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120 GRAZIA •23.07.2010 23.07.2010 •GRAZIA 121 PENDANT LES VACANCES, GRAZIA REVIT LE ROMAN TRÉPIDANT DES GRANDS ÉTÉS QUI ONT MARQUÉ LES DÉCENNIES PASSÉES… Par Marion Deslandes Eté mythique 1956 Les10news de A Saint-Tropez, on remballe maquillage et caméras. Dans le sillage de Brigitte Bardot flotte déjà un parfum de scandale. Ce 7 juillet, le tournage de Et Dieu… créa la femme s’achève et toute la presse parle déjà du film. Dans les scènes que l’on a pu apercevoir, Brigitte Bardot s’expose nue, sensuelle et surtout libre. Un sex-symbol sur le point d’éclore. Dirigé par le mari de BB, Roger Vadim, Et Dieu… créa la femme magnifie une jeune orpheline de Saint-Tropez qui n’a d’autre bien que son corps. Elle trompe son mari, virevolte entre les hommes au gré de son désir. Et ça, c’est nouveau. La femme, au cinéma, n’est plus cantonnée au rôle d’épouse aimante. A bientôt 22 ans, Brigitte Bardot incarne la liberté du désir et la jouissance, à l’égal de l’homme. Elle incarne un rêve collectif. Celui d’une jeunesse qui s’éloigne de la guerre et qui entend bien bouleverser les codes rigides de la société. La révolution sexuelle frappe à peine à notre porte. BB porte des Repetto et impose une nouvelle féminité, loin des travaux ménagers. Scandaleux et sulfureux pour les bien-pensants, ce long métrage interdit aux mineurs de moins de 16 ans sortira en salles le 28 novembre. Truffaut, qui a vu le film, remercie Vadim « d’avoir dirigé sa jeune femme en lui faisant refaire devant l’objectif des gestes anodins, comme jouer avec sa sandale, ou moins anodins, comme faire l’amour en plein jour. Vadim a voulu oublier le cinéma pour copier la vie, l’intimité vraie. Il a parfaitement atteint son but. » ET VADIM CRÉA BB ! CINÉMA DÉPARTEMENTS D’ALGÉRIE SOCIÉTÉ Q u’importe mon sort personnel, l’Algérie vivra libre. » Ce sont les derniers mots de Mohamed Ben Zabana, quelques minutes avant son exécution, le 19 juin, dans la cour de la prison Barberousse d’Alger. Les mots claquent, ses camarades prisonniers acquiescent, accoudés aux fenêtres de leurs cellules. A ses côtés, sur l’échafaud, Abdelkader Ferradj, 35 ans, également accusé de terrorisme. Les deux hommes sont les premiers membres du Front de Libération Nationale (FLN) à être guillotinés. Les militants du FLN ont engagé une lutte armée contre la « France coloniale », présente depuis 1830 dans le pays, qu’elle a rattaché à la Métropole et divisé en « départements français d’Algérie » en 1848. Les événements d’Algérie ont débuté il y a deux ans, avec le massacre de la Toussaint rouge. Le 1 er novembre 1954, une trentaine d’attentats perpétrés par le FLN annoncent l’insurrection des nationalistes algériens. Depuis l’an dernier, la France a déclaré l’état d’urgence et déclenché des opérations militaires. Cette année, 450 000 soldats français ont été mobilisés en Algérie, mais le conflit s’enlise. D epuis le mois de mars, l’association Maternité heureuse diffuse une propagande jusque-là totalement interdite en France. Elle revendique en effet le droit de contrôler les naissances. Présidé par le docteur Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé, ce groupe de femmes médecins, juristes ou enseignantes s’oppose donc à la loi de 1920, un texte qui interdit et réprime la contraception et l’avortement, passible de deux ans de prison. Dans l’intimité, pourtant, on se débrouille pour limiter les naissances (coït interrompu, Ogino). Des pratiques précaires, mais quel autre choix ? Car l’avortement clandestin est risqué. Après trois mois d’existence, l’association a vu de nombreuses adhérentes venir grossir ses rangs. Ces femmes peuvent alors bénéficier d’informations sur les méthodes contraceptives, obtenir des adresses de médecins formés ou commander des contraceptifs à l’étranger. Les choses avancent, mais le combat est encore loin d’être gagné. LES MÈRES SE REBIFFENT Brigitte à Saint-Tropez. Déjà celle par qui le scandale arrive… Un militaire français fouille des civils pendant une rafle dans la Casbah d’Alger. Une maman radieuse pèse son bébé. Pour la toute nouvelle association Maternité heureuse, être mère doit être un choix, pas un devoir. tombent au FLN photos : mARk shAw/buReAu 233 ; Rue des ARchIves ; RoGeR-vIollet Les premières têtes

