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Jules Verne L’ÎLE MYSTÉRIEUSE Extrait de la publication

Jules Verne L’ÎLE MYSTÉRIEUSE · Adapté par Michel Honaker L’ÎLE MYSTÉRIEUSE Jules Verne lors que la guerre de Sécession fait rage, cinq prisonniers des Sudistes parviennent

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Jules Verne

LLEMYSTRIEUSE

Extrait de la publication

Adapt par Michel Honaker

LLE MYSTRIEUSE

Jules Verne

lors que la guerre de Scession fait rage, cinq

prisonniers des Sudistes parviennent svader

laide dun ballon. Par malheur, ils sont pris dans un

ouragan et schouent sur une le dserte en plein ocan

Pacifique. Grce leur ingniosit et aux tonnantes

ressources de lle, les naufrags sorganisent pour sur-

vivre. Mais une srie de phnomnes inexplicables les

pousse croire quils ne sont pas seuls...

A

DS 11 ANS

Les colons prtrent loreille, et crurent entendre

une sorte de ricanement. Il y avait l de quoi

effrayer le plus courageux des hommes. Les colons

restrent au pied de la falaise, larme en joue, multipliant

des hypothses toutes plus improbables les unes que

les autres.

ILLUSTRATION : Miguel COIMBRA

http://www.editions.flammarion.com

LLE MYSTRIEUSE

Extrait de la publication

Flammarion, 201487, quai Panhard- et- Levassor 75647 Paris Cedex 13

ISBN : 978-2- 0813-3238-6

Extrait de la publication

JULES VERNE

LLE MYSTRIEUSE

Adapt par Michel Honaker

Flammarion Jeunesse

Extrait de la publication

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DES CRIS DANS LA TEMPTE

Est- ce que nous remontons ? Au contraire ! Nous descendons ! Pire que cela ! Nous tombons ! Par Dieu ! Jetez donc du lest ! Nous nen avons plus. leau tout ce qui pse, leau ! Attendez, jentends un bruit Des vagues ! La mer est sous la nacelle !Tels taient les cris qui fusaient au- dessus de

locan Pacifique dchan, vers quatre heures du matin, le 23 mars 1865. Cest entre les mchoires dun monumental ouragan que cette montgolfire, venue don ne sait o, brinquebalait comme une minuscule bulle dair violente par ces rafales infer-nales. son bord, cinq passagers et un chien se ser-raient dans la nacelle peine visible au milieu des paisses vapeurs mles deau pulvrise. Quelle folie avait pu saisir ses occupants pour quils

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bravent ainsi la mre des temptes, annonce de longue date par toutes les stations de mtorolo-gie ? Et dabord, de quel point du monde avaient- ils dcoll, et depuis combien de temps, car ce dcha-nement forcen des lments durait dj depuis cinq jours

Dlest de tous les objets encombrants, armes, munitions, provisions, larostat finit par regagner un peu de hauteur. tout prendre, le danger tait moins redoutable dans le ciel. Dsormais, il ne fal-lait plus perdre daltitude. Plus un pouce. Chacun se rsigna vider le contenu de ses poches. Ctait le prix payer pour ne pas rompre ce fragile fil dair qui semblait seul les soutenir au- dessus de labme.

Des moments dangoisse interminables scou-lrent, qui parurent des sicles. Puis, tel un signal bienheureux, les premires lueurs de laube per-crent lhorizon. Comme si leur apparition avait possd quelques vertus bienfaisantes, louragan perdit en intensit. En quelques instants seulement, son immense trombe svasa puis se rompit pour se disperser en bribes fuligineuses. Les hommes briss par la fatigue et la tension nerveuse gisaient pan-telants au fond de la nacelle. Le dirigeable avait de mme us ses dernires forces dans la bataille. Son enveloppe sallongeait progressivement, preuve irr-futable que le gaz avait commenc sen chapper par une fuite quil tait impossible de colmater

6 Extrait de la publication

Ce ntait plus quun lgume ovale qui redescen-dait lentement mais srement vers la surface de locan houleux.

