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La guerre des Clans III, Livre - Hunter Erin.pdf

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  • Erin Hunter

    La Guerre des ClansIII

    Le pouvoir des toiles,Livre IV

    clipse

    Traduit de langlais par

  • Aude Carlier

  • Remerciements toutparticuliers Kate

    Cary

  • PROLOGUE

    LA FORT CHATOYAIT sous lesoleil tincelant et le gibier frtillaitdans les sous-bois. tendu sous unfrne, un matou noir laissait lesrayons de lastre lui rchauffer leventre. Il se donna un coup de langue

  • sur le poitrail en ronronnant.Soudain, une chatte caille jaillit

    dun buisson et fila devant lui touteallure. Le matou roula sur le flanc etlui lana :

    Une souris ? Bientt morte ! rpondit la

    chatte.Elle plongea dans les fougres et

    le bout de sa queue blanche disparutderrire les frondes.

    De lautre ct de la haiestendait une clairire verdoyanteen pente douce. En contrebas, unefemelle au poil gris sombremordillait une tique loge la basede sa queue. Alors quelle tirait sur

  • linsecte dodu en grommelant, ellesarrta soudain pour lever la ttevers les taillis qui frmissaient enhaut de la pente.

    Un miaulement triomphal rsonnadans la fort :

    Je tai eue ! Les frondes sagitrent de

    nouveau, plus violemment, puis lachatte caille reparut avec unrongeur dans la gueule. Elle salua lachatte grise :

    Bonjour, Croc Jaune ! Bonjour, Petite Feuille. Cest

    une belle journe pour chasser. La chasse est toujours bonne

    ici.

  • Dun mouvement vif de la tte,Petite Feuille jeta sa proie devantCroc Jaune.

    Celle-ci renifla loffrande avantde reculer brusquement. Du bout dela patte elle frotta son large museauaplati tandis que lombre dune pucecourait sur sa truffe.

    Je pensais que ces territoiresseraient pargns par les puces !

    Tu les as sans doute apportesavec toi, lui rtorqua Petite Feuilleen lorgnant le pelage nglig de sacamarade. Quand apprendras-tudonc faire ta toilette ?

    Elle tendit le cou pour lcher unebourre de poils sur lpaule de son

  • ane. Quand toi, tu arrteras de

    vouloir toccuper de tout le monde.

    Un miaulement les interrompit. Jai du mal croire que cela

    puisse arriver. Petite Feuille releva la tte. Un

    matou blanc descendait la pente verselles.

    Tornade Blanche ! ronronna-t-elle. toile Bleue ne taccompagnepas ?

    Elle tait avec moi il y a uninstant encore.

    Je suis l ! lana toile Bleueen jaillissant son tour dans la

  • clairire. Tornade Blanche nemaurait pas distance si toileFilante ne mavait pas retenue.

    Que voulait-il ? senquit PetiteFeuille.

    Il sinquitait pour rien,comme dhabitude. Tu nas pas dechance, poursuivit la meneuse envoyant la truffe gonfle de CrocJaune. Je ne pensais pas quil y avaitdes puces, ici.

    Petite Feuille ronronna en donnantun coup dpaule amical CrocJaune.

    toile Filante ? insista cettedernire en repoussant PetiteFeuille.

  • Ils sinquitent pour les petits. Nuage de Houx, Nuage de Lion

    et Nuage de Geai ? hasarda CrocJaune.

    Bien sr La prophtie letourmente comme une tique.

    Leur entranement se passebien, fit remarquer Petite Feuille.Chacun semble enfin trouver sa voie.

    En effet, reconnut Croc Jaune,avant dajouter doucement, les yeuxbaisss : Mais ils ignorent tant dechoses.

    Ils sont encore trs jeunes, luirappela toile Bleue.

    Cela ne nous autorise pas lestromper.

  • Crois-tu vraiment que cela lesaiderait de connatre toute la vrit ?

    Les vies qui dbutent dans latromperie se droulent toujours danslombre.

    Nous ne pouvons pas leur direla vrit, argumenta toile Bleue ensasseyant. Nous avons gard lesecret pour une bonne raison etnous tions tous daccord, CrocJaune. Nous devons avant toutpenser au bien du Clan.

    Cest un mensonge. Commentcela pourrait-il tre bien ?

    Nous navons pas t lespremiers leur mentir, intervintTornade Blanche.

  • Mais nous avons continu leur dissimuler la vrit, contraCroc Jaune. Je suis toujourspersuade quil y a trop de secretsdans leur vie.

    Ils connaissent la prophtie,miaula Petite Feuille.

    La prophtie ! pesta CrocJaune. Jaurais prfr quils nenentendent jamais parler. Parfois, jeme dis quil aurait mieux valu quilsne reoivent pas leurs pouvoirs.

    Petite Feuille caressa le flanc desa camarade du bout de la queue enrpondant :

    Tu sais que nous ny sommespour rien. Nous pouvons juste

  • esprer quils se serviront de leurspouvoirs bon escient, pour le biendu Clan du Tonnerre.

    Du Clan du Tonnerreseulement ? fit Tornade Blanche,pensif. Si leurs pouvoirs sont siconsidrables, ne devraient-ils pasbnficier tous les Clans ?

    Ces petits sont ns dans leClan du Tonnerre ! soffusqua toileBleue. Ils ont t levs pour tredes guerriers loyaux leur Clan.Pourquoi se sentiraient-ilsresponsables du bien-tre des autres?

    Croc Jaune coula un regardoblique vers la vieille meneuse,

  • mais sabstint de tout commentaire. Nous devons parfois admettre

    que nous ne sommes pas daccord,suggra le matou blanc dun tonconciliateur. Limportant, cest queces petits coutent et respectent leursanctres.

    Oui, convint Petite Feuille.Nous devons nous assurer quilstiennent compte de nosrecommandations. Nous devons lesguider.

    Plus facile dire qu faireEt toi ? lana Croc Jaune PetiteFeuille, tandis qutoile Bleue etTornade Blanche sloignaient. Tucautionnes tous ces mystres ?

  • La vrit est une armepuissante. Nous devons prendregarde bien lutiliser.

    Ce nest pas une rponse ! Pourquoi tinquites-tu autant ? Je ne sais pas, admit la

    vieille gurisseuse. Jai comme unmauvais pressentiment. Son regardglissa vers les arbres, comme pourscruter la fort. Quelque chose neva pas. Une vague de tnbres seprpare, si puissante que le Clan destoiles lui-mme ne pourra lacontenir. Et lorsquelle sera l, nousserons incapables de protger lesClans. Incapables de nous protgernous-mmes.

  • CHAPITRE 1

    NUAGE DE HOUX SACCROUPIT uninstant sur un rocher avant deredescendre vers les lointainescollines. Un vent froid venu desmontagnes bouriffa sa fourrure. De

  • son perchoir, elle contemplait leschamps verdoyants qui stendaientjusqu la fort ; quelque partderrire ces arbres se trouvaient lelac et leur territoire.

    Mme si les arbres taient encoretouffus, leurs feuilles roussissaientdj et une nouvelle senteur humideimprgnait lair. La saison desfeuilles mortes arrive, songea-t-elle.

    Elle avait hte dtre rentre, illui semblait quelle avait pass deslunes parmi la Tribu. Enfin, ilsavaient russi quitter lesmontagnes sans encombre. Le solserait bientt plus doux sous leurs

  • pattes, la chasse plus facile et leterritoire plus familier que lepaysage de rocs, deau et darbustesrabougris quils avaient quitt.