Eté 1956 GRAZIA

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Eté mythique 1956 Grazia 2010

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120 GRAZIA •23.07.2010 23.07.2010 • GRAZIA 121

pendant les vacances, Grazia revit le roman trépidant des grands étés qui ont marqué les décennies passées…Par Marion Deslandes

Eté mythique1956Les10news de

A Saint-Tropez, on remballe maquillage et caméras. Dans le sillage de Brigitte Bardot flotte

déjà un parfum de scandale. Ce 7 juillet, le tournage de Et Dieu… créa la femme s’achève et toute la presse parle déjà du film. Dans les scènes que l’on a pu apercevoir, Brigitte Bardot s’expose nue, sensuelle et surtout libre. Un sex-symbol sur le point d’éclore. Dirigé par le mari de BB, Roger Vadim, Et Dieu… créa la femme magnifie une jeune orpheline de Saint-Tropez qui n’a d’autre bien que son corps. Elle trompe son mari, virevolte entre les hommes au gré de son désir. Et ça, c’est nouveau. La femme, au cinéma, n’est plus cantonnée au rôle d’épouse aimante. A bientôt 22 ans, Brigitte Bardot incarne la liberté du désir et la jouissance, à l’égal de l’homme. Elle incarne un rêve collectif. Celui d’une jeunesse qui s’éloigne de la guerre et qui entend bien bouleverser les codes rigides de la société. La révolution sexuelle frappe à peine à notre porte. BB porte des Repetto et impose une nouvelle féminité, loin des travaux ménagers. Scandaleux et sulfureux pour les bien-pensants, ce long métrage interdit aux mineurs de moins de 16 ans sortira en salles le 28 novembre. Truffaut, qui a vu le film, remercie Vadim « d’avoir dirigé sa jeune femme en lui faisant refaire devant l’objectif des gestes anodins, comme jouer avec sa sandale, ou moins anodins, comme faire l’amour en plein jour. Vadim a voulu oublier le cinéma pour copier la vie, l’intimité vraie. Il a parfaitement atteint son but. »

Et VaDIm créa BB !

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dépArtements d’Algérie

société

Qu’importe mon sort personnel, l’algérie vivra libre. » Ce sont les derniers mots de Mohamed Ben Zabana, quelques minutes avant son exécution, le 19 juin, dans la cour de la prison

Barberousse d’Alger. Les mots claquent, ses camarades prisonniers acquiescent, accoudés aux fenêtres de leurs cellules. A ses côtés, sur l’échafaud, Abdelkader Ferradj, 35 ans, également accusé de terrorisme. Les deux hommes sont les premiers membres du Front de Libération Nationale (FLN) à être guillotinés. Les militants du FLN ont engagé une lutte armée contre la « France coloniale », présente depuis 1830 dans le pays, qu’elle a rattaché à la Métropole et divisé en « départements français d’Algérie » en 1848. Les événements d’Algérie ont débuté il y a deux ans, avec le massacre de la Toussaint rouge. Le 1er novembre 1954, une trentaine d’attentats perpétrés par le FLN annoncent l’insurrection des nationalistes algériens. Depuis l’an dernier, la France a déclaré l’état d’urgence et déclenché des opérations militaires. Cette année, 450 000 soldats français ont été mobilisés en Algérie, mais le conflit s’enlise.

depuis le mois de mars, l’association Maternité heureuse diffuse une

propagande jusque-là totalement interdite en France. Elle revendique en effet le droit de contrôler les naissances. Présidé par le docteur Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé, ce groupe de femmes médecins, juristes ou enseignantes s’oppose donc à la loi de 1920, un texte qui interdit et réprime la contraception et l’avortement, passible de deux ans de prison. Dans l’intimité, pourtant, on se débrouille pour

limiter les naissances (coït interrompu, Ogino). Des pratiques précaires, mais quel autre choix ? Car l’avortement clandestin est risqué. Après trois mois d’existence, l’association a vu de nombreuses adhérentes venir grossir ses rangs. Ces femmes peuvent alors bénéficier d’informations sur les méthodes contraceptives, obtenir des adresses de médecins formés ou commander des contraceptifs à l’étranger. Les choses avancent, mais le combat est encore loin d’être gagné.

