Gresea Echos N°78

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Alliances transnationales de travailleurs Actes du colloque du 27 mai 2014 (Bruxelles)

Text of Gresea Echos N°78

  • Gresea chos N78Trimestriel: Avr-Mai-Juin 2014

    Couverture: Donald Sturbelle

    Ralis avec le soutien de

    Editeur responsable: Erik Rydberg, c/o GRESEA

    Comit de rdaction:Erik Rydberg, Bruno Bauraind, Romain Gelin, Lise Blanmailland.Relecture et Mise en page: Nathalie Van Verre

    Abonnement:8 euros/4 numros3 euros/numroCB: 068-2464659-13IBAN: BE08-0682-4646-5913BIC (swift): GKCCBEBB

    GRESEA asblGroupe de Recherche pour unestratgie conomique alternativeRue Royale 11, B-1000 BruxellesTl. + 32 (0)2 219 70 76Fax + 32 (0)2 219 64 86Email: gresea@skynet.beSite: www.gresea.be

    Alliances transnationales de travailleurs

    Edito: De la ncessit dalliances nouvelles/Erik Rydberg p.01

    Les protagonistes/Bruno Bauraind p.03

    Le syndicalisme dentreprise multinationale: une perspective historique/Bruno Bauraind p.05

    Vers une internationale des calls centers?/Lise Blanmailland p.08

    Vers une ngociation collective transnationale/Bruno Bauraind p.11

    Rseau durgentistes contre Rana Plaza Inc./Erik Rydberg p.16

    Un colloque, peu de rponses, beaucoup de questions/Bruno Bauraind p.21

    A lire p.24

    SOMMAIREN78

  • 1Gresea Echos N78

    dito

    Au moment de rdiger ces lignes, les travailleurs du groupe Delhaize sont sous le choc dune dcision de ferme-ture de 14 magasins entranant quelque 2.500 licenciements. Le groupe est bnficiaire sans discontinuer depuis 1990, ses actionnaires (dont 25% de fonds spculatifs) en savent quelque chose puisque, en vingt ans, 1993-2013, les divi-dendes les ont enrichis de 2,5 milliards deuros (100 milliards de nos anciens francs). La multinationale Delhaize, cest en Belgique, plus ou moins, le groupe est cot Euronext, mais aussi au New York Stock Exchange: son PDG est Hollandais et les ramifications du groupe sont mondiales. En France, ce sont, au mme moment, les travailleurs de lancien cigarettier public Seita qui sont aux prises avec un patronat sans visage qui dlocalise sans tats dme, vers la Pologne notamment, rien redire parce que personne qui sadresser, les usines relvent du portefeuille du Britannique Imperial Tobacco, n4 mondial, o on retrouve parmi les actionnaires peu de choses prs les mmes fonds spculatifs (BlackRock, Morgan Stanley, etc.).

    Un syndicaliste franais aura ce commentaire dsa-bus: Ltat est complice du massacre de lemploi en France. (LHumanit, 18 juin 2014). Il fait cho une remarque faite par Benot Gerits lors du colloque dont on lira ici le condens. voquant le dossier Alstom, ce jour toujours tiraill par les apptits financiers dune vente la dcoupe (USA ou Allemagne), il ne cachera pas son dpit: Vous aurez remarqu quon ne se demande pas sil faut vendre, mais qui vendre

    L, on est au beau milieu du colloque: que peuvent encore faire, aujourdhui, les travailleurs dans le cadre dun capitalisme des monopoles gnraliss? Lexpression est de Samir Amin, elle dit bien ce dont il sagit.

    Que faire quand des pans entiers de lappareil pro-ductif cas du textile et de llectronique ont t atomiss (pulvriss) dans ce quil est convenu dappeler des chanes dapprovisionnement fantomatiques: une myriade dateliers de labeur, trs loin, en Asie et dautres rgions bas salaires de la priphrie? Que faire quand dautres pans quon croyait intouchables (lindustrie noble, dite lourde, mtallurgie et chimie) prennent le mme chemin? Ici et l-bas, le scnario

    De la ncessit dalliances nouvelles

    est identique: lusine sans patron, sans visage, invisible mais parfaitement organis, totalement matre de ses dcisions, il sait ce quil veut et il sait comment lobtenir.

    Il y a bien longtemps de cela, en 1864, naissait la pre-mire Association internationale des travailleurs qui, son troisime congrs, Bruxelles, 1868, runissait dj prs de 100 dlgus. Demble, elle soulignait sa vocation interna-tionaliste tant il importe aux travailleurs, sans cesse, de se mettre au courant des mystres de la politique internationale, surveiller la conduite diplomatique de leurs gouvernements respectifs et la combattre au besoin pour tous les moyens en leur pouvoir, et enfin lorsquils seraient impuissants rien empcher, sentendre pour une protestation commune et re-vendiquer les lois de la morale et de la justice qui doivent gou-verner les relations des individus, comme la rgle suprme des rapports entre les nations. Fin de citation. Rien ajouter.

    Aujourdhui, voil trs exactement ce quil faut rinventer.

