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KAMALA INVESTISSEMENT HARRIS

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Text of KAMALA INVESTISSEMENT HARRIS

Magazine septembre-octobre 2020 Final_Copie de TCHAD2Septembre-Octobre 2020
DISTRIBUTION CIBLÉE
KAMALA HARRIS
INVESTISSEMENT L'Afrique pourrait voir son
revenu augmenter de 450 milliards de dollars grâce à
l'accord de libre-échange continentale
ÉLECTRICITÉ POUR TOUS
PROJET GRAND INGA
Une solution pour éclairer (enfin) l’Afrique
Agence pour le développement et la promotion du Grand Inga (ADPI )
Au service du développement de la RDC
EN BREF
L’avenir de l’Afrique passe par l’électron 5
POLITIQUE
Joe Biden: Officiellement candidat, Biden promet la «lumière» après les "ténèbres" de l'ère Trump 6 Donald Trump: Investi candidat par le Parti républicain et affirme que Biden sera le fossoyeur de «la grandeur de l’Amérique» 10
JOE BIDEN
Officiel lement candidat, Biden promet la «lumière» après les "ténèbres" de l'ère Trump.
RELATION INTERNATIONALE
Accord "historique" de normalisation entre les Émirats et Israël 13 Yoshihide Suga, le nouveau Premier ministre japonais symbole de continuité 14
DIPLOMATIE DES AFFAIRES
Entretien entre les ambassadeurs des États-Unis et de la Chine 15
INVESTISSEMENT
L'Afr ique pourra i t vo i r son revenu augmenter de 450 milliards de dollars grâce à l'accord de libre-échange continental 17
FINANCE
COVID-19 : sans aide, les pays en développement à faible revenu risquent de perdre une décennie 22
COMMERCE ET ÉCONOMIE
Comment juguler la pandémie de COVID-19 et relancer en même temps l'économie ? 33
REPORTAGE
IBEX 54 & CANLEAD : Deux entreprises canadiennes au service de l'enrichissement de l'Afrique 35
DOSSIER Kamala Harris : en route vers la vice-présidence des États- Unis 41
DOSSIER SPÉCIAL Les enjeux du GRAND INGA se jouent maintenant 51
DÉVELOPPEMENTT La Chine devient pour la première fois le premier partenaire commercial de l'Union européenne 80
RÉFLEXION
La pandémie de COVID-19 souligne l’urgence de développer des solutions énergétiques durables dans le monde entier 90
3
Sommaire
XI JINPING
La Chine est en train de détrô- ner les Américains en devenant le premier joueur économique
DIPLOMAT INVESTISSEMENT Septembre - Octobre 2020
www.diplomatinvestissement.com
18
DONALD TRUMP
Investi candidat par le Parti républicain et affirme que Biden sera le fossoyeur de «la grandeur de l ’Amé- rique»
Diplomat Investissement septembre-octobre 2020 3
10
41
6
4 septembre-octobre 2020 Diplomat Investissement
Saviez-vous que… • L'Organisation mondiale de la santé (OMS) espère que la crise du coronavirus pourra être vaincue en moins de deux ans, a déclaré son directeur, Tedros Adhanom Ghebreyesus. Il avait fallu deux ans pour éradiquer la grippe espagnole, qui était apparue en 1918, a-t-il rappelé. "Notre situation aujourd'hui, avec plus de technologies et bien sûr plus d'interconnexions, accroît la possibilité de propagation du virus, il peut se déplacer rapidement", a-t-il dit. "Dans le même temps, nous avons les technologies et les connaissances pour l'arrêter." Plus de 22,8 millions de personnes dans le monde ont été infectées par le nouveau coronavirus et 800.382 sont mortes du COVID-19, selon un décompte de Reuters.
• L’Afrique, un marché d’avenir pour l’énergie dite propre. Selon un rapport de Bloomberg, les investisse- ments dans l’énergie «dite propre» ont atteint 333,5 mil- liards de dollars USD. L’énergie solaire et l’énergie éo- lienne arrivent en tête avec 161 et 107 milliards USD d’investissements, notamment en Asie (187 milliards), en Amérique (78 milliards) et en Europe (69 milliards).
Dans la course vers ce nouveau marché, l’Afrique «suit» la tendance mais reste loin derrière. Le rapport Bloomberg, qui place la Chine en tête, avec 40% des in- vestissements (132,6 milliards USD) ne lui réserve de place que dans la rubrique «autres», alors que des pays leaders, comme les États-Unis (59 milliards), le Japon (23,6 milliards), l’Allemagne (10 milliards), l’Australie (9 milliards) et le Mexique (6 milliards) essaient de sui- vre la cadence imposée par Pékin.
• Les perspectives pour 2020–21 sont nettement plus défavorables qu’attendu et font l’objet d’une grande in- certitude. Selon les dernières projections, l’activité éco- nomique devrait subir cette année une contraction de quelque 3,2 %, du fait de la dégradation de l’environ- nement extérieur et des mesures visant à endiguer l’épi- démie de COVID-19. La croissance devrait se redresser à 3,4 % en 2021 si l’assouplissement progressif des res- trictions qui a débuté ces dernières semaines se pour- suit et, surtout, si la région échappe à la dynamique épi- démique à l’œuvre ailleurs. Les autorités nationales ont pris rapidement des mesures pour soutenir leur écono- mie, mais leurs efforts se sont heurtés à la baisse des re- cettes et à un espace budgétaire limité.
• Accès à l'électricité : Depuis 2010, plus d'un milliard de personnes supplémentaires ont été raccordées à l'électricité. Ainsi, en 2018, 90 % de la population de la planète y avait accès. Cependant, 789 millions de per- sonnes vivent toujours dans le noir et, malgré les pro- grès rapides de ces dernières années, la cible relative à l'accès universel à l'horizon 2030 ne semble guère sus- ceptible d'être atteinte, surtout si la pandémie de COVID-19 perturbe gravement les efforts d'électrifica- tion. Les disparités régionales n'ont pas disparu. L'Amérique latine et les Caraïbes, ainsi que l'Asie de l'Est et du Sud-Est se rapprochent de l'accès universel, mais l'Afrique subsaharienne est à la traîne, avec 70 % du déficit mondial.
• Dans plusieurs grands pays de la région, le taux de croissance de l'électrification ne suit pas la croissance démographique. Le Nigéria et la République démocra- tique du Congo (RDC) accusent les déficits les plus
marqués, avec respectivement 85 millions et 68 millions de personnes privées d'électricité. L'Inde arrive troi- sième en termes de déficit, avec 64 millions de per- sonnes sans accès à l'électricité, bien que son taux d'électrification soit supérieur à sa croissance démogra- phique. Parmi les 20 pays présentant les déficits d'ac- cès les plus importants, le Bangladesh, le Kenya et l'Ou- ganda sont ceux qui ont connu la p lus for te amélioration depuis 2010, avec un taux de croissance annuel de l'électrification supérieur à 3,5 points de pourcentage. C'est en grande partie le résultat d'une ap- proche globale de l'électrification associant réseau, mini-réseau et solaire hors réseau.
• Près de trois milliards de personnes, principalement en Asie et en Afrique subsaharienne, n'ont toujours pas accès à des combustibles et des technologies de cuisson non polluants. Sur la période 2010-2018, la situation n'a guère évolué, le taux de croissance de l'accès à des moyens de cuisson propres ayant même ralenti depuis 2012 dans certains pays, et affichant un rythme infé- rieur à celui de la croissance démographique. Entre 2014 et 2018, 82 % de la population mondiale dépour- vue d'accès à des moyens de cuisson non polluants se trouvaient dans 20 pays. Ce problème continue d'avoir de lourdes conséquences sur le plan de l'égalité hommes/femmes, de la santé et du climat, qui se réper- cutent non seulement sur la réalisation de la cible 7.1, mais aussi de plusieurs autres ODD connexes. Au vu des politiques en place et programmées, 2,3 milliards de personnes n'auront toujours pas accès à des techno- logies et des combustibles de cuisson non polluants en 2030.
• En 2017, la part des énergies renouvelables dans le bouquet énergétique mondial a atteint 17,3 % de la consommation finale d'énergie, contre 17,2 % en 2016 et 16,3 % en 2010. La consommation d'énergies renouve- lables (+2,5 % en 2017) augmente plus rapidement que la consommation mondiale d'énergie (+1,8 % en 2017), poursuivant une tendance qui se confirme depuis 2011. L'essentiel de la croissance des énergies renouvelables concerne le secteur de l'électricité, à la faveur de l'ex- pansion rapide de I'éolien et du solaire, favorisée par un appui politique constant et une baisse des coûts. Dans le même temps, le recours aux énergies renouve- lables pour le chauffage et le transport est à la traîne. Or il devra être intensifié dans tous les secteurs si l'on veut atteindre la cible 7.2. On ne connaît pas encore toutes les conséquences de la crise du coronavirus sur les énergies renouvelables.
