History of Social Work in Canada / Histoire du travail social au Canada || ÉVOLUTION DES PRATIQUES COMMUNAUTAIRES AU QUÉBEC (1960-1990)

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  • VOLUTION DES PRATIQUES COMMUNAUTAIRES AU QUBEC (1960-1990)Author(s): Robert MayerSource: Canadian Social Work Review / Revue canadienne de service social, Vol. 11, No. 2,History of Social Work in Canada / Histoire du travail social au Canada (Summer/t 1994),pp. 238-260Published by: Canadian Association for Social Work Education (CASWE)Stable URL: http://www.jstor.org/stable/41669569 .Accessed: 11/06/2014 10:57

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  • VOLUTION DES PRATIQUES COMMUNAUTAIRES AU QUBEC

    (1960-1990)

    Robert Mayer

    D ENTRE DE JEU , il faut insister sur la ncessit de faire une lecture politique de rvolution de Taction communautaire au Qubec, car cette dernire apparat comme une partie intgrante de l'histoire du Qubec dans des domaines aussi divers que l'ducation des adultes, la sant, les services sociaux, le dveloppement rgional et les questions urbaines. Apparue au Qubec durant les annes 60 l'intervention communau- taire, comme l'a soulign Favreau (1989, p. 280) s'est dveloppe jusqu'ici selon un processus de ramification, de complexification et de professionnalisation. Activit relativement marginale au dbut, elle est maintenant pratique par plusieurs centaines d'intervenants profession- nels qui oeuvrent tant dans le secteur public (CLSC) que celui des organismes communautaires. cela, il faut ajouter la multitude d'inter- venants qui travaillent de faon bnvole dans les milliers de groupes populaires et communautaires qubcois. Or l'instar des autres types de pratiques du service social, l'intervention communautaire a volu depuis 30 ans, notamment en rfrence divers modles d'interven-

    Abstract

    This analysis shows the path followed by community social practices in Qubec between 1960 and the 1990s. During the sixties Citizens' Committees were defined as pressure groups. The seventies were marked by the Marxist theory of class struggle and structural social change. In the eighties, the focus shifted to integrated and network approaches. Finally, the practices of the nineties have been increasingly related to partnership and concerted action. Channelling all these initiatives into a movement aimed at social change remains a challenge in the years to come.

    Robert Mayer est professeur titulaire l'cole de service sodai de l'Universit de Montral et coordonnateur du Diplme d'tudes suprieures spcialises en administration sodale. L'auteur tient remerder Jean Panet-Raymond pour sa collaboration ainsi que Jocelyne Lavoie et Henri Lamoureux pour leurs commentaires sur la version prliminaire du texte.

    Canadian Social Work Review, Volume 11, Number 2 (Summer 1994) / Revue cana- dienne de service social, volume 11, numro 2 (t 1994) Printed in Canada / Imprim au Canada

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    tion. Malgr le risque de ne pas rendre justice la grande diversit des pratiques communautaires, nous voulons tenter d'analyser les modles et les approches qui ont prvalu au cours de ces trois dcennies (1960- 1990). Compte tenu de notre perspective d'analyse, nous ferons le lien entre les pratiques communautaires et le contexte social.

    Remarques prliminaires : les conditions d'mergence et les phases du dveloppement Quoique l'usage de l'expression intervention communautaire ne soit devenu courant que vers le dbut des annes 80, il reste que celle-ci est apparue, en fait, au cours des annes 60. Qu'entendre par cette expres- sion? L'on pourrait dire, avec Favreau (1989), que l'intervention com- munautaire est une pratique sociale inspire des mouvements sociaux et devenue tout la fois mtier et profession qui tire son fondement pre- mier de l'affirmation que les problmes sociaux sont de nature collective et qu'ils doivent faire l'objet de solutions collectives (p. 275). Exception faite de l'action catholique et du syndicalisme, qui s'y apparentait dans la sphre du travail, rien de tel au Qubec avant 1960. Ce n'est qu' cette date qu'apparaissent les premiers comits de citoyens, anctres des groupes populaires et des organismes communautaires actuels.

