle nest pas crite. Toutefois, nous en

    avons quelques chos, par sa transmission de gnration en gnration. Des chos contenus le

    plus souvent dans plusieurs genres de labondante littrature orale africaine, en particuliers

    dans les popes qui entremlent parfois mythes et faits historiques non ngligeables, mais

    aussi dans les gnalogies, etc.

    Cependant, la tradition orale, elle seule ne permet pas toujours de suggrer des

    hypothses fiables (sauf si elle respecte les critres de son objectivit) pour une reconstitution

    7 Chiffre officiel du recensement gnral de la population 2003 publi cette anne.

  • 21

    objective du pass des peuples sans criture. Lhistoire quant elle, comme science et

    mthode dinvestigation des peuples qui connaissent lcriture, ne nous permet pas, pour ce

    qui concerne le contexte gabonais, davoir des donnes exhaustives sur le pass lointain de

    ses populations. Les traces crites du pass du Gabon ne remontent quau XVme sicle avec

    larrive des premiers explorateurs qui ont consign dans leurs carnets de voyages, des

    descriptions sur les peuples rencontrs (Du Chaillu, Compigne, Marche, De Brazza, etc.).

    Mme si certaines dentre elles taient trs connotes pjorativement, elles ont le mrite de

    prsenter les premires traces crites des peuples du Gabon. Dans cette perspective, lhistoire

    des makina ne dbuterait quau milieu du XIXme sicle.

    Cest pourquoi, la confrontation des donnes des sciences historiques est ncessaire :

    hypothses de la linguistique historique, textes des explorateurs, rcits oraux, fossiles

    exhums, pour suggrer les hypothses suivantes sur lhistoire ancienne des Makina.

    2.1.2. Les origines anciennes

    Les traces les plus anciennes sur les origines makina, sont dduites des hypothses de

    la linguistique historique et comparative bantu. Cest ainsi qu la suite de Guthrie (1967-

    1971), Bastin et al (1999), Puech (1989) et rcemment Mouguiama-Daouda (2005), on sait

    que la langue makina (chiwa A83) se classe dans le groupe A80 (cf. carte n2). Elle appartient

    aux langues du groupe maka-njem-pomo-kweso, car les donnes de la statistique lexicale

    tablissent une ressemblance de 70% entre le chiwa et le maka du Cameroun. Or, comme

    toutes les autres langues de ce groupe, le foyer dorigine des langues A80 du Gabon se situe

    au Cameroun, avec son centre de gravit dans le Sud-est dans un axe orient vers la

    frontire sud du Cameroun et la [Rpublique Centrafricaine] (Mouguiama-Daouda, 2005).

    Le Cameroun se prsente ds lors comme une tape essentielle dans les migrations des

    populations parlant le chiwa. On pourrait de ce fait, penser quavant larrive des Makina au

    Gabon, leur destin tait li jusquau VIme sicle celui des autres membres du groupe

    ethnolinguistique maka-njem-pomo-kweso, puisque les hypothses linguistiques datent les

    premires sparations du groupe 1500 ans (Mouguiama-Daouda 2005).

    Par ailleurs, lethnohistoire nous apprend que le Cameroun regorge de plusieurs

    populations maka ou dites dorigine maka. Elles se localisent actuellement dans le

    dpartement du Haut Nyong entre Akonolinga et Bertoua en passant par Abong Mbang et

    Doum. Vers le sud ouest du Cameroun, les Ngoumba (aussi appels Mvumbo) populations

    dorigines maka ont tablies leur territoire autour de la rgion de Lolodorf (Geshiere, 1981).

  • 22

    Le foyer dorigine des migrations des Proto-Maka serait, selon Geshiere (1981), la

    Haute-Sanaga, quils vont quitter pour stablir sur le Nyong, la dislocation du groupe va se

    produire avec les invasions successives de populations parlant des langues du groupe A70,

    notamment les Fang et les Bulu. Cest ainsi que les Ngoumba vont se retrouver dans un

    espace qui part de la rgion de Lolodorf la cte (Kribi), alors que leurs contemporains Maka

    vont aller un peu plus vers lest, pour se retrouver dans la rgion du Haut Nyong (figure n1).

  • 23

    Figure n1 : Localisation actuelle des Makina au Cameroun

    (Source : Geschiere. 1981)

  • 24

    Aprs cette tape du Cameroun, que nous retrouvons vaguement dans les tmoignages

    de nos informateurs qui parlent de similarit linguistique et culturelle8 entre les Ngoumba et

    les Chiwa, une similarit confirme par plusieurs auteurs avant nous. Cest dabord avec le

    pre Trilles (cit par Merlet, 1990b : 87), quon apprend que les Ossyba de Boou,

    embauchs par Fourneau, ont eu lair de retrouver des frres chez les Ngoumba de Kribi.

    Quelques annes plus tard, Deschamps (1962) signale lui aussi que ses informateurs affirment

    que les Chiwa et les Ngoumba sont proches parents. Allgations contenues dans le rcit de vie

    sur la migration chiwa collect par Puech (1990 : 293) o lauteur rapporte des propos qui

    disent que, les Chiwa sont parents des Ngoumba du Cameroun (rgion de Kribi) avec

    lesquels ils disent se comprendre sans interprte (Puech, 1989).

