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exposé HIDA thomas

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Palmyre et Lepcis Magna, l’arc de Septime Sévère

Chaque mot souligné est un mot apparaissant pour la première dans le texte et qui est défini dans le lexique.

I.Introduction

La civilisation romaine est avant tout urbaine, ce qui explique que les villes conquises et celles nouvellement créées s’inspirent de l’Urbs (c’est-à-dire de la ville de Rome) pour leurs monuments, tout en les adaptant aux particularités, à la finalité et aux contraintes locales. L’empire voit ainsi fleurir dans ses provinces forums, thermes, basiliques et théâtres, monuments emblématiques de Rome. Il est également un autre type de monuments fortement représentés à Rome, type de monuments très apprécié des Flaviens et surtout des Sévères (193-235) et que les provinces ont naturellement adopté. Il s’agit des arcs (assemblages de pierres formant une courbe), aujourd’hui systématiquement appelés à tort et à travers « arcs de triomphe ». En effet, si l’origine exacte des arcs est inconnue (l’arc, probablement étrusque au début, a sûrement d’abord été utilisé pour des constructions comme les viaducs et les ponts, avant que l’on isole l’arche qui gardé de son ancienne fonction l’idée d’un passage ; ) et si sous la République on s’en sert pour les triomphes (c'est-à-dire lors d’une cérémonie bien codifiée permettant à un général victorieux de parader avec ses troupes), on note une évolution importante sous l’empire. L’arc devient un monument public et officiel à part entière qui n’est pas forcément lié à un triomphe. Quoiqu’il en soit, l’arc reste un monument extrêmement coûteux qui permet aux cités de montrer leur réussite, notamment économique.

C’est ce qui explique que l’on trouve de tels arcs à Palmyre et Leptis Magna, deux cités situées respectivement en Syrie et en Afrique proconsulaire. Enrichies pour la première par le commerce lié à la route de la Soie et pour la seconde par son agriculture (oliviers) et ses exportations d’animaux vivants pour les jeux du cirque, ces deux cités ont atteint leur apogée sous le règne des Sévères. C’est d’ailleurs sous le règne du premier représentant de cette dynastie (à savoir Septime Sévère) qu’y furent édifiés deux magnifiques arcs, un dans chaque ville. A priori, vu la proximité de leur date de construction, on pourrait s’attendre à des monuments proches au niveau architectural et ce, d’autant plus qu’il existe un rapport important entre l’Afrique romaine et la Méditerranée orientale romaine. Pourtant, en jetant un simple coup d’œil à ces monuments, il semble qu’il n’en est rien. Mais ce constat peut-il résister à une analyse plus poussée ? C’est que nous allons voir en nous demandant dans quelle mesure on peut rapprocher ces deux arcs. Dans une première partie, nous nous intéressons à l’aspect formel des monuments et dans un second temps à leur fonction et à leur valeur symbolique.

II.Description   : comparaison de la forme de ces deux arcs

Introduction partielle

Les arcs de Septime Sévère à Leptis Magna et à Palmyre sont évidemment très différents au niveau leur architecture. Mais on peut tout de même les rapprocher au niveau du style.

1) Deux arcs que tout semble opposer à première vue

Idées et exemples Au niveau architectural, les arcs de Palmyre et de Leptis Magna sont singulièrement différents. L’arc de Leptis Magna qui mesure une vingtaine de mètres de hauteur est un monument tétrapyle (à quatre

faces égales), un quadrifron. C’est donc un arc à une seule baie mais ouvert sur les quatre côtés, un janus (Ils ont valeur symbolique, voire ésotérique, à mettre en relation avec le dieu Janus, dieu des portes (janua en latin), des carrefours et des passages en général.), plutôt rare. À Palmyre en revanche, l’arc compte 3 baies, ce qui témoigne d’un grand faste dans la mesure où un arc en soi est cher, a fortiori s’il compte 3 baies (la plupart des arcs construits durant la période romaine ne comptent d’ailleurs qu’une seule baie).