    Ainsi, plusieurs auteurs ont tent de dmontrer que l'mergence des comits de citoyens au sein de la socit qubcoise vient de ce que la Rvolution tranquille entrana comme mutations (Monire, 1977). Cependant, l'apparition et le dveloppement des comits de citoyens sont aussi considrs par d'autres auteurs (Collin et Godbout, 1977, p. 213; MacGraw, 1978, p. 64) comme tant, au moins partiellement, le rsultat de nouvelles pratiques professionnelles au sein du travail social qubcois. Quoiqu'il en soit de l'importance qu'on accorde, pour en expliquer l'origine, ou bien aux facteurs lis au contexte social ou bien ceux qui sont de la ligne de la dynamique interne du service social, il reste que les comits de citoyens initirent trois dcennies de pratiques communautaires1 .

    Les annes 60 : du monde rural au monde urbain La Rvolution tranquille va permettre au service social d'largir un peu plus ses perspectives. Les objectifs de dveloppement social, poursuivis par les lites dirigeantes, s'accompagnent d'un discours sur la rationalit et la participation ncessaire des citoyens la dfinition des besoins, au choix des objectifs et la mise en place de moyens susceptibles d'assurer le dveloppement social, c'est--dire la satisfaction des besoins et le plein panouissement de tous. C'est alors qu'apparaissent les premires exp- riences d'animation sociale (Poulin, 1982, p. 12)2.

    Au Qubec, le terme d'animateur social est apparu vers le milieu des annes 60 au Qubec. Selon Dor (1992), ces annes reprsentent

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    pour l'organisation communautaire une priode charnire parce qu'elle constitue l'exprience fondatrice qui lui a donn sa consis- tance identitaire (p. 132). A cette poque, l'organisation communau- taire est un peu situe la marge du systme de services sociaux domin par l'Eglise catholique. Toutefois c'est une priode de changements dans la conception mme de l'organisation communautaire. En effet, lie jusque l au dveloppement de services, la conception de l'organisa- tion communautaire volue et se transforme pour signifier dornavant une volont d'implication auprs des populations marginalises3.

    Ainsi, c'est au nom de la rationalit que l'tat justifiera son attitude plus interventionniste et c'est au nom de l'idologie de la participation que les populations seront associes aux grands projets de rforme de la socit qubcoise. C'est dans ce contexte qu'il nous faut resituer les premires expriences d'animation sociale pour comprendre toute la signification de l'mergence de ce mouvement et de son dveloppe- ment subsquent, et ce, tant en milieu rural qu'en milieu urbain.

    L'animation sodale en milieu rural: V exprience du BAEQ C'est en 1963 que le gouvernement du Qubec, suite des accords avec Ottawa, met sur pied ce qui allait devenir une premire et importante exprience de planification rgionale et d'animation sociale, savoir le Bureau d'Amnagement de l'Est du Qubec. Pendant plusieurs annes, divers experts, mais surtout des professeurs et des tudiants en sciences sociales, vont tudier sous tous ses angles cette rgion alors aux prises avec un taux de chmage considrablement lev et dont le revenu per capita tait 50 p. 100 de celui du reste du Qubec. On ralisa mme une consultation de la population sur ses besoins afin de la ren- dre participante l'entreprise.

    Le problme que devait rsoudre le BAEQ en tait donc un de dispa- rits rgionales. Il s'agissait de hausser le niveau de vie des gens de l'Est pour le rendre comparable celui du Qubec industriel et urbain en train d'advenir, en dveloppant une conomie rentable et en rationa- lisant la production. En somme, d'une organisation socio-conomique rurale, il s'agissait de passer une organisation de type urbain et indus- triel. Le modle de planification socio-conomique ainsi labor par des technocrates devait comporter, outre l'implantation de structures de participation populaire, un effort de qualification de la main d'oeuvre de mme qu'une diffusion massive d'ducation et d'animation sociale et culturelle. Or l'nergie du BAEQ va justement se concentrer sur le changement de mentalit oprer et c'est ce niveau, prcisment, qu'il faut situer le rle de l'animation sociale4.

    Plusieurs auteurs ont mis en vidence les nombreuses contradictions de l'exprience du BAEQ laquelle s'est acheve sans avoir t mene terme cause, notamment, des rticences de la population vise. Porte

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    par l'idal d'une socit de participation, les promoteurs et acteurs de ce projet ont fait l'exprience des risques de rcupration inhrents au fait de prtendre, en tant que techniciens du changement sous la gouverne de l'tat, se mettre au service des populations. Ainsi, on peut dire que la premire exprience d'animation a t associe ce mouve- ment d'expulsion de citoyens hors de leur milieu d'appartenance qui dbuta en milieu rural sous la gouverne de l'Etat. Une stratgie similaire devait se rpter en milieu urbain.