    Elle jeta un coup dil en arrire.Griffe de Ronce et Poil dcureuilsentretenaient voix basse avecPelage dOrage et Source. PelagedOr et Plume de Jais les coutaientattentivement. Se disaient-ils aurevoir ?

    Nuage de Houx tait toujours sousle choc de la nouvelle : PelagedOrage et Source ne lesaccompagneraient pas. La veille ausoir, au cours du festin dadieu dansla caverne derrire la cascade,

  • Pelage dOrage avait annonc queSource et lui les suivraient jusquaupied des collines, mais pas plusloin. Nuage de Geai, videmment,stait content de hausser lespaules comme sil savait depuis ledbut que le couple ne rejoindraitpas le Clan du Tonnerre. Nuage deHoux, elle, en avait t trs surprise,mais comprenait la dcision duguerrier gris. Source doit ressentirpour les montagnes ce que jeressens pour mon propre territoire.Et Pelage dOrage laimesuffisamment pour rester auprsdelle, quel que soit le dcor.

    Soudain, un mouvement de plumes

  • marron attira son attention. Un aigleplanait un peu plus bas, lapoursuite dun livre terrifi quidtalait en projetant derrire lui dela terre et de lherbe. Les ailesplaques contre son corps, laiglepiqua soudain : il fit rouler le livredans lherbe avant de le clouer ausol avec ses serres acres.

    Nuage de Houx enviait le rapace.Elle aurait tant aim voler comme a! Elle ferma les yeux et simaginafilant au-dessus de lherbe, lespattes effleurant peine le sol,lgre comme une plume, plusrapide que la plus rapide desproies

  • Le miaulement impatient de Nuagede Lion, qui lavait rejointe, la tirade ses penses.

    Si seulement on continuait avancer , grommela-t-il ensuivant le regard de sa sur jusqulaigle qui se rgalait. Et siseulement je pouvais moi aussiavaler quelque chose

    Tu crois quon pourra voler,un jour ? murmura Nuage de Houx.

    Son frre se tourna vers elle en ladvisageant comme si elle avaitperdu la raison.

    Parce que Nuage de Geai adit quon dtenait le pouvoir destoiles entre nos pattes , se hta-t-

  • elle dexpliquer. Le dire hautevoix tait toujours trange. Nousne savons pas vraiment ce que celasignifie. Je me demandais juste si

    Des chats volants ! se gaussa-t-il. Et pour quoi faire ?

    Tu nas aucune imagination,rtorqua-t-elle, les oreillesbrlantes. Nous avons plus depouvoirs quaucun chat vivant et tuagis comme si ce ntait rien du tout! Et pourquoi ne pourrions-nous pasvoler, ou faire tout ce que nousvoulons ? Arrte de te moquer demoi !

    Je ne me moque pas Cestjuste que, mon avis, on aurait lair

  • btes avec des ailes. Tu ne prends pas cela

    suffisamment au srieux ! semporta-t-elle. Il nous faut dcouvrir ce quecette prophtie signifie !

    Nuage de Lion cligna des yeux enreculant dun pas.

    Tnerve pas. Tu connais Nuagede Geai et ses visions. Elles sontsduisantes, mais nous devons vivredans le monde rel.

    Quest-ce que le monde rel,pour nous, avec tant de pouvoirs ?Tout est possible pour nous !Imagine tout ce que nous pourronsfaire pour le Clan !

    La prophtie ne dit rien de tel,

  • la reprit-il. Elle ne parle que denous.

    Mais le code du guerrier nousenseigne protger notre Clan avanttout !

    Le regard de Nuage de Liondriva vers les collines lointaines.

    Sommes-nous tenus de suivre lecode du guerrier si nous sommesplus puissants que le Clan destoiles ? se demanda-t-il tout haut.

    Nuage de Houx frmit. Comment peux-tu dire une chose

    pareille ? Nuage de Geai sauta sur le rocher

    pour les rejoindre. Vous pourriez parler un petit

  • peu plus fort ? feula-t-il. Je croisque certains nont pas bien entendu.

    Ses yeux bleus lanaient desclairs. La ccit ne les empchaitpas dtre expressifs.

    Inquite, Nuage de Houx fit volte-face vers leurs camarades pour voirsils les avaient couts. Non, ilstaient toujours absorbs par leurpropre conversation.

    Personne ne fait attention nous, le rassura-t-elle.

    Tout le monde na pas loueaussi fine que toi, ajouta Nuage deLion.

    Ctait juste une mise en garde,

  • daccord ? miaula Nuage de Geai.Nous devons garder le secret.

    On sait, rtorqua Nuage deLion.

    Mais comprends-tu seulementpourquoi ? ton avis, commentragiraient les autres silsdcouvraient que nous sommes nsavec davantage de pouvoirs que leClan des toiles ?

    Ils ny croiraient pas, rponditlapprenti guerrier en jetant un coupdil ses parents.

    Jy crois peine moi-mme,admit Nuage de Houx.

    Oh que si, ils y croiraient,rtorqua Nuage de Geai dune voix

  • glaciale. Et je doute que a leurplairait.

    Et pourquoi pas ? stonna sasur, un peu dconcerte. Ilsseraient sans doute contents quonpuisse devenir les meilleursguerriers du monde, non ?

    La prophtie na rien voiravec le fait dtre un bon guerrier !Elle dit que nous sommes pluspuissants que le Clan des toiles !Vous ne pensez pas que cela pourraiteffrayer des chats ordinaires ?

    Nous ne ferons jamais rien demal, insista la novice. Cest un donfait tout notre Clan, pas seulement nous.

  • Que croyait-il donc quils feraientavec leurs pouvoirs ?

    Chut ! la coupa Nuage de Geaien entendant Poil dcureuil trottervers eux.

    Elle sarrta au pied du rocher. Pour quelle raison vous

    disputez-vous ? Nuage de Houx et Nuage de

    Lion se chamaillent pour savoirlequel des deux est le meilleurchasseur , rpondit Nuage de Geaisans une hsitation.

    La jeune chatte noire ouvrit lagueule pour protester avant de seraviser.

    Vous avez mieux faire, les

  • gronda Poil dcureuil. Griffe deRonce vous a dit daller chasserpour la Tribu.

    Pris par leur dispute, ils navaientmme pas entendu les ordres !

    Nous ne devrions pas avoirbesoin de nous rpter, ajouta-t-elle.

    Dsole , marmonnalapprentie guerrire, tte baisse.

    Dun mouvement de la queue, larouquine leur dsigna un bosquet quilongeait la pente.

    Essayez de ce ct, et dpchez-vous !

    Lombre des arbres stirait versle sommet de la colline. Le soleilallait bientt se coucher.

  • Les proies doivent trenombreuses, l-bas, miaula Nuagede Lion en se lchant le museau.

    Oui, il y en aura pour tout lemonde, ajouta leur mre. Nuage deGeai, tu veux bien examiner lescoussinets de Pelage dOr ? Ellesest gratigne sur une pierrecoupante.

    En redescendant des montagnes,ils staient tous plus ou moinsabm les pattes sur les cailloux dessentiers. Nuage de Houx devina quesa mre cherchait juste occuperNuage de Geai, puisquil ne pouvaitpas chasser. Elle se crispa, sachant quel point son frre pouvait tre

  • susceptible. Pourtant, il se contentade hocher la tte et de suivre laguerrire. Il ne se hrissa mme paslorsque celle-ci lui donna un coupde langue pour nettoyer quelquespoils crasseux derrire son oreille.

