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II. - MAROC - Accueil | AAN | Annuaire de l'Afrique du aan.mmsh.univ-aix.fr/Pdf/AAN-1970-09_15.pdf · PDF filelycéens n'est certes pas un phénomène propre au Maroc ni au Tiers-Monde

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  • 366 CHRON IQUE SOCIALE ET CULTURELLE

    II. - MAROC

    1. - L'ENSEIGNEMENT ET LES PROBLMES DE LA JEUNESSE

    Il n e nous parat pas possible de sparer, comme nous le faisons d'ordinaire, en deux chapitres distincts les problmes de l'enseignement et l'agitation de la jeunesse des coles, tant les deux choses ont t, cette anne, troitement imbriques. L'agitation n'a pour ainsi dire pas cess et elle a pos en termes aigus, devant l'opinion et devant le gouvernement, le problme de l'ducation des jeunes et de la formation des cadres.

    On connat les termes de ce problme ; ils n 'ont pas chang de nature; mais on peut se demander s'ils ne s'aggravent pas avec le temps. C'est d'abord la difficult de rattraper le retard de la scolarisation dans un contexte de dmographie galopante . A la rentre d'octobre 1970, M. Haddou Chiguer, ministre de l'enseignement compait 1120000 lves, soit 212000 nouveaux. C'est un beau r sultat, certes, et l'on ne mconnat pas les efforts qu'un tel bilan suppose en matire de constructions scolaires et surtout de formation du personnel enseignant. Tous les lves en ge scolaire prsents par les parents pour tre admis dans l'enseignement primaire ont pu trouver place l'cole l> , a affirm le ministre. Il est vrai qu'il faut tenir compte de l'existence des coles coraniques et de l'enseigne-ment priv, mais cela permet-il de considrer comme combl l'cart entre les 212000 nouveaux lves de cette anne et les 350000 400000 naissances annuelles que r eprsente la pousse dmographique?

    Mais ce n'est pas, on s'en doute, les enfants de l'cole primaire qui ont caus plus de soucis au gouvernement. L'agitation des tudiants et des lycens n 'est certes pas un phnomne propre au Maroc n i au Tiers-Monde en gnral. Il semblerait mme que, dans des pays dqnt on s'accorde dplorer le manque de cadres l) , le problme des dbouchs dt se poser en termes moins aigus pour la jeunesse instruite que dans des pays d 'un haut niveau de dveloppement o les diplms abondent et o la concur-rence est plus svre. On sait qu'il n'en est pas toujours ainsi: de m me que l'effort de scolarisation est souvent en retard sur l'accroissement dmo-graphique le rythme de la cration d'emplois a du mal s'ajuster celui de la multiplication des diplmes. Ce n 'est d'ailleurs pas simple affaire de nombre : il peut y avoir plthore d'avocats et pnurie d'ingnieurs. Ajou-tons que, dans des pays o la fonction publique absorbe un grand nombre de diplms, la quantit des jeunes cadres engags aprs l'indpendance ajourne les perspectives de mise la retraite.

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    L'inquitude pour l'avenir parat bien tre la base du malaise des jeunes Marocains, surtout des lycens. Les porte-parole officiels ont parfois accus l'opposition politique, d'inspirer ces grves, voire d'en tirer les ficelles,. Il semble plutt qu'il se soit agi de grves sauvages" qui chappaient tout encadrement syndical ou politique. Il est arriv, par exemple, qu'une organisation tudiante qui avait fait grve par solidarit avec les lycens reprenne le travail sans tre sivie par ceux-ci ou que les lycens l'imitent mais pour se remettre en grve le lendemain.

    Ce sont les tudiants en mdecine qui donnent le branle, ds le 9 janvier, en dcidant une grve de cinq jours (la seconde depuis le dbut de l'anne universitaire) . Ils demandent un allgement des programmes et une rvision dans le systme d'attributions des bourses; ils rclament surtout le droit d'assumer l'externat dans les hpitaux partir de la troisime anne, c'est--dire une formation plus pratique et moins thorique.

    Au mois de fvrier, la grve affecte peu peu l'ensemble des tudiants et des lycens. Le mouvement commence par les tudiants du 1er cycle de l'Institut agronomique, puis s'tend la Facult des Lettres, l'Ecole normale suprieure, l'Ecole des Mines, pour gagner les autres Facults ou Ecoles suprieures et enfin un certain nombre de lyces de Rabat et des provinces. Les congs de l'Ad-el-Kebir amnent une pause de quelques jours, mais, au retour des vacances, les grves reprennent.

    Si la politique ne parat pas avoir t l'origine du mouvement, celui-ci a eu, en revanche, des rpercussions politiques. M. Ahmed Reda Guedira, ministre d'Etat charg de l'enseignement secondaire, technique, suprieur et de la formation des cadres, est dcharg de ses fonctions le 20 fvrier par le Roi, qui confie au Dr Laraki, Premier ministre, la responsabilit provisoire du dpartement, et lui adjoint, quelques jours plus tard, M. Mohammed Chafik comme sous-secrtaire d'Etat l'enseignement secondaire, technique, suprieur et la formation des cadres. Le dpart de M. Guedira ne saurait tre, sans doute, entirement expliqu par les pripties de l'agitation tudiante (rappelons qu'au mme moment se pro-duit Madrid l'arrestation, par la police espagnole de plusieurs Marocains membres de l'U.N.F.P. qui devaient tre livrs ensuite la police marocaine et accuss de complot contre la sret de l'Etat). Mais M. Guedira avait engag, en janvier, le dialogue avec les tudiants en mdecine, il prparait une rforme de l'enseignement qui rencontrait des rsistances parmi ses collgues et la presse d'opposition, signalant sa disgrce, parlait de l'loi-gnement d'un homme connu comme tant un libral:.