• Les financements publics internationaux destinés aux pays en développement pour soutenir les énergies pro- pres et renouvelables ont doublé depuis 2010, pour at- teindre 21,4 milliards de dollars en 2017. Ces flux mas- quent d'importantes disparités, puisque en 2017, seuls 12 % ont bénéficié à ceux qui en avaient le plus besoin (pays les moins avancés et petits États insulaires en dé- veloppement). Pour accélérer le déploiement des éner- gies renouvelables dans les pays en développement, il est nécessaire de renforcer la coopération interna- tionale, y compris à travers une participation accrue des secteurs public et privé, afin que les flux financiers s'orientent davantage vers ceux qui en ont le plus be- soin, et ce a fortiori dans un monde post-COVID. n
Diplomat Investissement septembre-octobre 2020 5
ÉditorialDIPLOMaT
Diplomat Investissement s’adresse aux décideurs politiques, diplomatiques, financiers et aux investisseurs. Magazine d’informations diplomatiques et économiques, il donne la parole à ceux qui prennent des décisions et fait la promo- tion de la nouvelle diplomatie axée sur les affaires et les investissements.
Président-éditeur: Jean Telé Udimba Directeur général : Viviane Déguy Rédacteur en chef par intérim : Henri Tambwe
ADMINISTRATION Fatouma Muhiya Liliane Aneka
DÉVELOPPEMENT DES AFFAIRES Relations avec les Gouvernements: Telé Wembolua Relations avec les secteurs privé et public: BaronTete Relations avec les institutions: BaronTete Développement des affaires: Ignace Lumumba Directeur de projets: Dominique Gagnon Chargé de mission: Sylla Naby Laye
DIRECTION INTERNATIONALE Relations diplomatiques et consulaires: André Okito Promotion du commerce et des investissements: Anaclet Mutombo Relation avec les pays du Golfe et Arabe: Souleyman Kelley Younous
MARKETING ET PUBLICITÉ Marketing et relations d’affaires: Elodie Rukiza Marketing et Publicité : Sylla Aminata
RÉDACTION Chef rubrique: Dominique Gagnon Chef réviseur: Dominique Gagnon Correspondants: Jacques Fani, Dominique Martens, Lambert Opula, Jacques Malu, Joseph Smith, Azize Fouad, Eric Kouassi, Camara Lemine, Kakoyi Yaya Mahamat. Reportage: Henriette Edju Omeonga
STAGIAIRES
COLLABORATION ET SOUTIEN LOGISTIQUE WABC
DISTRIBUTION Distribution ciblée: WABC
PUBLICATION ET DIFFUSION
Ont également collaboré à ce numéro: Lohaka Yemba, Alphose Noah, Richard Martin, André Lalonda, Jean-Louis Sasseville, Ph.D., Nlombi Kibi, Ing. F., M.B.A., Ph.D, André Turmel, Associé Fasken, Karim Maalioun Associé Fasken, Youssef Fichtali, Avocat, Fasken Consultant et Chargé des projets: Lambert Opula Ph.D. Notre politique de distribution: Il nous arrive de communiquer à nos partenaires les besoins de nos annonceurs afin de les intéresser à leurs produits ou services. Bon nombre d’entre eux apprécient cette méthode de distribution ciblée. Cependant si vous ne voulez pas ce genre de service, faites-le savoir à notre administration. Droits d’auteur et droit de reproduction. Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Canada ISSN: 1205-9757
Magazine Diplomat Investissement 1111 Boulevard Dr. Frederik-Philips, suite 626 Saint-Laurent, QC H4M 2X6 Tél. : +(1) 514 655-1008 - Télécopieur : +(1) 579 641-1797 Courriel : [email protected] www.diplomatinvestissement.com
Toute demande de reproduction doit être adressée à l’admi- nistration du magazine.
Magazine de la diplomatie et des affaires Investissement
Richard Martin*
C’est par l’électron, cette manifestation de l’infiniment petit, que passe l’avenir de la pla- nète entière, et surtout de l’Afrique. L’électron représente le futur pour deux raisons. Pre- mièrement, l’électron c’est la particule qui incarne l’énergie électrique. Si l’Afrique et la
planète doivent continuer de s’enrichir, l’électricité sera la manière privilégiée d’en alimenter les besoins énergétiques. L’électricité est propre et salubre. Sa production peut être centralisée pour tirer parti des investissements majeurs que représentent les centrales hydro-électriques. Si les conditions sont réunies, les centrales éoliens et solaires peuvent aussi contribuer à la production, quoique d’une façon moins stable. Il existe même des études sur la possibilité de construire d’im- menses satellites en orbite autour de la Terre qui capteraient le flux lumineux du Soleil pour en- suite le convertir en énergie électromagnétique qui serait transmis vers des antennes à la surface de la planète d’où l’électricité serait distribuée par un réseau planétaire intégré, géré par l’intel- ligence artificielle. En plus, la technologie des batteries et des piles se développe à la vitesse Grand V, tandis que les emplois de l’électricité courante et stockée se multiplient. Nous n’avons qu’à penser au foisonnement de modèle de voitures électriques et d’appareils électroniques ali- mentés par l’électricité.
Ceci amène à signaler la deuxième raison que l’avenir passe par l’électron : l’électronique. Au fait, les appareils électroniques ne sont que des ordinateurs numériques associés à des ma- chines de plus en plus sophistiquées et performantes. Les machines électriques, les ordinateurs, les instruments de transmission radio et téléphoniques, les capteurs et les calculateurs sont tous alimentés en électricité. Mais en plus, ils emploient les électrons mêmes pour faire le travail de l’humain. Les électrons ainsi exploités multiplient la rapidité, l’exactitude, le pouvoir et la por- tée de l’esprit et de l’intelligence humains. La République Démocratique du Congo arrive à un moment charnière de son existence. Une décision doit être prise quant à la nature de l’investis- sement dans l’exploitation du potentiel hydro-électrique du Grand Inga. Fort d’un potentiel de génération hydraulique de 44 000 MW, le Grand Inga nécessite des investissements qui dépas- sent de loin la capacité interne du pays. Ce n’est qu’en invitant des partenaires étrangers à four- nir des capitaux et du savoir-faire que la pleine puissance énergétique du fleuve Congo peut être transformée en richesse. Pour ce faire, il faut planifier et exécuter les investissements et les capitaux intelligemment pour atteindre la plus grande efficacité et efficience possible. Considé- rons à titre d’exemple la prochaine phase du projet Grand Inga, soit Inga 3. Deux propositions sont sur la table. Une première, visant à construire un barrage haut produisant plus de 11 050 MW est à l’étude depuis plus de cinq ans. Le consortium pour la maîtrise d’œuvre est pour toute fin pratiques en place, le financement par capitaux étrangers est assuré et le modèle d’investis- sement et d’opération en mode BOT a déjà fait ses preuves.
De l’autre côté, il y a une proposition plutôt mal ficelée, qui n’en n’est qu’aux balbutie- ments et qui ne vise qu’à construire un barrage bas générant en deçà de 5 000 MW et ce, moyen- nant un investissement de capitaux presqu’aussi important que le premier. Quelle est la déci- sion la plus logique et la plus bénéfique ? Certains croient que la demande d’électricité en RDC n’est pas suffisante pour justifier la construction d’un barrage de plus de 5 000 MW. Le problème avec cette vision c’est que l’histoire démontre sans équivoque que la demande énergétique, et surtout électrique, se manifeste lorsque l’offre se présente. À preuve, les pays africains seraient déjà prêts à acheter l’entière production du projet Inga 3 ! Il faudra en garder pour les consom- mateurs de la RDC.
Il ne suffit de constater à quel point l’approvisionnement en électricité de la capitale, Kins- hasa, est instable et défaillante pour réaliser qu’une énorme demande inassouvie interne et ex- terne existe bel et bien. S’il y a une chose qui a été démontrée durant la pandémie du COVID- 19, c’est que l’électricité et l’électronique sont essentielles au bien-être de la population et de son économie. Sans électricité et sans appareils électroniques, où en serions-nous à l’heure actuelle? Par ailleurs, les besoins de communication, de consultation, de transmission de données et de partage des connaissances et de l’information nécessitent la présence et le développement d’une infrastructure de télécommunications et de computation à l’échelle mondiale. Les besoins pour les échanges vidéo et par voix, pour la transmission et le traitement électronique des données, pour les conférences et réunions virtuelles sont énormes. Quand les frontières sont fermées et les déplacements de personnes sont aussi restrictives qu’ils le sont devenus au plus fort du confi- nement, ce sont les télécommunications et les transmissions et traitements électroniques des don- nées qui ont permis à tous de continuer de fonctionner, tant bien que mal. Ainsi, l’électron est bel et bien l’avenir de la planète. Si les pays d’Afrique et les Africains veulent participer à cet emballement et profiter de la manne qui en résultera, il faut absolument investir afin de pro- duire l’électricité, tout en cherchant par tous les moyens à maintenir la connectivité et l’intercon- nexion de l’Afrique avec le reste de la planète. (*) Richard Martin, Président de CANLEAD n
*L’avenir de l’Afrique passe par l’électron
________________________Emile Gagnon
Je vous donne ma parole: si vous me faites confiance avec la présidence, je tirerai le meilleur de nous, pas le pire", a-t-il poursuivi lors de son dis-
cours d'investiture comme candidat du Parti démocrate pour l'élection présiden- tielle. "Je suis un candidat démocrate mais je serai un président américain", a-t- il déclaré. "C'est le travail d'un président. Nous représenter tous, pas seulement no- tre base électorale ou notre parti", a-t-il assuré. Le discours de Joe Biden, pro- noncé depuis un stade pratiquement vide de Wilmington dans le Delaware, la ville où il réside, marque le nouveau point cul- minant d'une carrière politique longue de près de cinq décennies.