La conséquence de ceci est que l’arc de Palmyre comptait 3 niveaux d’élévations alors que celui de Leptis n’en avait probablement que deux (un premier niveau s’arrête en haut de la baie alors que le second comporte l’architrave et peut-être un char figurant l’empereur, aujourd’hui disparu). Les 3 niveaux de l’arc de Palmyre sont les suivants :

Arcade s basses latérales (correspond aux passages couverts localisés de part et d’autre de la baie centrale passant entre les colonnes et les maisons ou boutiques qui se trouvaient sur cette avenue).

Sommet de l’arcade centrale : au-dessus des arcades latérales se trouvent aujourd’hui des pierres non d’origine.

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Un niveau d’attique, aujourd’hui disparu. À Leptis Magna, l’arc est au croisement du cardo et du decumanus, carrefour principal de la ville, ce qui

correspond bien à une fonction de passage. Ce n’est pas vraiment le cas à Palmyre qui n’a pas de decumanus à proprement parler mais juste un cardo, sur lequel se situe l’arc. Il semble donc que l’idée de passage soit mieux appliquée à Leptis Magna qu’à Palmyre.

Pourtant, physiquement, il est un point qui va à l’encontre de cette idée. Il s’agit du fait que l’arc de Leptis Magna n’est pas un lieu de passage (il y a des marches d’escalier, qui le rendent non carrossable, exactement comme l’Arc du Forum républicain étudié en cours) alors que celui de Palmyre si (au moins pour la baie centrale, qui passe au-dessus de la route ; les deux baies latérales ont des escaliers et devaient être utilisées par les piétons).

Au niveau du matériau employé, l’arc de Leptis Magna est fait de marbre (2000 tonnes !) issu des îles égéennes, c’est-à-dire de très bonne qualité. En revanche, l’arc de Palmyre est en calcaire d’origine locale (la carrière se situe à une vingtaine de km au nord de la ville ; on y a retrouvé les fronts de taille et des traces des abris des tailleurs) et de qualité moyenne, comme la colonnade qui l’accompagne (commencée au début du IIème siècle à l’ouest, elle n’était pas encore achevée à l’est à l’est au IIIème siècle, c’est-à-dire du côté de l’arc ; on a noté une dégradation de la qualité des colonnes, ce qui en période de crise économique permettait en gain financier, sans parler du gain de temps). Cela explique la (relative) moins bonne conservation de l’arc de Palmyre (fissures et infiltrations).

Reprise et transition Le nombre d’ouvertures, les élévations, la position, la matérialisation physique du passage et les matériaux

employés opposent ces deux arts. Une chose cependant n’a pas été évoquée, le style.

2) En réalité, deux arcs proches par leur style

Idées et exemplesEt pour cause, car le style rapproche ces deux arcs. Ils sont l’éclatante manifestation du style sévérien dont on

peut ici voir deux des caractéristiques majeures : Une « horreur du vide », parfaitement visible à Leptis Magna et dans une moindre mesure à Palmyre.

À Palmyre, il y a en fait deux arcs juxtaposés dans un même ensemble, l’un orienté nord-ouest qui s’ouvre sur une vaste colonnade (ses chapiteaux sont corinthiens et elle mène au temple d’Allat) et l’autre orienté sud-est qui donne sur le temple de Bêl (commencé en l’an 19, dédié en l’an 32 mais achevé sous Hadrien). Sur la partie du côté du temple de Bêl, les pilastres et les arches sont dédoublés et sculptés de hauts-reliefs figurant notamment des formes géométriques et des plantes (feuilles de vigne). L’arc a des chapiteaux corinthiens et présente des hauts-reliefs au-dessus de l’arche. Le haut de l’arc est nettement moins bien conservé. L’arc de Palmyre, s’il n’est pas tétrapyle comme celui de Leptis Magna, est à mettre en relation avec un monument tétrapyle, dont il est le pendant. Ce tétrapyle marque le milieu de la voie centrale de la ville et est formé de quatre piliers surmontés de groupes de quatre colonnes coiffés d'un entablement de pierre. Entre chaque piédestal, on trouvait de statues et au-dessus des entablements dont la frise (150 tonnes chacune) comprenait un décor très dense et presque surchargé de rangées de feuilles de chêne et de glands. Des rangées de perles et de troncs de palmiers (Palmyre est une palmeraie, d’où son nom) décoraient les archivoltes alors que les rinceaux étaient sculptés de feuilles d’acanthe.