    Extrait du rcit shiwa sur les migrations makina collect Boou et transcrit par

    Puech, puis traduit avec laide de Paul Ngali (Puech 1990 : 293)

    S"@w @ [email protected] @ mby @h Les Shiwa sont venus de l-haut [email protected]"@ [email protected]@r"@ b @bE b @[email protected]"@ a$ mya @ nSa @ [email protected]"@ spars les hommes se sont spars au moment de la grande famine na$ nS"& la& dza$ [email protected] pour venir passer arbre perc yu myar"@[email protected], v $ba [email protected]@[email protected] m @ nS "$"@ arrivs autre ct, alors ils se sont spars de routes [email protected] na& we$ l"@ k$ b"@S"@w @ [email protected] @ m @[email protected]"$ les Fangs et une partie des Shiwa sont alls droite @ wE$ l"@ k$ b"@S"@w @[email protected]"@ m @[email protected]"@ et une partie des Shiwa du ct gauche [email protected] [email protected] @ m @[email protected]"@ [email protected]"i b"$S"@w @ na&a les Fangs partis droite ont demand aux Shiwa : Sa$ y"@n"@ bk @m @ m @[email protected]"@ n"@ by b @k @pya$ ? vos frres sont partis gauche mais vous partir o ? v $ b"$S"@w @ byak"@na& alors les Shiwa ont dit que bv @ k @ ka$g"@y $ [email protected] nous partons chercher une rivire [email protected] dz @n @ [email protected]$ [email protected]@r $r $ ts @[email protected]@ ainsi le nom Ngoumba a commenc en ce temps l.

    8 Il faudra aussi signaler que les Fang-Makina du Gabon se disent eux mme mek, comme les Maka du Cameroun rencontr par Geshiere.

  • 25

    Aprs le Cameroun, les Makina seraient arrivs au Gabon (figure n2), par plusieurs

    vagues qui se dispersrent le long du Komo et de la Mb. Puis, ils poursuivirent leurs

    migrations le long des affluents de lOgoou (lIvindo, la Mvoung, lOkano, lAbanga) dans

    un sens, nord-sud, avant loccupation dautres territoires en suivant lOgoou dest en ouest.

    Un territoire qui stendait sur plusieurs provinces : dans le Woleu- Ntem, les Makina sont

    signals dans un village situ entre Medouneu et Mitzic actuelles ; dans le Moyen-Ogoou

    plusieurs villages sont localiss dans les rgions de Lambarn et Ndjol ; dans lEstuaire

    lpicentre du groupe se trouvait Kango et la valle du Rembou ; enfin dans lOgoou-

    Ivindo on notait plusieurs villages situs entre Boou et Makokou.

  • 26

    Figure n2 : Dispersion des Maka et des Ngoumba et Migration des Mak-

    Ossyba au Gabon

    Source : Merlet. 1990b

    Cette figure ralise par Merlet (1990b), rsume assez bien les migrations et ltendu

    du territoire makina depuis la pousse des Bulu et des Fang au Cameroun, linstallation

    progressive de ces derniers au Gabon avant et pendant les explorations europennes. Ce

    peuplement progressif suivant les affluents de la rive droite de lOgoou depuis les sources de

    lAna (Haut Ivindo) et du Woleu, aurait dbut avec des installations (A) en Guine

    Equatoriale et dans la province du Woleu-Ntem jusquaux sources de lAbanga, du Komo et

    de la Mb. Puis, toujours selon une avance clan par clan, ils dferlent dans les rgions de

    Ndjol (B et F), de Kango, de la Valle du Rembou et de Lambarn (C et D). De Makokou

    Boou (E) ils longent lIvindo et la Mvoung en repoussant parfois devant eux dautres

    peuples pralablement tablis, les Pygmes notamment.

    Aprs avoir fortifi des villages sur la rive droite de lOgoou, la rive gauche qui tait

    pralablement occupe par les Okand et les Apindji, ne rsiste pas longtemps cette

    invasion makina. Ainsi, les Makina sinstallrent de la rgion de la Lop (G, I, J)

    Zabour (H) sur la rive droite vers la Lassio, en passant par Achouka dans le bas Offou.

  • 27

    A partir de lanalyse de la carte (figure n2) de Merlet sur les probables axes

    migratoires des Makina au Gabon, des rcits dexplorateurs, des donnes linguistiques et des

    gnalogies G-3 que nous avons collectes, nous pensons que, lorsque les premiers

    explorateurs rencontrent les Makina au XIXme sicle, ces derniers taient dj installs dans

    la majorit de ce vaste territoire, depuis plusieurs dcennies, voire depuis plusieurs sicles.

    Mme si quelques groupes achvent leur mise en place pendant cette priode trs

    mouvemente des explorations.

    2.2. Description sommaire de la vie chez les Makina par les explorateurs

    Le village makina

    A linstar de la majorit des villages bantu daujourdhui et dpoques anciennes, le

    village makina est constitu de deux ranges de cases qui laissent entre elles une large cour en

    forme de grande rue. Au XIXme sicle, les cases fort basses et accoles les unes aux autres

    avaient un intrieur gnralement divis en trois ou quatre [pices], y compris le magasin et

    la cuisine (De Brazza 1876 cit par Merlet, 1990b : 281-282). Aujourdhui, on note une

    volution du matriau de construction, les cases sont certes pour la majorit en bois, mais la

    place des corces et de la paille (cf. photo n1), les planches servent revtir la maison, et la

    tle sert de toit. Aux extrmits de chaque village se trouve une sorte de hangar encore appel

    corps de garde qui est la fois un lieu profane (pour palabrer) et un lieu de culte. Le plus

    souvent situ en hauteur non loin des rivires, la position de ses villages rendaient laccs

    difficile tous ceux qui voulaient sy aventurer par mgarde.

    On y accdait pied pour les villages situs lintrieur des terres aprs plusieurs

    heures ou jours de marche dans la fort. Les voies fluviales constituaient le moyen le plus

    rapide pour aller dun village un autre, mais encore fallait-il matriser la navigation sur

    leau ; ce qui ntait pas trop lapanage des Makina qui prfraient longer les cours deau,

    contrairement aux Okand qui matrisaient la navigation sur logoou. Cest dailleurs par les

    voies fluviales que les explorateurs vont rentrer en contact avec les populations de lintrieur

    du Gabon.

    Nous ne terminerons pas cette vocation des anciens villages makina sans donner

    quelques noms de ceux visits. Ainsi, dans la valle du Rembou, Braouezec (1861, cit par

    Merlet, 1990b : 76) donne en 1861, les toponymes de Gambon, Shamkoa, Bcho, et Billiki.

    Le village de Fernan-Vaz situ entre Lambarn et Ndjol va lui tre signal vers 1880-1884.