    Erik Rydberg

  • 2Gresea Echos N78

  • 3Gresea Echos N78

    aux activits dexportation jusque dans les annes 1970 et 1980, o port par la drglementation internationale des flux de capitaux, le taux de croissance des IDE va rattraper celui du commerce mondial. En dautres termes, les entre-prises choisissent de manire croissante de produire dans diffrents pays, afin de souvrir de nouveaux marchs ou de bnficier de cots de production plus bas, plutt que dexporter partir dun pays de production vers des pays de consommation.

    A ce processus dinternationali-sation de linvestissement sajoute une fragmentation de lentreprise par le recours de plus en plus important des firmes la sous-traitance locale et inter-nationale. Dans ce cas, la diffrence de lIDE, la relation entre lentreprise multi-nationale et lunit de production nest plus fonde sur la proprit mais bien sur un contrat commercial conclu entre le donneur dordre lentreprise multi-nationale ou une de ses filiales et une autre entreprise juridiquement indpen-dante de la premire. Sur le plan co-nomique par contre, une dpendance forte se cre entre le donneur dordre international et la socit sous-traitante qui, pour prserver son accs aux mar-chs internationaux, doit accepter de rduire sa marge de manuvre sur ses cots de production. Comme le sou-ligne John Dunning, pre de la thorie OLI1 : Lentreprise multinationale est 1. Cest au dbut des annes 1980 que John Dunning construit un modle tentant dexpliquer sur quelles bases une entreprise fait le choix de linvestissement tranger plutt que celui de lexportation ou de la sous-traitance internatio-nale. Selon Dunning, trois facteurs sont prendre en compte: Ownership- la possession dun actif spcifique (brevet, licence, marque); Location lavantage en terme de baisse des cots de production quoctroie lentreprise la localisation

    volont affiche des institutions euro-pennes de promouvoir la dcentra-lisation de la ngociation collective. Sil ne sagit certainement pas du lieu o le rapport de forces est le plus favorable aux travailleurs, le niveau de lentreprise devient ds lors lespace privilgi de la concertation sociale au dtriment du niveau interprofessionnel ou sectoriel. Face ce constat, il est donc primordial dinterroger la capacit des travailleurs et de leurs organisations construire des solidarits lchelle des entreprises multinationales.

    Dans limaginaire collectif, la multinationale est reprsente comme une grande entreprise active dans plusieurs pays. Sans tre totale-ment dnue dintrt, cette dfinition ne permet cependant pas de saisir le caractre multiple et pyramidal des re-lations qui stablissent au sein de ces organisations. Cest la fin du 19me sicle que lon observe les premiers in-vestissements directs trangers (IDE). Ces transferts des capitaux par-del les frontires nationales visent pour lentre-prise implanter une filiale ltranger soit par le rachat dune autre entreprise, soit par la construction dune nouvelle unit de production. Cette stratgie dinternationalisation de lentreprise res-tera nanmoins marginale par rapport

    Avant de simmerger dans lana-lyse dinitiatives concrtes qui tentent sur le terrain de rpondre ses ques-tions, il est important de mieux cerner les deux acteurs qui structurent ce nu-mro du Gresea Echos: lentreprise mul-tinationale et les alliances de travailleurs sur la scne internationale.

    Entre internationalisation et fragmentation

    Lentreprise multinationale est depuis plusieurs dcennies un acteur dominant de la mondialisation cono-mique. Elle reste pourtant mal connue de la plupart des citoyens et parfois mme des salaris quelle emploie. Si nous ctoyions tous ce type dentreprise derrire les marques qui saffichent sur les rayons des supermarchs, ses carac-tristiques ainsi que les consquences de ses activits sur le monde du travail chappent la comprhension du plus grand nombre.Cela na rien dtonnant.

    Il nexiste en effet aucune dfini-tion officielle, chiffre et oprationnelle de lentreprise multinationale. Pourtant, outre leur impact sur les modes de vie et de consommation, ces grandes en-treprises sont de manire croissante le lieu dterminant du conflit et de la concertation sociale. En tmoigne, la

    Les protagonistesBruno Bauraind, Gresea

    Le 27 mai 2014, le Gresea, en collaboration avec le GRAID (Groupe de recherche sur les acteurs internationaux et leurs discours), organisait un colloque sur les alliances de travailleurs dans les entreprises multinationales. Cette journe dtude qui runissait syndicalistes, membres dassociations et chercheurs universitaires sest articule autour de trois questions fondamentales qui vont galement jalonner ce numro du Gresea Echos: comment mobiliser autour de revendications transnationales? Comment ouvrir des espaces de ngociation lchelle de lentreprise multinationale? Et, enfin, comment articuler mobilisation et ngociation transnationales?

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    Outre des actions de revendi-cation transnationale, elles ont le plus souvent pour objectif la ngociation daccords-cadres internationaux (ACI). Lors du colloque, le concept dalliance ne sera utilis que pour dcrire les ini-tiatives syndicales prises dans le cadre de UNI commerce et qui concerne, dans la pratique, les coordinations syndicales mises en place chez Ikea, Carrefour ou encore H&M.

    Aux cts des coordinations ou alliances syndicales transnatio