À Leptis Magna, l’arc est sur un podium et présente en façade 2 colonnes corinthiennes (l’un des ordres les plus riches) au fût cannelé, colonnes placées sur socle (piédestal). Les pilastres se composent de pseudo-colonnes engagées décorées (chapiteau composite ou corinthien) ; on note également des trophées et des prisonniers sur les pilastres, entre les fausses et les vrais colonnes. La baie est encadrée de pseudo-colonnes corinthiennes engagées et l’arche est décorée de motifs ornementaux ; la voûte est une voûte en berceau, à caissons carrés décorés de hauts-reliefs, figurant notamment des plantes. les rinceaux sont figurés ; les frises présentent des amours tenant des festons. Des victoires sont placées sur l’extrados des quatre ouvertures. Au-dessus de vraies colonnes, on trouve un entablement, suivi d’une frise géométrique ; il n’y a pas de corniches mais des frontons brisés, très orientaux. Il y a alors à la place de la corniche un nouvel entablement, celui des pilastres ; au-dessus de l’architrave se trouve une frise de victoires puis une corniche avec un haut-relief.

Un syncrétisme qui s’explique peut-être par le fait que Septime Sévère n’est pas né à Rome mais en Afrique et que sa (seconde) femme Julia Domna est syrienne. L’Afrique et la Syrie sont des provinces romanisées mais où l’influence orientale est visible. On retrouve sur les monuments de Palmyre et Leptis Magna, et notamment sur les arcs, des éléments orientaux et des éléments plus classiques.

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À Leptis Magna, la plupart des sculptures sont finement ciselées à la manière de ce qui se faisait au Proche-Orient (frontons brisés par exemple); l’architecture est typiquement orientale. Mais les reliefs (conservés au musée de Tripoli dans leur écrasante majorité) sont conformes aux canons de l’art officiel romain de l’époque, globalement. Les victoires sont particulièrement intéressantes, dans la mesure où il y a une sorte d’improvisation naturaliste (cf le carpe diem) qui s’applique à faire ressortir les plis des drapés et les rondes bosses des formes nues à l’aide de variations douces de clair-obscur. Elles tiennent des rameaux et des couronnes de lauriers. C’est typiquement hellénistique.

À Palmyre, seule l’architecture est vraiment romaine : l’arc est un monument romain et les chapiteaux sont corinthiens, ce qui reste classique. Mais les décors et les reliefs sont orientaux dans leur facture (finesse du travail) et dans leur forme (palmiers), encore que les feuilles de vigne et figures géométriques puissent passer pour romaines.

Reprise Ces deux arcs présentent une décoration très riche et très chargée, à base romaine mais teintée d’hellénisme et

d’orientalisme. Ce sont là les caractéristiques de l’art et donc de l’arc sévériens.

Conclusion partielle

Si la forme générale des arcs de Palmyre et de Leptis Magna est assez différente, le fond du décor est en fait semblable dans les deux cas. Ce qui est valable pour le style l’est-il également pour le sens et la fonction ?

III.Signification et fonction   : comparaison du fond de ces deux arcs

Introduction partielle

Edifiés et décorés à la même époque, les deux arcs ont des fonctions première ont une utilité différente, au moins suivant un premier degré de lecture. Mais une étude plus approfondie peut révéler que ce n’est pas forcément le cas.