  • 28

    Enfin, en 1962, Deschamps collecte des rcits de vie chez les Chiwa des villages

    Atsombiale, Linz, Melare et Balem dans la rgion de Boou.

    Photo n1 : village traditionnel en corce au sud du lac Ezanga (clich Sautter

    1966)

    La photo ci-dessus, rsume assez bien les descriptions des villages gabonais des

    XIXme et dbut XXme sicle, avec sa cour principale, ses cases en corce et ses toitures en

    paille. Derrire les cases, un environnement luxuriant laisse entrevoir des plans de bananiers.

    Lenvironnement (fort, fleuve, etc.) autour du village, suggre les bases de

    lconomie makina.

    Les activits conomiques

    Base principalement sur le mode de production lignager, lconomie makina tait une

    conomie dautoconsommation. Toutefois, le surplus tait soit conserv, soit chang avec les

    villages voisins. Les activits conomiques pratiques dpendaient la fois de

    lenvironnement alentour et des saisons. Ainsi, on sait que lorsque les explorateurs les ont

    rencontrs, les Makina pratiquaient lagriculture. La culture du manioc et de la banane

    constituaient la principale base de lalimentation : [les Makina] cultivent de vastes

  • 29

    plantations [] Je mourais de faim on mapporta [] une corbeille de bananes bouillies avec

    des morceaux de piment (Compigne et Marche 1874, cit par Merlet, 1990b : 73, 230-

    231).

    Ctait une agriculture itinrante sur brlis, qui peut ainsi tre une des causes du

    dplacement des villages : gnralement les [Makina] ne sattachent pas au sol. Les

    plantations sont-elles puises, la fort est elle veuve de gibier, le chef de village va stablir

    en camp volant [campement], sur des terrains vierges, [] Les arbres abattus sur de grands

    espaces, sont incendis la fin de la saison sche [entre aot et septembre]. Les femmes se

    rendent alors sur les terrains brls pour faire les plantations de bananes, de maniocs,

    dignames, de patates et de mas. Ds que la vie matrielle est assure, le village entier se

    dplace et stablit ct des champs (De Brazza 1875-1887, cit par Merlet, 1990b : 300).

    Lagriculture tait une activit mixte qui associait les hommes et les femmes suivant une

    division sexuelle des taches et une alternance9 de celles-ci. Pendant que les hommes abattent

    les arbres avant de les brler, les femmes sont en repos , puis, une fois le travail des

    hommes termin, les femmes sarclent et sment les diffrentes plantes. Ce sont elles qui

    taient aussi charges de la rcolte.

    Les Makina pratiquaient galement la chasse qui tait une activit exclusivement

    masculine. Comme le note De Brazza en 1888 (De Brazza 1888, cit par Merlet, 1990b :

    301) : Le gibier est leur principale ressource ; ils chassent le buf sauvage [le buffle],

    lantilope, llphant mme, et parmi les singes, le gorille . Propos que Deschamps

    confirme (1962 : 80) : Les anctres chassaient les lphants .

    On sait ds 1874 par Marche et Compigne (Marche et Compigne 1874 cit par

    Merlet, 1990b : 241) que les Makina pratiquaient la pche la nasse, quils coinaient entre

    les rochers devant les trous o les poissons viennent se rfugier quand les eaux sont basses.

    Cette technique de pche, De Brazza lobserva son tour treize ans plus tard, chez les Makina

    de Boou. Llevage de volailles (poules et canards), mais aussi de moutons (cabris) est avr

    dans les descriptions des explorateurs. Le petit btail servait non seulement la

    consommation domestique, mais aussi comme prsents offrir aux htes de marques ou

    comme produits dchanges entre les villages, notamment pendant les crmonies nuptiales

    (la dot), etc., (Merlet.1990b : 230-231 ; 281).

    9 Cest ce que Jean Emile Mbot, anthropologue gabonais appelle le mode de production bantu, qui sappuie sur le modle de la jachre, pour expliquer les phases dactivits et de repos non seulement des sols, mais aussi des communauts humaines.

  • 30

    Les techniques

    La confrontation des synthses des descriptions faites par les explorateurs sur les

    objets quutilisaient les Makina, les rcits oraux traduits par Deschamps (1962) et les donnes

    de larchologie nous permettent de suggrer les techniques usites.

    Il y a comme objets, outils et armes confondus sagaies, couteaux de jet [], haches,

    houes, le tout en fer doux (Fourneau 1884-1886 et 1889, cit par Merlet, 1990b : 432),

    mais aussi bracelets de cuivre, et tous les objets en fer qui rentraient dans la constitution de la

    dot. La possession de ces objets en mtal peut sexpliquer par le fait que les Makina

    connaissaient la mtallurgie du fer et du cuivre. Mais, ils peuvent aussi provenir de leurs

    voisins mtallurgistes. On envisage ici un processus de diffusion. A ce propos les rcits

    collects par Deschamps (1962) disent : les forgerons tiraient le fer du sol et travaillaient le

    fer et le cuivre . Ce qui amne penser que certains Makina taient spcialiss dans la

    forge du fer et du cuivre.

    Les femmes modelaient des vases, des marmites et des jarres en argile. Ce qui

    dmontre que la poterie est lune des techniques connues et constituait une activit

    essentiellement fminine.

    En effet, les donnes de larchologie (Oslisly et Peyrot 1992 ; Clist 1995 cits par

    Mouguiama-Daouda, 2005), attestent des traces du travail du fer, de la cramique et des

    gravures rupestres dans la valle de lOgoou, principalement entre Boou et Ndjol. Cette

    culture matrielle localise dans les sites des groupes dOkanda et dOtoumbi, est date de

    2500 1600 ans ( prciser). Rappelons que cest aux environs de 1500 que les Makina se

    sparent des autres membres du groupe ethnolinguistique proto-maka au Cameroun. Ce qui

    suppose que, lorsque les Makina sont arrivs dans ces rgions, la connaissance du travail du

    fer et de la cramique tait une vieille tradition. Est-ce que ces derniers ont appris ces

    techniques auprs des descendants des ethnies pralablement installes dans la rgion ?

