Entretien de François Hollande

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    ENTRETIEN DE FRANCOIS HOLLANDE FRANCE 2 28/03/13-DP: Bonsoir, monsieur le prsident. Merci d'accorder la France cegrand entretien. Nous allons tenter daller droit au but. Il y a de la

    dception, de la dsillusion. Croissance zro, chmage record, pouvoird'achat en baisse, dficit... O va la France ? Nous allons parler du cap,de la rigueur qui parat sans fin, de beaucoup de sujets qui concernentdirectement les Franais comme les allocations, les retraites, ladlinquance, peut-tre. D'abord, un mot plus personnel qui concernevous et qui concerne l'exercice du pouvoir. Pour le rsum, on pourraitdire que beaucoup se demandent si, dans ce qui ressemble unetempte, vous avez l'autorit, le temprament pour tenir la barre d'une

    main ferme ?-FH: Merci, d'abord, pour votre invitation. Quand je me suis prsent l'lection prsidentielle, je connaissais la situation du pays.

    -DP: Vraiment ?

    -FH: J e savais la crise qui le frappait. Qui frappe l'Europe. J e savais qu'ily avait depuis cinq ans une augmentation du chmage. 1 million dechmeurs en plus. J e savais qu'il y avait des dficits. Comment l'aurais-

    je sous-estim ? En revanche, ce que nous n'avions pas anticip, c'taitque cette crise allait encore durer plus longtemps que prvu. Alors,qu'est-ce que j'ai fait ? J 'ai simplement annonc des mesures ? Non !

    J 'ai mis en place une politique. Tous les outils sont l. Ce sont cesoutils-l qui maintenant vont tre mis en oeuvre pour atteindre l'objectif.Quel objectif ? Parce que je suis lucide... J e suis conscient.

    -DP: Vous entendez ce qui se dit ?

    -FH: Il y a un chmage qui progresse continuellement. Sur les 60derniers mois, 52 avaient une augmentation du chmage. Donc, monpremier objectif, et je l'ai affirm, c'est inverser la courbe du chmage la fin de l'anne.

    -DP: L inverser, a veut dire quoi ? C'est un voeu pieux ?

    -FH: a veut dire quoi ? Que a va augmenter jusqu' fin de l'anne. Etpuis, la fin de l'anne, nous serons sur une baisse du nombre dechmeurs. Est-ce que c'est un voeu ? Non ! Ce n'est pas non plus un

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    pronostic. C'est un engagement, et une bataille que je mne. J e vais ymettre tous les moyens. J e ne vais pas les inventer, ils sont l. Il y a desemplois d'avenir, nous allons en parler. Les jeunes qui sont sansqualification seront 150 000 avoir un emploi derrire.

    Cela arrivera srement. Ce qui compte, c'est d'avoir autant de jeunesque nous l'avions souhait. Remettre le pied l'trier pour ces jeunesqui sont souvent des quartiers difficiles.

    -DP: C'est surtout dans le secteur public.

    -FH: Oui, surtout le secteur public et associatif. Et puis, il y a le contratde gnration. Cela vient d'tre vot. Cela va crer de 70 000 90 000

    crations d'emplois pour les jeunes et le maintien des seniors, c'est--dire de ceux qui peuvent le transmettre l'esprance, dans l'entreprise.Mais je ne vais pas simplement mettre en oeuvre ces outils-l. J 'aigalement dcid, au mois de novembre, de faire ce qu'on appelle lepacte comptitivit. Cela veut dire quoi ? Ce sont des mots. Ce que lesFranais veulent comprendre, c'est ce qui va se passer. Pour toutes lesentreprises, en 2013, elles vont avoir une diminution de l'ensemble deleur masse salariale de 4 %. Avec cela, les entreprises peuvent investir,

    embaucher, exporter, faire tout ce que peut faire une entreprise quandelle affronte, et elles l affrontent aujourd'hui, la comptition. Cela se meten oeuvre tout de suite. Mais je ne me suis pas arrt l. J 'ai cr unebanque publique dinvestissement. Pour quoi faire ? Pour qu'il y ait desmoyens financiers qui seraient apports justement aux entreprises, enfonds propres, en prt, toute forme de participation pour les amener versdes filires qu'on considre comme stratgiques prioritaires. Lesquelles? La transition nergtique, les nergies nouvelles, la sant, l'conomie

    vivante, et biotechnologies, l'automobile, les voitures propres. Et puisaussi tout ce qui a trait au logement. Nous mettons en place unepolitique.