    Quoiqu'il en soit, le Dr Laraki, parlant le lendemain aux tudiants, les invitait reprendre le dialogue, tout en adressant un avertissement aux fauteurs de troubles:. Les deux organisations d'tudiants, l'U.N.E.M. et l'U.G.T.M., se dclaraient prtes rpondre cette invitation mais n'en continuaient pas moins la grve. L'impasse paraissait totale : le Premier Ministre n'acceptait de reprendre le dialogue que si la grve cessait d'abord l'Universit et les tudiants subordonnaient l'arrt de la grve la satisfaction d'une partie au moins de leurs revendications. Cependant un dahir du 16 fvrier, paru le 18, crait un Consei! suprieur de l'enseigne-

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    ment , appel remplacer l'organisme similaire qui avait t cre en 1959 et tait tomb en sommeil. Son rle, consultatif consiste donner un avis sur la formation des cadres, les proj ets de rforme et les options fondamentales en matire d 'enseignement. Il comprend de droit plusieurs membres du gouvernement et les prsidents des assembles prfectorales et provinciales ainsi que des membres lus parmi les enseignants, les tudian ts, les associations d'anciens lves et de parents d'lves, enfin des membres dsigns du secteur semi-public et du secteur priv.

    Aprs une runion tenue par le Premier Ministre, le 26 fvrier en prsence du Directeur gnral du cabinet royal, et laquelle assistaient des reprsentants des professeurs et des tudiants, le prsident de l'U.N.E.M. informait le 6 mars le Premier Ministre que les tudiants, de cette orga-n isation avaient cess la grve. Quant aux lycens, ils taient avertis le 4 mars que ceux qui n'auraient pas repris leurs cours le 7 seraient exclus des tablissements d'enseignement. On annona le 11 que 784 lves tombaient sous le coup de cette mesure, mais le Roi ordonnait, le 15, de les rintgrer.

    Dans le discours du Trne, prononc le 3 mars, le Roi s'tait dclar prt, lui aussi, engager le dialogue avec toutes les catgories d'ensei-gnants et avec toutes les associations de parents d'lves et l> avec les tudiants de toutes les facults l>. Il cltura lui-mm e le 11 mars le Colloque d'Ifrane prlude aux travaux des commissions charges d'tu-dier les problmes de l'enseignement et de proposer des rformes. Dans le discours prononc cette occasion, il critiqua la faon dont on avait tent d'appliquer les principes : marocanisation, arabisation , gnralisation, unification. Leur manipulation, dit-il , et leur combinaison sans suffisamment de discernement ont fait qu 'ils se sont neutraliss pour donner un rsultat ngatif... Il nous faut en vrit suivre le processus suivant : oprer la marocanisation d 'abord, l'arabisation ensuite et terminer par la gnrali-sation. C'est au terme de ce parcours que l'unification prendra tout son sens et nous permettr a d'intgrer compltement notre civilisation dans le progrs du xx' sicle l> .

    Quatre grandes commlSSlOns furent constitues, dont les travaux, commencs Ifrane, devaient se poursuivre Rabat du 18 au 24 avril et du 12 au 14 mai. Le 20 mai, M. Mamoun Tahiri, nomm entre temps la tte du ministre dont le Dr Laraki avait assur l'interim, exposait la tlvision les rsultats du Colloque d'Ifrane.

    Mais un incident devait faire rebondir, au mme moment, les grves d'tudiants. Divers responsables de l'Union n ationale des tudiants maro-cains furent convoqus l>, au dbut de mai, par la gendarmerie royale et emmens dans des camps de l'arme, pour y tre incorpors. Cette abrogation du sursis, en pleine anne scolaire et quelques semaines des examens, prit aux yeux des tudiants un caractre rpressif et une mani-festation , qui eut lieu Rabat le 11 mai, fut disperse par la police et suivie d'une grve qui devait durer jusqu'au 9 juin. Plusieurs tudiants furent arrts, dont le prsident du comit excutif de l'U.N.E.M. Une trentaine furent condamns avec sursis des peines var iant de un mois dix jours de prison. Des manifestations dans l'enceinte du tribunal pro-

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    voqurent de nouvelles arrestations et vingt huit autres tudiants, dont le prsident de l 'U.N.E.M., furent condamns des peines de prison avec sursis.

    La grve devait mme s'tendre au corps enseignant. Sans prononcer le mot grve , les membres du Syndicat national de l'enseignement sup-rieur, proche de l'U.M.T., dcidrent le 28 mai de cesser toute activit tant que les tudiants ne r eprendraient pas les leurs . Cette initiative plaait dans une situation dlicate les enseignants trangers, en majorit Franais. Ces derniers crivirent au ministre de l'enseignement suprieur pour lui exprimer leurs inquitudes propos de la session d'examens de fin d

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