Au terme de la quatrième et ultime soi- rée de la convention démocrate, unique- ment virtuelle à cause de la crise sanitaire, l'ancien sénateur et vice-président de Ba- rack Obama a décrit la période actuelle comme l'une des plus importantes de l'histoire, sur fond d'épidémie de corona- virus, de récession, d'éveil sur les ques- tions raciales et de lutte pour l'environne- ment. FRONT UNI DES DÉMOCRATES Joe Biden a promis de représenter tous les Américains et de travailler "tout aussi
Politique
JOE BIDEN Joe Biden a accepté sa nomination par le Parti démocrate en vue de l'élection présidentielle du 3 novembre prochain et promis, dans son discours de clôture de la convention nationale démocrate, de guérir un pays frappé par la pandémie en cours et ses répercussions économiques, et profondé- ment divisé par les quatre ans de présidence de Donald Trump. "Le président actuel a plongé l'Amé- rique dans les ténèbres depuis bien trop longtemps. Trop de colère. Trop de peur. Trop de division", a-t-il dit.
6 septembre-octobre 2020 Diplomat Investissement
Officiellement candidat, Biden promet la «lumière» après les "ténèbres" de l'ère Trump
ÉLECTIONS AMÉRICAINES
Diplomat Investissement septembre-octobre 2020 7
dur" pour ceux qui ne le soutiennent pas, dessinant un contraste implicite avec le républicain Donald Trump, qui s'est mon- tré peu enclin à plaire en dehors de son électorat de base.
Plusieurs démocrates ayant pris part à la course pour l'investiture du parti - dont les sénateurs Bernie Sanders, Elizabeth Warren, Amy Klobuchar et Cory Booker - ont salué dans des témoignages pré-enre- gistrés l'empathie et le leadership de Joe Biden. Un autre ex-rival, le milliardaire et ancien républicain Michael Bloomberg, a
déclaré que Donald Trump avait échoué tant comme homme d'affaires que comme président. Tout au long de la convention, les principales figures du Parti démo- crate, ses étoiles montantes et même des personnalités républicaines ont successi- vement apporté leur soutien à Joe Biden et souligné l'urgence de mettre fin aux tu- multes de la présidence de Donald Trump. Avant que Biden ne prenne la pa- role dans la soirée, deux événements ont offert matière supplémentaire à la cam- pagne Biden pour dénoncer ce qu'elle dé-
crit comme un mandat chaotique de Do- nald Trump. Steve Bannon, l'un des archi- tectes de la victoire de Trump en 2016, a été arrêté pour des accusations de détour- nement de fonds (), tandis qu'un juge fé- déral new-yorkais a déclaré que le prési- dent sortant ne pouvait pas empêcher la transmission à la justice de huit années de déclarations de revenus. "Solidaire de nos alliés" - Promettant d'être "solidaire" des alliés de l'Amérique, il a estimé que "le temps des flirts avec les dictateurs" était révolu. "Sous une présidence Biden, l'Amérique ne fermera pas les yeux si la Russie pro- pose des primes sur les têtes des soldats américains. Et ne tolérera pas une ingé- rence étrangère" dans les élections, a-t-il poursuivi en promettant de défendre les "droits humains et la dignité".
Dans son intervention, qui devait être suivie par des dizaines de mill ions d'Américains, ce vieux routier de la vie politique américaine a évoqué les drames personnels qui ont jalonné sa vie. Suivant le discours à la télévision depuis la Mai- son Blanche, Donald Trump a réagi sur Twitter en temps réel: "En 47 ans, Joe n'a fait aucune des choses dont il parle. Il ne changera jamais, que des mots"! A deux mois et demi de l'élection, les Américains interrogés par les sondeurs ont majoritai- rement perdu confiance en Donald Trump
L'ancien vice-président Joe Biden, candidat démocrate à la présidentielle, deuxième à gauche, son épouse Jill Biden, à gauche, la sénatrice Kamala Harris, candidate démocrate à la vice-présidence, deuxième à droite, et son mari Douglas Emhoff au Chase Center pendant la convention Nationale du partie Démocrate à Wilmington
À Kenosha, Joe Biden avait prononcé un discours fortement empreint d'optimisme à l'église luthérienne de Grace
PolitiquePolitique
8 septembre-octobre 2020 Diplomat Investissement
pour sa gestion du pays, en particulier de la pandémie de Covid-19. Toute la se- maine, c'est d'ailleurs l'angle qu'ont choisi les démocrates, qui ont peu parlé de leur programme, pour pilonner le président sortant. Le réquisitoire de Barack Obama contre son successeur fut le plus sévère qu'il ait prononcé en quatre ans. "J'ai es- péré, pour le bien de notre pays, que Do- nald Trump puisse montrer l'envie de prendre son rôle au sérieux, qu'il puisse ressentir le poids de la fonction", a affirmé M. Obama. "Mais il ne l'a jamais fait", a ajouté le premier président noir des Etats- Unis, et troisième ex-président démocrate à soutenir Joe Biden à la convention, après Bill Clinton et Jimmy Carter.
La candidate à la vice-présidence, Ka- mala Harris, a dénoncé dans son propre discours d'investiture mercredi "le chaos permanent" , l ' " incompétence" et la "cruauté" du milliardaire. "Nous méritons beaucoup mieux!", a aussi déclaré la séna- trice de Californie, 55 ans, qui pourrait le 3 novembre écrire un nouveau chapitre de l'histoire américaine en devenant la première femme à accéder à la vice-prési- dence. Cette position pourrait la placer idéalement sur orbite, si, comme nombre d'observateurs le pensent, Joe Biden, plus vieux candidat à la Maison Blanche ja- mais investi par un grand parti, ne fait qu'un seul mandat. Joe Biden, âgé de 77 ans, devance dans les sondages Donald Trump, 74 ans, qui sera formellement dé- signé la semaine prochaine candidat du
Parti républicain. Mercredi, la sénatrice Kamala Harris a officiellement accepté sa nomination comme colistière de Joe Biden et est devenue la première femme de cou- leur à figurer sur un "ticket" présiden- tiel.Donald Trump a tenu durant la se- maine différents événements à travers le pays pour proposer un contre-pro- gramme, une rupture avec la tradition se- lon laquelle les candidats réduisent leurs activités durant la convention du parti adverse. JOE BIDEN : LA «LUMIÈRE» CONTRE LES «TÉNÈBRES» Le candidat démocrate à la présidence a promis de sortir l'Amérique des «ténè- bres» et offert un discours solide en clô- ture de la convention de son parti. Après trois campagnes présidentielles, près de quarante ans au Sénat et huit ans de vice-
présidence, c'était sans doute le discours le plus important de sa carrière. Joe Biden avait trois objectifs très précis, hier soir, devant la convention démocrate. Il devait tout d'abord prouver qu'à 77 ans, il n'in- carnait pas la caricature du papy gâteux que Donald Trump et les républicains se sont rapidement plu à diffuser.Mission accomplie pour Biden : il a rassuré ses électeurs en montrant qu'il avait toute sa tête et était capable de prononcer un long discours cohérent, sans trop trébucher. Au moins temporairement. L'exercice n'était pas facile, s'adressant à une salle vide, dépourvue des applaudissements et des cris habituels des partisans. Surtout, il arrivait après toute une série d'orateurs brillants, dont son ancien patron, Barack Obama, qui a placé la barre très haut. «Le président actuel a enseveli l'Amé- rique dans les ténèbres depuis trop longtemps» Joe Biden se devait ensuite d'offrir une vi- sion optimiste de l'Amérique alors que le pays est dévasté par la pandémie, une énorme crise économique, une explosion des problèmes raciaux… «Le président actuel a enseveli l'Amérique dans les té- nèbres depuis trop longtemps… Trop de colère, trop de peurs, trop de divisions », a déclaré Biden, avec des accents quasi obamiens. «Je vous le promets, si vous me faites confiance et me confiez la prési- dence, je ferai ressortir le meilleur de nous, pas le pire. Je serai un allié de la lu- mière et pas des ténèbres.»