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Brigitte à Saint-Tropez. Déjà celle par qui le scandale arrive…

Un militaire français fouille

des civils pendant une rafle dans la Casbah d’Alger.

Une maman radieuse pèse son bébé. Pour la toute

nouvelle association Maternité heureuse, être mère doit être

un choix, pas un devoir.

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Eté mythique1956Les10news de

la première star noire de l’histoire française se retire. Joséphine Baker a fait ses adieux au public en donnant une série de récitals à l’Olympia, couronnant trente-et-un ans de carrière.

Une longue histoire d’amour avec les Français. Tumultueuse aussi. Freda Josephine McDonald, née dans le Missouri en 1906, débarque à Paris avec la Revue Nègre au Théâtre des Champs-Elysées et fait salle comble. La capitale frémit devant les danses de la belle et son exotique pagne de bananes. La Vénus d’ébène enchaîne les succès de music-hall aux Folies Bergère ou au Casino de Paris. Pendant la guerre, l’interprète de J’ai deux amours, qui a rejoint la Résistance, cache des messages codés dans ses partitions. Aujourd’hui âgée de 50 ans, Jo Baker estime qu’il est temps de se consacrer à sa famille. Au gré de ses voyages, elle a adopté plusieurs enfants de nationalités différentes, « sa tribu arc-en-ciel », comme elle les appelle. Elle prévoit de distribuer ses tenues de scène aux habitants des alentours de son château des Milandes.

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Au début de la saison, qui aurait misé sur son sacre ? Mais, le 2 septembre, Juan Manuel Fangio remporte, à 45 ans, sa quatrième

couronne mondiale en Formule 1. Un exploit, mais un titre au goût amer pour le pilote automobile argentin, qui a rejoint Ferrari après avoir couru chez Alfa Romeo, Maserati et Mercedes. Sa saison fut délicate, émaillée de tensions avec Enzo Ferrari, le patron de la Scuderia. « Je ne me suis jamais senti à l’aise chez ferrari », confie le pilote intrépide. Car l’Italien encourage la rivalité entre ses poulains. Fangio accuse même Ferrari d’avoir percé des trous sur le dessus de sa monoplace rouge pour noyer son moteur pendant les épisodes de pluie. Va-t-il continuer la compétition ? Une chose est sûre : « El Chueco » ne pourra pas rouler hors d’un circuit, il n’a pas le permis de conduire…

quIttE la scènE

La star sur la scène de l’Olympia, à Paris.

« El Chueco » au volant de sa Ferrari D50, au Grand

Prix de Syracuse.

Et de quatre pour Fangioformule 1

le caire, 28 juillet. la foule accueille

Nasser (au centre, levant la main), qui vient de proclamer

la nationalisation du canal de suez.

luxe

enfin ! Après Miss Dior et Eau Fraîche, on attendait avec impatience la nouvelle fragrance de Christian

Dior. Ce sera Diorissimo, tout simplement. Une eau de toilette aux notes printanières avec pour tête d’affiche le muguet, la fleur fétiche du créateur. La superstition le pousse même à en glisser quelques brins dans les ourlets de ses robes, les jours de défilé. On doit l’élaboration de cet élixir à Edmond Roudnitska, qui le qualifie de « parfum à l’architecture moderne ». Outre

le muguet, on y respire l’essence d’ylang-ylang de Mayotte et le jasmin d’Egypte. Un rêve qui se réalise pour le maître du New Look : « Voilà pourquoi je suis devenu parfumeur. pour qu’il suffise de déboucher un flacon pour voir surgir toutes mes robes. Et que chaque femme que j’habille laisse derrière elle un sillage de désir. » Côté mode, la maison Dior vient d’engager un nouvel assistant modéliste, Yves Saint Laurent, 20 ans cette année. Un pari fou, mais un talent prometteur, paraît-il.

on s’embrasse, on danse, la foule est en liesse dans les rues du Caire. Le peuple égyptien acclame

