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G-PEC-0714-003 V2_Mise en page 1

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Text of G-PEC-0714-003 V2_Mise en page 1

  • Textes recueillis et mis en formepar Loc Choneau

    Enfants de PoilusParoles de collgiens et mmoires dhabitants du pays de Brocliande

    Ille-et-Vilaine, la vie taille humaine

  • 2

    ditorial

    Paroles croises autour de la Grande Guerre

    Avec la commmoration du centenaire de la guerre de 14, notre dpartement, nos cantons, nos communes ont rendez-vousavec lHistoire. Chacun a loccasion dapprhender un pass finalement assez proche mais aussi de plus en plus mconnu.Il ne sagit pas de clbrer car clbrer cest se rjouir, se fliciter.Non, il sagit de commmorer, c'est--dire dabord de se rappeler.

    Se rappeler que notre pays, notre rpublique, sest construite dans le sang et quelle a toujours su relever ses dfis, quelle ne doit pas avoir peur.Commmorer, cestse souvenir de limmense courage du Poilu qui a donn sa viepour prparer lavenir de son pays.Mais commmorer, cest aussi se souvenir des bouleversements que cette guerre aprovoqus dans le quotidien de toutes les familles bretilliennes et plus spcifiquementau cur du pays de Brocliande.Le programme prsent par lAgence dpartementale du pays de Brocliande enrichitla dmarche globale du Dpartement, et notamment des Archives dpartementales.Les actions proposes sinscrivent aussi en complmentarit avec les oprationsconduites par les autres acteurs locaux (communes, Communauts, Maison du patrimoine).Loriginalit de la dmarche porte par lAgence dpartementale est davoir travaillautour de lintergnrationnel et de stre dabord repose sur des tmoignages locaux.Ainsi, si une collecte des rcits a t faite auprs des rsidents des tablissementsou foyers logements dIffendic et de Montfort, une autre collecte a t faite auprsdes plus jeunes et des collgiens.Il faut aussi souligner la pluralit et loriginalit des supports utiliss pour partagerce travail de mmoire. Dun livret de paroles la bande dessine en passant par la vido, du spectacle vivant lutilisation dun jeu interactif sur le web, tout a tfait pour comprendre et se souvenir.Comprendre que le centenaire na pas vocation exhumer les combats dhier maisbien nous runir, nous rassembler dans la mme vocation dune socit apaise.Merci aux agents de lAgence dpartementale du pays de Brocliande pour leurinvestissement collectif et personnel dans cette commmoration.

    Christophe MartinsVice-prsident

    du Conseil gnral dIlle-et-Vilaine

  • 3

    Prambule

    Enfants de Poilus

    Berthe, Edouard, Albertine mais aussi Ins, Tho ou encore Martin. Personnes gesou collgiens, tous Enfants de Poilus .

    Comment chacun et chacune porte-t-il, en lui, cette Grande Guerre? Quelle place occupe-t-elle dans les mmoires pour les uns? Quelles en sont les reprsentations pour les autres?

    Ce livret de tmoignages veut approcher ces questions. Quinze jeunes et personnesges du pays de Brocliande livrent leurs sentiments, leurs souvenirs sur ce conflit,mais aussi leurs interrogations et leurs rflexions sur le sens de toute guerre.

    Nous passons tous, rgulirement, devant les monuments aux morts. Ils se dressentau cur de chaque village. Nous les apercevons furtivement, pris par nos activits. La plupart du temps nous les ignorons. Mais ils sont l, nous en connaissons le sens. Prsence silencieuse, peut-tre de plus en plus lointaine, de tous ces hommes quiont donn leur vie ou qui sont revenus briss, de tous ces Poilus. Ces blessures ne sont pas totalement cicatrises. Ce livret nous dit cette prsence, veut lui donnerla parole. Une parole pour maintenant.

    Ce fascicule a t ralis dans le cadre des actions de la compagnie Quidam-thtre.Compagnie qui a la volont de dvelopper une potique daujourdhui , cest--direde traiter de la vie quotidienne de chacun et chacune dentre nous par des crationsthtrales ou la rdaction de livrets de paroles. Enfants de Poilus participe decette potique daujourdhui .

    Loc ChoneauAuteur et metteur en scne

    de la compagnie Quidam-thtre

  • Berthe, 102 ansJavais cinq ansa

    4

    Javais cinq ans, je me souviensde ce train la gare de Montfort qui transportait tout

    un bataillon de soldats amricains quivenaient de Brest. Ces soldats portaientdes chapeaux de toile marron et ils riaientde bon cur. Ils allaient Rennes, puisplus loin, la guerre. Ils riaient, ignorant,les pauvres, o ils se rendaient vraiment.Ils croyaient faire une simple promenade.

    Ce nest pas toujours au moment o lesoldat part que lon saperoit de toutesles consquences. On le voit disparatreau tournant de la route, un dernier regard,il est parti. On a une apprhension,mais un peu indfinissable.