    Sachant quun ge du fer rcent est lui aussi localis dans la mme rgion et dat entre les

    XIIIme et XIXme sicles, ont-ils introduit cette tradition mtallurgique postrieure ?

    La question reste pose dans la mesure o les hypothses de larchologie et celles de

    la linguistique se limitent encore sur le sens donner la pratique et la diffusion de cette

    technique. La linguistique nayant pu reconstruire des termes en proto-bantu attestant de la

    connaissance du travail du fer, larchologie quant elle, nayant trouv aucune trace

    dtablissement humain dans la rgion pour les priodes les plus lointaines 2500 ( prciser)

    ans autour des industries du fer.

    Comme autre technique, on peut citer, la sculpture du bois, pour la fabrication des

    masques (Deschamps, 1962 : 80), des statuettes pour les reliques ou encore des instruments de

  • 31

    musiques tels que tam-tams et harpes (Merlet, 1990b : 432). Mais, le tmoignage de

    Deschamps laisse supposer une production endogne.

    Le tissage des fibres vgtales telles que palmier, bananier et surtout raphia, permettait

    de confectionner des nattes et certains pagnes pour se vtir.

    Lorganisation sociale et politique

    Nous dbutons cette partie de la description, toujours selon les informations contenues

    dans les textes des explorateurs, avec le portrait que tous font des Makina. Ce quil faudra

    retenir cest que deux principales caractristiques apparemment contradictoires sen

    dgagent : le ct farouche et le ct hospitalier.

    Les Makina taient des guerriers belliqueux, farouches, habiles combattants, redouts,

    semant leffroi auprs des voyageurs et leurs voisins les plus proches. Ils vont dailleurs, en

    1874, faire chouer lexpdition de Marche et Compigne lembouchure de lIvindo

    (Marche et Compigne 1874, cit par Merlet, 1990b : 242-243). Ces derniers les dcrivent de

    la manire suivante [les guerriers] avaient les dents limes en pointe, les cheveux tresss en

    petites nattes et entremls de fils de cuivre , le chef de guerre se distinguait le plus souvent

    de ses hommes par une coiffure de plumes rouges de perroquet. Paradoxalement, ils ont fui

    devant les Fang et les Bulu (figure n2). Il faut peut-tre relativiser cette vision guerrire que

    lon retrouve surtout, dans les traditions orales, les rcits de voyage du XIXme sicles et dans

    les archives des administrateurs coloniaux. Perrot (2000) propose une lecture autre que celle

    des conflits dans les rapports entre ethnies, nous en reparlerons dans les chapitres qui suivent.

    Les Makina sont aussi dcrits comme tant des cannibales. Cette rputation va

    parvenir sur la cte, chez les Mpongw qui fournissent aux explorateurs pour leurs

    expditions les premiers guides, porteurs et interprtes. Les descriptions de Du Chaillu (1855-

    1859 : 165) nchappent pas cette catgorisation, elles la renforcent mme lorsquelles

    disent Ils [Les Fang] achetaient indistinctement tous les morts de la tribu des Oshebas

    [Makina] qui, en revanche, leur achetait tous les leurs . Ce passage serait le tmoignage de la

    pratique de la ncrophagie (est-ce que cette rumeur ne part pas de la cte ?).

    Toutefois, agrablement surpris de navoir t mang, ni davoir retrouv dans son

    repas des morceaux dtres humains, Compigne, lors dune visite chez les Makina de la rive

    gauche de lOgoou non loin des villages Okand, put se rendre compte de lhospitalit de ces

    hommes qui lui offrirent logis et repas en 1874. Ils organisrent aussi une fte en son honneur

  • 32

    et lui offrirent un prsent son dpart. Ce ct hospitalier va tre confirm deux ans plus tard

    dans les descriptions de De Brazza (logis, repas, fte et prsents).

    Ces deux types de portraits nous conduisent une description suppose de la socit

    makina et de son organisation politique du XIXme au dbut du XXme sicles.

    Les Makina comme la majorit des populations gabonaises de cette poque,

    sorganisaient en clans ou lignages dont lunit politique se ralisait surtout dans les limites

    du territoire clanique qutaient le village et lenvironnement alentour. Cette organisation qui

    sappuyait sur des liens de parent entre tous les membres de la socit, constituait ce que

    Metegue Nnah (1979 : 17-18) appelle le village Etat. Celui-ci jouit dune indpendance

    totale par rapport aux autres villages organiss sur la mme base. Le chef de village qui tait

    par la mme occasion chef du lignage, ntait en ralit que le reprsentant du collge des

    chefs de familles. Il ne pouvait prendre une dcision qui engageait tout le village sans se

    rfrer ce collge. Cette organisation en village Etat indpendant, disposant de sa propre

    arme 10, aura caus bien de problmes aux explorateurs, qui devaient entreprendre des

    pourparlers avec chaque chef de village et son conseil. Cest ce qui explique que, malgr les

    accords conclus entre Compigne et ces htes Makina de lOkanda en fvrier 1874, ces

    accords nengageaient en rien les Makina vivant lembouchure de lIvindo qui firent

    chouer son expdition un mois plus tard. Toutefois, tous les villages ntaient pas en conflit

    les uns avec les autres. Il existait des alliances surtout entre Fang et Makina, mais aussi entre

    Makina et Shak.

    La carte de Braouezec de 1861 (figure n3) permet de confirmer cette relation entre le

    village et les clans (ou des segments claniques)11. Cest pourquoi Merlet en 1990b conclut que

    les noms de villages figurant sur cette carte sont pour la majorit dentre eux des noms de

    clans makina : Ebefando, Ebervooum, Shamkoia, Bcho, etc.

    10 Il sagit ici des guerriers qui taient chargs de protger le village, ils constituaient aussi lavant garde de la migration des Makina. 11 Il faudra tout de mme noter que des villages mixtes sont signals ; Gambon village Fang et Makina, Zabour village Makina et Shak, etc.

  • 33

    Figure n3 : larrive des Mak-Ossyba lEstuaire du Gabon par Braouezec en 1861

    Source : Merlet, 1990b, p 72.