1) Une fonction première différente

Idées et exemples Comme nous l’avons déjà dit, on attribue à tout arc un caractère d’arc de triomphe. Ce n’est pas

systématiquement le cas et les arcs peuvent avoir d’autres fonctions. Les arcs de Septime Sévère de Leptis Magna et de Palmyre en révèlent d’autres, plus originales.

Leptis Magna, ville natale de Septime Sévère, s’est vue conférer en 202 par son illustre représentant le jus italicum, ce qui l’a exonéré de l’impôt. Septime Sévère a également couvert la ville de monuments divers, allant du forum à la basilique, en passant par l’agrandissement du port. Leptis Magna est alors devenue la troisième ville d’Afrique après Carthage et Alexandrie. L’édification de l’arc vise à commémorer ce nouveau statut et à décorer la ville, devenue très riche. Une autre hypothèse serait, outre de remercier l’empereur de sa générosité, de célébrer son probable passage dans la ville avec sa famille en 205. On retrouverait dans ce cas la symbolique de l’arc car il servirait à immortaliser le passage de l’empereur.

Pour ce qui est de Palmyre, il convient de rappeler qu’un monument s’intègre toujours dans un tissu urbain particulier. Palmyre est une ancienne et elle n’a pas été conçue comme une cité romaine (pas de plan en damier) à l’origine. Au IIIème siècle, c’est une grande ville et l’insertion de l’arc ne s’est pas faite au hasard. Le grand axe sud-est/nord-ouest de Palmyre, axe qui fait plus d’un kilomètre de long, n’est pas droit. Sa fonction est très original et explique sa forme triangulaire en « V » : il sert à masquer le désaxement entre la perspective de l’axe principal (cardo) et celle du temple de Bêl. Les deux branches de ce « double arc » sont perpendiculaires aux parties de la colonnade qui y aboutissent. Pour donner une cohésion à l’ensemble, on pense (mais il ne reste que peu de traces) qu’entre les branches du « V », deux murs en forme de coude reliaient les deux parties de la baie centrale, couvrant un passage probablement voûté. On peut ajouter qu’une telle fonction, si elle est rare à l’échelle de l’empire, n’en est pas moins courante à Palmyre où la plupart des colonnades servent à masquer les irrégularités des constructions et du plan. Nous avons déjà expliqué que cet arc monumental est le pendant d’un monument plus ancien, le tétrapyle ; signalons que ce tétrapyle qui se situe au milieu du cardo sert lui aussi à masquer un coude (il y en a deux) de cet axe central sur lequel donnaient les principaux bâtiments administratifs et religieux, ainsi que des villas et des commerces.

Reprise et transition

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À Leptis Magna, l’arc est commémoratif et décoratif alors qu’à Palmyre il sert à dissimuler un plan ancien qui ne correspond pas à la mode romaine du plan en damier. En apparence, les fonctions des deux arcs sont différentes.

2) Une signification identique

Idées et exemplesMais en réalité, la fonction est la même ; dans les deux cas, il s’agit de célébrer l’empereur. À Leptis Magna, on peut le voir dans les scènes et groupes humains à l’intérieur de l’arc où selon le principe

du décalage vertical des scènes (comme pour l’arc de la Curie Julienne à Rome) on voit 3 plans de combat étagés figurant le siège d’une ville parthe. Outre grâce aux victoires dont nous avons déjà parlé, la propagande est surtout visible avec les hauts-reliefs des 4 frises de l’arc.

Famille impériale face aux divinités tutélaires des Sévères (Jupiter, qui a des traits proches de Septime Sévère et Junon qui a des traits proches de Julia Domna notamment) et de la ville (ainsi que la déesse Rome). Septime Sévère (représenté en Sérapis) est entre Geta et Caracalla   ; l’empereur est représenté avec le bâton augural du grand pontife. Les fils de l’empereur seraient représentés en Hercule et Bacchus, ce qui contribuerait à les diviniser de leur vivant, comme leur père.