Alerts par le bruit de la mer proche, les passa-gers se redressrent. Il ny avait plus rien jeter pour allger la charge. Il ne restait qu joindre les mains pour les plus religieux, serrer les dents pour les autres, en attendant le moment invitable o la nacelle plongerait dans les eaux sombres. Car, perte de vue, aucun continent, aucune surface solide qui aurait permis un atterrissage. Ctait limmense mer, dont les flots se heurtaient encore avec une incomparable violence, une plaine liquide, battue sans merci, sur laquelle chevauchaient des lames cheveles.

Les cinq hommes se dvisagrent, ces passagers de limpossible qui avaient dj tant affront. Sil tait encore une ultime manuvre faire, il fallait la tenter. La nacelle ntait quune sorte de caisse dosier, impropre flotter. Le moment venu, il ny aurait aucune possibilit de la maintenir la sur-face de la mer, si par malheur elle sy abmait. La voix mle et dtermine de celui qui commandait le groupe se fit entendre.

Plus rien jeter, vraiment ?Et son regard aigu, se posant sur chacun de ses

compagnons, accompagnait la question.

7Extrait de la publication

Dix mille dollars en or rpondit piteuse-ment lun deux.

Et croyez- vous quils nous seront dune quel-conque utilit quand nous reposerons au fond de la mer ?

Tout de mme Dix mille dollars Il fau-drait plusieurs vies de marin pour accumuler un tel pactole !

Le propritaire du sac pesant finit cependant par sen dlester, mais avec une mine de condamn.

On remonte ? senquit- il avec espoir. Non. Misre. Je le savais. Que reste- t-il jeter ? insista le chef. Le chien marmonna lhomme qui avait

sacrifi le butin.Comme sil avait compris que sa prsence deve-

nait objet de discussion, lanimal se mit aboyer pour faire valoir sa protestation.

Avant, il reste la nacelle, scria lhomme aus-tre, qui sexprimait tel un commandant intraitable. Jai encore mon couteau. Accrochons- nous au filet !

Tout en empoignant lune des mailles, il entreprit de trancher les courroies qui soutenaient le panier de transport, tandis que ses compagnons, sidrs par son audace, se htaient de grimper dans ces haubans improviss. Bientt, la caisse dosier fut largue et disparut dans les flots. Aussitt, le ballon

8 Extrait de la publication

remonta de plusieurs dizaines de mtres, repous-sant la perspective dune mort certaine. Pour com-bien de temps encore ? Agripps dans le rseau de cordages, les cinq passagers, dont lun portait le chien pouvant en travers de ses larges paules, regardrent avec soulagement labme sloigner en dessous deux. Hlas, le rpit ne fut que de courte dure. Le ballon commena redescendre, faute de gaz pour le maintenir en lair.

Pour la premire fois, le chien se mit hurler la mort.

Les btes savent tout avant nous autres, soupira- t-on.

Attendez ! scria le plus jeune des naufrags en pointant son bras vers lest. L- bas ! Regardez ! Terre ! Terre !

Une terre en effet, abrupte et encore lointaine, couronne de nuages sombres venait dapparatre dans le levant. Par chance, les vents dominants diri-geaient ce qui restait du ballon droit sur elle. Il fal-lait maintenant esprer que lenveloppe de toile ne se vide pas de ses derniers atomes de gaz avant de lavoir atteinte. tait- ce une le ou la pointe dun continent ? cette distance et avec ces nuages bas, impossible de le savoir. Les hommes igno-raient mme vers quels parages ils avaient driv. Pourtant, ce rocher, habit ou pas, hostile ou non, il fallait latteindre !

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Larostat rasait dj la surface de la mer. La houle lchait le bas du filet, lalourdissant encore, obligeant les hommes grimper encore plus haut. Le ballon ne se soulevait plus qu demi, tel un oiseau bless qui cherche reprendre son essor et ne fait que rebondir. puis, flasque, distendu, chif-fonn en gros plis, il rendait lme en heurtant la crte des lames. Dans un dernier sursaut, son enve-loppe presque couche se fit alors poche et le vent sy engouffrant le poussa par bonheur comme un navire par vent arrire.

