Fondements religieux et symboliques de l'antis .est rare, du reste, ... que c'est bien parce que

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  • Fondements religieux et symboliques de lantismitisme par Andr Grjebine et Florence Taubmann

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    Les Fondements Religieux et Symboliques de lantisemitisme

    Rflexions dun mcrant et dun pasteur

    par Andr Grjebine (*) et Florence Taubmann (**)

    Les Fondements Religieux et Symboliques de lantisemitisme................................................. 1 * * * ........................................................................................................................................ 2 Un Dieu qui drange ?............................................................................................................ 3 La transmission ...................................................................................................................... 6 Une antriorit difficile .......................................................................................................... 9 Notes..................................................................................................................................... 24

    Noublions pas quAuschwitz na pas t liquid pour avoir t Auschwitz, mais parce que la fortune des armes a tourn ; et depuis Auschwitz, il ne sest rien pass que nous aurions pu vivre comme la rfutation dAuschwitz. (Imre Kertesz, Un autre, Actes sud, p.85)

    Au fond, pourquoi ne pas le dire ? si nous avions ce sentiment intense que ctait notre libert qui tait en jeu, cest aussi parce quil sagissait dIsral. Bien que non-juif, il nous semblait donc quatteindre Isral dans son tre mme, ctait atteindre notre libert. (Eric Marty, Bref sjour Jrusalem, Ed.Gallimard, 2003, p.29)

    La reconnaissance dune culpabilit longtemps refoule, sest impose la conscience chrtienne aprs les terribles vnements des douze annes de malheurs, de 1933 1945. (Cardinal Joseph Ratzinger, Lunique alliance de Dieu Ed Parole et silence 1999 Prface)

    Par quelle curieuse trajectoire, un pasteur et un conomiste, par ailleurs mcrant et auteur de plusieurs ouvrages sur la socit ouverte, en sont venus unir leurs efforts pour rflchir sur les fondements religieux de lantismitisme ?1 Pourquoi sintresser plus particulirement aux Juifs et Isral, plutt quaux innombrables peuples qui souffrent aujourdhui sans doute bien davantage ? Faut-il rpondre quau-del du destin individuel de chaque Juif, cest lagressivit qui sexerce son encontre depuis tant de sicles qui nous proccupe, ou plus exactement, cest cette dernire qui fait que ce destin individuel nous concerne particulirement.

    L'antismitisme et son alter-ego - le racisme - ne dtruisent pas seulement leurs victimes. Ils privent l'homme - celui qu'il atteint, celui qui s'en rend coupable, mais galement, tous les hommes qui font semblant de ne pas voir - du sens de l'humain. Ils apparaissent au croisement de ce qu'il y a peut-tre de plus malsain, de plus stupide dans l'homme : la volont d'tiqueter, d'humilier, de dtruire. Une sorte de condens de cette btise dogmatique qui fait qu' un moment donn, un homme dcide, sans aucune raison, de blesser, psychologiquement et le

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    cas chant physiquement, voire de tuer, un autre homme, qui ne lui a rien fait, qu'il ne connat peut-tre mme pas, uniquement parce qu'il lui accole une tiquette qui le lui rend insupportable. Par-del cette tiquette, dont personne ne peut dire le sens prcis, c'est l'homme nu, l'homme qui n'est pas protg par une foule, une religion ou une idologie, qu'il s'agit de dtester et d'abattre. Les pharmaciens et les Juifs, sortez du rang ! Mais, pourquoi les pharmaciens ? raconte une anecdote russe.

    Nous avons longtemps vcu avec l'ide que, depuis la Shoah, l'antismitisme avait heureusement quelque chose d'anachronique qui ne subsistait que chez des nostalgiques du national-socialisme et d'autres fossiles. Nous dcouvrons que ce sont plutt les quelques dcennies de recul de l'antismitisme qui constituaient une parenthse. La monte d'un antismitisme tiers-mondiste, exacerb par le conflit du Moyen-Orient, tend en quelque sorte ddouaner l'antismitisme, qui tait devenu inexprimable aprs la Shoah. Comment ne pas avoir honte, non pas seulement pour les admirateurs de tel dirigeant politique ou de tel soi-disant comique qui font de l'antismitisme leur fond de commerce, mais pour l'humanit en gnral, qui dcidment n'en finira jamais avec de telles pulsions.

    Il se trouve que, l'un et l'autre, nous trouvons les actes et les discours antismites d'autant plus traumatisants que nous les entendons un peu partout, alors mme que nous ne frquentons, ni les milieux d'extrme-droite, ni les milieux islamistes. Et pourtant, de plus en plus frquemment, nous rencontrons des gens, qui seraient vexs d'tre qualifis d'antismites, mais qui tantt comparent Sharon Hitler, tantt absolvent les discours antismites de la Confrence de Durban sous prtexte qu'ils ont t le fait de dirigeants du tiers monde, tantt participent des manifestations ou assistent au Forum social europen sans s'offusquer des propos clairement antismites qui y sont tenus, tantt affirment qu'ils ne faut rien exagrer, que Dieudonn n'est qu'un amuseur, et qu'en gnral on parle beaucoup trop des Juifs et qu'il serait malsant de faire un abcs de fixation sur l'antismitisme.