Sacrifice de deux taureaux devant la famille impériale. La composition y est nouvelle (composition unitaire sur deux registres), tout comme la perspective (seul l’autel a une vraie perspective ; au centre, il est représenté de trois quarts). Ce sont les marches du temple qui font office de séparation. L’objectif est politique : l’empereur se trouvant au fond avec sa famille (les colonnes du temple leur servent de fond), il n’est pas au premier plan, ce qui le réduit déjà hiérarchiquement. En théorie, si on applique les règles de la perspective, il doit être représenté plus petit que les personnages au premier plan ; l’artiste a supprimé cette convention pour rehausser l’empereur.

Cortège de notables à cheval, captives parthes reconnaissables à leur bonnet phrygien sur des litières et prisonniers près d’un trophée. Julia Domna est au milieu, à côté d’un personnage à la figure méconnaissable, logiquement Septime Sévère (peut-être Caracalla), représenté en Hercule d’après la coiffe.

Quadrige de parade avec Septimes Sévère et ses fils dessus. Le char de triomphe est orné de divinités orientales comme Cybèle, Hercule-Melqart et Vénus-Astarté. C’est ici véritablement que l’on voit que l’empereur casse le rythme d’une succession de figures tournées vers la gauche (schéma narratif traditionnel). Septime Sévère est représenté de face, comme à l’Arc des Argentiers de Rome (dans une moindre mesure). En créant une image d’apparat, le sculpteur a créé un art aux caractéristiques propres mais dont le but est idéologique (en lien avec la conception du pouvoir de Septime Sévère, conception autoritaire et contrée sur l’empereur). L’illusion optique est renforcée par l’importance des ombres des plis des drapés et les trous dans les cheveux et les barbes. Il y a sûrement eu plusieurs sculpteurs (locaux) mais un maître (originaire d’Asie Mineure ? On se demande si les thèmes et plans ont été réalisés entièrement sur place ou amenés de Rome) avait sûrement dessinés méticuleusement les tracés, notamment les sillons dont on pense qu’ils auraient été réalisés avec un trépan hélicoïdal. La conception visuelle de la forme a changé, s’éloignant de la réalité ; cela a sûrement permis une économie de temps, précieuse avec la crise économique qui régnait à l’époque. Cette scène avec le quadrige a été comparée à la mosaïque du Triomphe de Dionysos d’Hadrumète.

À Palmyre, ce ne sont pas vraiment les frises (manquantes) qui permettent de montrer la propagande. C’est surtout le fait que l’édification d’un monument est censée conférer l’immortalité à son commanditaire.

Reprise L’arc de Leptis Magna montre l’empereur faisant acte de pietas, l’empereur victorieux et la famille impériale

en pleine concorde, reprenant les thèmes habituels de la propagande sévérienne. On y voit une divinisation de l’empereur de son vivant (culte de la personnalité occidental) mis en scène d’une manière orientale, par des artistes locaux dont la spécialité, outre les copies, était la décoration des frises architecturales et décoratives. À Palmyre, les artistes ont eux aussi mis leur talent au service de l’empereur dont l’arc assurait l’immortalité.

Conclusion partielle

Qu’il cherche à décorer et commémorer la prospérité d’une ville (ou le passage d’un empereur) ou à masquer une dysharmonie urbanistique, l’arc sous l’empire sert toujours à célébrer l’empereur et à honorer son nom, et ce même s’il ne s’agit pas d’un arc de triomphe.

