Enquete nationale sur les orphelins

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  • 7/22/2019 Enquete nationale sur les orphelins

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    La paroleaux orphelinsCONNATREIls seraient plusde 500 000 orphelinsen France

    AIDERLa Fondaon dentreprise OCIRP,la FAVEC et lUNAF lvent le voilesur ce silence

    ACCOMPAGNERProposer des servicesadapts au moment o ils enont besoin

    Avec le souen de

    En France, il y a prs de 500 000 orphelins de

    moins de 21 ans. Souvent ignors, laisss

    pour compte, ils sont rgulirement oublis

    des poliques publiques. Ils sexpriment peu, on les

    coute peu...

    La FAVEC et lUNAF ont donc dcid de leur donner

    la parole. Nous avons ainsi lanc une grande

    enqute laquelle plus dun millier dentre eux ont

    rpondu. De cet change, nous rons plusieurs

    enseignements et proposions.

    De manire gnrale, cee enqute dmontre le

    poids du silence lorsque lon devient orphelin et

    les impacts sur le long terme de cet vnement

    vcu comme un accident qui aura de profondes

    rpercussions tout au long de la vie.

    Cee enqute conrme la ncessit de rchirsur un disposif permeant aux orphelins desexprimer, ds le moment du dcs de leur parent.Lidal serait un lieu o parents et enfants puissentvenir, ensemble ou non, quand ils en prouvent le

    besoin, pour parler, poser toutes les quesons quiles rongent, en sachant quils ne feront de peine

    personne puisquil ne sagit pas de leur famille nides amis. Ils pourraient aussi venir l simplement

    pour tre au calme, pour sorr de latmosphre de

    la maison. Les plus jeunes enfants devraient pouvoir

    sexprimer par la parole, mais aussi par le dessin, le

    coloriage, les marionnees, la pte modeler, etc.

    Il serait ule de proposer aussi quelques ouvrages

    de rfrence sur le deuil, ainsi que des pets livres

    pour les enfants. Il sagirait dapporter un suivi

    psychologique en orant chaque enfant le moyen

    dexpression adapt.

    Il semble galement ncessaire daider lorphelin

    en aidant aussi le conjoint survivant. Lun ne peut

    pas avancer sans lautre et le parent ne pourra pascouter et aider son enfant sil nest pas bien lui-

    mme. Mais ils ne doivent pas se servir de bquille

    mutuelle . Ils doivent trouver un appui extrieur.

    La rexion doit donc porter sur une aide globale

    parent-enfant.

    Ces orphelins ont besoin daide pour reprendre

    conance en eux et en la vie, devenir des adultes

    quilibrs, prts prendre leur avenir en main.

    Ensemble imaginons et menons des poliques

    publiques adaptes, crons cet accompagnement.

    Enqute

    Une enqute... pour les aider sorr du silence

    Chrisane POIRIERPrsidente de la FAVEC

    Franois FONDARDPrsident de lUNAF

    naonale

    Septembre 2011

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    La parcularit franaise de la surmortalitmasculine avant lge de 65 ans, le fait que leshommes sont gnralement plus gs dans lecouple, et quils ont plus de conduites risques,

    engendrent le plus souvent un veuvage fminin1

    .En cas de veuvage trs prcoce, le couple na pastoujours eu le temps davoir des enfants.

    Neuf orphelins de pre et huit orphelins de mresur dix vivent dans une famille monoparentale(cest--dire constue du parent survivant etdun ou plusieurs enfants) au niveau de vie moyenplus faible que celui des familles biparentales.Ces dicults nancires que connaissent lesfoyers de veufs(ves) apparaissent dans lenqutedes Revenus scaux

    2. Les veuves ges de 25

    44 ans ont un niveau de vie mdian infrieurde 27 % celui des femmes maries du mmege. De plus, 26 % dentre elles ont des revenusinfrieurs au seuil de pauvret, contre 17 % desdivorces et 10 % des femmes maries. 23 %des veufs gs de 25 44 ans sont considrscomme pauvres, contre 9 % des hommes marisdu mme ge. Il est vident que les ressourcesdu mnage diminuent (ou disparaissent si leconjoint survivant nest pas salari) au momentdu veuvage, meant en pril lquilibre nancieret ayant ainsi des rpercussions sur lavenir desenfants.

    Une tude de la DREES3 indique quen 2006,

    11 % des adultes de 20 75 ans sont devenusorphelins de pre ou de mre avant lge de 20ans. Certes nous constatons moins dorphelins

    parmi les jeunes gnraons mais le risquedemeure lev. Cest un risque social qui peutmodier la desne dun individu.

    Ces rares enqutes menes sur les orphelins nese sont pas aaches dcrire leur situaon,leur ressen, leurs manques et leurs souhaitsau moment du dcs de leur(s) parent(s). Cestpourtant ce quil nous semble trs important deconnatre pour pouvoir comprendre, couter,aider et accompagner un enfant ou un adolescentqui vient de perdre lun de ses parents (ou lesdeux).

    METHODE

    Nous avons tabli un quesonnaire, anonyme, remplir par les personnes ayant perduun parent avant lge de 25 ans, ce qui actuellement correspond lge limite pour tre

    considr la charge des parents.Il tait possible de rpondre en ligne, sur le site FAVEC et le site UNAF. Une version papiertait aussi disponible. LOCIRP a envoy linformaon lensemble des orphelins bnciantdune rente ducaon aribue par cet organisme.