    Lgende :

    P M : villages Pahouin Mok ou Makina ;

    P F : villages Pahouin Faon ou Fang ;

    P F & P M ou P F & M : villages mixtes Pahouin Faon et Pahouin Mok

    Ce qui nous amne faire un inventaire des principaux clans makina de la priode qui

    nous intresse.

  • 34

    Tableau n1 : Inventaire des clans historiques makina12

    On peut remarquer partir de cet inventaire que la majorit des clans commencent par

    des prfixes en Ebi, Ebe et Bi, mme si des 27 clans inventoris, 4 dentre eux sont prfixs

    en Sha. Ce constat, le Pre Trilles (cit par Merlet, 1990b) lavait dj fait avant nous,

    lorsquil compara la structure nominale des clans makina celle des Fang. Les conclusions de

    cette analyse systmatisent la structure des noms de clans makina par des prfixes en Ebi, Ebe

    ou Bi.

    Nous confirmons cette analyse judicieuse, car elle nous permettra dans la suite de ce

    travail de pouvoir dterminer lhritage makina au milieu de la mosaque culturelle qui

    lentoure. Mais que dire des clans makina ayant des prfixes en Sha, quest ce que cela

    suggre ?

    On remarquera aussi que des rapprochements peuvent tre faits entre clans. Merlet

    (1990b : 27) ne voit dailleurs aucune diffrence entre les clans Bimvoul et Ebinvoul, ce qui

    est fort probable, la variation au niveau de la prononciation rsultant peut tre de

    lenvironnement culturel. Nous reviendrons sur toutes ces questions dans la deuxime partie

    de notre tude.

    Aprs cette numration des clans, quen tait-il du systme de parent ?

    La socit Makina sorganisait autour de la patrilinarit et lexogamie clanique tait une

    rgle sacre. Cela explique peut tre pourquoi, il existait des villages mixtes o vivaient des

    Makina et dautres groupes ethniques. Car lchange des femmes permettait non seulement

    dassurer la prennit de son groupe, mais favorisait aussi la pacification entre peuples.

    Lexemple de Mamiaca chef du village Makina prs dAchouka13 qui avait une femme

    12 Lorthographe des noms de clans, est fidle aux documents anciens. 13 Certainement Mantouang actuelle, voir carte des villages makina dans les prochains chapitres.

    Inventaires Explorateurs du XIXme sicle Deschamps 1962

    Localisation Lambaren et Ndjol

    Valle du Rembou

    Boou

    Noms de clans.

    Bimvoul Ebifa Ebibouma Ebinvoul Ebinvil Ebikala Ebindoum Ebivegne

    Ebefando Ebervooum Shamkoia Bcho Billiki

    Bimbouma, Bira-ngouembi, Binli, Shantoung, Shanki, Binshwo, Bishanga, Shashouo, Bimv, Bikounda, Bion kouendi, Bintoubi, Bikoulembi, Binzimili, Binyambi,Shatshoun

  • 35

    Okand, a favoris ltablissement de la paix entre Chiwa et Okand dans la rgion de

    lOffou lpoque de De Brazza.

    Nous ne terminerons pas cette brve approche sur la socit makina sans faire allusion

    aux anthroponymes, qui, il faut le reconnatre napparaissent pas beaucoup dans le discours

    des explorateurs. Il existe tout de mme des indications de noms de chefs de villages avec

    tous les problmes de traduction et de transcription quils posaient aux XIXme sicle. Ainsi on

    peut retenir dans le tableau n2 certains des anthroponymes makina rpertoris cette poque.

    Tableau n 2 : Inventaire des anthroponymes historiques makina14

    Inventaires Explorateurs du XIXme sicle Deschamps 1962

    Rgion de Boou Boou Localisations Valle du

    Rembou Noms Villages Noms Villages

    Gouai Offou

    Madoumbo

    Anthroponymes

    Itchouki-

    Mandom

    Mamiaca Mkok

    Wangi Bian

    Ekoa Obam

    Manzozo

    Atsombiale

    Naaman Boou Makokou Linz

    Zabour Ivindo Mpouembi

    Zou

    Biangami Pa

    Mpami Nanishi

    Signalons qu linventaire des anthroponymes issus du dcryptage des textes datant

    de deux sicles, nous avons ajout ceux des informateurs de Deschamps au milieu du sicle

    dernier auxquels sont adjoints ceux recoups partir de leurs rcits.

    Enfin, au sujet des anthroponymes ci-dessus prsents, nous les avons transcrits tels

    quils existaient dans les descriptions. Certains dentre eux, notamment, Mamiaca, Naaman et

    Zabour ont eu des tentatives dexplications faites par Raponda Walker et Sillans (cit par

    Merlet, 1990b : 284). Ainsi pour ces auteurs, les noms de Mamiaca, Zabour et Naaman

    seraient une transcription errone de Mamiaga, Nz-Aboghe et Nna-Emane . Nous

    retrouvons effectivement dans notre corpus, les noms de Memiaghe ou Memiagha, Nze ou

    Nzie et celui dEmane, renforant par la mme occasion lhypothse de Raponda Walker et de

    14 Les anthroponymes sont en italique.

  • 36

    Sillans. Quand bien cette hypothse est plausible, il faut cependant se mfier des conclusions

    trop htives, le nom de Mamiaca (par exemple) existant toujours, surtout chez les Shak.

    Nous reviendrons sur cette question dans la deuxime partie du texte avec la comparaison de

    la rpartition des anthroponymes actuels.

    Croyances et pratiques religieuses

    Les tas dossements humains que lon trouvait en bordure de chaque case, adoration

    d idole colossale qui avait son temple et qui tait adorer par toute la famille (Du Chaillu

    1856), les pratiques ftichistes de mme que les ftes nocturnes masculines relates par

    certains auteurs (Compigne 1874, De Brazza 1876), sont des indices des croyances et

    pratiques religieuses des Makina.