Il devait enfin se livrer à un numéro d'équilibriste, cajoler à la fois l'aile gauche du Parti et lui promettre des réformes sur le réchauffement climatique ou la ques- tion raciale sans effaroucher les modérés, y compris les républicains déçus du trum- pisme. Il a invoqué Franklin Roosevelt et son New Deal, à la suite de la crise de
Le candidat démocrate à la présidence Joe Biden et sa colistière, la sénatrice Kamala Harris
Joe Biden
Politique
1929, au cours de laquelle le président avait mis en place toutes sortes de me- sures révolutionnaires pour l'époque, mais il est resté vague sur son pro- gramme. Au final, l'ancien vice-président a prononcé un discours solide, sérieux et très mordant, loin de l'image du Biden souriant et débonnaire qui visait à souli- gner le contraste avec Donald Trump. Il s'est beaucoup exprimé sur les échecs du président, notamment en matière de coro- navirus. C'est sans doute la stratégie qu'il va adopter dans la dernière ligne droite de la campagne. « Notre président actuel a manqué à son devoir le plus basique en- vers la nation : il a échoué à nous proté- ger », a-t-il dit. « Il a échoué à protéger l'Amérique et à protéger mes compa- triotes. C'est impardonnable. Si je suis élu, je vous fais la promesse de protéger l'Amérique. Je vous défendrai contre toutes les attaques, visibles et invisibles, toujours, sans exception, à chaque fois. » Un discours salué par… Fox News Ce discours lui attirera-t-il de nouveaux électeurs ? Depuis des années, les conven- tions ont de moins en moins d'impact dans la campagne électorale et il reste plus de deux mois avant le scrutin. Mais les commentateurs sur Fox News se sont montrés, une fois n'est pas coutume, très élogieux. C'est un discours « énormément efficace », a dit l'un d'eux, qui «porte un coup» aux tentatives de Donald Trump de présenter son adversaire comme un vieil- lard sénile.
Biden soutenu par des démocrates unis Les démocrates américains ont présenté un front uni pour désigner, au terme d'une convention virtuelle inédite, Joe Bi- den candidat à l'élection présidentielle américaine contre Donald Trump, qui re- prendra lundi la vedette pour sa propre convention.
Joseph Robinette Biden Jr., ancien vice-président de Barack Obama, a clô- turé jeudi soir les quatre jours de la convention démocrate en promettant aux Américains un mandat de réconciliation et d'unité nationale pour tourner la page des quatre années Trump. "L'actuel prési- dent a drapé l'Amérique dans les ténèbres bien trop longtemps. Trop de colère, trop de crainte, trop de divisions", a déclaré Joe Biden, 77 ans, dans un discours plus court que lors d'une convention normale: 25 minutes seulement. "Ici et maintenant, je vous le promets: si vous me faites confiance et me confiez la présidence, je ferai ressortir le meilleur de nous, pas le pire. Je serai un allié de la lumière et pas des ténèbres". L'unité du camp démocrate est cimentée par sa détestation de Donald Trump, qui le lui rend bien. "Les démocrates ont organisé la conven- tion la plus sombre, colérique et lugubre de l'histoire américaine", a réagi vendredi le président. "Là où Joe Biden voit des té- nèbres américaines, je vois la grandeur américaine". Toute la semaine, il a donné le ton de la riposte, tentant de faire de
l'association de "Sleepy Joe" à Barack Obama un désavantage, et de le dépein- dre tour à tour comme un symbole de l'es- tablishment, une marionnette de l'ex- trême gauche et un laquais de Pékin. "La Chine veut vraiment que Joe Biden gagne" le 3 novembre, a-t-il martelé.
La veille, l'ancien vice-président de Ba- rack Obama avait affirmé, en parlant des équipements de protection contre le nou- veau coronavirus, que les États-Unis "ne seraient plus jamais à la merci de la Chine et de pays étrangers". - Sanders élogieux - Son investiture est le couronnement d'une carrière pol i t ique entamée en 1973 comme sénateur du Delaware. Joe Biden avait échoué deux fois auparavant aux primaires démocrates, et avait été repêché en 2008 par Barack Obama pour l'accom- pagner comme numéro deux à la Maison Blanche. L'année 2020 fut la bonne: mal- gré un renouvellement exceptionnel et plus de 25 autres candidats aux pri- maires, "Joe" s'était imposé en quelques jours en mars, au tout début de la pandé- mie, et définitivement avec le retrait de la course de Bernie Sanders début avril. Contrastant avec les primaires fratricides de 2016, à l'issue desquelles Hillary Clin- ton et Bernie Sanders peinèrent à faire la paix, l'unité autour de Joe Biden s'est faite sans accroc public, conformément à son image de personnage modéré, rassem- bleur et débonnaire.
"Bernie", le vieux sénateur socialiste, était d'ailleurs tout sourire pour faire l'éloge de M. Biden jeudi soir lors d'une discussion virtuelle entre sept anciens candidats des primaires diffusée par la convention, qui ont chacun raconté des anecdotes bienveillantes sur l'ancien sé- nateur et vice-président.
"Joe Biden est un être humain plein de compassion, honnête et respectable, ce qui est, en cette période particulière de l'histoire américaine, mon Dieu, une chose dont ce pays a absolument besoin", a dit M. Sanders. Une autre rivale des pri- maires, Kamala Harris, l'a rejoint dans le ticket démocrate comme première candi- date noire et d'origine indienne à la vice- présidence. Les circonstances extraordi- naires de la campagne électorale ont semblé bénéficier jusqu'à présent à Joe Bi- den, qui respecte un protocole sanitaire strict et ne fait pas campagne sur le ter- rain, tout en gardant une avance nette dans les sondages. "Cela se passe mieux que ce que je pensais", a jugé sur MSNBC vendredi Hillary Clinton, candidate mal- heureuse de 2016. n
Joe Biden et sa femme, Jill Biden
Politique
10 septembre-octobre 2020 Diplomat Investissement
Le président Donald Trump a affirmé que son rival démocrate à la prési- dentielle, Joe Biden, serait le fos-
soyeur de «la grandeur de l’Amérique» s’il était élu. Selon le candidat investi ce même soir par le Parti républicain, l’élection du 3 novembre se jouera entre «le rêve améri-
cain» et un « programme socialiste de des- truction du précieux destin » des États- Unis. «Joe Biden n’est pas le sauveur de l’âme de l’Amérique, il est le destructeur des emplois de l’Amérique », a ajouté M. Trump, en référence à une expression sou- vent employée par l’ancien vice-président
de Barack Obama.«Si on lui en offre l’occa- sion, il sera le fossoyeur de la grandeur de l’Amérique», a résumé Donald Trump, qui avait plus tôt accepté la nomination de son parti comme candidat à un second mandat « avec un cœur plein de reconnaissance et un optimisme sans limites». «Nous allons reconstruire la plus forte économie de l’Histoire», a promis le président républi- cain, s’exprimant à un pupitre installé dans les jardins de la Maison-Blanche, face à une assemblée de quelque 1500 invités.
L'image est saisissante de provocation sur la forme. Se moquant d'utiliser ouver- tement l'institution présidentielle pour sa propre campagne, Donald Trump clôt seul la convention républicaine depuis la Mai- son Blanche, avec derrière lui une rangée impressionnante de drapeaux étoilés. « Mes compatriotes, ce soir, avec un cœur plein de reconnaissance et un optimisme sans limite, j'accepte cette nomination pour la présidence des États-Unis », lance le président devant un parterre d'un mil- lier d'invités, non masqués pour la plu- part, après un discours de sa fille et conseillère, Ivanka Trump.
