historique complet

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    1903-2003:un sicle

    dallers-retours

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  • Par un beau dimanche dt tait-ce en 1898 ou en 1899? Paul Girod, son pouse, Jules Girard et lingnieur Smallenburg,partirent en excursion pour rejoindre le Cerneux-Veusil. En route,ils furent frapps par la beaut particulire du pturage desEloyes et la vue si tendue dont on y jouissait sur le Vallon, leChasseral et au-del. Lingnieur Smallenburg, de Bendlikon,avait longuement planch sur un projet de chemin de fer mono-rail reliant Saint-Imier au Chasseral. Mais lide ne stait pasavre ralisable. Ce jour-l, certainement, cette petite poignede rveurs eut la vision de ce que le Mont-Soleil pourrait deve-nir: un lieu de villgiature et de balade, un site la splendeurrecherche, un but de promenade dominicale pour tous les habi-tants du Vallon et un formidable outil de dveloppement pourla rgion.

    La puissance du rveDepuis la nuit des temps, lhomme rve dailleurs, dun ailleursplus clment, plus intressant ou tout simplement diffrent. Ilaime conqurir, faonner lunivers son ide. Ses rves ont donnnaissance ses plus belles ralisations, des peintures rupestresaux navettes spatiales en passant par les pyramides, limprimerieou lautomobile. Seul un rve pouvait tre lorigine de ce pro-jet un peu fou: la cration du funiculaire Saint-ImierMont-Soleil

    Face Mont-Soleil: la Combe-Grde

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  • Et pourtant, les Imriens dalorstaient des gens ralistes, peuenclins senthousiasmer pourdes chimres et bien ancrs dansla ralit. Et celle-ci ntait passouvent rose. Certes, le travailne manquait pas. Penchs surleurs tablis dix douze heurespar jour, six jours par semaine,ils savaient ce qutaient lapatience et la persvrance. Etlorsquil fallait se dplacer pouraller livrer leur travail, rendrevisite des amis ou simplementse balader, ils nhsitaient pas marcher plusieurs kilomtres,mme en plein hiver ou parmauvais temps.

    Voici ce quen disait, en 1872,le Prince Pierre Kropotkine, unanarchiste russe qui sjournafrquemment dans le Vallon:

    Je me rendis dabord Neuchtel.Je fis alors connaissance avec lafameuse Fdration Jurassienne quijoua durant les quelques annes quisuivirent un rle si important dansle dveloppement du socialisme.

    De Neuchtel, jallai Sonvilier.Dans un vallon des monts du Jura setrouve une srie de petites villes et devillages dont la population de languefranaise soccupait lpoque exclu-sivement dhorlogerie.Le soir se dchana une violentetempte de neige qui nous aveuglaitet glaait le sang dans nos veines,tandis que nous rentrions au pro-chain village. Mais malgr la tem-pte, une cinquantaine dhorlogers,des gens gs pour la plupart, arri-vrent des bourgs et des villages voi-sins quelques-uns loigns de plusde dix kilomtres pour assister une petite runion extraordinaire quiavait t fixe pour ce jour-l.Lorganisation mme de lindustriehorlogre, qui permet aux hommesde se connatre parfaitement lunlautre, et de travailler dans leurspropres maisons, o ils ont la libertde parler, explique pourquoi le niveauintellectuel de cette population est pluslev que celui des ouvriers qui pas-sent toute leur vie, et cela ds len-fance, dans les fabriques. Il y a plusdindpendance et plus doriginalitchez les ouvriers des petites industries.

    Dbut fvrier 1872, Kropotkinequitta Saint-Ptersbourg et se rendit en Suisse. LhorlogerAdhmar Schwitzguebel, un fidlede Michel AlexandrovitchBakounine, le mit en relation avecles montagnards du Jura. PierreKropotkine discerna chez ces arti-sans internationalistes une ind-pendance de pense quil navaitpoint capte jusquici au contactde ses contemporains et qui lin-cita adhrer aux prceptes delanarchie.

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  • Je vis l que les ouvriers ntaientpas une masse mene par une mino-rit dont ils servaient les buts poli-tiques; leurs leaders taientsimplement des camarades plusentreprenants des initiateurs plu-tt que des chefs. La nettet de vue,la rectitude de jugement, la facultde rsoudre des questions socialescomplexes, que je constatais chez cesouvriers, principalement chez ceuxqui taient entre deux ges, firentsur moi une impression profonde...Sans eux, ces conceptions seraientrestes encore longtemps ltat desimples abstractions.La division en deux couches leschefs et les ouvriers que javaisobserve Genve, nexistait pas dansles montagnes du Jura. Il y avait l uncertain nombre dhommes qui taientplus intelligents et surtout plus actifsque les autres; mais ctait tout.

    Extrait de Pierre Kropotkine, Autourdune vie, p. 247-252, La Guilde duLivre, Lausanne, 1972.

    Petit retour en arrireDs le XVIIIe sicle, lErgul avaitprogressivement abandonnlagriculture pour se lancer danslhorlogerie, qui tait ainsi deve-nue la principale activit detoute la rgion. Vers 1800,Saint-Imier comptait prs de800 habitants et environ neufdiximes de la population activede lErgul travaillaient danslhorlogerie, soit environ 4000personnes. En ce temps-l, leVallon produisait en moyenne2400 botes or et 105000 botesargent.