    Il convient de revenir sur les incriminations dont Du Chaillu continu dtre lobjet du

    fait de certaines observations supposes faites pendant son premier voyage. Lexplorateur

    parle dans ces rcits des pices de venaison et de la chair humaine fume [] des tas

    dossements humains et dautres abats des deux cts de chaque maison (Du Chaillu 1863 :

    151). Nous convenons partiellement avec certaines de ces critiques, notamment celles qui

    voient Du Chaillu relayer la rumeur qui se rpand dans tout le pays, selon laquelle les

    Pahouins (Makina et Fang) seraient des mangeurs de cadavres15. Nous pensons nanmoins

    que cette description corrle ladoration didoles, porte les germes dune autre pratique.

    En effet, partir de ltude des hauts de reliquaires des peuples du Gabon

    (Falgayrettes, 1986) qui classe lart makina dans le style fang (Louis Perrois, 1997) et des

    rcits de vie collects plusieurs annes aprs Du Chaillu, on a appris que les Makina comme

    la majorit des peuples bantu et notamment ceux du bassin de lOgoou, conservaient les os

    de leurs anctres dans des paniers dcorces sur lesquels tait place une statuette. La

    conservation des reliques (photo n2) obissait aux cultes des anctres dont lun des plus

    connus chez les Fang et les Makina tait le byri.

    Les reliquaires suscitaient des pratiques rituelles complexes, qui ncessitaient

    offrandes funraires et sacrifices. Ces crmonies qui en appelaient la force et la sagesse

    immortelle des ascendants illustres [le plus souvent les chefs de lignages] devaient favoriser

    toute entreprise de quelque importance : campagnes de chasse, expditions guerrires,

    engagement des activits agraires. [Cependant, la responsabilit des reliques et] laccs cet

    15 Voir la rumeur dArongo chez A. Merlet. 1990a, p.104-115.

  • 37

    univers des anctres vivants, garants de la cohsion des familles et de la prennit des clans,

    [taient rservs] aux hommes qui avaient au pralable subi les preuves physiques et

    intellectuelles de linitiation. Aussi, tait-ce ces derniers quil revenait de maintenir, par les

    cultes [byri] quils clbraient sur les autels des anctres, la prsence bnfique de lesprit

    des dfunts au sein de la communaut des vivants (Falgayrettes, 1986 : 5).

  • 38

    (Vu de face et de dos.)

    Statuette du byri sur sa bote

    reliquaire

    Photo n2 : statuette du byri et sa bote reliquaire (clich catalogue la voie des anctres,

    1986)

    On distingue un style fang lintrieur duquel se trouve le sous style ngoumba-

    makina. Comme on peut le voir dans la photo n2, il y a une statuette de reliquaire et sa bote

    cylindrique appele nsekh byeri de calottes crniennes.

    Dans ces [paniers] taient dposs, outres des crnes, divers ossements humains et

    animaux, des cauris, des graines, des perles[] Le byri, tait organis autour de reliquaires,

    parfois de grande taille. Ces rcipients pouvaient contenir, mais trs rarement, jusqu quinze

    vingt crnes. Sy trouvaient aussi mls des bijoux et des charmes magiques (Falgayrettes,

    1986 : 7), ce qui justifierait en partie les descriptions de Du Chaillu sur les tas dossements

    dans les villages pahouins.

    Enfin, comme le dit Louis Perrois (1997) limage de bois [statuette] est un symbole

    et un message dont les formes caractristiques sont autant dlments que les initis

    comprennent parfaitement [] cette sculpture, dinspiration et dutilisation intimistes, rpond

    dabord un besoin cultuel, celui du lignage ou du village .

  • 39

    Ces croyances non seulement aux esprits des anctres, mais aussi aux autres forces

    mystiques notamment ; aux esprits des dfunts et aux forces surnaturelles, sont lunivers

    cosmogonique dans lequel vivaient les Makina. Larrive des explorateurs et lavnement des

    missions dvanglisation chrtienne qui vont exporter une bonne partie des reliques des

    peuples du Gabon, dont une bonne partie se retrouvent de nos jours dans plusieurs muses des

    anciennes puissances colonisatrices, vont mener une lutte contre ces pratiques juges

    diaboliques.

  • 40

    DEUXIEME PARTIE : CARACTERISTIQUES ACTUELLES ET ANALYSES

  • 41

    CHAPITRE 3 : ESSAI DE SYSTEMATISATION DES CARACTERISTIQUES

    CULTURELLES MAKINA : TOPONYMES, CLANYMES, ANTHROPONYMES

    Ce chapitre voudrait prsenter certains traits culturels que nous qualifierons de

    makina. Traits culturels, qui permettront dsormais (nous lesprons), chaque fois que nous

    les rencontrerons la suite de cette tude, dtre plus vigilant sur lidentit ou lorigine

    identitaire des populations en prsence.

    En effet, le dtail, et le dtail du dtail, est ce qui intresse les anthropologues, dans

    leur qute de la comprhension de lhomme en gnral partir de ltude particulire des

    diversits et des dynamiques culturelles.

    Cest dans cette perspective de la recherche du dtail, que nous ne pouvons superposer

    les cultures aussi petites soient-elles, les unes aux autres, que nous justifions cette qute des

    traits culturels makina. Pour y arriver, nous partirons de la comparaison des synthses des

    inventaires, toponymiques, des noms de clans et des anthroponymes (Annexe 2) des Makina

    et des populations qui investissent les mmes espaces gographiques queux et dans lesquelles

    ils semblent se fondre (Shak et Fang). Cela permettra de dterminer ce qui serait hrit chez

    les Makina de ces populations ou le contraire.

