La fiction dans les tأ©moignages de Jorge Semprun Jorge Semprun, Le grand voyage, Paris. Gallimard,

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  • UNIVERSITÉ DU QUÉBEC À MONTRÉAL

    LA FICTION DANS LES TÉMOIGNAGES DEJORGESEMPRÛN

    MÉMOIRE

    PRÉSENTÉ

    COMME EXIGENCE PARTIELLE

    DE LA MAÎTRISE EN ÉTUDES LITTÉRAIRES

    PAR

    ANNIE ARCHAMBAULT

    AOÛT 2007

  • UNIVERSITÉ DU QUÉBEC À MONTRÉAL Service des bibliothèques

    Avertissement

    La diffusion de ce mémoire se fait dans le respect des droits de son auteur, qui a signé le formulaire Autorisation de reproduire et de diffuser un travail de recherche de cycles supérieurs (SDU-522 - Rév.01-2006). Cette autorisation stipule que «conformément à l'article 11 du Règlement no 8 des études de cycles supérieurs, [l'auteur] concède à l'Université du Québec à Montréal une licence non exclusive d'utilisation et de publication de la totalité ou d'une partie importante de [son] travail de recherche pour des fins pédagogiques et non commerciales. Plus précisément, [l'auteur] autorise l'Université du Québec à Montréal à reproduire, diffuser, prêter, distribuer ou vendre des copies de [son] travail de recherche à des fins non commerciales sur quelque support que ce soit, y compris l'Internet. Cette licence et cette autorisation n'entraînent pas une renonciation de [la] part [de l'auteur] à [ses] droits moraux ni à [ses] droits de propriété intellectuelle. Sauf entente contraire, [l'auteur] conserve la liberté de diffuser et de commercialiser ou non ce travail dont [il] possède un exemplaire.»

  • 11

    Remerciements

    Je tiens à remercier, d'abord et avant tout, le département d'études littéraires de

    J'Université du Québec à Montréal, directeurs et professeurs, pour la grande

    souplesse et flexibilité du programme de maîtrise. J'ai demandé plusieurs sessions

    de congé qui m'ont été accordées et qui m'ont permis de concilier plus facilement un

    horaire de travail particulièrement chargé au cours de ces trois dernières années. Je

    tiens à souligner la compétence et la gentillesse de Carole Darpphousse, secrétaire du

    département qui a reçu avec patience mes nombreuses requêtes et mes inscriptions

    souvent en retard. Je veux remercier également Martine Delvaux qui a accepté une

    étudiante fantôme et qui, quoique j'aie été t'lutôt invisible durant ces quelques

    années, m'a tout de même insufflé la passion de la littérature testimoniale. Je dis

    merci à mes étudiants qui ont participé, malgré eux, à l'élaboration d'un discours sur

    la nécessité de transmettre l'héritage de la Shoah. Finalement, je veux remercier ma

    mère parce qu'elle aime lire ...

    Ce ne sont pas dans des conditions idéales que j'ai rédigé ce travail. Néanmoins, le

    long chemin que j'ai dû parcourir pour y arriver m'a constamment stimulé. J'ai fait

    des lectures troublantes et j'ai découvert des auteurs stupéfiants. Je suis convaincue,

    aujourd'hui, que la littérature ouvre la possibilité de comprendre l'autre. Je suis

    également persuadée d'avoir une plus grande tolérance envers autrui et je suis

    déterminée à transmettre cette valeur, peu importe les concessions à faire. C'est

    peut-être cela une partie de l'héritage de la Shoah.

  • III

    Table des matières

    CHAPITRE 1

    1.1 Le témoignage: instrument de la mf.noire historique

    1.2 Le témoignage et le texte littéraire

    2.1 Le témoin

    2.2 La mémoire dans les récits de Semprim

    2.3 Le corps dans le témoignage de Semprun

    CHAPITRE III

    3.1 L'art dans le témoignage: littérature, poésie et musique

    3.2 Les personnages invéntés : réalité et fiction

    3.3 Emploi de l'ironie

    3.4 Intertextualité

    3.5 Témoigner de l'intérieur, témoigner de l'extérieur

    CONCLUSION

    BIBLIOGRAPHIE

    REIvlERCŒIvlENTS

    TABLE DES MATIÈRES

    RÉsUMÉ

    INTRODUCTION

    POURQUOI LE TÉMOIGNAGE?

