FPH/DD80 le temps choisi - docs.eclm.· le temps choisi Éditions-Diffusion Charles Léopold Mayer

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  • le temps choisi

    ditions-Diffusion Charles Lopold Mayer38, rue Saint Sabin75011 Paristel/fax : 01 48 06 48 86diffusion@eclm.frwww.eclm.fr

    Les versions lectroniques et imprimes des documents sont librement diffusables, condition de ne pas altrer le contenu et la mise en forme.Il ny a pas de droit dusage commercial sans autorisation expresse des ECLM.

  • Franois Plassard

    Le temps choisi

    DD 80 D I T I

  • Les ditions Charles Lopold Mayer constituent lune des activits delassociation La librairie FPH dont lobjectif gnral est daider lchange et la diffusion des ides et des expriences de la FondationCharles Lopold Mayer pour le progrs de lHomme (FPH) et de sespartenaires. On trouvera en fin douvrage un descriptif sommaire decette Fondation, ainsi que les conditions dacquisition des ouvrages etdossiers dits et codits.

    Lauteur

    Franois Plassard, 48 ans, ingnieur agronome de formation et titu-laire dun DEA dconomie, est lauteur de plusieurs ouvrages surlautonomie, le dveloppement local, les relations ville-campagne.Il a t successivement instructeur de haute montagne, agent de dve-loppement, crateur dentreprise et charg de mission au ministrede la Recherche sur les biotechnologies. Actuellement, il parcourt lesrgions rurales pour accompagner des projets avec les associationsCivam (centres dinitiatives en milieu rural).Son dernier chantier sadresse aux lus ruraux en charge de bas-sins de vie pour permettre aux communes rurales de se rappro-prier la dmarche de prospective et en faire un outil de participationcitoyenne au service de nouveaux projets individuels et collectifs.Fondateur-initiateur de luniversit citoyenne du temps choisi(exprimentation en Rhne-Alpes sur le partage volontaire du tra-vail avec chque du temps choisi) et du SEL (systme dchange local) Cocagne Toulouse, F. Plassard est un acteur de la recherche surles processus dinnovation.

    ditions Charles Lopold Mayer La librairie FPH, 1997Dossier FPH nD D 8 0 ISBN : 2-84377-005-X

  • 5

    SOMMAIRE

    Prface, Albert Jacquard . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7

    Prologue . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9

    Introduction : la rduction du temps de travail,une tendance lourde de lHistoire . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13

    I. Une crise qui cache une mutation de socit . . . . . . 17

    II. Le temps choisi, une stratgie de sortie de guerre conomique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33

    III. Accomplir la dmocratie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 59

    Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 77

    Fin du prologue . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 79

    Bibliographie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 83

  • PRFACE

    Dans Supplment au voyage de Cook, Jean Giraudoux pr-sente un pasteur anglais venu apporter des indignes dunele du Pacifique les bienfaits de la civilisation, en premier lieule respect de la morale et lamour du travail. vrai dire, ilscomprennent mal ses leons. Pourquoi travailler quand lanature fournit le ncessaire ? Ils se souviennent dun desleurs qui, trangement, voulait travailler. Il sagitait tant quunliquide nausabond sortait de sa peau ; il sentait si mauvaisquil avait fallu labattre. Malgr leur bonne volont ces sau-vages ne parviennent pas comprendre comment le travailpeut tre source de dignit.En fait, durant la plus grande partie de lhistoire humaine, le

    concept mme de travail ne correspondait aucune ralit.Les chasseurs-cueilleurs qutaient nos lointains anctres neconnaissaient que des activits considres aujourdhuicomme des loisirs. Ce nest quil y a moins de vingt mille ansque nous avons imagin de retourner le sol, de le semer, dercolter, de mettre labri la nourriture produite. Pour cela ila fallu crer des outils, construire des greniers, dfendreceux-ci contre les voleurs, inventer des moyens de se battreplus efficacement, faire la guerre. Certes, ce statut dle-veurs-agriculteurs permettait de disposer dune plus grandequantit de nourriture. Mais le prix payer, lobligation de tra-vailler, a pu paratre certains bien lourd. Pour allger cepoids nos socits ont imagin de sacraliser ce qui nestquune contrainte douloureuse.Parmi les transformations radicales du sort des hommes

    que nous a apportes ce sicle, le recul de la maldiction sup-pose divine du travail est source des pires contresens. Silon avait annonc aux paysans dautrefois quun jour il fau-drait cent fois moins dheures defforts pour produire unquintal de bl, ils auraient souhait la venue rapide de cenouvel ge dor et imagin les multiples ftes qui rythme-raient les saisons. Aujourdhui cette prdiction est ralise,mais il ny a plus de ftes. Et les paysans ont d quitter les