Quelques instants plus tard, il schouait sur la grve rocailleuse dun rivage inconnu.

Et les hommes, ivres de fatigue, stant trans loin du ressac, sombrrent dans linconscience.

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LES CINQ SURVIVANTS

Ce ntaient ni des aronautes de profession, ni des amateurs dexpditions risques que louragan venait de jeter sur cette cte incon-nue, mais des soldats. Plus prcisment, ils appar-tenaient larme amricaine nordiste qui, depuis quatre ans maintenant, combattait celle du Sud en une guerre fratricide pour labolition de lesclavage et lgalit des droits pour tous voulus par le pr-sident Abraham Lincoln. Par un trange enchane-ment de hasards, ils avaient t faits prisonniers par lennemi Richmond, et voici dans quelles cir-constances ils staient rencontrs et avaient men leur incroyable vasion.

Le premier dentre eux se nommait Cyrus Smith. Il tait ingnieur de formation, savant de premier ordre, et homme inflexible. Maigre, osseux, efflan-qu, g de quarante- cinq ans environ, il grison-nait dj par ses cheveux ras et par sa barbe. Nul

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ne sait sil cultivait dessein sa ressemblance avec Lincoln, quil vnrait, mais il avait une de ces belles ttes que lon frappe sur les mdailles, des yeux ardents et un pli de bouche srieux. Avant de tracer des plans pour la Compagnie des chemins de fer, il avait mani le pic et le marteau, ce qui expliquait ses paules bien dcoupes et sa force musculaire. Vritable homme daction en mme temps quhomme de pense, Cyrus Smith tait le courage personnifi. Il avait t de toutes les batailles depuis les premires heures de la guerre. Il avait t au front, en tant que simple fantassin, officier ensuite. Aprs avoir dbut sous le com-mandement dUlysse Grant dans les volontaires de lIllinois, il stait battu Paducah, Belmont, Pittsburg Landing, Chattanooga, Wilderness, sur le Potomac, partout et vaillamment, ce qui lui avait valu un avancement rapide.

Son audace ne lui avait fait dfaut quune seule fois : lorsquil avait t captur par les Sudistes pour stre avanc par pure bravoure trop loin au beau milieu de leurs lignes. Il stait rendu noble-ment, en posant terre son fusil Henry et en croi-sant les bras.

Il avait pour meilleur ami un personnage de mme trempe, et qui avait connu pareille mal-chance. Gdon Spilett, grand reporter au New York Herald, avait t charg de suivre les pripties de

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la guerre au milieu des armes du Nord. Il tait de la race de ces tonnants chroniqueurs anglais ou amricains qui ne reculent devant rien pour obte-nir une information exacte et la transmettre leur journal dans les plus brefs dlais. Prt tout, ima-ginatif et homme daction, il avait couru le monde entier, sans compter les dangers ni les blessures. Il avait rdig ses chroniques sous la mitraille, parmi les boulets de canon, un crayon dans une main, un revolver dans lautre. g dune quarantaine dan-nes, Gdon Spilett tait de haute taille et dune constitution solide, trempe dans tous les climats comme une barre dacier dans leau froide. Des favoris blonds tirant sur le rouge encadraient sa figure allonge. Son il tait calme, mais dune extrme mobilit, prompt saisir ce qui valait la peine dtre observ.

