Fuite des cerveaux: perdre pour gagner ?; Education today; Vol.:18

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  • La fuite des cerveaux na rien dun phnomne rcent : sans le dpartvers louest des artistes et des penseurs grecs la suite de la chute deByzance, jamais sans doute la Renaissance naurait-elle vu le jour.

    Le phnomne nest pas non plus lapanage des seuls pays en dveloppement. LEuropede lEst assiste aujourdhui lexode de ses lments les plus brillants vers le Royaume-Uni et lIrlande, cette dernire ayant elle-mme subi une vritable hmorragie descomptences jusquau milieu des annes 1990.

    Lexode des comptences, autre expression employe, est source de polmique dans lesdbats Nord-Sud. La concurrence effrne entre les entreprises et universits du Nordpour attirer elles les talents nest pas sans rappeler les transferts de joueurs de foot-ball, o les stars du ballon rond vont aux clubs les plus offrants.

    Lorsquon partait jadis en qute de prairies o lherbe tait plus verte, ctait pour neplus revenir. Aujourdhui, dans la socit du savoir qui est la ntre, mme si laller simpleest toujours la rgle, la mondialisation a quasiment banalis les flux temporaires de main-duvre. Les changes de cerveaux permettent aux pays dorigine tout comme auxpays de destination de profiter de lexprience spcialise acquise par les professionnelsexpatris et pas seulement de leurs envois de fonds, aussi considrables soient-ils.Le rle des techniciens indiens de ltranger dans la cration de lindustrie des TIC Bangalore (Inde) est cet gard un cas dcole.

    On me demande parfois ce que peuvent faire les gouvernements pour renforcer lescapacits et comment lUNESCO peut les y aider. Linitiative Universitaires sans fron-tires de lUNESCO vise renforcer les universits dans les pays en dveloppement enforgeant des partenariats denvergure mondiale. Depuis 1996, un projet sur la circula-tion des cerveaux appuy par lUNESCO permet des universitaires maliens expatrisde revenir dans leur pays dorigine pour y effectuer des missions denseignement decourte dure. Dans un autre esprit, la plate-forme informatique UNESCO/Hewlett Packard en Europe du Sud-Est a pour but de promouvoir un environnement propice lexcellence acadmique et lesprit dentreprise.

    Constituer des diasporas numriques, encourager les migrants retourner dans leurpays par des mesures incitatives, mettre en place des conditions favorables la circula-tion des cerveaux ou mme la rintgration si les stratgies varient, le but est lemme : retenir un plus grand nombre de professionnels au pays tout en tirant parti deslites expatries. Bien quil ne soit pas toujours possible ni mme souhaitable dinver-ser la fuite des cerveaux, lUNESCO se donne pour mission daider les tats membres dfinir des solutions novatrices pour que la fuite des cerveaux se traduise par un enri-chissement des comptences qui soit profitable tous.

    n 18octobre 2006 - janvier 2007

    EDITO

    Peter SmithSous-Directeur gnral pour lducation

    SSUOTRUOPNOITACU D E

    FFERBNE

    SSEGASSITNERPP A

    RREISSOD

    Doper lalphabtisme dans le monde p. 10

    Les enfants de la ruemarquent un point p. 3

    La fuite des cerveaux peut-elle tre profitable ? p. 4

    Lducation au Soudan :un nouveau dpart p. 8

    Lexpression fuite des cerveaux , forge dans les annes 1950, estsouvent associe lide de perte. Pour autant, cette perte peut-elletre facteur denrichissement ? DOSSIER, quatre pages pour rpondre.

    FUITE DES CERVEAUX : PERDRE POUR GAGNER ?

    Organisation des Nations Unies pour lducation, la science et la culture

    Le bulletin dinformation du Secteur de lducation

    de lUNESCO

    AU SOMMAIRE

    oni.

    Educ_A_18_FR 7/12/06 10:08 Page 1

  • Lducation AUJOURDHUI n 182

    APPRENTISSAGES

    affermit la confiance en soi en permettantaux jeunes de dcouvrir leurs aptitudes ,poursuit Dada. Un travailleur social dUYDELapprouve : La rinsertion des jeunes nepeut tre acquise tant quils nont pas suivide formation professionnelle. En outre,pour aider les jeunes acqurir des comp-tences, le recours aux artisans est une solu-tion dun meilleur rapport cot/efficacitque les approches et les instituts de forma-tion plus formels.

    UYDEL a galement pour objectif dintgrerdes messages sur la prvention du VIH et dusida la formation que suivent les jeunesmarginaliss. Les artisans sont ainsi encou-rags sensibiliser leurs jeunes stagiairesau VIH et au sida.

    On nous apprend parler aux jeunes et les aider changer de comportement touten leur enseignant des comptences profes-sionnelles , explique Jane, coiffeuse Kawempe. Cela ma aide faire passer desinformations sur le VIH et le sida et lesautres risques.

    PasserellesLorsque le projet a dmarr, la communautne voyait dans ces enfants que des bons rien, des rebelles enclins la violence, desprostitus, des dlinquants et des drogus.Un long travail de sensibilisation, notam-ment par la diffusion des rsultats de len-qute, a permis de faire voluer cette faonde voir. Les membres de la communaut sontaujourdhui davantage impliqus dans leprogramme de formation professionnelle deUYDEL.