    Cette attention agaa Nuage deHoux. Poil dcureuil lesconsidrait toujours comme deschatons. Tout serait tellement plussimple si ctait le cas ! Les chatonsnavaient pas sinquiter dtreplus puissants que les guerriers dejadis. Les choses changent, se dit-elle. Elle se dtourna avec angoisse.Poil dcureuil aurait-elle un jourpeur de ses propres petits ?

  • Quest-ce qui te chagrine ?senquit Nuage de Lion.

    Peu importe. Allons chasser. Elle sapprocha du bord du

    surplomb et laissa pendre ses pattesavant dans le vide. Ctait haut, maislherbe en contrebas promettait unatterrissage en douceur. Ds quelletoucha le sol, une boule de poils lapercuta, lui coupant le souffle. Quimattaque ? Haletante, elle sereleva, prte la bagarre.

    Pourquoi tes-tu mise sur monchemin ?

    Nuage de Brume !Lapprenti du Clan du Vent

    sbrouait prs delle.

  • Jallais attraper une souris ! Dsol Elle se reprit mi-

    mot, le poil dress sur lchine.Cette cervelle de souris ne pouvait-il donc pas regarder o il allait ? Je croyais quon tait censs chasserl-bas ! feula-t-elle, la queue pointevers le bosquet.

    Je dcide seul de lendroit oje vais chasser ! Au moins, moi, jeme rends utile au lieu de papoteravec mes camarades ! ajouta-t-il enlevant les yeux vers Nuage de Lion,qui les contemplait du haut du roc.

    Tes camarades ne voudraientmme pas papoter avec toi silstaient l ! semporta-t-elle, avant

  • de regretter aussitt ses paroles.Mme sil avait aussi mauvais

    caractre que son pre, et tait deuxfois plus prtentieux que lui, ellelavait pris en piti. Plume de Jaistraitait son fils avec tant de mprisque Nuage de Brume semblaitparfois tre un solitaire dans sonpropre Clan.

    Dun bond, Nuage de Lion lesrejoignit.

    Tu vas bien ? Mais oui, elle va bien !

    rtorqua lapprenti du Clan du Vent.Elle irait encore mieux si elle taitpartie chasser comme on le lui ademand au lieu de se mettre dans

  • mes pattes. Plus vite on rapporterace gibier, plus vite on rentrera cheznous.

    Depuis le dbut, ils avaientdevin que Nuage de Brume avaitt contraint de les accompagnerdans les montagnes. Et Plume de Jaislui-mme navait pas lairparticulirement heureux de saprsence. Il ne semblait jamais fierde son fils, au contraire de Griffe deRonce qui complimentait toujoursNuage de Houx comme si elle taitla meilleure guerrire du Clan. Lanovice couva le malheureux apprentidun regard compatissant et ditgentiment :

  • Nous serons bientt au lac. Pourquoi devons-nous trouver

    du gibier pour la Tribu, dailleurs ?semporta Nuage de Brume. Ils nontqu se dbrouiller seuls !

    La compassion de la jeune chattenoire fondit comme neige au soleil.Elle hsita lui rappeler que laTribu tait puise aprs la bataillercente et que le gibier se faisaitplus rare que jamais dans lesmontagnes. Mais elle dcida de nepas gaspiller sa salive. Tout cequelle voulait, ctait rentrer auplus vite et se coucher dans son nidchaud le ventre plein, au milieu deses camarades.

  • Va donc attraper un lapin, lanaNuage de Lion avant de sloignerdun pas lourd.

    Les chats du Clan du Tonnerrese croient vraiment meilleurs quetout le monde , feula Nuage deBrume.

    Alors que le matou noir slanaitdans la descente, Nuage de Houxentendit son frre marmonner :

    Si seulement javais le pouvoirde faire taire cette sale boule depoils une fois pour toutes

    Est-ce quil plaisante ? Elle ledpassa et bloqua son chemin.

    Tu ne penses pas ce que tu dis,nest-ce pas ?

  • Bien sr que non, grogna-t-il.Je suis juste fatigu.

    Tu crois que cest a, lepouvoir du Clan des toiles ?Forcer les autres se plier notrevolont ?

    Nuage de Lion haussa les paulesen vitant de la regarder en face.

    Jimagine Je ny ai pasvraiment rflchi, en fait.

    Mais si, forcment ! Il la contourna, fit quelques pas

    avant de poursuivre : Moi, jespre que cela me

    rendra plus fort que tous les autresguerriers, comme a je remporteraitoujours mes combats Et toi ?

  • Moi, jespre que cela mepermettra de connatre des chosesque les autres ignorent.

    Comme quoi ? fit-il, une lueurmalicieuse dans les yeux. Tuvoudrais connatre la langue desBipdes ?

    Ne dis pas de btises ! Je parledu pouvoir de comprendreabsolument tout.

    Ils avaient presque atteint lesarbres lorsquil reprit la parole.

    Peut-tre que ce pouvoirsexprimera diffremment en chacunde nous. Nuage de Geai arrive dj lire dans les penses des autres. Ille fait avec toi, non ?

  • Nuage de Houx acquiesa. Alors que Feuille de Lune en est

    incapable. Comme les autresgurisseurs. Nuage de Geai fait djdes prdictions concernant les autresClans. Ce doit tre son pouvoir voir des choses que les autres nevoient pas.

    De nous tous, cest lui le moinsaveugle , murmura Nuage de Houxen frmissant.

    Elle sarrta pour laisser passerson frre dans les taillis quispaississaient lore du bois.

    As-tu dj ressenti quelquechose de spcial ? senquit-elle.

    sa grande surprise, il fit volte-

  • face et hocha la tte. Ses yeuxbrillaient dune trange intensit.

    Au dbut de notre voyage, nousnous sommes arrts sur la crtepour regarder le lac en contrebas, tute rappelles ? Puis tu es partiechasser et te reposer, mais moi, jenavais pas faim Alors que jecontemplais les territoires, jaicommenc me sentir un peubizarre.

    Bizarre comment ? Jai eu limpression de

    pouvoir faire tout ce que je voulais !Courir jusqu lhorizon sans jamaisme fatiguer, combattre nimportequel ennemi et triompher, affronter

  • nimporte quelle bataille sanstrembler.

    Nuage de Houx se rendit comptequelle avait recul malgr elle.Quelque chose en lui la mettait mal laise : la faon dont il avaitredress les paules, et qui luidonnait lair plus fort quavant, sonregard lointain, comme sil pouvaitvoir au-del delle, au-del desbois, un lieu distant o il triomphaitde ses ennemis dun seul coup depatte. Elle repensa au combat livrpour la Tribu, puis la faon dont iltait sorti, trbuchant, de la mle,couvert de sang de sang ennemi ,encore prt en dcoudre jusqu ce

  • quil ny ait plus un seul adversairedebout.

    Le feu qui embrasait ses prunellesla fit trembler.

    Comment pouvait-elle avoir peurde son propre frre ?

  • CHAPITRE 2

    NUAGE DE GEAI posa le bout desa truffe sur les coussinets de PelagedOr. Ils taient chauds et gonfls.

    Ce nest quune inflammation,annona-t-il. Ta patte est raflemais ne saigne pas. Enfin, a, tu dois

  • dj le savoir. Il entendait les murmures de

    Nuage de Houx et de Nuage de Lionqui sen allaient chasser.Discutaient-ils de la prophtie ?

    Pelage dOr retira sa patte. Oui, je le savais. Je navais pas

    senti le got du sang. Je medemandais juste si un gravier mtaitrentr dans la peau. Mes coussinetsont tellement durci depuis que noussommes dans les montagnes que jene fais plus la diffrence entre unecoupure et un durillon.