Cyrus Smith et Gdon Spilett, qui ne se connais-saient pas, si ce nest de rputation, avaient t tous les deux transports Richmond, menottes aux poignets, dans le mme fourgon. Ils avaient t jets dans la mme cellule, et avaient eu le temps de sapprcier mutuellement dans ces ins-tants de grande incertitude. Par chance, leur cap-tivit navait pas dur. Ils avaient t relchs par des officiers sudistes qui avaient trop faire sur les barricades pour les surveiller. Pourquoi perdre du temps enfermer ces hommes ? Richmond tait

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si svrement assige par larme nordiste et si puissamment garde lintrieur quil et t sui-cidaire de tenter une vasion. Livrs eux- mmes, les deux hommes passaient leur temps dambuler dans les rues sous le sifflement des boulets venant de leur propre camp. Un chien errant se joignit eux, quils prirent en affection et appelrent Top. Le brave animal, un setter irlandais, pelage cara-mel et regard attendrissant, ne les quitta plus, ds lors quil se sentit accept.

Un jour que les deux prisonniers et leur ami quatre pattes vaquaient leur promenade du matin, ils croisrent la route dun grand Noir, qui, pas plus queux, ne semblait smouvoir du fracas de la mitraille qui saturait lair. Nabuchodonosor tait fils dune famille desclave, de ceux qui staient retrouvs affranchis grce au dcret du prsident Lincoln, et staient aussitt engags dans les rangs de ce librateur des peuples opprims. Cet intrpide garon de trente ans, vigoureux, agile, tait pour-tant dune nature douce et conciliante Du moins quand il ntait pas sur le champ de bataille, o il stait signal par des hauts faits avant dtre cap-tur par lennemi. Lingnieur Cyrus Smith le dvi-sagea et reconnut en lui ce fier fantassin quil avait eu sous ses ordres. Il en fut la fois tonn et ravi.

Soldat Nab ! scria- t-il en lui serrant la main.

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Capitaine Smith ! Quel mchant hasard vous a men ici ?

Le mme que le tien, si je ne me trompe. Tu es prisonnier, comme nous ? Ah, mais je te pr-sente Gdon Spilett, grand reporter.

Momentanment en disponibilit, prcisa ce dernier.

Bien vite la conversation tourna autour de leurs conditions de sjour respectives, de la libert toute relative dont ils jouissaient en ville, jusqu dbou-cher sur la seule et unique question qui agitait ces hommes fiers et impatients de rejoindre leurs lignes.

Comment svader de cette ville assige, Nab ? En as- tu la moindre ide ?

Vous, capitaine, qui tes capable de construire des ponts et des chemins de fer, vous le deman-dez au pauvre Nab ?

Tu es ici depuis plus longtemps que nous, rpliqua Smith. Jen dduis que tu as certainement conu un ou deux projets

Un sourire malicieux claira le visage de lan-cien esclave.

Jai peut- tre une ide, lana- t-il mystrieux. Suivez- moi.

Profitant de ce que la canonnade stait apai-se, les trois hommes se dirigrent dun pas vif vers la grand- place de Richmond. la vue du

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ballon dirigeable solidement ancr dans la terre, qui occupait tout lespace entre les faades des mai-sons bourgeoises, Smith et Spilett changrent un regard aussi insistant que complice, puis consul-trent Nab qui avait toujours son bon sourire. La mme pense leur avait travers lesprit tous trois et ils restrent l, dansant dun pied sur lautre en observant le volumineux transport arien, sans avoir lair dy toucher.

Un gaillard rondelet, g de trente- cinq qua-rante ans, vigoureusement bti, au teint hl mais avec une figure avenante, avait repr leur mange et se rapprocha innocemment. Il mit sa main en visire en lorgnant lui aussi larostat quun ordre incomprhensible avait immobilis ici, dans cette cit en proie la mitraille continue de larme de Grant.

Voyez- vous a ! sexclama- t-il voix haute. Une outre dair qui pourrait dun bond franchir les barricades et les fortifications pour nous ramener derrire nos lignes, nous autres les bons Yankees 1 !

Les trois prisonniers lauraient srement tois avec mfiance sil navait t accompagn par un garon dune douzaine dannes quil serrait prs de lui avec lattention dune mre poule. Cyrus Smith,

1. Soldats ou gens au nord, par opposition aux confdrs, loyaux, au sud.

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qui navait pas son pareil pour jauger les hommes sapprocha de lui. Ce personnage avait une figure loyale, un air dtermin, et il ne pouvait douter de ses qualits, aussi entra- t-il dans son jeu.