    U animation sodale en milieu urbain : les comits de dtoyens Bien que prsente en milieu rural, l'animation sociale a surtout t asso- cie au milieu urbain. Cela se comprend aisment puisque ds le dbut des annes 60, ce qui caractrise d'emble l'volution des grandes villes du Qubec, c'est qu'elles sont profondment engages dans un pro- cessus de transformation urbaine (spculation foncire) : dmolition par les pouvoirs publics de btiments rsidentiels, construction de loge- ments publics (HLM) par les gouvernements et de logements plus coteux par les promoteurs privs, renouvellement des secteurs com- mercial et institutionnel au dtriment du secteur industriel. Ce pro- cessus, on le sait maintenant, devait chasser de leur foyer nombre d'indi- vidus et de familles ouvrires.

    C'est pourquoi, cette poque, l'animation sociale se dveloppe rapi- dement dans les milieux populaires des villes (Dsy et al., 1980, p. 100). C'est partir de 1963 que vont apparatre les premiers comits de ci- toyens dans les quartiers dfavoriss. Instruments d'aide commune et de revendications au sujet de plusieurs problmes locaux (logement, con- sommation, ducation), leur nombre ne cessera d'augmenter de 1966 1970. Il faut rappeler ici le rle important que jourent les Conseils de bien-tre rgionaux (CBER) et particulirement le Conseil des oeuvres de Montral et de Qubec pour impulser et soutenir ce mouvement en finanant plusieurs projets d'organisation communautaire. Cette priode est marque par l'explosion des expriences d'animation so- ciale en milieu urbain5.

    Deslauriers (1985) souligne que la naissance des comits de citoyens n'est pas sans branler le travail social alors sous la domination clricale : l'approche individuelle s'avre insuffisante dans la solution des pro- blmes sociaux urbains et on est pouss largir le champ d'action. Mais ces nouvelles pratiques s'inscrivent aussi dans un courant plus global et ce, tant aux Etats-Unis qu'au Qubec (Blondin, 1965) de rflexion cri- tique sur les mthodes d'intervention en service social et plus particu- lirement le casework. On se rend alors de plus en plus compte l'intrieur de la profession que les efforts concentrs uniquement sur l'individu et son adaptation la socit conduisaient la profession dans une sorte de route sans issue, puisque les problmes individuels ne ces-

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    saient de s'accrotre et de s'aggraver et ce, malgr un effort financier et professionnel sans cesse croissant de la part des pouvoirs publics. Cette attitude critique devait par la suite s'accentuer et dboucher sur une forte remise en question de l'idologie du travail social.

    De V animation sociale V action politique Les activits d'animation sociale vont progressivement se transformer et se caractriser par toutes sortes de remises en question, la mise sur pied de services autogrs et une radicalisation de son discours qui la conduira vers l'action politique directe dans une ligne de pression- revendication puis par l'intermdiaire d'un mouvement municipal poli- tique (le FRAP). Ainsi, d'une collaboration sur une base paroissiale, on passe l'action revendicative au niveau du quartier. Progressivement l'action sociale se radicalise, c'est la priode des ptitions, des manifesta- tions, des occupations. Par ailleurs, afin de renforcer leur base et d'lar- gir leurs audiences, les animateurs sociaux se lancent dans la mise sur pied de services communautaires avec l'assistance financire et profes- sionnelle du clerg, d'organismes de bien-tre, de fondations prives, du milieu universitaire et de certains syndicats6.

    Au premier volet stratgique de prise de pouvoir par la cration de services autogrs, s'est ajout autour de 1970 celui d'action politique directe sur le palier municipal montralais. C'est ainsi que certains comi- ts de citoyens montralais vont se transformer en Comits d'action po- litique (CAP) et ces derniers en 1970 seront regroups dans le Front d'action politique (FRAP). Selon Hamel et Lonard (1978), dans la tte de ses promoteurs du moins, le FRAP voulait combler trois grandes lacunes principales. Suppler d'abord l'absence d'une pense poli- tique cohrente, ensuite l'absence d'une direction permettant d'orienter les luttes et l'...