    Le centre daccueil donne aux jeunes le sen-timent davoir leur place dans la socit etles aide apprendre faire les bons choix.Aujourdhui coiffeuse au salon Shedric, unebnficiaire de UYDEL raconte sa mtamor-phose : Jai reu laide du personnel deUYDEL un moment o jtais si pauvre quela pauvret se lisait sur mon visage. Aujour-dhui, jai retrouv le sourire. Je suis heu-reuse parce que je subviens moi-mme mes besoins et que je suis utile mafamille.

    Contact : m.dada@unesco.org

    dix ans, William est orphelin. Trsvite, il tombe sous lemprise de ladrogue, seul moyen de supporter sonquotidien. Vivant dans les rues de Kampala,capitale de lOuganda, il abandonne lcoleparce que, comme tant dautres, il ne peutpas payer les frais de scolarit. Aujourdhui,William sest libr de la drogue et travaillecomme mcanicien dans un garage de Wandegeya, une banlieue de Kampala.

    Ce qui a chang la vie de William, cest ladcouverte du centre daccueil anim parlUganda Youth Development Link (UYDEL).L, William bnficie de conseils dorienta-tion pour adultes et reoit une formationprofessionnelle dans le cadre du programmede renforcement des capacits pour ldu-cation non formelle et les comptences de lavie courante, mis en uvre par UYDEL aveclappui financier et technique de lUNESCO.

    Le programme a t conu pour rpondreaux besoins psychosociaux des jeunes vuln-rables et dfavoriss. Il offre en outre uneducation non formelle et un programmedacquisition des comptences de la vie cou-rante en plaant ces jeunes marginaliss

    chez des artisans locaux, o ils effectuentun stage pratique de trois mois. Le Ministreougandais de la parit, du travail et du dve-loppement social et lUniversit de Make-rere participent eux aussi au programme :laboration doutils, ralisation duneenqute, suivi et valuation du projet.

    Des 24,5 millions dindividus que compte lapopulation ougandaise, la moiti na pas 15ans et 85 % des adolescents ne sont passcolariss dans le secondaire. Nous cher-chions de nouveaux moyens de donner cesjeunes des comptences quils pourraientvaloriser sur le march du travail et leurfournir la possibilit de subvenir leursbesoins , explique Mehboob Dada, qui coor-donne le soutien technique et financierapport par lUNESCO deux centres dac-cueil, le premier dans le district ruraldArua, lautre Kampala. Depuis 2004, 288jeunes marginaliss ont pu accder unesituation professionnelle viable, la majoritdentre eux ayant aujourdhui trouv unemploi.

    Apprendre en observantLes mthodes de formation utilises par les

    centres sont axes sur troisapproches fondamentales : appren-dre par la pratique, apprendre enproduisant et apprendre engagnant sa vie. Le processus sen-clenche lorsquun jeune pousse laporte du centre ou quil est orientpar des travailleurs sociaux. Aprsla premire visite, les travailleurssociaux valuent les besoins deladolescent et cherchent proxi-mit de son lieu de domicile desartisans qualifis dans le domainede son choix. La menuiserie, la coif-fure, la mcanique ou la couturesont les mtiers les plus populaires,mais le centre propose aussi la cui-sine, la soudure et llectronique.

    Chaque adolescent se voit remettreune bote outils correspondant son mtier : pour William un bleude travail et des tournevis, pour lesapprentis couturiers des aiguilles,du tissu et des ciseaux Lamthode apprendre en observant

    M

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    Des jeunes de Kampala ajustent leurs nouvelles comptences.

    Lavenir dans une bote outilsEn Ouganda, un centre daccueil donne un mtier aux jeunes de la rue et des bidonvilles

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    mailto:dada@unesco.org

  • et de Kosimankan, association qui intervientauprs des enfants de la rue dans le quar-tier de Baada. Le don de Mikal Silvestre,50 000 euros, permettra 25 enfants de larue dapprendre lire et crire et desuivre une formation professionnelle pen-dant deux ans.

    En Guine, Mikal Silvestre a rencontr desenfants de la rue gs de 13 15 ans. Cesenfants ont laiss derrire eux leur village etleurs proches pour essayer de trouver enville de quoi subvenir leurs besoins et ceux de leur famille. La nuit, ils dorment dansla rue, o ils risquent de se faire agresser.

    Donner une ducation aux enfants est lemoyen le plus efficace de lutter contre la pau-vret, a dclar Mikal Silvestre aux mdiaslors de son sjour en Guine. Cest parce quilest lui-mme pre quil a dcid de faire undon. Quand on a soi-mme des enfants, oncomprend vite que lducation est ce quil y ade plus important , fait-il observer.

    Il faut dabord couter les enfants et com-prendre leurs besoins, et cest ensuite quecommence la recherche de partenaires. Lespartenariats locaux sont essentiels : ils

    apportent un soutien, prtent un bout deterrain ou un btiment, mais le cot descentres dapprentissage est beaucoup troplev pour eux. Pour recueillir des