    Pas de gravier, la rassura-t-ilavant de se tourner vers le ruisseauquil entendait couler non loin sur

  • les rochers. Ce cours deau ne doitpas tre profond. Va ty tremper lespattes. Leau devrait soulager ladouleur.

    Il la suivit et entendit des bruitsdclaboussures lorsquelle sautadans le torrent.

    Leau est gele ! hoqueta-t-elle. Tant mieux. Tes coussinets

    dgonfleront plus vite. Il dressa loreille. Les voix de

    son frre et de sa sur avaientdisparu au loin. Il avait enfin partagavec eux le secret quil gardaitdepuis trop longtemps. Le leurrvler avait t comme saventureren terre inconnue tant il apprhendait

  • leur raction. Nuage de Lion lavaitaccept comme si cela expliquaitquelque chose qui le troublait. Laraction de Nuage de Houx avait tplus frustrante. voquant sans cessele code du guerrier, elle semblait nepenser qu aider leur Clan. Necomprenait-elle pas ce que laprophtie impliquait ? Ils avaientreu des pouvoirs qui stendaientbien plus loin que les limites rigespar des chats ordinaires.

    Le miaulement de sa tante le tirade ses penses.

    Cette eau est vraiment glaciale. Elle descend de la montagne. Je men doute Je ne sens

  • plus mes pattes ! Sors, dans ce cas. Avec un soupir de soulagement,

    elle le rejoignit sur la rive et secouases pattes pour les scher, larrosantau passage.

    Il frmit et scarta bien vite. Lesvents de la montagne et leauglaciale ne faisaient gure bonmnage.

    Tu as toujours mal la patte ? Je ne la sens plus du tout Et

    les autres non plus. Poil dcureuil sapprocha deux. a va mieux ? Jai limpression, rpondit la

    guerrire.

  • Et toi, tu vas bien, mon petit ?demanda la rouquine Nuage deGeai en lui lchant loreille.

    Pourquoi a nirait pas ?grommela-t-il en scartant.

    Tu as le droit dtre fatigu. Levoyage a t long.

    a va , rtorqua-t-ilschement.

    La queue de sa mre allait etvenait sur les rochers granuleux.Elle allait sans doute dire que levoyage devait tre encore plus durpour lui, puisquil tait aveugle,avant dajouter btement quil staittrs bien dbrouill dans ceterritoire inconnu.

  • Vous tes bien silencieux, tousles trois, depuis la bataille ,miaula-t-elle.

    Elle sinquite pour nous trois !Sa colre svapora. Il aurait tantvoulu la rassurer ! Mais il nepouvait en aucun cas lui rvler lesecret incroyable qui occupait leurspenses.

    On est juste presss de rentrer la maison.

    Comme nous tous. Elle posa le menton sur la tte de

    son fils et il se pressa contre elle,comme un chaton, heureux de sentirla chaleur de sa mre.

    Ils sont de retour ! lana

  • Pelage dOr.Poil dcureuil releva la tte.

    Nuage de Geai flaira aussittlodeur de Nuage de Houx et deNuage de Lion. Il entendit des griffescrisser sur les rochers et reconnutaussi le parfum de Nuage de Brume.Les chasseurs taient rentrs.

    Allons voir ce quils ont pris ! suggra Pelage dOr, qui slanaaussi sec.

    Nuage de Geai le savait dj. Sonestomac gargouillait tandis quilsuivait sa tante. Lodeur allchantede lcureuil, du lapin et du pigeonlui emplissait la truffe. Si seulementces prises ntaient pas pour la

  • TribuPlume de Jais et Griffe de Ronce

    staient dj approchs de larserve de fortune. Pelage dOrageet Source restaient en arrire,comme si ce prsent les gnait.

    Ce lapin est si dodu quilnourrira tous les aspirants, miaulaPoil dcureuil.

    Belle prise, Nuage de Brume, ronronna Pelage dOr.

    Nuage de Geai, qui sattendait sentir la fiert de lapprenti du Clandu Vent, fut surpris de ne percevoirque de langoisse. Il attend que sonpre le complimente.

    Beau pigeon , lana Plume de

  • Jais Nuage de Lion.Nuage de Brume se raidit, furieux. Et regardez lcureuil que jai

    attrap ! ajouta Nuage de Houx.Vous en aviez dj vu un aussijuteux ?

    Venez voir ! lana Pelage dOr Pelage dOrage et Source, quiobtemprrent.

    Voil qui nous sera trs utile,miaula le guerrier gris dun tonformel.

    La Tribu vous remercie ,ajouta sa compagne sans plus dechaleur.

    Nuage de Geai comprenait leurmalaise. En acceptant ce gibier, ils

  • admettaient ouvertement leurfaiblesse. La chasse tait difficiledans les montagnes prsent quedeux groupes de chats separtageaient le territoire. Etpourtant, Nuage de Geai devinait lafiert de Pelage dOrage. La brisequi souffle sur les montagnestouche son cur autant que sonpelage. Il possdait au fond de luiune rserve de force, dedtermination que Nuage de Geainavait encore jamais sentie. Il croitsincrement que son destin est devivre dans les montagnes. La Tributait le nouveau Clan de PelagedOrage. Aprs tre n dans le Clan

  • de la Rivire et avoir vcu au seindu Clan du Tonnerre, il semblaitavoir enfin trouv sa place.

    Nuage de Geai frmit. Avec lafracheur tombe en cette findaprs-midi, le vent devenaitcinglant.

    Un hurlement rsonna au-dessusde leur tte.

    Des loups, murmura Source, lafourrure hrisse.

    Nous rentrerons sains et saufs la caverne avec ce gibier, larassura son compagnon. Les loupssont trop maladroits pour noussuivre dans les sentiers montagneux.

    Vous devez traverser une large

  • bande dcouvert avant dy arriver.Vous devriez partir tout de suite,conseilla Griffe de Ronce.

    Et nous aussi, renchrit Plumede Jais. Lodeur de ces proies vaattirer tous les prdateurs desenvirons.

    Alors que Nuage de Geai flairaitun trange fumet dans le vent, ilperut aussitt la dtresse de tousles guerriers. Ctait la premirefois quil humait un loup. Lodeur luirappelait les chiens de la ferme desBipdes, en plus sauvage, pluscruelle. Heureusement, le fumet taitlger.

    Ils sont loin, murmura-t-il.

  • Peut-tre, mais ils sontrapides, rectifia Source.

    Vous allez nous manquer ,soupira Poil dcureuil avectristesse.

    Source vint se frotter elle etdclara :

    Merci de nous avoir accueillisparmi vous.

    Le Clan du Tonnerre vous estreconnaissant pour votre loyaut etvotre courage, rpondit Griffe deRonce.

    On se reverra, non ? senquitNuage de Houx avec espoir.

    Nuage de Geai se demanda silretournerait un jour dans les

  • montagnes. Reverrait-il la Tribu dela Chasse ternelle ? Il tait entrdans les rves de Conteur et avaitt guid jusqu une combe o unemultitude de chats couverts depoussire dtoiles staient runisautour dun bassin scintillant. Ilfrmit en se remmorant leursparoles : Tu es venu. Ilslattendaient, et ils connaissaient laprophtie ! Nuage de Geaisinterrogea une fois de plus surlorigine de la prophtie et le lienventuel entre la Tribu de la Chasseternelle et ses propres anctres.

    Nous navons plus de tempspour les adieux ! simpatienta Plume

  • de Jais. Prends soin de toi, jeune flin,

    miaula Source Nuage de Geai enpressant sa joue contre la sienneavant de se tourner vers Nuage deHoux.