    CHAPITRE Il LE TÉMOIGNAGE CHEZ SEMPRUN, LE CORPS CO:M:ME MÉDIATION DE LA MÉMOIRE

    LA FICTION DANS LE TÉMOIGNAGE DE JORGE SEMPRUN

    3.6 Écriture: la vie ou la mort

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  • IV

    Résumé

    Les années qui ont suivi immédiatement la fm de la Seconde Guerre mondiale et la libération des camps ont été le lieu de la publication d'une multitude de témoignages. La communauté savante - historiens, anthropologues, sociologues - qui a normalement la tâche ardue et complexe d'historiser les faits ne sait pas comment interpréter cette abondante littérature. Ce sont les psychologues et les littéraires qui s'y intéressent d'abord. À partir de 1948, les survivants font face à un mur du silence: on veut passer à autre chose. Les manuscrits trouvent difficilement une maison d'édition, non pas seulement à cause d'une saturatiçm, mais plutôt par la nature même du sujet traité. Dans ce climat difficile où 1a vérité historique ne concorde pas toujours avec la vérité racontée, qu'en est-il des œuvres de fiction? C'est dans cette optique que j'étudie deux ouvrages de Jorge Semprun, survivant du camp de Buchenwald. Le grand voyage (1963) et L'écriture ou la vie (1994) racontent l'expérience marquante vécue dans l'univers concentrationnaire nazi. Contrairement à d'autres témoignages sur les camps, l'auteur transgresse le type conventionnel du compte rendu objectif par un travail de création. Dans ce mémoire, je cherche à montrer comment Semprun utilise le travail de création et l'artifice de l'art pour transmettre l'indicible, c'est-à-dire ce qui ne semblait pas pouvoir être raconté: la vérité essentielle de l'expérience vécue.

    Ce mémoire se déploie en trois parties. Tout d'abord, afm de bien cerner l'importance de l'acte testimonial, il est important de définir le rôle du témoin dans le contexte particulier de la Seconde Guerre mondiale. Ensuite, puisque le corps est central à l'expérience vécue, il est possible d'observer sa fonction dans la construction de la mémoire. Finalement, il faut dégager les divers mécanismes d'écriture utilisés par l'auteur. De cette manière, à la fin du travail, le rôle prépondérant de la création littéraire dans l'élaboration du témoignage peut être clairement mis en évidence.

    Fiction - Témoignage - Camps - Mémoire - Corps

  • INTRODUCTION

    En mai 2005, j'ai assisté à une célébration commémorant le soixantième

    anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale. La synagogue était remplie

    d'enfants et d'adolescents: kippa sur la tête (c'est une école juive), cellulaire en

    poche et souliers Puma aux pieds. Je me suis demandée ce qui restait, soixante ans

    après, de la mémoire de cet événement déterminant. Quel héritage avons-nous la

    responsabilité de léguer aux jeunes, qu'ils soient juifs ou non? Le rabbin, alors

    même qu'il allumait les bougies commémoratives, rappelait l'importance de se

    souvenir. Se souvenir de quoi? Que peut-on raconter lorsque l'événement est si

    loin de nous?

    Plus tard, un homme âgé a pris place aux côtés du rabbin. C'était un

    survivant et je me suis rappelée l'avoir déjà entendu parler, à l'UQAM, quelques

    années auparavant. Il disposait d'à peine vingt minutes pour condenser une

    expérience qui, à la base, est incommunicable. J'ai observé les enfants et je me suis

    rendu compte de leur manque d'intérêt. Certains placotaient en cachette; d'autres

    somnolaient doucement le menton appuyé sur la poitrine. J'étais outrée. Si un

    survivant en chair et en os ne peut pas attirer l'attention, alors quoi?

    Forte de bonnes intentions, j'ai mis au programme de lecture le récit de Primo

    Levi Si c'est un homme. S'ils ne voulaient pas s'intéresser à la Shoah, j'allais les y

    contraindre. Résultat? Plusieurs n'ont pas terminé la lecture du livre. D'autres

    J'ont trouvé trop neutre, objectif. Ils auraient voulu avoir plus de détails, des

    descriptions plus saiJJantes. Ils n'ont même pas eu envie de pleurer, m'ont-ils dit. Il

    aurait fallu des sensations fortes, des émotions à fleur de peau, peut-être même un

    peu plus de cruauté. Certainement pas cette retenue qui rend le livre de Levi si

    révélateur. En vérité, mes étudiants auraient été attirés par un film à grand

    déploiement: un King Kong de l'Holocauste. Dans une culture où Jes jeunes

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    apprennent à consommer avant d'apprendre à réfléchir, sommes-nous condamnés à

    oublier la Shoah? Comment enseigner l'histoire complexe de cet événement s'il n'y

    a personne apte à recevoir l'information? De quels moyens disposons-nous?

    C'est ce questionnement qui m'a convaincue de l'importance de la fiction,

    autant dans la compréhension que dans l'enseignement des témoignages de la Shoah.

    S'il faut de l'artifice pour véritablement s'ouvrir à cet événement, cela n'est

    sûrement pas anodin. Peut-être l'art est-il le seul moyen d'imaginer la Shoah

    puisque, de toute façon,