Selon le candidat du Parti républicain, l'élection du 3 novembre se jouera entre «le rêve américain» et un «programme so- cialiste de destruction du précieux destin » des États-Unis. «Joe Biden n'est pas le sau- veur de l'âme de l'Amérique, il est le des- tructeur des emplois de l'Amérique», ajoute Donald Trump Trump, en référence à une expression souvent employée par l'ancien vice-président de Barack Obama. «Si on lui en offre l'occasion, il sera le fos- soyeur de la grandeur de l'Amérique», ré- sume le président milliardaire. Taxe sur les entreprises qui délocalisent «Nous allons reconstruire la plus forte éco- nomie de l'Histoire », promet aussi Donald Trump. S'il est réélu en novembre, son ad-
CONVENTION RÉPUBLICAINE USA 2020
DONALD TRUMP Investi candidat par le Parti républicain, Trump affirme que Biden sera le fossoyeur de «la grandeur de l’Amérique»
Politique
Diplomat Investissement septembre-octobre 2020 11
ministration imposera des taxes à toute en- treprise qui quitterait les États-Unis pour créer des emplois à l'étranger. « Nous al- lons nous assurer que nos entreprises et nos emplois restent dans notre pays, comme j'ai commencé à le faire.» Et de se déchaîner à nouveau contre son ri- val démocrate : « Le programme de Joe Bi- den est "fabriqué en Chine" (made in China). Mon programme est "fabriqué aux États-Unis".» Contre le Covid-19, «un vaccin avant la fin de l'année» «Personne ne sera en sécurité dans l'Amé- rique de Biden », poursuit le le locataire de la Maison Blanche dans un contexte de su- perposition de crises - sanitaire, écono- mique, sociale - et de tensions raciales qui rendent l'issue du scrutin du 3 novembre imprévisible. Dans un discours combatif, mais pas aussi sombre que celui prononcé il y a quatre ans, il vante longuement son action face au Covid-19 et prédit la fin pro- chaine de la pandémie. « Nous produirons un vaccin avant la fin de l'année, et peut- être même plus tôt !», lance-t-il dans une allusion à une possible annonce de taille avant le scrutin présidentiel où il briguera un second mandat de quatre ans. «Nous vaincrons le virus, mettrons fin à la pandé-
mie et émergerons plus forts que jamais», assure encore le 45e président américain,
très critiqué pour ses atermoiements face à la pandémie dont il a longtemps promis qu'elle disparaîtrait par «miracle».
Les Américains n'apprécient guère la fa- çon dont Donald Trump gère cette crise sa- nitaire sans précédent, qui a fait plus de 180 000 morts aux États-Unis. Selon la moyenne des sondages établie par le site FiveThirtyEight, 58,2 % désapprouvent sa réponse face à la pandémie (38,7 % ap- prouvent). Manifestation anti-Trump devant la Mai- son Blanche Peu avant ce discours d'investitutre, des centaines de manifestants antiracistes étaient rassemblés jeudi devant la Maison Blanche et criaient leur colère, exigeant le départ de Donald Trump. Non loin de ce rassemblement antiraciste, les partisans de Donald Trump se sont aussi réunis sur le National Mall, immense esplanade où se dressent musées et monuments officiels à Washington.
À moins de 60 jours de l’élection, le dis- cours du président américain clôture une convention républicaine organisée sous forme de « spectacle Trump », largement virtuel en raison de la COVID-19.
Il intervient dans un contexte de super- position de crises – sanitaire, économique, sociale – et de tensions raciales qui rendent
Le président américain Donald Trump et sa famille à l'issue de son discours à la clôture de la convention républicaine à la Maison Blanche le 28 août 2020
Le président Trump et le vice-président Pence au premier jour de la Convention
Politique
12 septembre-octobre 2020 Diplomat Investissement
l’issue du scrutin du 3 novembre d’autant plus imprévisible. Depuis plusieurs jours, la petite ville de Kenosha (Wisconsin), où un jeune Afro-Américain, Jacob Blake, a été grièvement blessé par des policiers, est l e t h é â t re d e m a n i f e s t a t i o n s e t d e violences. «Je suis le seul rempart entre le rêve américain et l’anarchie, la folie et le chaos» : si l’on se fie à ses déclarations de ces derniers jours, le 45e président de l’his- toire devrait dresser le sombre tableau d’une Amérique sous la menace d’une pré- sidence «socialiste». Et se saisir du dossier pour attaquer son adversaire démocrate. «La semaine dernière, Joe Biden n’a pas dit un mot sur la violence et le chaos dans les- quelles plongent des villes à travers le pays », a lancé mercredi soir, en guise de prélude, le vice-président Mike Pence de- puis Baltimore. «Huile sur le feu» Le candidat démocrate a par avance dé- noncé ce qu’il estime être une exploitation cynique d’évènements tragiques de la part du président. «Il voit cela à travers le prisme des bénéfices politiques qu’il peut en retirer», a-t-il affirmé sur MSNBC. «Il espère plus de violence, pas moins. Il met de l’huile sur le feu». Cette nouvelle mobi- lisation contre les violences policières et le racisme soulève cependant des questions délicates pour l’ancien sénateur. Il devra trouver le ton juste, sur fond de pressions contradictoires venues de sa droite et de sa gauche au sein de son propre parti. S’il a
condamné les «violences inutiles», il a aussi exprimé sa solidarité avec les mani- festants et dénoncé une nouvelle fois le « racisme généralisé» qui mine la société américaine. Largement devancé dans les sondages nationaux, donné battu dans de nombreux États-clés, Donald Trump ré-
pète que les enquêtes d’opinion ne reflè- tent pas l’état d’esprit de l’Amérique et se dit convaincu qu’il créera la surprise, comme en 2016. Sur les trois jours écoulés, la grand-messe républicaine a largement passé sous silence la pandémie qui a fait quelque 180 000 morts aux États-Unis. Or les Américains n’apprécient guère la façon dont Donald Trump gère cette crise sani- taire sans précédent.
Selon la moyenne des sondages établie par le site FiveThirtyEight, 58,2 % désap- prouvent sa réponse face à la pandémie (38,7 % approuvent). Le sujet sera au cœur de l’intervention de Kamala Harris, colis- tière de Joe Biden, qui sera chargée de me- ner la contre-offensive côté démocrate. Elle s’exprimera quelques heures avant le dis- cours de Donald Trump.
Le choix de la Maison-Blanche, bâti- ment fédéral chargé en symboles, pour un discours éminemment politique, au ser- vice d’un seul parti, a fait grincer des dents. Mais l’ancien homme d’affaires de New York, qui a balayé d’un revers de manche les questions éthiques soulevées par ses détracteurs, est ravi de son choix.«C’est un lieu où je me sens bien, c’est un lieu où le pays se sent bien». Un feu d’artifice viendra clôturer cette soirée dont le président espère faire un tremplin vers la victoire. n
Donald Trump et sa femme Melania Trump
Relations internationales
Diplomat Investissement septembre-octobre 2020 13
Accord "historique" de normalisation entre les Émirats arabes unis et l’Israël
___________________________Jacques San
L'établissement de relations diploma- tiques entre Israël et les alliés des Etats-Unis au Moyen-Orient, y com-
pris les riches monarchies du Golfe, est un objectif clé de la stratégie régionale de M. Trump pour contenir la République isla- mique d'Iran, ennemi intime de Washington et de l'Etat hébreu. Depuis sa fondation en 1948, Israël a de son côté eu des relations tu- multueuses avec le monde musulman et arabe, et la signature de cet accord, dénoncé par l'Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas, ferait des Emirats le troisième pays arabe seulement à entretenir des liens diplo- matiques avec lui, après les traités de paix conclus avec l'Égypte (1979) et la Jordanie (1994). - "Nouvelle ère" - Pour Benjamin Netanyahu, il s'agit d'un "jour historique", d'un accord qui représente une "nouvelle ère" pour le monde arabe et Israël.
A cette heure, cette annonce constitue aussi un accomplissement majeur en politique
étrangère pour M. Trump, alors que la cam- pagne pour sa réélection en novembre s'an- nonce difficile. Dévoilé en janvier, un plan de M. Trump pour le Proche-Orient, immé- diatement rejeté par les Palestiniens et criti- qué par la communauté internationale, avait offert à Israël la possibilité d'annexer des territoires et colonies juives de Cisjorda- nie, considérées comme illégales au regard du droit international. Aux yeux des Emirats, en échange de cet ac- cord, Israël a accepté de "mettre fin à la poursuite de l'annexion des territoires pales- tiniens".
"C'est une avancée pour les relations entre Israël et les pays arabes", a-t-il ajouté, soulignant que l'accord "préserve l'option de deux Etats (israélien et palestinien), dé- fendue par la Ligue arabe et la communauté internationale". Dans le même sens, le mi- nistre d'Etat aux Affaires étrangères des Emirats, Anwar Gargash, a souligné que l'accord ouvrait la voie à l'option de deux Etats. "La plupart des pays y verront une
Les Emirats arabes unis et Israël ont convenu de normaliser leurs relations, dans le cadre d'un accord historique négo- cié par les Etats-Unis et qui, une fois signé, ferait d'Abou Dhabi la troisième capitale arabe seulement à suivre ce chemin depuis la création de l'Etat hébreu. Annoncé en premier par le président américain Donald Trump sur Twitter, cet accord verra Israël mettre fin à ses récents projets d'annexion en Cisjordanie occupée, selon les Emirats. Mais le Pre- mier ministre israélien Benjamin Netanyahun'a pas confirmé, loin de là: l'annexion de pans de ce territoire palestinien occupé est "reportée" mais Israël n'y a "pas renoncé", a-t-il précisé. "Une ENORME avancée", a de son côté tweeté M. Trump, qui a loué un "accord de paix historique" entre "deux GRANDS amis" de Washington.