    Veille sur ton frre et ta sur,murmura Pelage dOrage Nuage deGeai en lui lchant loreille.

    Au revoir, Pelage dOrage,rpondit-il. Au revoir, Source.

    Source lavait toujours rconfortet encourag, comme si ellecomprenait ce que cela faisait dtrediffrent. Et Pelage dOrage, loin dele traiter comme un chaton, lui avaittmoign la mme chaleur et lavait

  • trait comme tous les autresapprentis. Ils lui manqueraient tousdeux.

    Nuage de Lion vint se placerdevant lui.

    Au revoir, Pelage dOrage.Montre ces envahisseurs quunchat de Clan ne se laisse jamaisabattre.

    Au revoir, Nuage de Lion.Noublie pas que, mme si nosexpriences nous changent, nousdevons poursuivre la lutte.

    Nuage de Geai devina un courantchaleureux passant du guerrier lapprenti, et il comprit avecsurprise quun lien spcial les

  • unissait. Il y rflchit un instanttandis que ses camaradescommenaient dvaler la pente etque Pelage dOrage ramassait legibier pour aller rejoindre sacompagne partie devant.

    Arrte de tranasser ! lanaPlume de Jais en le poussant du boutdu museau vers le flanc herbeux dela colline.

    Je nai pas besoin daide !sindigna laveugle.

    Comme tu veux. Mais tu neviendras pas te plaindre si on teperd en cours de route.

    Le matou slana dun pas lourdqui fit vibrer le sol.

  • Je nose pas imaginer ce que adoit faire davoir un pre commea. Je suis bien content de ne pastre la place de Nuage de Brume.

    Dpche, Nuage de Geai ! letana Nuage de Lion.

    Lapprenti gurisseur leva latruffe. Sur ce versant expos au vent,il lui tait facile de deviner o lesautres se trouvaient. Griffe de Roncemenait le groupe, suivi par Nuage deBrume. Plume de Jais, qui les avaitdj rattraps, cheminait prs dePelage dOr. Poil dcureuilavanait seule, tandis que Nuage deHoux et Nuage de Lion fermaient lamarche.

  • Nuage de Geai courut lesrejoindre. Lherbe tait lisse etdouce sous ses pattes.

    a me fait bizarre de partir sanseux, haleta-t-il.

    Cest leur choix, lui rappelaPlume de Jais.

    Crois-tu que nous lesreverrons un jour, eux et le reste dela Tribu ? linterrogea Pelage dOr.

    Jespre pas. Je ne veux plusjamais revoir ces fichues montagnes.

    Ils pourraient nous rendrevisite au lac , suggra Nuage deHoux.

    Un nouveau hurlement terrifiantretentit dans les montagnes derrire

  • eux. Il faudrait dabord quils

    rentrent chez eux sains et saufs,murmura Nuage de Lion.

    Ils y arriveront, le rassuraGriffe de Ronce. Ils connaissentparfaitement le territoire ils sontchez eux.

    Alors quil avanait au ct deson frre et de sa sur, Nuage deGeai flaira lodeur humide de lafort. Bientt, il ne foula plus delherbe, mais de lhumus. Lespacedun instant, Nuage de Geai regrettade ne pas pouvoir rester sur le flancde la colline. L-bas, au moins, lesodeurs et les bruits ntaient pas

  • touffs par les feuillages et nulleronce ne risquait de lcorcher.Dans cette fort inconnue, il sesentait plus aveugle que jamais.

    Attention ! La mise en garde de Nuage de

    Lion arriva trop tard. Nuage de Geaistait dj pris une patte dans desronces.

    Crotte de souris ! Il se dbattit pour se librer mais

    les piquants se resserrrent autourde ses pattes.

    Ne bouge plus ! lui conseillaNuage de Houx qui venait larescousse.

    Il obit en ravalant sa fiert et

  • laissa Nuage de Lion le librer. Stupide roncier ! grommela

    Nuage de Geai, et il reprit sonchemin le menton lev.

    Il navait aucune ide de l o ilmettait les pattes et essayaitdsesprment de le cacher.

    Sans un mot, son frre et sa survinrent se placer de chaque ct delui. En le frlant du bout desmoustaches, Nuage de Houx lui fitcontourner un bouquet dorties. Plustard, lorsquils se retrouvrentdevant un tronc tomb en travers dusentier, Nuage de Lion lui posa lebout de la queue sur lpaule lapprenti gurisseur comprit quil

  • devait sarrter le temps que sonfrre trouve le meilleur endroit ogrimper par-dessus.

    Tout en suivant Nuage de Lion surlcorce friable, Nuage de Geai neput sempcher de se demander : Laprophtie est-elle vraiment destine un aveugle ?

  • CHAPITRE 3

    NUAGE DE LION REMUA dans sonsommeil. Il rvait.

    Dress sur un piton rocheux, illaissait la brise des montagnesbouriffer son pelage. Un ciel sanstoiles stendait jusqu lhorizon,

  • aussi noir quune aile de corbeau.Devant lui, les crtes et les artes sesuccdaient telles des ridules lasurface dun lac balay par le vent.Malgr labsence de lune, lessommets brillaient dun clatmagnifique. Tout cela mappartient! Plein de liesse, il bondit en avant,ses pattes arrire puissantesprojetant des graviers dans leprcipice devant lui. Il le franchitavec aisance et atterrit sur la crteoppose. Ses griffes se plantrentdans la roche. Il bondit de nouveau,lger comme lair. Il lui sembla quesa queue frlait le ciel, qui lui parutaussi doux quune fourrure soyeuse.

  • Alors que le sang lui battait auxtempes, il releva le menton et feula.Son cri rsonna comme le tonnerredans les montagnes dsertes : Jedtiens le pouvoir des toiles entremes pattes !

    Lappel de Pelage de Granit lerveilla en sursaut :

    Nuage de Lion ! Patrouille dechasse !

    Les rayons dors du soleilfiltraient droit travers les branchesde la tanire. Les autres nids taientv i de s . Midi, dj ! Il se mitpniblement debout. Et il se souvintde tout. Ils navaient atteint le campqu minuit pass. Pelage de Granit

  • ne lui en voudrait sans doute pasdavoir dormi si longtemps

    Il billa en stirant longuement. Ilavait mal aux pattes aprs leur longpriple dans les montagnes. Il selcha prudemment les coussinetspour voir si les gratignurescommenaient gurir. Aucune tracede sang. Les crotes taient dures. Ilnaurait pas de mal fouler le solmoelleux de la fort.

    Nuage de Lion ! le hla denouveau son mentor, dun ton plussec.

    Lapprenti guerrier sextirpa de latanire. Il avait bien le droit de sereposer, non ? Les pattes lourdes, il

  • avana dans la clairire, aveugl parle soleil qui rchauffait sa fourrure.Une brise lgre agitait les arbres ausommet de la combe. Dans lesmontagnes, on ne pouvait se protgerdu vent quen regagnant la cavernefroide et humide derrire la cascade.Au nom du Clan des toiles,comment la Tribu faisait-elle poursurvivre la mauvaise saison ? Ilsavaient dj eu trs froid durant lasaison des feuilles vertes !

    Enfin debout ! lui lana Pelagede Granit en guise de bonjour.Depuis le temps quon tattend, legibier a bien pu mourir devieillesse.

  • Tant mieux, il sera plus facile attraper, grommela le jeune matou.

    Je sais que tu es fatigu, maisNuage de Givre meurt denvie departir en fort et jai promis AileBlanche que nous lesaccompagnerions.