    Au cours de la premire moitidu XIXe sicle, lhorlogerieconnut une formidable expan-sion dans le Vallon. Saint-Imiermultiplia par six sa populationjusquen 1860. En 1846, unrecensement dans le district deCourtelary indiquait une pro-duction de 264 752 montresprincipalement commercialisesen Allemagne et en Amrique.Des fabriques dbauches et depices dtaches commencrent

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  • apparatre un peu partoutdans le Jura bernois, telle lafabrique Longines, cre en1867 Saint-Imier par ErnestFrancillon.

    Saint-Imier devint alors unesorte de plaque tournante delhorlogerie pour lensemble duJura. La petite cit imriennetait prospre et se dveloppait merveille. Ds 1860, le villagese dota dune cole secondaire,dune cole dhorlogerie et duCorps des Cadets. La plupartdes maisons dtruites dans lesincendies de la premire moi-ti du sicle furent reconstruitesselon un plan en damier,comme La Chaux-de-Fonds.Mais cette dernire demeuraitle centre des activits commer-ciales, un avantage qui sexpli-quait certainement par leslignes de communication diffi-ciles dans tout le territoire duJura bernois lpoque.

    Ds la seconde moiti du XIXe

    sicle, les Jurassiens se mobili-srent donc pour crer unrseau ferroviaire de base. Deuxptitions de 10 000 signatureschacune parvinrent enfin branler le Grand Conseil ber-nois. Celui-ci finit par accorder,en 1867, une subvention deprs de 7 millions de francspour la construction de la ligneBienneSoncebozLes Convers,qui fut acheve en 1874.

    Cette ouverture fut un lmentextrmement positif pour la crois-sance conomique du Vallon.La Chaux-de-Fonds demeuraitcependant la mtropole quidrainait les activits commer-ciales des Franches-Montagnes.En 1888, lassemble munici-pale de Saint-Imier accorda unesubvention de Fr. 100 000.pour ltablissement dune ligneSaint-ImierLes Breuleux, danslintention de dvelopper sesactivits commerciales avec leplateau. Malheureusement,quelques jours plus tard,

    Ernest Francillon, neveudAuguste Agassiz

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  • La Chaux-de-Fonds votait uncrdit de Fr. 200 000. pour laconstruction dune voie ferreLa Chaux-de-Fonds-Saignelgier.Saint-Imier avait perdu cettemanche mais ne savoua pasbattu.

    Pour toutes ces raisons...Le projet ne fut pas abandonnpour autant. Certains, dontPaul Girod ou Franois Geneux,continuaient de croire aupotentiel dun axe ferroviairereliant les Franches-Montagnes Saint-Imier. La seule difficult surmonter tait la diffrencede niveau entre Saint-Imier et leMont-Soleil, qui pourrait servirde point de dpart une lignede 9 km reliant les Breuleux. Lefuniculaire sinscrivait donc par-faitement dans cette logique.

    De plus, une grande partie de laproduction horlogre tait faite domicile et bien des ouvriersfranc-montagnards devaientapporter pied leur travail

    Saint-Imier ou dans le Vallon.Mme si la bourgeoisie de Saint-Imier consentait des effortsimportants pour entretenir lavoie reliant le Mont-Soleil Saint-Imier, les communicationsrestaient difficiles avec lesFranches-Montagnes, particu-lirement en hiver.

    Par ailleurs, vers la fin du XIXe

    sicle, la tuberculose tait lunedes premires causes de dcs.La perspective de disposer dunmoyen de transport rapide etpeu onreux pour se rendre Mont-Soleil et respirer le bon airpur de la montagne tait unargument de poids. Ds le dbutdu projet, il fut question dyconstruire des sanatoria et dyaccueillir les personnes dsireusesde rtablir leur sant chancelante.

    Le tourisme tait alors en pleinessor en Suisse. Le Mont-Soleil,avec ses forts, ses pturages etla magnifique vue sur la rgion,tait, et est toujours, considrcomme lun des plus beaux sites

    du Jura. Ds le dbut, on envi-sagea dy construire des htels,un thtre en plein air et desrestaurants. Quant aux habi-tants du Vallon, jeunes et moinsjeunes, ils disposeraient ainsidun lieu o se reposer au grandair, hiver comme t, desfatigues dune pnible semainede travail, sans devoir au pra-lable gravir les 400 mtres dednivellation pour y accder.

    Peu de temps aprs leur fameuseexcursion au Cerneux-Veusil, en1899, MM. Geneux, alors direc-teur de la Socit des forces lec-triques de la Goule, Rotacher,architecte, Smallenburg, ing-nieur, Girod-Girard et Girard,tous deux ngociants, fondrentle Comit dinitiative pour laconstruction et lexploitationdun chemin de fer-funiculaireau Sonnenberg. En septembre,ils prsentrent une demande deconcession la Confdration,concession qui leur fut accordele 23 dcembre 1899.

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  • ... le funiculaire vit le jour...Il ne restait plus alors quconvaincre les autorits et lapopulation. La Bourgeoisie deSaint-Imier se laissa gagner parlenthousiasme des initiateurset fit don du terrain o londevait construire la ligne. Ellesous