    C'est sans doute parce que ce sujet nous concerne si intimement, l'un et l'autre, qu'il nous parat ncessaire de remonter aussi loin que possible dans la gnalogie de cette maladie de l'humanit, que nous avons rdig ce texte ensemble, sans qu' aucun moment, des options foncirement diffrentes en matire religieuse ne nous empchent de mener ce travail jusqu' son terme

    * * *

    De bons esprits ont longtemps pens que tout serait plus simple et les problmes plus faciles rsoudre dans le conflit du Proche-Orient si les uns et les autres faisaient abstraction de leur appartenance religieuse. De fait, il n'y aurait alors eu qu' partager un territoire entre deux communauts, en fonction ventuellement de la viabilit de chacun des Etats ainsi crs. On pourrait mme prtendre que si une vue pragmatique de la situation avait prvalu, il n'y aurait pas eu de conflit : il suffisait que les 700 000 palestiniens partis ou chasss en 1948 (avec leurs descendants, ils sont aujourd'hui 3,5 millions) s'intgrent dans des pays arabes comme les juifs originaires de ces pays l'ont fait en Isral : en une quinzaine d'annes, prs de 800 000 juifs ont t amens quitter les pays arabes dans lesquels ils vivaient. Mme si on admet que la croissance dmographique des premiers a t plus forte que celle des seconds, il n'en demeure pas moins qu'une disproportion entre les deux aurait t plus que compense par une disproportion infiniment plus grande entre le minuscule territoire d'Isral et le monde arabe. Aprs tout, les pres fondateurs d'Isral ont conu le retour du peuple juif sur la terre de ses anctres comme un projet lac. Les fondamentalistes, pour leur part, ne reprsentent qu'une

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    faible part de la population isralienne, et sont plutt perus comme un mouvement anachronique, qui oblige la plupart des Israliens se soumettre des contraintes bibliques d'une autre poque.

    Seulement voil, il s'agit d'un conflit qu'on ne peut comprendre sans rfrences religieuses. Il est rare, du reste, qu'un conflit n'ait que des causes prosaques comme la volont d'un groupe de prendre possession d'un territoire fertile ou riche en matires premires recherches. La plupart des guerres ont des soubassements symboliques, dont le plus frquent est cette manifestation moderne du tribalisme qu'est le nationalisme. Il y a sans doute eu peu de conflits aussi intensment symboliques que celui-l. A cet gard, il faut mentionner une difficult plus spcifiquement franaise, ce qu'on pourrait appeler le paradoxe franais sur le Proche-Orient : d'une part, notre conception de l'universalit et notre ide que, depuis les Guerres de religion, les conflits religieux sont dpasss, nous empchent de comprendre la dimension fondamentalement religieuse de ce conflit. Mais, en mme temps, nous oublions que c'est bien parce que ce conflit a un arrire-plan mtaphysique, plus que religieux peut-tre, qu'il nous intresse, alors que bien des peuples peuvent s'entretuer sans soulever le moindre intrt, a fortiori, la moindre passion.

    C'est dans ce contexte qu'une analyse des fondements religieux et symboliques de l'antismitisme prend tout son sens. L'incomprhension et souvent la haine que suscite le peuple juif, depuis tant de sicles, cristallisant sur lui le refoul des autres peuples, n'est sans doute gure comprhensible si on ne tient pas compte de ce qu'on pourrait appeler son caractre mtaphysique.2 En fait, le peuple juif est le seul qui n'ait pas une assise naturelle c'est--dire gographique. Les trois vnements fondateurs du judasme correspondent tous trois des exodes ou des exils. Premier vnement : Dieu enjoint Abraham de quitter son pays pour aller vers Canaan. Second vnement : la libration de l'esclavage d'Egypte. Troisime vnement : le traumatisme de la destruction du temple de Jrusalem et de l'exil Babylone.

    Aprs la destruction du Temple de Jrusalem, le Livre s'est substitu la terre et l'histoire. Pour tous les autres peuples, le territoire qui leur appartient est celui sur lequel ils vivent depuis des temps immmoriaux ou sur lequel ils sont parvenus la suite de conqutes. Pour les Juifs, l'appartenance a longtemps t symbolique : Jrusalem est l'endroit auquel ils se sont rfrs tout au long de leur longue errance : L'anne prochaine Jrusalem. On nous dira que la cration d'Isral rompt avec cette qute. Il suffit pourtant de voir quel point cette existence concrte est conteste de toutes parts, et combien la question du statut de Jrusalem sembl