    -DP: La bote outils, on l'a entendu, nous allons parler de certaines deces options dtailles. Tout d'abord, un mot. Vous dites que vous n'avezpas sous-estim la crise. On se souvient que vous disiez que cette crisetait passagre, que la crise de l'euro tait derrire nous, vous aviezprononc ces mots.

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    -FH: Bien sr ! Qu'avons-nous rgl jusqu' prsent ? J 'y ai contribupuissamment. C'est prcisment la crise de la zone euro.

    -DP: Elle n est pas rgle, il y a eu Chypre rcemment et peut-tre la

    Slovnie demain.-FH: L, ce sont des pays de taille modeste que nous traitons. Non sansdifficult, compte tenu des excs du systme financier.

    -DP: L Italie est toujours fragile. C'est un grand pays.

    -FH: L Italie aussi. Les mcanismes ont t introduits depuis 10 mois.Parce que je vous rappelle que je suis prsident de la Rpubliquedepuis 10 mois. Pas depuis 10 ans. J e n'ai pas la responsabilit du paysdepuis 10 ans. Depuis 10 mois. Mais moi, je ne me dfausse pas. J esuis l. J e suis prsident. Ce n'est pas pour me mettre en contradictionavec mon prdcesseur. C'est pour rgler l'tat du pays, pour le lguerventuellement mon successeur.

    -DP: Quand vous annonciez des prcisions de croissance de plus de 1,5% pour cette anne 2013 et pour 2014 et les annes suivantes, on voitbien que cette croissance ne sera pas au rendez-vous. Cette crise est

    plus forte que ce que vous aviez imagin.-FH: Quand je suis arriv aux responsabilits de la France, lesprvisions de la Commission europenne et de tous les instituts pour2013, c'tait 1,2 %. Moi-mme, j'ai considr que ces prvisionsntaient pas ralistes. C'tait sous mon prdcesseur. Ce n'tait pasraliste. J e ne lui ai pas reproch. Tout le monde tait sur cettehypothse-l. J 'ai dj corrig au mois de septembre. Ce ne sera pas1,2 %, mais 0,8 % au mieux. Et puis, j'ai eu aussi la franchise de direque non, finalement, on ne ferait pas 0,8, parce que l'Europe tait enrcession. L'Italie, l'Espagne, le Portugal, la Belgique, le Royaume-Uni...Ce n'est pas la croissance, que ces pays connaissent, mais c'est unedcroissance, une rcession. Nous, nous nallons pas nous en vanter,nous sommes en croissance zro, nulle. On ne cre pas d'emplois. J 'aipris des mesures pour tenir compte de cette situation. Quelle est mapriorit ? Quel est mon cap ? Ma priorit, je l'ai dit, c'est l'emploi. Maismon cap, c'est la croissance. J e veux que la France connaisse unecroissance. Pourquoi, une croissance ? Parce que c'est la production

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    nationale qui est en cause. Moi, quand je vois les images, ce qui meheurte le plus, ce sont les entreprises qui ferment, les salaris qui necomprennent pas ce qui leur arrive, les dcisions douloureuses qui sontprises, parfois dans des petites entreprises. On arrte une activit.

    Donc, j'ai ce devoir de remettre de la croissance.

    -DP: Restaurer la croissance.

    -FH: Restaurer la croissance, renforcer la comptitivit, ce que nousavons fait avec le pacte. Le crdit d'impt, qui va permettre auxentreprises d'avoir moins de charges et donc de pouvoir investir. Labanque d'investissement... Et puis aussi rorienter l'Europe.

    -DP: On n'en parlera un peu plus tard. Mais je veux insister sur cettefameuse bote outils. Puisque tous les outils sont l. Il y aura plus derformes d'ampleur pour la productivit. Les outils sont l, il fautsimplement les dvelopper. On attend la croissance maintenant ?