    3.1. Inventaires des villages makina comparativement ceux des villages fang et

    shak rpertoris16

    Nous ne reviendrons jamais assez sur les questions despace et de territoire, car la

    question du territoire constitue un lment fondamental du point de vue de la construction des

    identits de plusieurs peuples dans le monde. En dautres termes, la question de lorigine, du

    lieu, de la localisation dun peuple un moment donn de son histoire dans un espace

    physique culturellement marqu, permet aujourdhui encore de construire les identits que

    nous revendiquons tous les jours. Un Franais est encore franais aujourdhui, non seulement

    par rapport la mmoire commune quil partagerait avec dautres personnes, mais aussi par

    rapport la mise en place de stratgies diverses lintrieur de lespace territorial quest la

    France. On parle ds lors des identits nationales. Mme si, on se rend compte de plus en plus

    avec les effets de la mondialisation (migrations des ides, de certaines murs, des hommes,

    etc.) que les identits sont de moins en moins figes. Nanmoins, elles se construisent

    toujours par rfrence un espace physique ou imaginaire (Appadurai, 2001), en fonction du

    16 Nous tenons rappeler que les inventaires partiels que nous prsentons, sont dduits de nos donnes de terrain.

  • 42

    lieu o lon se trouve. Au niveau local on parle des identits nationales, alors quau niveau

    mondial, cest plutt le concept didentit transnationale que lexemple des diasporas rvle

    de plus en plus.

    La problmatique du territoire apparat donc, comme une caractristique importante,

    voire indispensable pour interroger les dynamiques culturelles. A fortiori, quand on se trouve

    dans un contexte o le territoire physique ou imaginaire17, revtait un caractre, disons-le,

    primordial dans la constitution des identits de groupes et du statut de ces membres

    lintrieur dun village donn.

    Cette question fortement marque dans le contexte qui nous intresse par, les

    dplacements de villages, les regroupements de ces derniers, les migrations de populations,

    constitue une piste de recherche pour comprendre la dynamique de lvolution des clans chez

    les Makina.

    Cest ainsi quil faudra retenir que, dans certains villages des provinces du Moyen-

    Ogoou et de lOgoou-Ivindo, les Makina cohabitent surtout avec les Fang et les Shak.

    Quels sont ces villages ? Existent-il aujourdhui des villages exclusivement makina ?

    17 Ici la notion dimaginaire du territoire est rapprocher de la question des dplacements de villages, qui taient trs frquents dans le contexte gabonais et qui sont la consquence de la reterritorialisation de certains villages sur dautres espaces physiques, lanalogie de certains noms de villages, nous en donne la preuve.

  • 43

    Tableau n3 : les villages makina aujourdhui18

    Le premier constat que lon peut faire en observant le tableau ci-dessus, cest quil

    nexiste apparemment aucun village makina dans les provinces de lEstuaire, de lOgoou-

    Lolo et celle du Woleu-Ntem. Si pour la province de lOgoou-Lolo, ce constat ne suscite

    aucune interrogation (aucun village makina nayant t localis dans la rgion), ce nest pas le

    cas pour les provinces de lEstuaire et du Woleu-Ntem, o taient signals des villages

    makina il y a deux sicles. Que sont devenus les villages historiques de Gambon, de

    Shamkoa, de Bcho et de Billiki localis par Braouezec en 1871, ceux signals dans le Nord

    de la province de lEstuaire par Bowdich en 1817 (Bowdich 1817 cit par Merlet, 1990b) et

    celui visit par Du Chaillu en 1856 (Du Chaillu, 1863) entre Medouneu et Mitzic actuels ?

    18 Ce tableau a t ralis sur la base des informations collectes pendant nos diffrents terrains (LGCB et terrain sur les Makina).

    Villages Fang Makina Shak Provinces Estuaire Bikele, Kango,

    Ntoum, Cocobeach

    Moyen-Ogoou Lambarn Fernan-Vaz, Makouk Junkeville, Bingoma, Lambarne, Ndjol, Meyene.

    Ogoou-Ivindo Makokou Makokou, Boou, Balem, Linz, Loundi, Mantouang, Melare, Nsia, Tsombiale, Kankan, Inzanza, Ndjol-Makina ou Njol.

    Balem, Boou, Djidji, Inzanza, Kandjama-Bika, Laboka, Lassio, Linz, Lop, Menga Makokou, Ndjol-Makina, Nsia, Yene.

    Woleu-Ntem Bitam, Oyem, Ebeigne, Andok-Efak, Allen-Mbome, Abem, Mekak, Biyen, Medouneu, Fene-Nkodjen, Mbomo, Mitzic, Minvoul, Mfoul, Medoumou, Akom-Essatouk, Komoville, Endama, Nkang, Mebang, Nkoum, Assok, Agbang, Mekok, Esseng-Okui, Bissok.

    Ogoou-Lolo Lastoursville.

  • 44

    Deux hypothses peuvent tre mises comme proposition de rponse cette question :

    Une hypothse maximaliste suggrant la disparition des villages historiques en mme

    temps que les populations qui y vivaient devant la pousse des Fang qui investissent

    dsormais ces lieux. Toutefois, en ltat actuel de nos investigations, nous ne disposons pas

    dassez dlments pour attester de manire absolue la disparition de ces villages

    historiques19 ;

    Une hypothse minimaliste qui suggre que, les villages historiques existent toujours,

    mais ils auraient juste chang de toponyme en se regroupant avec les villages historiques fang

    localiss dans les mmes rgions par les explorateurs. On peut dduire de cette supposition

    que, les deux peuples partageraient dornavant une destine commune. Trois arguments

    permettent de penser que cest lhypothse la plus plausible. Dabord, des tablissements

    mixtes fang et makina y taient dj signals au XIXme sicle Gambon par exemple. En outre,

    les expriences de concentration de populations menes par ladministration de lA.E.F20 au

    sud de Medouneu et de Mitzic dans les annes 1930 (Sautter, 1966) ne sont pas exclure des

    causes probables du dpeuplement makina dans cette rgion. Enfin, des indices actuels tels

    que les dclarations des informateurs sur leur appartenance ethnique, la distribution des

    anthroponymes, etc., sont des traces dune installation antrieure des Makina dans les

    provinces de lEstuaire et du Woleu-Ntem. Nous y reviendrons dans les chapitres qui suivent.

    Lexamen du tableau n3 rvle ensuite le voisinage et dans une large mesure la

    communaut de territoire entre Makina et Fang dans les rgions de Lambarn et Makokou.