En effet, constata- t-il sur le mme mode badin. Pour peu que les confdrs dtournent les yeux quelques instants, il serait trs simple de monter bord et de larguer les amarres. propos, mon nom est Smith.

Le mien, Bonaventure Pencroff, se prsenta- t-il, et voici mon fils adoptif, Harbert Brown. Je suis marin. Jai navigu sur toutes les mers du globe. Ne me demandez pas comment je me suis chou ici, si loin dune cte, cest une longue his-toire. Monsieur Smith, et vous autres, amis yan-kees, voulez- vous fuir ?

Quand cela ? interrogea vivement Spilett.Et cette rponse imprudente lui valut une remon-

trance muette de lingnieur, car la place tait rem-plie de civils tout dvous la cause sudiste. Par chance ils avaient mieux faire que de laisser tra-ner loreille.

Sous peu, rpondit Pencroff entre ses dents, et grce ce fainant de ballon quon laisse l ne rien faire. Nous serons cinq, messieurs, en comp-tant Harbert. Je vous prie de croire quil ne sera pas une charge, bien au contraire.

17Extrait de la publication

Cyrus Smith avait cout le marin sans mot dire, mais son regard brillait. Loccasion tait l. Il ntait pas homme la laisser chapper. Le projet ntait aprs tout que trs dangereux et donc parfaitement ralisable. Le jour mme, la nouvelle courut quune terrible tempte se prparait. Pour les prisonniers nordistes, cette aubaine aurait pour consquence invitable un relchement dans la vigilance des gar-diens, et lobscurit, on le sait, est la plus dlec-table allie des voleurs. On pourrait alors monter dans la nacelle, couper les liens qui la retenaient, et advienne que pourra !

Le soir prvu arriva. La nuit tait sombre. Dpaisses brumes passaient comme des nuages au ras du sol. Une pluie mle de neige tombait et la temprature sabaissa. Une sorte de brouillard enveloppa Richmond. Larrive de louragan avait tabli une trve tacite entre assigeants et assi-gs et les canons staient tus. Les rues de la ville taient dsertes, balayes par de furieuses bour-rasques. Lorage sannonait par de puissants bran-lements. Par un temps pareil, les Sudistes navaient mme pas jug bon de faire garder larostat.

Quel fou aurait os affronter la tornade qui mena-ait ?

Et cependant, neuf heures et demie prcises, cinq prisonniers se glissaient par divers cts sur la place, que les lanternes de gaz, teintes par le

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vent, laissaient dans une obscurit profonde. Ils dta chrent les amarres une par une, jusqu ce der-nier cble pass dans un anneau scell dans le pav, dont il revint Smith le privilge de saffranchir, puis ils sautrent bord de la nacelle qui commen-ait prendre son essor. Nul navait prt atten-tion leur prsence. Lobscurit tait telle quils pouvaient peine se voir eux- mmes. Au moment o Pencroff jetait du lest, un chien escalada dun bond le panier dosier en jappant. Ctait Top, ce brave chien errant, qui avait dcid de suivre ses nouveaux matres dans leur folle aventure.

Bah ! Un de plus, quelle importance ? sexclama Pencroff, en larguant la dernire amarre.

Sitt quil eut dpass la limite des toits dhabi-tation, le ballon fut saisi par les bourrasques et senvola dun coup, non sans avoir heurt deux che-mines au passage et se retrouva emport dans la nuit tel un ftu de paille la drive. Et lon sait comment, cinq jours plus tard, il atterrit sur cette le de nulle part, o prsentement, un un, les nau-frags reprenaient conscience. Le premier, Nab se redressa et considra la langue de terre brumeuse quils avaient aborde bien malgr eux. Il entre-prit de compter ses camarades encore tendus sur les galets Et un cri de dsespoir lui monta aux lvres. Il sempressa de secouer Gdon Spilett par lpaule, puis Harbert, puis Pencroff.