    Nuage de Lion remarqua alors laprsence de la guerrire. Sa jeuneapprentie courait partout dans laclairire tel un livre joyeux, sautantet bondissant comme pour attraperune proie invisible. Et si sa proietait invisible, elle, en revanche,avec son pelage blanc soyeux et sesyeux bleu clair, ne ltait pas du tout.Ctait peut-tre la raison pour

  • laquelle toile de Feu lui avaitdonn Aile Blanche pour mentor. Lachatte connaissait bien lesinconvnients dun pelage immacul,aussi voyant quun tas de neige enpleine saison des feuilles vertes.Elle pourrait enseigner sonapprentie quelques techniques detraque spciales. Tandis quilregardait Nuage de Givre sautilleren tous sens, il se retint de ronronneren se rappelant quel point il avaitt excit au dbut de son propreapprentissage.

    Aile Blanche vint les rejoindre. On peut y aller, maintenant ? Nuage de Lion remarqua que le

  • bout de sa queue sagitait de-ci de-l. Nuage de Givre tait sa premireapprentie. La guerrire sinquitait-elle de ne pas arriver former cetteboule dnergie ?

    Par o veux-tu commencer ? demanda Pelage de Granit.

    Aile Blanche observait Nuage deGivre dun air pensif. La petitechatte bondit sur un tas de feuilles,qui vola dans toutes les directions.

    Tu crois que Nuage de Givresentranerait mieux prs du VieuxChne ou prs de lancien Chemindu Tonnerre ?

    Le ventre de Nuage de Liongargouilla. Il jeta un coup dil la

  • rserve de gibier : une souris doduetrnait au sommet. Mais le Clandevait tre nourri avant lui.

    Il y a souvent plus de gibierautour du Chne, hasarda-t-il.

    Cest toi de dcider ,rpondit Pelage de Granit AileBlanche en ignorant son apprenti.

    Nuage de Lion en fut contrari.Pourquoi lavoir rveill ? Sonopinion ne les intressaitvisiblement pas. Et ni lun ni lautrene lavait interrog sur son voyagedans les montagnes. Il balaya lecamp du regard, courrouc.Dailleurs, personne navaitmanifest la moindre curiosit son

  • retour. H, Nuage de Lion ! lui lana

    Nuage de Givre. Je my prends bien?

    Elle rampait dans la position duchasseur en remuant la queue.

    Oui , fit-il, distrait. Ta queue doit rester immobile,

    Nuage de Givre , lui conseillaPelage de Granit.

    Nuage de Lion se tourna vers sonmentor, surpris. Je croyais que tuddaignais tous les apprentis

    Le matou soutint son regard avantde sadresser de nouveau Nuagede Givre.

    Si tu fais bouger les feuilles, le

  • gibier saura que tu approches. Le guerrier pensait manifestement

    que Nuage de Lion aurait d releverlerreur de la jeune chatte. Le novicevit rouge. Pourquoi son mentorsattendait-il ce quil soccupe delapprenti dun autre ? Ctait leboulot dAile Blanche. Puis il senvoulut un peu en se souvenant quelpoint il avait t heureux lorsquePelage dOrage ou Plume Grise luiavaient fait remarquer ses erreurs.

    Il sapprocha de sa cadette. Je vais te montrer ce quil veut

    dire, annona-t-il, joignant le geste la parole. Aplatis ton dos comme a.Plus tu frles le sol, moins tu es

  • visible. Comme a ? senquit-elle en

    limitant. Exactement. Nuage de Givre leva la tte, et ses

    yeux refltrent le ciel. Merci, Nuage de Lion.

    Japprhende ma premire leon dechasse.

    Tout ira bien, lui promit-il enlui caressant le dos du bout de saqueue. Contente-toi dimiter nosmentors et nespre pas attraperquelque chose du premier coup. Ilma fallu beaucoup dessais pour yparvenir.

    Nuage de Givre hocha la tte,

  • lair trs concentr, et Nuage deLion lui donna un petit coup delangue sur loreille. Est-ce quectait a quon ressentait, lorsquontait mentor ? Il aimait bien lidede transmettre un jeune flin toutce quil savait sur la chasse et lecombat, et de voir un chatonturbulent devenir un guerrierpuissant et rapide.

    Et si la prophtie lentranait loinde la voie ordinaire des guerriers ?

    Est-ce quon peut chasser ici ? senquit de nouveau Nuage de Givre,comme elle lavait fait dans toutesles clairires quils avaient

  • traverses avant darriver au VieuxChne.

    Larbre majestueux se dressait prsent devant eux et le sol taitcouvert de feuilles et de glands. lalisire de la fort, les bouquets defougres baignaient dans les rayonsdu soleil.

    Aile Blanche jeta un coup dil Pelage de Granit.

    Est-ce quon continue jusquaulac ? demanda-t-elle. Il y aura peut-tre du gibier prs de la rive.

    Son camarade la toisa sans luirpondre.

    Pourquoi refuse-t-il de laider ?La guerrire balaya lendroit du

  • regard. Bon, ici, cest trs bien,

    dclara-t-elle. Dans ces fougres,peut-tre ?

    Nuage de Lion remarqua que laqueue de la chatte sagitait denouveau. Si Pelage de Granitrefusait de laider, il pourrait peut-tre le faire sa place.

    Il y a un roncier Le matou le fit taire en faisant

    glisser le bout de sa queue sur sagueule.

    Aile Blanche, fais confiance ton instinct.

    Il ajouta loreille de Nuage deLion :

  • Je sais que tu veux bien faire,mais Aile Blanche doit prendreconfiance en elle.

    Ils observrent la guerrire tandisque, du bout du museau, elleencourageait Nuage de Givre adopter la position du chasseur.

    Elle sen sort bien. Les fougres frmirent. Les tiges

    ples tremblaient au niveau de leursracines plutt quau bout des frondes ce ntait donc pas le vent qui lesagitait. Nuage de Givre commena ramper. Doucement, Aile Blancheposa sa queue sur le dos de sonapprentie jusqu ce que la novicesimmobilise. Elle lui murmura des

  • encouragements avant de sasseoir. toi de jouer, Nuage de Givre !

    La petite chatte bondit dans lesfougres.

    Un couinement bref retentit, puisla novice ressortit de la vgtation,un petit campagnol dans la gueule.Ses yeux brillaient de bonheur.

    Bravo ! la flicita Pelage deGranit en sapprochant delle.

    Ctait trs bien, Nuage deGivre, ajouta Aile Blanche, lepoitrail gonfl de fiert.

    Belle prise , fit encore leguerrier gris.

    Tant dexcitation pour uncampagnol minuscule ! Lui aussi

  • tait content que Nuage de Givre aitattrap sa premire prise si vite,mais quauraient-ils dit silslavaient vu se battre contre lesenvahisseurs des montagnes ?

    Une grive ! murmura Pelagede Granit.

    Nuage de Lion suivit le regard duguerrier. Une grive dodue picoraitparmi les feuilles derrire lnormetronc du Chne. Aussi silencieuxquun serpent, Nuage de Lioncontourna larbre. Le ventre plaqucontre le sol, il sapprocha deloiseau, la queue lgrementreleve pour ne pas frler lesfeuilles. Il marqua une pause, valua

  • la distance et bondit. Son sautspectaculaire le porta troislongueurs de queue plus loin que lesracines. La grive panique dployases ailes, mais il tait dj trop tard.Nuage de Lion atterrit sur son dosavec une prcision mortelle et la tuadun coup de crocs rapide.