    En effet, ces rgions constituent des sortes de carrefours pour plusieurs groupes ethniques.

    Ainsi dans la rgion de Lambarn, en dehors des Fang et des Makina, les Galwa ou Galoa et

    les Akl sont deux peuples majeurs qui investissent ce territoire et qui partagent aussi le

    quotidien de nos htes. La rgion de Makokou nest pas en reste, puisquon retrouve entre

    Ovan et Makokou, principalement dans le canton de la Mvoung, un lot de villages

    makina entour de ceux des Fang. Noublions pas de signaler un ensemble de villages kota,

    non seulement dans la rgion de Makokou, mais aussi le long de la route Koumameyong-

    Lalara aux alentours des installations fang et makina.

    La pluralit des peuples de ces rgions explique en partie les nombreux brassages

    interethniques quon y retrouve.

    19 Nous comptons pallier cette insuffisance de donnes dans nos prochains terrains. 20 Afrique Equatoriale Franaise.

  • 45

    La grande rpartition des tablissements makina dans les provinces du Moyen-Ogoou

    et de lOgoou-Ivindo, confirme un maintien voire une multiplication des anciens villages.

    Ainsi, nous sommes peu prs sr ltat actuel de notre tude que la ville de Ndjol et les

    villages Fernan-Vaz, Junkville, Bingoma et plusieurs des supposs villages fang des lacs

    Ezanga, Ogumou, Onangu21, seraient en ralit des villages hrits du territoire des

    Ossyba du moyen et du bas Ogoou.

    La rgion de Boou quant elle et son ensemble linaire de villages, rparti depuis

    lembouchure Ivindo-Ogoou jusqu Boou (cf. figure n4), constitue aujourdhui la base de

    ce qui reste du pays makina. Elle mrite donc quon sy attarde davantage. Tant dans cette

    rgion se sont fixs cette fois-ci les Shak qui partagent plusieurs espaces avec les Chiwa.

    Vu que les villages Balem, Linz, Inzanza, Njol22 (Ndjol makina) et Nsia sont des

    topiques des deux ethnies (Chiwa et Shak), un calcul statistique simple de la rpartition des

    informateurs des deux groupes dans les dites localisations, est un indicateur dtablissement

    plus ou moins majoritaire de lune ou de lautre ethnies dans ces espaces communs.

    Tableau n4 : distribution des informateurs chiwa et shak dans certains topiques

    de la rgion de Boou23

    Informateurs chiwa Informateurs shak Total

    Topiques Effectifs % Effectifs % Effectifs %

    Balem 5 10,64 1 2,13 6 12,77

    Boou 6 12,77 7 14,89 13 27,66

    Inzanza 1 2,13 7 14,89 8 17,02

    Linz 3 6,38 2 4,25 5 10,64

    Njol makina 2 4,25 1 2,13 3 6,38

    Nsia 5 10,64 7 14,89 12 25,53

    Total 22 46,81 25 53,19 47 100

    Les donnes du tableau n4, les observations de terrains et les donnes historiques, nous

    permettent de dterminer le peuplement progressif de la rgion de Boou et lorigine ethnique

    des peuples qui y cohabitent.

    21 Depuis la fin du XIXme sicle, plusieurs lignages Makina sont installs dans les lacs Ezanga, Ogumou et Onangu, Sautter (Sautter, 1966 : 746-747) en dnombre seize en 1953. 22 A distinguer de la ville de Ndjol qui se trouve dans le Moyen-Ogoou (cf. carte n1). 23 Il faudra relativiser ces donnes vu quelles ne prennent pas en compte toute la population de ces villages et, elles ne concernent que nos informateurs.

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    Selon Liwa (Liwa 1998 cit par Ngale Nang, 2000) ; la ville de Boou tait un ancien

    village chiwa fond par le clan Bimbouma, il sappelait lorigine Nanga-Chingui ou

    chur mbu cause des chutes quil y a cet endroit. Mobow , cest le nom que lui

    donnaient les Okand, avant de devenir Boou et poste de ladministration coloniale en 1883

    avec De Brazza (1883, cit par Ngale Nang). Depuis lors sont arrivs dautres peuples. Cest

    pourquoi, la prfecture de Boou runit aujourdhui la fois des Ndambomo, des Kota, des

    Shak (14,89% de nos informateurs) en plus des Chiwa t (12,77% de nos informateurs).

    Le village Nsia devenu un des quartiers de Boou, avec respectivement 14,89% et 10,64 des

    effectifs shak et chiwa interrogs, se prsente aussi comme lun des grands espaces

    communs de cette contre.

    Sagissant des villages Balem, Linz et Ndjol makina, ces derniers restent des territoires

    chiwa mme si quelques familles shak sy sont installes de nos jours.

    Par contre que Inzanza (14,89% shak, 2,13% makina) situ entre trois villages makina

    (Balem, Melare et Ndjol makina), est peupl majoritairement par des Shak.

    Figure 4 : localisation de quelques villages chiwa de la rgion de Boou

    Linz Ndjol makina

    Mantouang Balem Melare Atsombiale Inzanza Kankan Source: Fabrice Agyune sur fond de carte du site http: //www.fallingrain.com

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    3.2. Elments caractristiques des clans makina

    Exemples de gnalogies G-3 makina, fang, shak collectes entre 2002 et 2004. Gnalogie makina G-3 de Minkang Marc Paulin, (collecte Libreville 2004)

    Bichangue Biniambi Shangui Birangwembi Bimbouma Biniambi G-3

    Bichangue Biniambi Birangwembi Biniambi G-2

    Bichangue Birangwembi G-1

    Bichangue G0

    Gnalogie fang G-3 de Ollo Medzegue Celestin, (collecte Libreville 2002)

    Nkodjen Essabgne Essatouk Essangui Yeffa Efack G-3

    Nkodjen Essatouk Essangui Efack G-2

    Nkodjen Essangui G-1

    Nkodjen G0

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    Gnalogie shak G-3 de Mbela Joseph, (collecte Lop 2003)

    Samakoko Sangobot