IV.Conclusion

Page 5: exposé HIDA thomas

Les arcs de Leptis Magna et de Palmyre ne sont pas comparables dans leur architecture générale et dans leur fonction première (commémorative pour l’un, urbanistique pour l’autre) ; ils sont comparables dans leur style et dans leur mise en scène de la propagande impériale, propagande qui est primordiale dans tous les monuments romains car un monument est toujours utilitaire dans l’empire romain , contribuant à la gloire de son commanditaire et marquant sa fidélité à l’empire (et ici, cela contribue à donner à Septime Sévère et à sa dynastie une légitimité qu’ils n’ont pas : des deux arcs, l’un est dans la ville natale de Septime Sévère et l’autre dans la région d’origine de sa femme, Julia Domna ; cette réunion des deux branches des Sévères ne peut que leur être profitable) ; ils sont incomparables par leur beauté et leur élégance. Incarnations de l’art sévérien, ils mélangent les styles, entre finesse et frontalités orientales (frontalité qui se diffuse d’est en ouest et que l’on voyait déjà un peu dans l’Ara Pacis Augustae) et canon romain. Cet art connaît des évolutions différentes en Orient et en Occident : en Occident, la frontalité est à son apogée sous Constantin, ce que l’on voit avec l’arc éponyme de 315 à Rome. En Orient, ceci perdure encore plus longtemps et s’étend encore plus loin géographiquement. En effet, le maniérisme sec et décoratif qui donne une impression de dignité rigide dont Doura Europos avait été pionnière se retrouve dans l’art sassanide et dans une certaine mesure dans l’art byzantin, voire jusqu’en Inde. Si le style des arcs sévériens a survécu moins longtemps en Occident, c’est la forme même de l’arc sévérien qui a resurgi et est passée à la postérité.

C’est en effet des arcs de Septime Sévère que se sont inspirés les architectes Percier et Fontaine pour édifier l’Arc du Carrousel en 1809 : hauts-reliefs, inscriptions, frontalité et quadrige sont autant d’éléments inspirés de l’antiquité que l’on retrouve dans cet arc, arc de triomphe célébrant les victoires de Bonaparte. Partant de ce constat, nous pouvons émettre quelques hypothèses sur la confusion entre l’arc et sa fonction qui fait que beaucoup de contemporains parlent d’ « arcs de triomphe » pour désigner des arcs aux fonction plus variées : est-ce que Percier et Fontaine ont mal compris la signification des arcs sévériens ou est-ce que l’imaginaire collectif a assimilé l’arc antique à celui du Carrousel ? Probablement les deux, le parallélisme entre les victoires militaires de l’empire napoléonien et celles de l’empire romain s’est certainement imposé aux architectes, comme aux contemporains et à l’empereur lui-même, l’empereur qui bâtissait alors sa légende.

V.Lexique

Acanthe : plante méditerranéenne dont le feuillage ornemental est souvent utilisé comme décoration notamment pour les chapiteaux corinthiens.

Allat : était une déesse de la fertilité et de la féminité. Son nom serait une contraction de al ilahat, déesse. Arcade : baie (ouverture dans un mur) cintrée dans un arc. Architrave* : partie inférieure de l’entablement, qui repose directement sur les chapiteaux. Archivolte : ensemble des ornements, sculptures ou baguettes qui encadrent une arcade en soulignant les

contours supérieurs et inférieurs des voussoirs ou claveaux de l'arc Astarté : déesse d'origine phénicienne de l’amour et de la guerre. Attique* : dans l’architecture classique, étage supérieur couronnant l’entablement d’un édifice. Bêl/Baal : dieu d’origine phénicienne (c’est l’équivalent du Mardouk babylonien) adoré sur tout le pourtour

méditerranéen. Caisson : compartiments renfoncés, souvent décorés d'ornements peints ou sculptés. Cannelure* : moulure verticale creusée dans le fût d’une colonne. Caracalla : Marcus Aurelius Severus Antoninus Augustus est né en 188, a comemncé de régner en 211 et est mort

en 217. Cardo (maximus) : l’une des 2 voies principales de la cité romaine, orientée Nord/sud. Cybèle : divinité d’origine phrygienne personnifiant la nature sauvage et surnommée la « Grande déesse ». Decumanus : l’une des 2 voies principales de la cité romaine, orientée est/ouest. Doura-Europos : ville séleucide située à l'extrême sud-est de la Syrie sur le moyen Euphrate. Entablement* : dans l’architecture classique, couronnement d’un édifice, composé d’une architrave, d’une frise

et d’une corniche. Extrados : face supérieure d’un voûte ou d’un claveau (: pierres taillées en biseaux qui forment un arc ou une

voûte ; le claveau du centre de l’arc est la clef ; ceux qui l’entourent sont les contre-clefs.). Flaviens : dynastie comprenant 3 empereurs (Vespasien de 69 à 79 ; Titus de 79 à 81 ; Domitien de 81 à 96). Frise* : dans l’architecture classique, partie de l’entablement comprise entre l’architrave et la corniche ; elle est

ornée d’une alternance de métopes et de triglyphes dans l’ordre dorique ou de bas-reliefs continus dans l’ordre ionique.