    A labbaye, il y avait des prisonniers.Mon pre, avec dautres, les gardait.Nous habitions seulement un kilomtre.Je ntais pas trs fire si jen croisaisprs de la fort o ils faisaient du bois. Les Boches, ils coupent les mains ! comme on disait lpoque. Et, en plus,je ne comprenais rien leur langage, aaccentuait ma peur ! Plus de deux millede ces prisonniers vivaient dans la rgion.Certains dormaient dans des fermesalentour. La journe, ils devaient travailler.Ils ont, par exemple, construit la routede Saint-Lazare. Ils mangeaient, le midi,sous des remises. Ma mre minterdisaitde mapprocher deux. Je les entendaisau loin, ils semblaient heureux, sansdoute parce quils chappaient auchamp de bataille. Tout le monde enavait peur, alors quils ne disaient rien personne! A linverse, beaucoup deFranais taient, de leur ct, retenusen Allemagne, on devait sans doute les traiter de la mme faon.

    Pendant les annes daprs-guerre, je croisais un voisin qui avait combattu.Il avait t gaz. Il toussait beaucoupet on lentendait plus de trois cents mtres, en particulier les jours debrouillard. Lhumidit accentuait sa toux. Carte postale reprsentant des prisonniers allemands travaillantsur la route de Montfort.

  • 5

    Il crachait tout vert. Il souffrait. Soncalvaire a dur plus de trente ans.Lorsquil parlait de sa guerre aux jeunes,ceux-ci se moquaient de lui. Ils ne serendaient pas compte de la ralit descombats. Des tranches pleines deboue, les rats qui sy promenaient, lespoux jusque dans les chaussettes. Etcest vrai que les soldats de retour dufront ont eu beaucoup de mal raconterce quils avaient endur. Dans une lettre dun Poilu que jai chez moi,crite le mercredi 10 juin 1916:

    Ces deux annes de guerre nontamen dans la population qugosmeet indiffrence, javais rv que ces joursje serais reu bras ouverts, je me suistromp, les uns stonnaient que jentais pas encore mort ! Je vais doncessayer doublier comme on ma oubli .

    Je voyais aussi des femmes veuves.Elles ne se remariaient pas. Beaucoupdentre elles portaient toujours au couun mdaillon avec la photo de leur maridcd. Elles restaient seules, sansdoute pour respecter le sacrifice deleur mari. Sur les tombes, elles ont parfois fait crire des phrases comme Bernard, je taime! .

    Certaines de ces femmes ont continu tenir la ferme familiale, aides pardes domestiques.

    Je me souviens de mon pre en soldat,habill en bleu horizon, le bas de capote remont pour pouvoir marcherplus facilement. Il avait commenc laguerre dans une poudrerie. Plus tard, ilsera affect Saint-Brieuc. Ma mre nesinquitait pas trop car mon pre ntaitpas au front. Avec cinq enfants, on ntaitpas envoy au combat, avec quatre on allait sur les lignes arrire. Ctait surtout les jeunes hommes de vingt,vingt-cinq ans, qui partaient combattre,toute une gnration sacrifie.

    Je crois que, malheureusement, lesguerres continueront exister. Il y atoujours des personnes qui cherchent dominer les autres, tre les premires, les plus belles, les plusriches, et qui sont prtes tout pourcela ! Et ce sont les pauvres qui sontsouvent les premires victimes de cesguerres. Pourtant, certains ont rsist,comme le gnral Germain Passaga de Montfort, il tenait ses hommes, il ne les envoyait pas se faire tuer pour rien.

  • 6

    Martin, 13 anset Julie, 14 ansPourquoi?a

    Des milliers de gens sontmorts durant cette guerre,dans les tranches et

    ailleurs, partir dun assassinat. Desjeunes surtout, qui avaient t obligs.Cest triste. Ils avaient dans les vingtans. A cet ge, on fait plutt la fte.On pense lavenir, ce quon feraplus tard, son mtier, sa famille, les enfants quon aura Alors, si cetteGrande Guerre est lointaine pour nous,les jeunes, si lon nous en parle surtouten cours dhistoire, nous sommes toutde mme concerns, car ctaient desjeunes qui se battaient.

    Certains taient fiers dtre mobiliss,dautres non.

    La vie dans les tranches tait affreuse.Les hommes dormaient mme le sol,mangeaient froid, pouvaient avoir degraves blessures. Certains devenaientfous cause de toutes les bombes quiexplosaient autour deux avec ce bruit infernal. Ils ne contrlaient plus leursgestes, ils criaient ou ils pleuraient. Ou alors ils mouraient dun clatdobus. Je ne sais pas si jaurais support tout cela.

    Si cette guerre avait t plus rapide, ily aurait eu moins de tus, et tous cessoldats seraient rentrs temps pourfaire les moissons. Moins de femmesauraient pleur leur mari mort ou disparu.

    Ces hommes dfendaient leur pays. Ils taient des patriotes. Aujourdhui,cette ide de patrie est plus lointainepour nous, les jeunes. Nous nen parlons jamais entre nous. Je ne saispas vraiment ce que veut dire aimersa patrie.

    Bret de conscrit de la classe 14.

  • 7

    On fait la guerre quand on ne saimepas. LAllemagne et la France ne saimaient pas. Mais la France avaitdj t en guerre avec dautres pays,comme lAngleterre par exemple.Quelles sont les vraies raisons qui amnent deux pays se combattre?

    Les faons de faire la guerre sont aujourdhui trs diffrentes. On ne sebat plus dans des tranches, au corps corps, le fusil la main. Il ny a plusbesoin de soldats. Les drones font letravail. Tlcommandes, ces machinesvolantes se rendent un endroit et elleslarguent leurs bombes, sans problme.Sil y a des morts, ce sont les ennemis.Il ny aura plus jam