    Lanalyse porte sur 1022 rponses, recueillies entre juin et octobre 2010. Nous avons eu80 % de rponses fminines pour 20 % de rponses masculines, mais dans notre analysenous navons pas disngu le genre car il na pas dimpact sur les rsultats. Au moment delenqute, 6 % des rpondants avaient moins de 16 ans, 26 % entre 16 et 25 ans, 24 % entre26 et 35 ans, 25 % entre 36 et 45 ans, 12 % entre 46 et 55 ans, 7 % plus de 56 ans. 75 % desrpondants ont perdu leur pre, 37 % ont perdu leur mre, ce qui montre quun peu plus

    de 10 % ont perdu leurs deux parents. Pour 49 %, le dcs du parent a eu lieu en milieuhospitalier, et pour 25 % la maison. Pour 26 %, le dcs a eu lieu sur la voie publique, le lieudu travail, en mer, au combat, etc.

    1. La plupart du temps huit fois sur dix le veuvageprcoce (avant 55 ans) est un fait fminin , (IsabelleDelaunay-Berda, Le veuvage prcoce en France : lesraisons dun oubli , Recherches et Prvisions, n 76, juin2004).2. Enqute revenus scaux 2004,INSEE-DGI Le niveaude vie des veuves et des divorces , Document de tra-vail n 5, COR, 2007.3. Nathalie BLANPAIN, Perdre un parent pendantlenfance : quels eets sur le parcours scolaire, profes-sionnel, familial et sur la sant lge adulte ? , Etudeset rsultats, DREES, n 668, octobre 2008)

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    Seulement 9 % ne se souviennent pas commenton leur a annonc le dcs, souvent parce quilstaient trop jeunes ce moment-l. Pour lesautres, cee journe reste grave dans les m-moires, mme pour les plus jeunes. Cest une

    journe marque au fer rouge , au cours delaquelle leur vie a brusquement clat.

    Je serais en mesure de vous raconter la totalit de

    cee journe.

    Je me souviens, mme si je navais que 3 ans, car des

    vnements comme celui-l marquent vie et ds le

    plus jeune ge, chose que les adultes devraient prendre

    en compte.

    Cest ma sur ane qui me la annonc Javais 3

    ans Elle ma tendu les bras en me disant en pleurant

    que maman tait morte. Je me suis jete dans ses bras

    et jai pleur avec elle. Je ne peux pas oublier a de

    toute ma vie.

    Je me revois encore dans le couloir du lyce

    compltement dsoriente Le jour de mes quatorze

    ans.

    Dans quelques cas, le dcs a t annoncdirectement lenfant, par tlphone(gendarmerie, hpital), sans se soucier de savoirsi lenfant tait seul ou non la maison.

    La moi des rpondants ont vu le corps deleur parent dcd. Pour certains cela a t uneterrible preuve parce quils ne le souhaitaientpas mais y ont t obligs par la famille.

    Je ne voulais pas voir mon pre mort sur le lit lors de

    la veille funbre et ma mre nous y a obligs. Jai t

    traumas.

    La froideur du corps aussi ma marque car oblige

    par ma grand-mre dembrasser ma mre une dernire

    fois.

    Pour dautres, cela a t une aide :

    Je narrivais toujours pas croire que sa mort tait

    relle ; il a vraiment fallu que je le vois mort pour y faire

    face.

    Prcisons que, pour la plupart des spcialistes, ilest important que les enfants puissent voir leurparent dcd (si ltat du corps le permet) pourapprhender sa mort, mais il ne faut surtout pasles obliger. Chacun ragit sa faon et il ne fautpas ajouter encore au traumasme.

    Il peut tre bon de parler avec lenfant, pourlui expliquer, rpondre ses quesons avantde lui montrer son parent mort. Et bien sr,laccompagner, ne pas le laisser seul, ne pas

    lobliger toucher le corps.Lors du dcs, les senments de tristesse (86 %),colre (56 %) et angoisse (44 %) arrivent en tte.

    Je me suis tellement sene seule dans ma tristesse

    denfant, personne autour ne fait aenon aux enfants.

    On ne pense pas quun enfant soure. On ose vous dire :

    allez, va dans ta chambre ou va jouer dehors.

    Le temps est distendu, irrel.

    Le monde sest croul, lenfance sest termine.

    Je ne voulais plus grandir.

    Langoisse de perdre ma maman aprs mon papa.

    Viennent ensuite le senment de culpabilit(35 %), et la volont de se dpasser (29 %).

    Sa mort ma donn une force que peu de gens ont.

    Russir mes tudes pour mon pre.

    Il fallait que je prenne une revanche sur la vie.

    Prs dun orphelin sur cinq prouve des idessuicidaires, notamment lorsque le parent sestsuicid. Juste aprs le dcs, seule une pete

    moi des orphelins peut parler du parentdcd avec le parent survivant, ou des amis. Ilest peine plus facile den parler avec la famille.Il y a toujours la crainte darister encore plus leparent survivant ou les proches. Plus le tempspasse, plus on prend lhabitude de ne pas enparler !

    Pour les enfants ayant perdu leurs deuxparents, il est dicile den parler aprs led