Fût* : partie de la base comprise entre la colonne et le chapiteau. Geta : Lucius Publius Septimius Antoninus Geta est né en 189 et mort en 211, année où il co-régna avec

Caracalla (son frère) quelques mois, avant que ce dernier ne l’assassine. Hadrumète : ville d’Afrique romaine (Tunisie actuelle)

Page 6: exposé HIDA thomas

Haut-relief *: relief dont la figure se détache du fond sur au moins trois quarts de son épaisseur. Julia Domna : seconde femme de Septime Sévère, mère de Caracalla et Geta, c’est la fille du grand prêtre du

soleil d’Emèse, en Syrie. Jus italicum : mentionné par Pline l’Ancien pour la première fois, cette expression désigne les privilèges

(organisation municipale, exemption d ‘impôts sur le sol,…) accordés à l’Italie et exceptionnellement à certaines villes de province.

Melquart : dieu phénicien des villes (étymologie le « prince de la ville ») et des activités économiques. Leptis Magna (LPQY en punique, Néapolis en grec, également Lepcis Magna): ville carthaginoise puis

romaine en Afrique proconsulaire (puis en 303, capitale de la Tripolitaine nouvellement créée) ; c’est la ville natale de Septime Sévère.

Palmyre : riche cité commerçante fondée sur une oasis du désert de Syrie, à 210 km au nord-est de Damas. Située dans la province romaine de Syrie (capitale : Antioche), la ville dont le nom local est Tadmo(u)r est devenue colonie romaine en 212 sous Caracalla (qui lui donne le jus italicum).

Pilastres : piliers insérés dans un mur ou sur un support et formant une légère saillie. Quadrige : char antique à deux roues, attelé de quatre chevaux de front (par opposition aux biges qui n’en ont

que deux). Quadrifron* : arc à quatre faces ; monument quadrangulaire dont chaque face est composée d’un arc de triomphe

à une seule arche. Relief* : ornement sculpté dont la forme se détache sur un fond plat. Rinceau : élément d’architecture à base de stylisation à base de feuillage et de tiges végétales. Septime Sévère : Lucius Septimius Severus Pertinax est né en 146, il arrive au pouvoir en 192 et meurt en 211. Tétrapyle : monument comportant quatre entrées ou portes, comme l'indique son étymologie. Trépan : (terme issu du grec trupaô : je perce) outil de forage. Triglyphe* : dans la frise dorique, rectangle creusé de trois cannelures et disposé en alternance avec les métopes

(plaque quadrangulaire insérée entre 2 triglyphes et décorée le plus souvent de reliefs). Tutélaire : qui tient sous sa garde, sous sa protection. S’utilise notamment pour les divinités. Tympan* : espace triangulaire compris entre la corniche et les rampants du fronton, le plus souvent orné de bas-

reliefs. Voussoir : pierre de taille en forme de coin formant l'appareillage d'un arc, d'une voûte ou d'une arcade.

* Issu de L’archéologie, d’Ada Gabucci, voir bibliographie. ** Issu de L’art romain de Robert Turcan, voir bibliographie.

VI.Bibliographie

Selon la norme ISO 690 en vigueur.