    Ctait fantastique ! scriaNuage de Givre, qui lobservait delautre ct de larbre, les yeuxcarquills.

    Aile Blanche, surprise, avaitrabattu les oreilles en arrire.

    Impressionnant, confirma Pelagede Granit.

    Tu as saut de vraiment loin,

  • miaula Aile Blanche. Tu auraisfacilement pu rater ta cible.

    Non. Nuage de Lion se retint derpondre. Vu lair estomaqu de sescamarades de Clan, il valait mieuxles laisser penser quil avait eu de lachance. Nuage de Geai avait sansdoute raison. Ils ne seraient pasforcment heureux de connatre lavrit sur cette attaque puissante.

    Alors quils regagnaient le camp,le fumet allchant de la grive faisaitsaliver Nuage de Lion. Il la portaitfirement entre ses mchoires.Nuage de Givre cheminait prs delui en trbuchant sur sa prise

  • minuscule. Si seulement mes pattes

    ntaient pas si petites, se plaignit-elle.

    Elles grandiront. Aile Blanche et Pelage de Granit

    marchaient devant, eux aussi chargsde gibier. la fin de la saison desfeuilles vertes, le Clan devait senourrir autant que possible silvoulait passer la mauvaise saison.Du moins, selon les dires des ans.Nuage de Lion ne se souvenait gurede la mauvaise saison pour lui,ctait une menace lextrieur de lapouponnire qui inquitait lesguerriers et faisait trembler les

  • parois de leur repaire. Ctait vraiment une belle prise

    , reprit Nuage de Givre.Nuage de Lion la remercia en

    grommelant. Il ne voulait pas avalerune plume et passer le reste de lajourne tousser.

    Pourquoi as-tu saut si tt ?insista-t-elle. Tu avais peur quelletentende si tu tapprochaisdavantage ?

    Je voulais juste essayer. Nuage de Lion aurait pu ramper

    jusqu la grive, il en tait certain.Mais pourquoi perdre du temps ?

    Tu es vraiment un chasseurgnial Je trouvais que Nuage de

  • Houx tait doue, mais toi tu esextraordinaire. O as-tu appris sauter comme a ? Tu suis unentranement supplmentaire, pourtre aussi fort ? Tu crois que je dois,moi aussi, mentraner plus ?

    Je suis certain quAile Blanchetenseignera tout ce quil faut savoir.

    Jespre quelle me formeraaussi bien que Pelage de Granit taform.

    Nuage de Lion regarda son mentordisparatre derrire un roncier.Pelage de Granit lavait bien form,oui. Il navait jamais regrett que ceguerrier soit son mentor. Cependant,toile du Tigre aussi lavait

  • entran. Et il tait n avec despouvoirs que Nuage de Givre nepouvait imaginer, et quelle nepourrait jamais galer mme ensentranant jour et nuit toute sa vie.

    Tandis quil suivait le sentier quidescendait vers la combe sonfoyer , Nuage de Lion se sentit seul. croire quil appartenait un Clandiffrent, loign par la prophtiedes silhouettes familires quiattendaient dans le camp de voir cequils avaient rapport de leurchasse.

    Nuage de Givre le dpassa poursuivre les deux mentors travers labarrire de ronces et rejoindre la

  • combe rocheuse. Lorsque Nuage deLion dboucha son tour dans laclairire, il la vit dposer soncampagnol sur le tas de gibier et setourner vers Nuage de Cendre,Nuage de Miel et Nuage de Pavot,qui prenaient le soleil devant latanire des apprentis.

    Ta premire prise ? lanaNuage de Miel.

    Oui, je lai eue du premiercoup ! Est-ce que Nuage de Renardest dj rentr ?

    La petite chatte avait visiblementhte de montrer sa prise son frre.

    Poil dcureuil la emmen enpatrouille frontalire, linforma

  • Nuage de Cendre. Ils seront bienttde retour.

    Nuage de Lion sapprocha sontour de la rserve et y dposa sagrive. Sentant quon le frlait, il setourna et dcouvrit Nuage de Houx.

    Belle prise. Le ton de la novice tait neutre,

    comme si elle pensait autre chose.Elle observait les apprentis, devantleur tanire. Nuage de Cendre etNuage de Pavot jouaient senvoyerune boule de mousse pendant queNuage de Miel sautait pour tenter delattraper.

    Tu ne vas pas les rejoindre ?demanda-t-il sa sur.

  • Je nai pas trop le cur a. Quelque chose ne va pas ? Je ne suis pas dhumeur, cest

    tout. Nuage de Lion scruta son regard

    vert. Est-ce quelle se sentait isole,elle aussi ?

    Cest bizarre, hein ? hasarda-t-il.

    Quoi ? De se rendre compte quon est

    diffrent. Vus de lextrieur, nous ne

    sommes pas diffrents. Tu vois ce que je veux dire ,

    rpondit-il avec impatience. Il avaitbesoin de parler quelquun. Toute

  • la journe, il avait d sagripper leur secret comme si ctait uneproie qui cherchait lui chapper.Nuage de Houx ne lui facilitait pasla tche. Cest bizarre de savoirquelque chose de cette importancesans pouvoir le dire qui que cesoit.

    Tu nas pas lintention denparler, nest-ce pas ? salarma-t-elle, le poil hriss.

    Non, je Personne ne doit tre mis au

    courant ! le coupa-t-elle. Pas tantque nous ne savons pas prcismentce que la prophtie signifie. Ellejeta des coups dil furtifs autour

  • delle avant de terminer : Nousdevons dcouvrir ce que noussommes censs faire de nospouvoirs.

    Je navais pas lintention de lervler qui que ce soit ! rtorqua-t-il.

    Pourquoi fallait-il toujoursquelle joue au chef ? Il ntait pasune cervelle de souris ! Et pourquoidevait-elle toujours rflchir tout ?La prophtie tait simple : ilsseraient plus puissants quequiconque. Ils devaient juste se tenirprts utiliser leurs pouvoirs quandils en auraient besoin. Il tourna ledos sa sur pour gagner le demi-

  • roc.Le soleil commenait dcliner

    derrire la cime des arbres et lesguerriers venaient peu peu seservir sur le tas de gibier. Nuage deCendre attrapa la grive de Nuage deLion et lemporta vers lapouponnire. Millie, Chipie et sespetits avaient sans doute faim.

    Nuage de Pavot ramassa unesouris et la posa devant le gte desanciens.

    On mange ! lana-t-elle.Longue Plume mergea du

    noisetier, la truffe frmissante, etsarrta sur le seuil pendant que Poilde Souris le rejoignait dune

  • dmarche raide. La vieille chattefaiblissait chaque lune un peu plus.Longue Plume attendit quellesinstalle prs du rongeur et sassit ct delle.

    Tu nas pas besoin de veillersur moi comme si jtais un chatonsans dfense ! lui lana-t-elle.

    Lancien remua les moustachesdun air amus.

    Cest bien dommage que talangue ne soit pas aussi fatigue quele reste de ton corps , ronronna-t-il.

    Du bout de la queue, elle luicingla loreille.

    Tu en veux ? demanda-t-elle enpoussant la souris avec sa truffe.

  • Tu peux aussi manger a !scria Nuage de Givre ensapprochant avec son petitcampagnol dans la gueule, quelledposa devant les pattes de LonguePlume. Je lai attrap moi-mme !

    Ta premire prise ? senquitPoil de Souris, lil brillant.

    Elle sent dlicieusement bon ,renchrit laveugle.