Cheikh Mohammed ben Zayed Al-Nahyane, prince héritier et ministre de la défense d'Abou Dabi
Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou
Relations internationales
_________________________Jacques Sana
Yoshihide Suga, élu le 16 septembre nouveau Premier ministre du Japon par le Parlement, est un fils d'agri-
culteur réputé impénétrable mais qui a su incarner l'expérience, le pragmatisme et la continuité politique pour succéder à Shinzo Abe, dont il était un fidèle lieute- nant.
Dès l'annonce fin août par M. Abe de son intention de démissionner pour des raisons de santé, la plupart des grandes factions du Parti libéral-démocrate (PLD) ont choisi de soutenir M. Suga, politicien chevronné de 71 ans qui était la cheville ouvrière du gouvernement sortant.
Il avait le profil idéal pour faire consen- sus au sein de son parti: "Il a toujours été une sorte de solitaire silencieux au sein du PLD, capable de s'entendre avec presque tout le monde, sans afficher une ambition personnelle ou des convictions politiques fortes", selon Yongwook Ryu, universitaire de Singapour expert des politiques en Asie de l'Est. M. Suga a loyalement servi et conseillé M. Abe pendant des années. Il avait notamment joué un rôle déterminant dans son retour au pouvoir fin 2012, après l'échec de son premier mandat de Premier ministre en 2006-2007. M. Abe l'avait ré- compensé en le nommant secrétaire géné- ral du gouvernement, un poste hautement stratégique.
Endossant le rôle de coordinateur de la politique entre les ministères et les nom- breuses agences de l'État, M. Suga a acquis
une réputation d'habile tacticien, parve- nant à mettre au pas la complexe et puis- sante bureaucratie japonaise pour exécuter les politiques clé du gouvernement. "Les gens pensent que je fais peur, surtout les bureaucrates. Mais je suis bienveillant (...) avec ceux qui travaillent sérieuse- ment", a assuré M. Suga lors d'un récent débat public. - Petits boulots - Sous le mandat de M. Abe, il a notamment travaillé à l'assouplissement des restric- tions sur le travail des étrangers dans un pays en manque de main-d’œuvre et porté
diverses initiatives, comme la mise en place d'un crédit d'impôt pour soutenir les régions rurales et la réduction des tarifs des opérateurs mobiles.
Assurant aussi la fonction de porte-pa- role du gouvernement, M. Suga était de- venu le visage de l'administration Abe, tout en se montrant peu loquace, et parfois cassant avec les journalistes posant des questions embarrassantes. Ses origines ru- rales, qu'il met volontiers en avant dans ses discours, détonnent au sein d'un PLD dominé par des héritiers de grandes fa- milles politiciennes. Fils d'un cultivateur de fraises et d'une enseignante de la région d'Akita (nord), M. Suga a lui-même fi- nancé ses études à Tokyo en enchaînant des petits boulots, dans une usine de car- tons ou comme manutentionnaire au grand marché aux poissons de la capitale, selon son site internet officiel.
Après des études de droit, il est ra- pidement saisi par le virus de la politique. Il travaille comme assistant parlementaire d'un élu de Yokohama, puis devient à 28 ans élu du conseil municipal de cette même grande ville, voisine de Tokyo. Neuf ans plus tard, en 1996, il décroche un siège de député de Yokohama, qu'il détient tou- jours. - Sobriété - Cet homme marié et père de trois enfants est resté jusqu'à présent très discret sur sa vie privée, avec une passion déclarée pour des loisirs ordinaires - pêche et marche à pied notamment - et son abstinence d'al- cool. n
14 septembre-octobre 2020 Diplomat Investissement
Yoshihide Suga, le nouveau Premier ministre japonais symbole de continuité
initiative courageuse pour garantir une so- lution à deux Etats, à l'issue de négocia- tions", a-t-il déclaré en conférence de presse. Il n'a pas voulu donner de date précise pour l'ouverture d'ambassades entre Abou Dhabi et Israël, précisant toutefois que cela inter- viendrait "prochainement". L'option de deux Etats a été ignorée jusqu'ici par le pré- sident Trump dont le plan de paix ne com- porte aucune référence à un Etat palestinien vivant aux côtés d'Israël. Et M. Netanyahu a tenu un autre discours que les dirigeants émiratis jeudi soir: "J'ai apporté la paix, je réaliserai l'annexion", a-t-il proclamé. - "Continuation du déni" - Pour sa part, le secrétaire d'État américain, Mike Pompeo, a salué "un pas en avant significatif pour la
paix au Moyen-Orient". "Les Etats-Unis es- pèrent que cette étape courageuse sera la première d'une série d'accords qui mettront fin à 72 ans d'hostilités dans la région", a dé- claré M. Pompeo, ajoutant que l'accord se- rait signé à la Maison Blanche à une date ul- térieure.
De son côté, le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, dont le pays est un allié des Emirats et des Etats-Unis, a sobrement salué l'accord, et estimé lui aussi que cela empê- cherait une annexion de pans de la Cisjor- danie. Mais l'Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas a, elle, qualifié de "trahi- son" l'accord de normalisation et a appelé à une "réunion d'urgence" de la Ligue arabe pour le dénoncer. En guise de protestation,
elle a aussi ordonné le rappel "immédiat" de l'ambassadeur palestinien à Abou Dhabi. "Les dirigeants palestiniens rejettent ce que les Emirats arabes unis ont fait. Il s'agit d'une trahison de Jérusalem et de la cause palestinienne", a indiqué dans un communi- qué la direction palestinienne appelant à une "réunion d'urgence" de la Ligue arabe pour dénoncer le projet soutenu par les Etats-Unis. Le Hamas palestinien l'a aussi condamné.
Cet accord "ne sert pas la cause palesti- nienne mais est considéré comme une conti- nuation du déni des droits du peuple pales- tinien", a dit à l'AFP Hazem Qassem, porte-parole du mouvement islamiste au pouvoir dans la bande de Gaza. n
Le nouveau Premier ministre japonais, Yoshihide Suga
Diplomatie des affaires
_________________________Jacques Sana
La rencontre entre les ambassadeurs Harry Harris et Xing Haiming a eu lieu à la résidence de l'envoyé amé-
ricain au centre de Séoul plus tôt dans la journée, a déclaré un responsable de l'am- bassade américaine. La réunion a duré environ une heure.
«Bonne rencontre avec l'ambassa- deur de la RPC en Corée du Sud, S.E. Xing Haiming. Nous avons discuté de l'importante relation entre les Etats-Unis et la RPC», a écrit Harris sur son compte Twitter. RPC est l'abréviation de la Répu- blique populaire de Chine. C'était leur première rencontre en tête-à-tête depuis l'entrée en fonction de Xing fin janvier.
«L'ambassadeur Harris a déclaré par la suite qu'il avait apprécié la discussion productive avec l'ambassadeur Xing sur un large éventail de questions diploma- tiques», a déclaré un porte-parole de l'ambassade américaine sous anonymat. Selon une déclaration du site web de l'ambassade de Chine à Séoul, Xing a dé- claré que le développement stable des re-
lations sino-américaines ne sert pas seu- lement les intérêts fondamentaux de la Chine et des Etats-Unis, mais est aussi « l ' e s p o i r c o m m u n d e s p e u p l e s d u monde». Xing a ajouté que la Chine n'a «aucune intention de se substituer aux Etats-Unis» tout en exprimant l'espoir que les Etats-Unis respecteront les «inté- rêts fondamentaux» de la Chine. Harris a dit que Washington espère renforcer la
coopération avec Pékin sur la question de la péninsule coréenne, a déclaré l'ambas- sade de Chine. Un porte-parole de l'am- bassade chinoise a précisé qu'il s'agissait d'une visite de courtoisie de Xing, qui est devenu ambassadeur en Corée du Sud au début de cette année, et que les deux hommes ont discuté de diverses ques- tions, y compris des sujets d'intérêt mu- tuel. n
Entretien entre les ambassadeurs des États-Unis et de la Chine
L'ambassadeur Xing HaimingL'ambassadeur HarryHarris
Démission de l’ambassadeur des États-Unis à Berlin
L’ambassadeur des États-Unis à Berlin Richard Grenell, un fidèle de Donald
Trump qui a suscité de nombreuses crispa- tions en Allemagne par ses critiques en- vers le gouvernement, a démissionné de ses fonctions, a-t-on appris mardi auprès de l’ambassade.