DELORD, R. 206 L'arc de Septime Severe, Leptis Magna, Libye The arc of Septime Severe, Leptis Magna, Libye, page consultée le 16 mars 2009 « http://www.ac-grenoble.fr/lycee/diois/Latin/ico/Art%20romain/ArtRomainWeb/original/206%20L'arc%20de%20Septime%20Severe,%20Leptis%20Magna,%20Libye%20The%20arc%20of%20Septime%20Severe,%20Leptis%20Magna,%20Libye.html »

Site présentant une photographie d’un relief de l’arc de Leptis Magna.

BONNET, Christian et LANÇON, Bernard. L’empire romain de 192 à 325. Paris : Ophrys, 1998. 251 p. (ISBN : 2-7080-0851-X). Utilisation des pages 186 à 189.

Ouvrage présentant quelques remarques sur Leptis Magna.

SARTRE-FAURIAT, Annie et SARTRE, Maurice. Palmyre La cité des caravanes. Paris : Découvertes Gallimard, 2008. 144 p. (ISBN : 978-2-07-034659-2). Utilisation des pages 54, 55, 62 et 63.

Livre spécialisé sur Palmyre évoquant l’arc ; curieusement, moins détaillé que le livre suivant.

SARTRE, Maurice. La Syrie antique. Paris : Découvertes Gallimard, 2002. 160 p. (ISBN : 2-07-076497-4). Utilisation des pages 40, 79, 112 et 113.

Livre général sur la Syrie, abordant Palmyre (plan pour situer l’arc notamment) et des images de l’arc.

Clio la Muse. L'arc Leptis-Magna, page consultée le 16 mars 2009 « http://www.cliolamuse.com/spip.php?article539 »

Page 7: exposé HIDA thomas

Site traitant de l’arc de Leptis Magna, comprenant textes et images.

Clio la Muse. Visite de Palmyre, page consultée le 16 mars 2009 « http://www.cliolamuse.com/spip.php?article509 »

Site traitant de Palmyre, notamment l’arc de Septime Sévère, comprenant textes et images.

GABUCCI, Ada. L’archéologie. Paris : France Loisirs, 2003. 191 p. (ISBN : 2-7441-6488-7). Utilisation des pages 186 à 189.

Livre très utile pour ses définitions, notamment architecturales.

France Télévisions. Reportage : Leptis Magna : "la Rome africaine page consultée le 16 mars 2009 « http://programmes.france3.fr/des-racines-et-des-ailes/index-fr.php?page=emission&id_article=23 »

Extrait de l’émission des racines et des ailes qui présente notamment une brève interview d’André LARONDE, archéologue membre de l’Institut de France. Il dirige la mission archéologique française qui travaille à Leptis Magna : une cité qu’il explore depuis trente ans. L’extrait est courte mais livre des informations que l’on trouve pas dans les ouvrages classiques, trop anciens. On peut en outre y voir une reconstitution de Leptis Magna, avec son arc.

WHEELER, Mortimer. L’art romain Londres (Paris pour l’édition française) : Thames & Hudson, 1964 (1992 pour l’édition française). 246 p. (ISBN : 2-87811-048-X). Utilisation des pages 55, 56, 59, 60, 61, 62, 152 à 158, 165, 190 et 219.

Ouvrage général utile tant pour Palmyre que pour Leptis Magna.

TURCAN, Robert. L’art romain dans l’histoire. Paris : Flammarion, 1995. 383 p. (ISBN : 2-08-010187-0). Utilisation des pages 265, 266, 352 à 354 et 364 à 366.

Ouvrage général utile tant pour Palmyre que pour Leptis Magna. Ce livre présent aussi un glossaire utile portant sur des expressions latines.

BIANCHI BANDINELLI, Ranuccio. Rome. La fin de l’art antique. Paris : Gallimard, 1970. 492 p. (ISBN : 2-7010-0599-7). Utilisation des pages 186 à 189. Utilisation des pages 27, 233, 270 à 275, 344 et 364.

Ouvrage général utile surtout Leptis Magna. Il est à ce sujet incontournable et décrit sur plusieurs pages les reliefs de l’arc ; il présente aussi des photographies de ces reliefs et des victoires de l’arc de Septime Sévère.