Nasser, debout dans sa voiture. Ce 28 juillet, il vient tout juste de proclamer la nationalisation de la Compagnie du canal de Suez, dont Français et Britanniques détenaient 44 % : « la pauvreté n’est pas une honte, mais c’est l’exploitation des peuples qui l’est. nous reprendrons tous nos droits, car tous ces fonds sont les nôtres, et ce canal est la propriété de l’égypte. » Vue de Paris, la ligne anticolonialiste de Nasser, qui apporte également une aide matérielle et morale importante au FLN algérien, est comme une menace. Le canal de Suez est en effet un point de passage stratégique pour le pétrole entre la Méditerranée et la mer Rouge, et les Européens sont prêts à répliquer militairement à la nationalisation de cette voie commerciale vitale. Mais les conséquences risquent de se faire sentir dans l’Hexagone : on annonce déjà un système de rationnement de l’essence à la pompe.

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Eté mythique1956Les10news de

Eté mythique1956Les10news de

paris est son terrain de jeu. Robert Doisneau livre cet été son regard sur les gosses de Paname, après avoir capturé sur pellicule les

petits travailleurs ou les banlieusards de la capitale. Couronnant sa décennie de photographie, le Prix Niepce vient de lui être attribué. Robert Doisneau se définit comme un « pêcheur d’images ». Il capte le vivant, comme le regretté Robert Capa ou Henri Cartier-Bresson, les piliers de l’école humaniste. De 1949 à 1952, le photographe a réalisé des séries photo pour Vogue. Avec peu de satisfaction : « la beauté échappe aux modes passagères. » Il retourne dans la rue et, sous son objectif, les bambins se révèlent dans leur spontanéité et leur espièglerie. Parce qu’il ne se soucie pas d’obtenir une esthétique parfaite, Doisneau est considéré par certains comme un saltimbanque. Un artiste, de toute façon.

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la question est sur toutes les lèvres : Grace Kelly va-t-elle arrêter sa brillante carrière hollywoodienne ?

Quelques mois après le mariage de la belle américaine avec le prince Rainier III de Monaco, Cary Grant, son partenaire dans la main au collet d’Alfred Hitchcock, a tranché : « pourquoi voudrait-elle refaire du

cinéma ? Elle a enfin trouvé une scène à la mesure de son talent. » Et quelle scène ! On se souvient que les fastes du théâtre Grimaldi ont impressionné Grace Kelly. Le 19 avril dernier, en dépit des micros et de quatre-vingts haut-parleurs, difficile d’entendre Grace prononcer le fameux « oui ». Envahie par l’émotion, sa voix s’était éteinte. Qu’importe.

L’actrice hitchcockienne, âgée de 27 ans, est désormais une princesse, sacrée par un mariage diffusé, pour la première fois, en direct à la télévision. Près de trente millions de téléspectateurs ont suivi la cérémonie dans toute l’Europe. Tout le monde attend maintenant la descendance de ce couple hors du commun.

mAriAge princier à monAco

gracE kElly

DoIsnEau shootE

Va régnEr !

L’artiste en action dans son atelier,

en 1949.

Robert Doisneau photographie des écoliers, rue Damesme, à Paris. Une certaine idée de la France…

L’actrice au profil si pur dit « oui »

au prince Rainier Grimaldi III en la

cathédrale de Monaco.

Jackson Pollock se tue en voiture

Action pAinting

A peinture enfiévrée, destin tragique. Sous l’emprise de l’alcool, Jackson Pollock s’est tué en voiture le 11 août dans la petite ville de Springs, à Long Island, dans

l’état de New York. Souvent incompris et décrié, l’artiste de 44 ans avait développé une technique appelée « action painting » : remisant au placard chevalets et palettes, le peintre projette de la peinture sur une toile posée au sol, son corps s’engage tout entier dans la création. Ironie du sort, le MoMA de New York prépare pour la fin de l’année une exposition intitulée « Artists in Mid-Career » dans laquelle il doit figurer. En 1949, le magazine life titrait en une : « pollock est-il le plus grand peintre vivant ? » Comme de nombreux artistes avant lui, son œuvre sera peut-être davantage reconnue à titre posthume et ses tableaux s’arracheront à coups de millions.

La semaine prochaine, l’été 1972