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  • villages pour venir sentasser dans les banlieues des mgalo-poles.Laccs de chacun aux biens produits par leffort de tous a

    t conditionn jusqu prsent par sa participation ceteffort : chacun selon ses mrites. Mais, pour produire, ilfaut dsormais moins deffort ; un jour viendra o il nenfaudra plus du tout ; les machines remplaceront lhomme.Nous devrions nous en rjouir ; stupidement par manquedimagination devant des conditions nouvelles, nous le dplo-rons. Pour maintenir le systme de rpartition dautrefois,nous inventons de produire des biens rigoureusement inutilesdont nous nous efforons de persuader le public quils sontncessaires ; cela donne du travail ceux qui les produisent, ceux qui en font la publicit, ceux qui les vendent, ceuxqui les dtruisent ; mais ce travail nest quune fatigue inutileet souvent destructrice des ressources non renouvelables dela plante. Pour camoufler la sottise de ce comportement col-lectif, un mot est utilis : la croissance. Comme si celle-citait un bien en soi, alors que, sur notre Terre limite, toutecroissance rencontre rapidement son asymptote. Le tempsdu monde fini commence, a crit Paul Valry.Une autre organisation simpose. Hlas, limagination, en ce

    domaine nest gure au pouvoir. Avec Le temps choisi,Franois Plassard nous propose une piste originale et promet-teuse ; sachons lcouter et explorer cette voie nouvelle.

    Albert Jacquard

    Albert Jacquard est professeur honoraire de gntique luniversit

    de Genve et Paris VI. Il est membre du Haut comit pour le logement

    des dfavoriss.

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  • PROLOGUE

    Ils semblaient tous faire la mme chose, et pourtant

    Que fais-tu ? demande un tre venu dailleurs un hommeassis dans un chantier de pierres. Eh bien, tu le vois, je casse des cailloux ! Que fais-tu ? demande-t-il son voisin assis ses cts

    martelant sa pierre. Eh bien, tu le vois, je gagne durement ma vie.Prt sen retourner dans son autre plante remettre son

    rapport sur le travail des humains, ltre venu dailleurs renou-velle une dernire fois sa question un troisime tailleur depierre.Et celui-ci lui rpond : Je construis une cathdrale !

    Cinq sicles plus tard notre messager revient sur la planteTerre pour ractualiser son rapport sur lactivit des hommes.L encore il lui semble quils font tous la mme chose, tant

    il les voit se presser dans la rue, se prcipiter sur un tl-phone, dans une bouche de mtro, se runir, parler, sesparer et saffairer encore.Que fais-tu l ? demande-t-il au premier passant venu. Je nai gure le temps de te parler, rpond alors un ch-

    meur press. Je quitte mon douzime stage de formation etcours mon prochain entretien dembauche. Que fais-tu ? demande-t-il un deuxime humain, les

    yeux fixs sur un cran de tlvision Je surveille une chane de montage automatise ;

    douvrier spcialis de la peine que jtais autrefois, je suisdevenu par la formation continue un technicien de surface,un ouvrier de la panne, prt intervenir et anticiper tout moment sur tout incident.Assurment, pensa ltre venu dailleurs, ces deux hommes

    me paraissent ressembler aux deux tailleurs de pierre dautre-fois, le premier qui cassait des cailloux et le deuxime quigagnait durement sa vie.

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  • Voyons le troisime.Que fais-tu l ? Eh bien, je prpare ma runion dquipe. Nous sommes

    des ingnieurs de provenances diverses dans une PME dinfor-matique en pointe, leader sur son march. Notre entrepriseressemble un orchestre o les joueurs que nous sommesvivent un double dfi : harmoniser nos violons pour parler lemme langage et en mme temps dfricher ensemble unepartition qui, elle, nest crite nulle part. Assurment celui-l ressemble au constructeur de

    cathdrale, se dit ltre venu dailleurs.Avant de nous quitter pour remettre son deuxime rapport

    sur lactivit des humains, le messager venu dailleurs nous apromis de revenir en lan 2017, quand les bbs daujourdhuiauront vingt ans.Nous lui avons remis une lettre cachete, quil ne devra

    ouvrir que lorsquil aura effectu pour la troisime fois sonenqute.Dans cette lettre, nous avons fait une hypothse sur

    chaque homme quil rencontrera son prochain voyage.Le premier sera g, mais pas vieux. Il gardera une demi-

    douzaine denfants de toutes les couleurs : Pcher dans larivire, simprgner des multiples secrets qui font lme dunlieu o lon vit, faire ses devoirs et couter une histoire serala premire scne que ltre venu dailleurs dcouvrira pourcomprendre lactivit de son premier interlocuteur.Mais ce jeune papy dadoption qui soccupe denfants nest

    plus un chmeur. Ancien citadin revenu la campagne dansun gros village moins dune heure de la grande ville, ilchange avec les habitants ses services de pdagogue contredautres services. Son bois de chauffage, ses dplacements,les repas de fte pour ses amis, il ne les paye plus en argentmais en SEL, une nouvelle unit de compte locale pour uneconomie de don et dchange de proximit : de don com-pens. Une formule de troc plusieurs, conviviale et biencommode, pour co