    -FH: Non. Les outils sont l, il faut les utiliser pleinement.

    -DP: Ils sont suffisants ?

    -FH: D'abord, il faut les utiliser. Utilisons-les. Les entreprises ont disposition le pacte de comptitivit, un crdit d'impt qui leur permetd'allger immdiatement leurs charges.

    -DP: On en dit un mot ?

    -FH: La banque publique d investissement est prte avancer l'argentncessaire.

    -DP: Lorsque Louis Gallois parlait d'un choc de comptitivit, il parlait

    d'un montant de 30 50 Mrd d euros. L, vous donnez 20 milliardsd'allgements aux entreprises pour le cot du travail. C'est quasiment lemontant que vous leur avez pris avec les augmentations d'impts. Est-ce que a n'est pas une opration nulle ? C'est ce que disent lesentreprises.

    -FH: Ce n'est pas ncessairement les mmes entreprises. C'est vraiqu'on a demand aux entreprises un effort. De l'ordre de 10 milliards

    d'euros. Et on leur a demand cet effort essentiellement pour les plusgrandes, celles qui taient sur le march international et qui avaient les

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    moyens d'assurer cet effort. Nous avons pargn les petites etmoyennes entreprises. Mais il y avait un redressement faire. Tout lemonde veut y participer. J 'ai considr que pour l'anne 2013, et 2014,nous pouvions mettre disposition de toutes les entreprises, ds lors

    qu'elles avaient un salari, toutes les entreprises franaises, peuventbnficier de cet avantage. Ce n'est pas un cadeau. C'est un soutien. J eveux renforcer la production.

    -DP: Cela sera suffisant d'aprs vous pour restaurer la comptitivit ?Vous avez parl de la banque d'investissement.

    -FH: Il y a la banque publique d'investissement, la loi bancaire...Beaucoup d'entreprises souffrent d'un manque de crdits bancaires.

    Nous devons leur apporter toutes les conditions pour trouver du crdit.J 'ai fait relever le plafond du livret A pour qu'il y ait davantaged'investissement, l pargne pouvant aller vers le logement, laconstruction... Mais je pense que nous pouvons encore faire davantage.Et ce soir, je vais dire l'entreprise que nous allons faire un choc desimplification. C'est--dire que... J 'ai dj propos pour le logement.Vous savez, on va rduire de trois fois le dlai pour les constructions.Deux fois pour les contentieux. a, c'est pour le logement. Et je me suis

    dit que nous allons pouvoir trouver de la croissance aussi par lasimplification. Donc, un choc de simplification.

    -DP: C'est--dire, concrtement ?

    -FH: Aujourd'hui, une entreprise, petite, est oblige d'envoyer l'administration 3000 informations par an. 3000 ! Pourquoi ? Demain, ilfaut rduire deux fois, trois fois ce chiffre.

    -DP: Beaucoup l'ont promis.-FH: On va le faire ! Moi, je suis dans l obligation de le faire. J e ne suispas simplement dans l'annonce permanente. J e suis dans l obligation derussir. Parce que le pays ne peut plus attendre. La diffrence dans lasituation d'aujourd'hui et celle qu'on a pu connatre dans le pass, c'estque la crise a t trop longue. Moi, j ai le devoir de faire sortir la Francede la crise et donc, je vais y mettre tous les moyens. J e vous ai dit, dj,toute la bote outils.

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    -DP: Mais vous dire qu'il y en aura pas d'autres ? Si ce n'est la seulesimplification administrative.

    -FH: On a encore beaucoup de choses. La formation professionnelle.

    Les chmeurs qui attendent parfois 15 mois, vous entendez, 15 mois,pour avoir une formation. Un quart des chmeurs attendent 15 mois.Des chmeurs de longue dure. L, je vais proposer qu'un chmeur surdeux puisse avoir une formation professionnelle dans le dlai de deuxmois. Deux mois. Parce que a, c'est une obligation. Donc, on met enplace des mesures pour les entreprises, on met en place des mesuresaussi pour le march du travail. Avec l'accord... Vous vous rendezcompte ? Un accord qu'on peut contester, critiquer, un accord pass

    entre les partenaires sociaux, syndicats, pas tous, syndicats etpatronats, pour que les salaris soient mieux protgs et que lesentreprises puissent avoir plus de souplesse quand il y a des difficultsde conjoncture.