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Rveillez- vous ! Il manque quelquun !La nacelle avait contenu cinq passagers, plus un

chien, et le ballon nen avait jet que quatre sur le rivage. Le passager manquant avait videmment t enlev par le coup de mer qui avait frapp le filet. Et celui qui manquait ntait autre que le plus important dentre eux.

Ctait lingnieur Cyrus Smith !

Extrait de la publication

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GARS SUR UN CAILLOU

Le chien nest plus l, aussi.Labsence du fidle animal ne fit que confirmer les craintes des survivants. Voyant son matre en danger, il stait certaine-ment prcipit dans les flots pour lui porter secours et stait probablement noy avec lui. Nab pleurait de rage et de dsespoir la fois, la pense davoir perdu cet homme pour lequel il stait pris dune amiti fraternelle.

Qui la vu en dernier ? questionna Gdon Spilett.

Mais tous ! se lamenta lancien esclave. Nous tions srs quil tait accroch au filet et quil stait chou lui aussi

Prions pour quil sache nager, cet homme- l, frmit Pencroff. Les courants sont forts par ici.

Il a peut- tre driv, estima Spilett. Peut- tre est- il plus loin. Suivons la cte.

21Extrait de la publication

Il tait alors prs de six heures du soir. La brume venait de se lever et lobscurit noircissait le rivage. Les naufrags marchrent au hasard vers le nord, en parcourant des yeux cette langue de terre rocailleuse o le sort les avait jets. leur passage, de gros oiseaux nichant dans des trous schapprent dun vol lourd dans le ciel en lan-ant des cris stridents. De temps en temps, les nau-frags sarrtaient, appelaient leur compagnon et coutaient si quelque cho leur donnait la rplique. Mais rien. Absolument rien. Aprs une errance de vingt minutes, les quatre hommes furent subite-ment arrts par une lisire cumante de vagues. Le terrain solide sarrtait l. Ils se trouvaient lextrmit dune pointe aigu, sur laquelle la mer brisait avec fureur.

Nous navons plus qu faire demi- tour, constata Pencroff.

Smith nest srement par loin, persista Nab en dsignant locan dont les normes lames blan-chissaient dans lombre. Il a sans doute pris pied sur un rcif ou un rocher

Avec cette mer dmonte, il aura alors t emport, estima Pencroff sur la foi de son exp-rience.

Et il aurait dj rpondu nos appels, glissa Spilett.

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Pas sil est bless, ou hors dtat de rpondre fit remarquer le jeune Harbert qui stait jusqualors gard dinterrompre la conversation des adultes.

Son avis fit mouche. Cest juste, convint Spilett. Mais pour ce soir,

nous ne pouvons plus faire grand- chose, sinon dni-cher un abri pour la nuit avant dtre gels jusquaux os.

Sage dcision en effet, mais les naufrags ne trouvrent pour tout refuge quune lgre dcli-naison abrite du vent par des blocs de basalte. Et quand il sagit de se procurer du bois ou des brous-sailles sches pour faire un feu, il devint vident que cet lot en tait totalement dpourvu. Sable et pierres, il ny avait pas autre chose. Comme aucun des survivants navait eu la prsence des-prit de conserver des allumettes, les regrets furent de courte dure. Les hommes se contentrent de se serrer les uns contre les autres en grelottant et se rsolurent attendre le jour.

O pensez- vous que nous ayons atterri ? demanda Spilett en claquant des dents.

Sur un fichu caillou entour deau, fit Pencroff, o rien ne pousse sinon dautres cailloux.

Nab conserva le silence, et les yeux grands ouverts dans lobscurit.

Ce furent de longues et pnibles heures passer dans le froid vif, sans pouvoir se dbarrasser des

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vtements tremps. Aussi, vers le matin, ny tenant plus, ils se mirent marcher de long en large sur la grve en tentant de se rchauffer tant bien que mal en battant des semelles et en se frappant les paules. De temps autre, ils se mettaient hler leur compagnon manquant, esprant quil donne-rait signe de vie. Ils criaient, puis coutaient, avides du moindre cho.