«L’ambassadeur Grenell a démissionné de son poste […] le 1er juin», a indiqué à l’AFP le porte-parole de l’ambassade Jo- seph Giordono-Scholz, ajoutant qu’il serait remplacé par la numéro deux Robin Qui- ville jusqu’à la nomination d’un rempla- çant. M. Grenell reste envoyé spécial du président Trump pour le dialogue Serbie- Kosovo, a-t-il précisé. Âgé de 53 ans, cet ancien porte-parole des États-Unis à l’ONU occupait le poste d’ambassadeur en Allemagne depuis avril 2018. Son départ était pressenti depuis plusieurs semaines. En février, Donald Trump lui avait confié l’intérim de la direction du renseignement américain. Mais M. Grenell avait poussé vers la sortie plusieurs responsables du
renseignement dont la loyauté envers M. Trump était jugée douteuse. Il avait an- noncé des réorganisations sans en infor- mer le Congrès préalablement comme il
aurait dû le faire, ce qui lui a valu de ne pas être confirmé à ce poste. Dès son arri- vée en Allemagne, il s’était distingué par ses prises de position tranchées, via no- tamment le réseau social Twitter, qu’il uti- lise abondamment comme le président américain.
Il avait notamment menacé le gouver- nement et des entreprises allemandes de sanctions dans différents dossiers. Il s’était élevé pêle-mêle contre l’insuffisance selon lui des dépenses militaires allemandes, la participation au chantier du gazoduc russe Nord Stream 2, ou encore l’intégration de l’équipementier chinois Huawei à la mise en place de la future 5G.
Il avait aussi appelé dès son entrée en fonction à un retrait d’Iran des entreprises allemandes. Des députés allemands du parti de gauche Die Linke avaient été jusqu’à réclamer un débat parlementaire sur un éventuel renvoi de cet ambassa- deur, accusé de s’immiscer dans les af- faires intérieures allemandes. n
L’ambassadeur Richard Grenel
________________________Denis Masalaki
Après deux tournées européennes du Secrétaire d’État américain Mike Pompeo, essentiellement en
Europe de l’Est, c’était au tour de Pékin d’envoyer ses émissaires à travers le "Vieux Continent", en amont du sommet virtuel Chine-UE le 14 septembre. L’objectif pour la Chine est de convaincre les Européens de ne pas s’aligner avec les Américains, au nom de valeurs communes comme le multi- latéralisme. Mais au lieu de resserrer des liens distendus, ces visites ont plutôt illustré le fossé qui sépare Pékin de plusieurs capi- tales européennes.
Italie, Pays-Bas, Allemagne... France Pour son premier voyage en Europe
depuis le début de la pandémie, le ministre des Affaires étrangères chinois Wang Yi, s’en rendu tour à tour en Italie, aux Pays-Bas, en France, en Norvège (non membre de l’UE) et en Allemagne. Il a été suivi de près par le chef de la diplomatie chinoise et membre du Politburo Yang Jiechi en Espagne et en Grèce. Réputé pour ne pas mâcher ses mots, Wang Yi était chargé de mener une offensive de charme agrémentée de "saluts du coude". Cependant, plusieurs sujets sensibles se sont invités à sa tournée. Avec l’aide des Ital- iens, Wang accepta une rencontre à Rome avec son homologue canadien, dont le prin- cipal sujet a été l’arrestation de la directrice financière de Huawei en décembre 2018, suivie de celle de deux ressortissants cana- diens en Chine. Depuis lors, les relations en- tre Pékin et Ottawa sont glaciales et les ren- contres se font rares… Le dossier de Hong Kong Puis ce fut au tour du dossier hongkongais
de resurgir: au moment où Wang Yi s’en- tretenait avec son homologue italien, l’ac- tiviste Nathan Law, ayant fui l’ex-colonie britannique après le passage de la loi de sécurité nationale, prenait la parole devant le ministère aux côtés de l’ancien ministre des Affaires étrangères et d’un sénateur. In- terrogé lors d’une conférence de presse à Oslo, Wang Yi a prévenu que la Chine ver- rait d’un très mauvais œil l’attribution du Nobel de la Paix aux manifestants hongkon- gais. Pour mémoire, l’attribution de ce prix au dissident Liu Xiaobo avait conduit à six ans de gel des relations entre la Norvège et la Chine e t un boycot t du saumon norvégien. À Paris, le ministre chinois avait eu l’honneur d’être reçu par le Président Macron, qui en profita pour souligner que la 5G en France serait de technologie "eu-
ropéenne" (Nokia, Ericsson). L’Allemagne reste donc le dernier grand marché eu- ropéen à ne pas avoir tranché sur la ques- tion de Huawei…Justement, c’est à Berlin que la visite de Wang dérailla, lorsqu’il proféra des menaces à l’encontre du prési- dent du Sénat tchèque Milos Vystrcil, en voyage à Taïwan – des propos immédiate- ment condamnés en conférence de presse par son homologue allemand Heiko Maas.
Menace non militaire contre la Chine Hasard du calendrier, le même jour, l’Insti-
tut Australien de Stratégie Politique (ASPI) publiait un rapport intitulé "la Diplomatie Coercitive du PCC", identifiant huit types de menaces "non militaires" que la Chine utilise auprès d’autres pays afin de les in-
citer à changer leur comportement: menaces formulées par ses médias d’État, ses diplo- mates ou ses ambassades (la fameuse diplo- matie du "loup combattant"); restrictions aux voyages officiels; et détentions arbi- traires et exécutions de ressortissants des nations ciblées. Les chercheurs recensent aussi des sanctions économiques; des re- strictions aux investissements; des aver- tissements aux voyageurs; et des boycotts populaires orchestrés par les médias et re- layés par les réseaux sociaux. Selon la méth- ode de "la carotte et du bâton", le pendant de cette diplomatie coercitive s’exprime à travers celle du "carnet de chèques", consis- tant à des promesses d’aides et d’investisse- ments en guise de récompense. Les sujets de contentieux sont variés: Covid-19, 5G, Xin- jiang, Hong Kong, Taïwan, bouclier antimis- siles THAAD, Dalaï-lama, Nobel de la Paix, mer de Chine du Sud… tous touchant aux intérêts fondamentaux du Parti.
Excuses publiques à la Chine Ces dix dernières années, l’institut a com-
pilé une liste (non exhaustive) de 100 cas de "diplomatie coercitive" chinoise auprès de 28 pays étrangers: les pays européens ar- rivent n°1, suivis de l’Australie et de la Nou- velle-Zélande, puis des États-Unis et du Canada. Les 52 autres cas visent des entre- prises étrangères, qui se sont pliées à des ex- cuses publiques dans 4 cas sur 5. Les au- teurs notent une forte accélération de ces tactiques depuis 2018 – correspondant au début de la guerre commerciale sino-améri- caine – avec un regain de "menaces" durant la pandémie, "faute de pouvoir mettre en pratique d’autres moyens de coercition". Selon l’ASPI, ces tactiques ne s’arrêtent que
lorsque la Chine obtient ce qu’elle veut. Officiellement, Pékin se défend d’employer de telles méthodes, "dont l’Occident a l’a- panage". Il est vrai que la Chine n’est pas la première puissance à utiliser ce type de moyens de pression afin de protéger ses in- térêts.
Mais la stratégie chinoise est unique dans le sens où elle ne limite pas à une approche d’État à État, et ne reconnaît pas officielle- ment le lien entre les sanctions qu’elle décrète et ses intérêts, préférant ainsi don- ner des prétextes (non-respect des règles sanitaires ou des problèmes d’étiquetage pour les restrictions aux importations par exemple)… Evidemment, les pays étrangers sont tiraillés quant à l’attitude à adopter: céder ou tenir tête? D’après les chercheurs, seule une mobilisation coordonnée entre différents pays, au sein d’entités et blocs in- ternationaux (UE, ASEAN, "Fives Eyes", G7, G10…) peut faire la différence. n
Offensive de charme manquée de la Chine en Europe
16 septembre-octobre 2020 Diplomat Investissement
Le ministre chinois des affaires étrangères Wang Yi et Jean-Yves Le Drian, ministre, français de l’Europe et des Affaires étrangères
Investissement
INVESTISSEMENT
______________________Alphonse Bongala
Selon un nouveau rapport de la Banque mondiale, la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) repré-
sente une véritable occasion de stimuler la croissance, de réduire la pauvreté et d'élar- gir l'inclusion économique dans cette ré- gion. En effet, s'il est pleinement mis en œu- vre, cet accord commercial pourrait
accroître le revenu régional de 7 % — soit 450 milliards de dollars —, accélérer l'aug- mentation de la rémunération des femmes et sortir 30 millions de personnes de l'ex- trême pauvreté d'ici 2035.
Le rapport indique en outre que l'ob- tention de tels résultats sera particulière- ment importante au regard des consé- quences économiques de la pandémie de COVID-19 (coronavirus) qui devrait entraî- ner jusqu'à 79 milliards de dollars de pertes
de production en Afrique en 2020. La pan- démie a déjà provoqué des perturbations majeures dans les échanges commerciaux sur le continent, notamment pour des biens essentiels tels que les fournitures médicales et les denrées alimentaires.