    -DP: Beaucoup ont salu cet accord mais se demandent s il seraretranscrit tel quel par le Parlement dans la loi, stricto sensu.

    -FH: Les engagements que j'ai pris devant les partenaires sociaux qui

    ont sign cet accord, c'est que la loi porterait sur l'accord et rien que surcet accord. Il peut y avoir des corrections qui amliorent. Chaquecorrection devra tre approuve par les signataires. C'est unengagement fort. Pourquoi ? Parce que j'ai voulu faire confiance auxpartenaires sociaux. J amais, vous vous rendez compte, jamais, il n yavait eu un accord entre les partenaires sociaux sur cette question dumarch du travail. Donc les entreprises, la comptitivit, le march dutravail, le choc de simplification, des salaris mieux protgs, parce que

    cet accord va les protger par rapport aux plans sociaux. Pour quunplan social soit approuv, il va falloir qu'il y ait un accord majoritaire dansl'entreprise avec les syndicats. Mais s'il n'y a pas d'accord majoritaire,l administration du travail approuvera. Cela vitera tout ce qui se passeaujourd'hui avec un nombre dentreprises qui licencient de faon trsdouloureuse pour les salaris et mme douloureuses pour lesemployeurs.

    -DP: On va parler de notre grand chapitre de la politique qui sont les

    finances publiques. Deux points d'abord sur les entreprises. Beaucoup

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    de chefs d'entreprise sont troubls car ils entendent des messagescontradictoires. C'est vrai qu'il y a eu des messages contradictoires. Ilsont pu penser qu'ils n'taient pas les bienvenus. Il y a eu des propos decertains ministres qui laissent entendre qutre patron, ce serait pas

    crateur de richesses. Les chefs d entreprise sont-ils les bienvenus ?

    -FH: J e m'adresse tous les Franais. J 'ai besoin de tous les Franais.Quelle que soit leur place dans la vie conomique et sociale. J ai besoinde tous. Les salaris, et les employeurs, de tout ce qui contribue l'activit. Y compris de ceux qui ont travaill beaucoup et qui vont encoretravailler beaucoup.

    -DP: Vous leur dites : "J e compte sur vous".

    -FH: J e compte sur eux. J 'ai dj act par les mesures de confiance quej'ai prises. Ce pacte de comptitivit, cela n'avait jamais t fait jusque-l. J 'ai t plus loin. On va investir dans les filires d'avenir. Beaucoupde jeunes entreprises qui sont dans les secteurs... J 'ai confiance en laFrance, qui est un grand pays. La France est un pays qui a unetechnologie trs avance. On en a fait la dmonstration avecl'aronautique et l automobile ou les biotechnologies. On va investir

    dans les filires d'avenir. Tout ceux qui s'interrogent : "est-ce qu'on estencore une terre de comptition ? Est-ce qu'on ne va pas tre dbordpar les pays mergents? Est-ce que l'Allemagne n'est pas plus forte quenous ?" Eh bien non !

    -DP: Il y en a aussi qui partent.

    -FH: Oui, on dit qu'il y a des mouvements sur le plan fiscal. J 'ai pris deuxdcisions. La premire, c'est sur la transmission de l'entreprise. La

    cession d entreprise. Tous ceux qui ont cr l'activit qui, un moment,parce qu'ils ont atteint l'ge, ou parce qu'ils veulent cder une entreprise des salaris ou d'autres repreneurs, dans de bonnes conditions, onamnagera la fiscalit. J e mettrai plat les choses.

    -DP: C'est--dire ?

    -FH: Pour que ce soit plus simple et surtout moins coteux pour cesjeunes entreprises.

    -DP: Allgement de la fiscalit dans les entreprises ?

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    -FH: Sur la transmission et sur la cession lorsque c'est des repreneursqui permettent bien sr le maintien dans le dveloppement de l'empl...