Sans rsultat.Vers cinq heures du matin, les hauteurs du ciel

se nuancrent lgrement. Lhorizon restait sombre encore, mais, avec les premires lueurs du jour, un pais brouillard se leva, droulant de lourdes volutes sur la mer si bien que les hommes ne pou-vaient rien distinguer autour deux. Pencroff avait des yeux de marin habitus percer les tnbres et alors quil dambulait sur la grve, il crut per-cevoir une masse confuse louest, au- del de la crique et avertit ses compagnons.

Ce nest quun nuage, jen ai bien peur ! dplora Spilett.

Non par exemple, le djugea Nab, trs agit, on dirait bien une colline !

Au fil des heures, le soleil finit par dchirer les brumes et les alentours se dgagrent enfin. Une cte mergea et les hommes poussrent des cris de joie. Une vraie cte, cette fois, longue dune dizaine de kilomtres au moins, tantt aplatie,

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tantt surleve, boise par endroits, accidente dautres, mais par- dessus tout domine par une imposante montagne couronne de neige. Hlas, elle se trouvait spare de la langue de terre par un large canal denviron un kilomtre que parcou-raient de svres remous.

On ne pourra jamais passer, se lamenta Harbert.

Sauf attendre la mare basse, corrigea Pencroff. condition que leau se retire suffisam-ment.

Smith est peut- tre dj l- bas, espra Nab.Et sans prendre lavis de ses compagnons, ne

consultant que sa loyaut envers son ancien sup-rieur, il se jeta leau. Pencroff et les autres eurent beau le rappeler avec des hauts cris, Nab fit la sourde oreille. Rien ni personne naurait pu lem-pcher daller au bout de son ide, soutenu par la certitude que lingnieur ne pouvait quavoir pris pied sur cette terre inconnue.

Daccord, fit Spilett en tant ses chaussures pour les lacer autour de son cou. On ne va pas le laisser se noyer seul.

Vous avez perdu la tte ? sinterposa Pencroff. En somme, vous voulez traverser ce canal ? Malgr les courants ?

Cest mon intention, oui.

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got pour la mer. Gdon Spilett nabandonna pas pour autant son mtier de reporter. Il fonda le New Lincoln Herald, lequel fut le journal le mieux ren-seign du monde entier selon ses dires.

Cyrus Smith mena une vie exemplaire de droi-ture et de modestie, et y fut rejoint par une jeune femme dont il stait pris avant la guerre.

L, enfin, tous furent heureux, unis dans le pr-sent comme ils lavaient t dans leurs preuves pas-ses. Mais jamais, mme dans leur grand ge, ils ne devaient oublier cette le, sur laquelle ils taient arrivs, pauvres et nus, cette le dont il ne restait plus quun morceau de granit battu par les lames du Pacifique.

La tombe de celui qui avait t le capitaine Nemo.

FIN

MICHEL HONAKER

N en 1958 Mont- de- Marsan, Michel Honaker est visit ds lge de huit ans par le dmon de lcriture. crivain din-tuition, musicien des mots comme il prfre se dfinir, il sintresse trs tt des genres aussi dif-frents que le policier, le fantastique et la science- fiction. Il publie son premier roman vingt- deux ans et enchanera alors prs dune centaine dou-vrages. Michel Honaker a galement adapt, chez Flammarion Jeunesse, Vingt mille lieues sous les mers de Jules Verne.

Dpt lgal : fvrier 2014N ddition : L.01EJEN001090.N001

Loi n 49-956 du 16 juillet 1949sur les publications destines la jeunesse

Extrait de la publication

LLE MYSTRIEUSE1 - DES CRIS DANS LA TEMPTE2 -LES CINQ SURVIVANTS3 -GARS SUR UN CAILLOUMICHEL HONAKER

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