Les mesures de réduction des freins bu- reaucratiques et de simplification des pro- cédures douanières au sein de la ZLECAf devraient être à l'origine de la plus grande
part de la hausse des revenus. La libéralisa- tion des tarifs douaniers, de même que la réduction des barrières non tarifaires comme les quotas et les règles d'origine, permettrait d'augmenter les revenus de 2,4 %, soit environ 153 milliards de dollars. Les 292 milliards de dollars restants pro- viendraient de mesures de facilitation du commerce qui limitent les formalités admi- nistratives, abaissent les coûts de mise en conformité pour les sociétés commerciales
et facilitent l'intégration des entreprises africaines dans les chaînes logistiques mon- diales. La mise en œuvre réussie de la ZLE- CAf contribuerait à amortir les effets négatifs du coronavirus sur la croissance économique, en soutenant le commerce ré- gional et les chaînes de valeur grâce à la ré- duction du coût des échanges. À plus long terme, l'accord continental ouvrirait aux pays africains des possibilités d'intégration
et de réformes favorables à la croissance. En remplaçant la mosaïque d'accords régio- naux, en rationalisant les procédures aux frontières et en donnant la priorité aux ré- formes commerciales, la ZLECAf pourrait aider les pays africains à renforcer leur ré- silience face à de futurs chocs économiques. «La Zone de libre-échange continentale africaine a la capacité d'accroître les possi- bilités d'emploi et les revenus, ce qui contri- bue à élargir les perspectives de tous les
L'Afrique pourrait voir son revenu augmenter de 450 milliards de dollars grâce à l'accord de libre-échange continental
Diplomat Investissement septembre-octobre 2020 17
Donald Trump et Liu He
Photo de famille des chefs d'État et de gouvernement de l'Union africaine (UA) lors du lancement de la Zone de libre-échange continentale (ZLEC) en Afrique.
Investissement
Africains, souligne Albert Zeufack, écono- miste en chef de la Banque mondiale pour l'Afrique. Elle devrait permettre de sortir de la pauvreté modérée environ 68 millions de personnes et de rendre les pays africains plus compétitifs. Néanmoins, la réussite de sa mise en œuvre sera primordiale et il conviendra notamment de suivre attentive- ment ses effets sur tous les travailleurs — femmes et hommes, qualifiés et non quali- fiés — dans tous les pays et secteurs afin de garantir que l'accord porte pleinement ses fruits. »
Le rapport précise également que la ZLECAf pourrait permettre de réorganiser les marchés et les économies de la région, entraînant la création de nouvelles indus- tries et l'expansion de secteurs clés. Les gains économiques d'ensemble seraient va- riables, les plus importants bénéficiant aux pays qui supportent actuellement des coûts d'échanges élevés. Ainsi, la Côte d'Ivoire et le Zimbabwe, où les coûts commerciaux sont parmi les plus lourds de la région, en- registreraient les résultats les plus favora- bles avec une augmentation de 14 % des re- venus dans chaque pays. La ZLECAf
stimulerait également de manière significa- tive le commerce africain, en particulier les échanges intrarégionaux dans le secteur manufacturier. Les exportations intraconti- nentales augmenteraient de 81 %, tandis que la progression vers les pays non afri- cains serait de 19 %.
La mise en œuvre de l'accord entraîne- rait également des hausses de salaire plus importantes pour les femmes que pour les
hommes d'ici à 2035, avec des augmenta- tions respectives de 10,5 % et de 9,9 %. Elle permettrait également d'augmenter de 10,3 % le salaire des travailleurs non quali- fiés et de 9,8 % ceux des travailleurs quali- fiés. La publication de ce rapport a pour but d'aider les pays africains à mettre en œuvre des politiques susceptibles de maximiser les bénéfices potentiels de l'accord tout en minimisant les risques. La création d'un marché à l'échelle du continent exigera une action volontariste pour réduire tous les coûts commerciaux.
Il faudra pour cela adopter des législa- tions permettant aux marchandises, aux ca- pitaux et aux informations de circuler libre- ment et facilement à travers les frontières. Les pays qui y parviendront pourront atti- rer les investissements étrangers et stimuler la concurrence, facteurs d'augmentation de la productivité et de l'innovation des entre- prises nationales. Enfin, les gouvernements devront aussi préparer leur main-d'œuvre à tirer parti des nouvelles opportunités grâce à de nouvelles réformes destinées à réduire les coûts liés aux réorientations profession- nelles. n
18 septembre-octobre 2020 Diplomat Investissement
La Chine est en train de détrô- ner les Américains en devenant le premier joueur économique. _______________________Pierre Tekilana
Donald Trump répète partout que les États-Unis sont la première puissance économique du monde
et que la Chine est deuxième. C’est la Chine qui est la première puissance écono- mique mondiale. Et l’écart augmente d’an- née en année en sa faveur. Cette nouvelle puissance change le monde.
Il faut calculer l’importance de la Chine en parité de pouvoir d’achat. C’est ce que dit la CIA elle-même. En parité de pouvoir d’achat, le PIB annuel de la Chine représente environ 28 000 milliards de dol- lars, soit à peu près 20 % de l’économie de la planète. Les États-Unis arrivent au se- cond rang, avec environ 21 000 milliards de dollars. Ça entre et ça sort La Chine est aussi le premier pays expor-
tateur au monde. Elle exporte chaque an- née pour 2500 milliards. Les États-Unis sont deuxièmes, avec des exportations de 1600 milliards. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la Chine est aussi un grand pays importateur. Elle reçoit de l’étranger pour 2100 milliards de produits, ce qui en fait le second plus important marché au monde, juste derrière les États-Unis, avec des importations de 2400 milliards. Grand investisseur Les investissements mondiaux de la Chine s’élèvent à plus de 3000 milliards. Ils investissent surtout en Europe (396 G$), en Afrique subsaharienne (306 G$) et en Asie de l’Ouest (294 G$). Le Canada est le cinquième pays qui reçoit le plus d’inves- tissements chinois (56 G$), derrière les États-Unis, la Grande-Bretagne, la Suisse et le Brésil. La Chine investit surtout dans les infrastructures de transport, les mines,
Albert Zeufack, économiste en chef de la Banque mondiale pour l'Afrique
Président chinois Xi Jinping
Diplomat Investissement septembre-octobre 2020 19
l’agriculture et les entreprises de haute technologie et de finance. Consequences incalculable Grâce à sa nouvelle puissance écono- mique, la Chine devient l’exemple à suivre pour beaucoup de pays. Les États-Unis, au contraire, sont de plus en plus perçus comme un contre-exemple. Si la Chine continue sur sa lancée, sa monnaie va sup- planter le dollar américain comme mon- naie de référence. Avec des résultats catas- trophiques sur les États-Unis, qui ne pourront plus financer leur dette aussi fa- cilement ni résister aussi aisément aux crises mondiales. Comment la Chine achète le monde Depuis le lancement en grande pompe, en 2013, des « nouvelles routes de la soie », destinées officiellement à connecter la Chine au reste du monde, Pékin a étendu son influence économique sur les cinq continents à coups de milliards d’investis- sements. Cette nouvelle ambition chinoise apparaît de plus en plus comme une me- nace pour de nombreux petits pays – en Asie, en Afrique mais aussi en Europe – qui se sentent pris en otage d’une stratégie hégémonique derrière laquelle se cachent des ambitions militaires.
«Nous traitons nos amis avec du bon vin mais pour nos ennemis nous avons des fusils», a déclaré, lundi 2 décembre, l’am- bassadeur de Chine en Suède à la presse locale. Six ans après le lancement, à Pékin, du méga-projet des «nouvelles routes de la soie », continentales et maritimes, qui pré- tendait incarner «l’émergence pacifique » de la Chine, le discours a changé. Il est de- venu plus arrogant, sinon menaçant.
La construction d’infrastructures dans les pays en développement et les liens de dépendance que cela engendre envers Pé- kin sont de plus en plus problématiques,
avertissent plusieurs experts. Depuis 2013, la Chine est chaque fois plus présente un peu partout dans le monde avec son pro- jet de nouvelles routes de la soie, aussi ap- pelées «Une ceinture, une route» (Nou- velle route de la soie en anglais Belt and Road Initiative, BRI), qui comprend une partie continentale et une autre maritime. Dans le cadre de ce projet pharaonesque, les Chinois ont signé des ententes avec 125 pays afin d’y construire des infrastructures telles que des ports, des autoroutes, des aé- roports et des chemins de fer, mais aussi des pipelines, des centrales hydroélec- triques et des réseaux de fibre optique. Les entreprises chinoises ont mis en branle quelque 3000 projets depuis le lancement de la BRI Du Pakistan au Panama, en passant par le Nigeria et la Grèce, la Chine aurait déjà in- vesti au moins 70 milliards de dollars amé- ricains pour encourager ces pays à lui ou-
vrir leurs marchés, à faciliter les échanges et à connecter leurs marchés financiers aux marchés chinois.
La BRI va cependant bien au-delà des infrastructures, de l’accès aux march&