    Le rideau de ronces quidissimulait lentre de la tanire dela gurisseuse frmit au passage deNuage de Geai. Il tenait prudemmentdans sa gueule une boule de moussequil vint dposer devant Poil deSouris et Longue Plume.

  • Lapprenti gurisseur tourna sonregard bleu aveugle vers Nuage deGivre et dit :

    Il parat que tu as bien travaill,aujourdhui. Tu devrais aller mangerun morceau.

    Cest vrai que jai trs faim. Merci pour le campagnol !

    lana Longue Plume tandis quelapprentie retournait vers larserve.

    De rien ! rpondit-ellejoyeusement.

    a tembte si je moccupe detes tiques pendant que tu manges ?demanda Nuage de Geai Poil deSouris.

  • Non, sil le faut Mme si tuaurais d choisir un autre momentpour apporter cette chose puante ,grommela-t-elle.

    Dun signe de la tte, elle dsignala mousse et Nuage de Lion devinaquelle tait imbibe de bile desouris.

    Je nosais pas venir plus tt depeur de vous rveiller.

    Nuage de Geai commenapatiemment examiner la fourrurede lancienne. Il sarrta pourprlever un peu de mousse etlappliquer sur la base de la queuede la vieille chatte.

    Nuage de Lion observait son

  • frre. Il paraissait dsormaissatisfait dtre apprenti gurisseur.Et pourtant, il est plus puissant quetous ses camarades. Nuage de Liongrimpa sur le demi-roc et sallongea,le ventre contre la pierre rchauffepar le soleil. Peut-tre que le faitde savoir quil est si puissant rendsupportables les tches les plusingrates. Combien de lunes staientcoules depuis que Nuage de Geaistait faufil dans le rve dtoilede Feu, o il avait entendu linconnuprdire la naissance de trois chatonspossdant le pouvoir des toiles ?

    Il jeta un coup dil vers laCorniche. toile de Feu descendait

  • lboulis, suivi de Tempte deSable. Le chef du Clan du Tonnerrenavait jamais laiss paratre quilconnaissait la prophtie. Il avaittoujours trait Nuage de Lion, Nuagede Houx et Nuage de Geai commetrois apprentis ordinaires. Nuage deLion regarda son grand-pre prendreune souris dans la rserve et lapasser Tempte de Sable avant dechoisir un moineau pour lui-mme.Quprouve-t-il rellement pournous ? De la fiert ? De la peur ?

    Le tunnel frmit pour livrerpassage Poil dcureuil et Griffede Ronce, suivis de Nuage deRenard et Truffe de Sureau.

  • Rien signaler sur lesfrontires, annona Griffe de Ronce son chef. Mais la patrouille ducrpuscule devrait garder un il surle Clan du Vent. Nous avons sentileur odeur, ils chassent de leur ctde la fort.

    toile de Feu sinstalla sous laCorniche auprs de Tempte deSable.

    Nuage de Cendre, qui partageaitun pigeon avec Nuage de Miel, levala tte, lil ptillant.

    Je pourrai rejoindre lapatrouille ? senquit-elle.

    prsent que sa blessure lapatte tait en voie de gurison, du

  • moins suffisamment pour luipermettre de reprendrelentranement, elle se portaitvolontaire pour toutes les tches desapprentis, comme pour rattraper letemps perdu.

    Oui, rpondit Griffe de Ronce.Jallais demander Plume Griseden prendre la tte.

    Quelquun a parl de PlumeGrise ? senquit Millie, qui sortaitde la pouponnire, encoreensommeille.

    Son compagnon rparait unetroue dans la paroi de lapouponnire que le vent avaitabme.

  • Tu te sens bien ? lana-t-il enscrutant lnorme ventre de sacompagne (elle devait mettre basdun jour lautre).

    Trs bien, le rassura-t-elleavant daller prendre deux sourisdans la rserve. Javais envie demanger avec toi, dehors.

    Nuage de Lion sursauta tout coup : Nuage de Houx venait delancer une grive au pied du demi-roc.

    Je me disais que tu en voudraispeut-tre un morceau , dclara-t-elle en le dvisageant.

    tait-ce une manire de sexcuser? Nuage de Lion en doutait. Il

  • souponnait sa sur de ne pas avoirconscience de son autoritarisme.Mais il lui en fut tout de mmereconnaissant. Malgr son sentimentde solitude, il ne devait pas oublierque Nuage de Houx et Nuage deGeai partageaient ce lourd secret.Tant quils seraient prs de lui, il neserait jamais vraiment seul.

    Merci , ronronna-t-il endescendant du rocher.

    Ctait la premire fois depuisleur priple dans les montagnes queles membres du Clan mangeaientensemble et Nuage de Lioncommenait se sentir plus laise.Rien na vraiment chang, songea-t-

  • il avec espoir. Alors, comment va la Tribu ?

    demanda toile de Feu Griffe deRonce.

    Le lieutenant avala une bouchede viande avant de rpondre :

    La mauvaise saison va tre durepour eux. Mais je pense quils vontsen tirer.

    Nuage de Lion plissa les yeux.Est-ce que son pre tait aussiconfiant quil laffirmait ?

    Tu crois quils pourrontdfendre les frontires que vousavez tablies ? voulut savoir Curdpines.

    Nous les avons entrans de

  • notre mieux, expliqua Poildcureuil.

    Y a-t-il eu beaucoup deblesss durant les batailles ? relanaTempte de Sable.

    Quelques-uns, mais rien degrave. Cela dit, le combat fut pre.

    Et vous ne lauriez jamais gagnsans moi. Nuage de Lion attendit queson pre fasse le rcit de sesexploits.

    Tous les apprentis se sont battuscomme de vrais guerriers, ajouta lelieutenant en regardant son fils. Ilsont fait honneur notre Clan.

    Le novice au pelage dor sentitses poils se dresser.

  • Pourquoi ne leur dit-il pas quel point je me suis bien battu ?souffla-t-il.

    Chut ! le coupa sa sur. Mieuxvaut que les autres lignorent. Nousne devons pas attirer lattention surnous.

    Nuage de Lion morditfurieusement dans la grive. Quelintrt dtre si puissant sipersonne ne le sait ?

    Les pattes lourdes, les musclesencore endoloris aprs le voyage,Nuage de Lion se faufila dans sonnid. Une bonne nuit de sommeil, et ilreprendrait du poil de la bte. Il

  • tourna sur lui-mme dans la moussesche et propre, se laissa tomber etferma les yeux.

    Tu ne vas pas tendormir tout desuite, si ? stonna Nuage de Pavot.

    Je suis fatigu , murmura-t-il.Soudain, deux petites pattes

    senfoncrent dans ses ctes. Fais attention ! Nuage de Renard recula dun

    bond lorsque Nuage de Lionredressa brusquement la tte.

    Je montrais juste Nuage deGivre comment jallais attraper unrenard pour gagner mon nom deguerrier, expliqua le jeune apprenti.Je veux quon mappelle Chasseur

  • de Renard ! Nuage de Renard bondit et attrapa

    la boule avant quelle atteigne sasur. Il la renvoya Nuage dePavot.

    Tu ne serais mme pas capabledattraper le mal vert ! lasticotaNuage de Pavot.

    Si, je pourrais ! rtorquaNuage de Renard, ce qui fitronronner les autres apprentis. Enfin,je veux dire que je pourrais attrapernimporte quel gibier. Si seulementPoil dcureuil arrtait de faire tantdhistoires

    Elle ne ferait sans doute pastant dhistoires si tu arrtais de

  • tloigner, rpliqua Nuage de Miel.On a d attendre une ternit pendantquelle te cherchait, aujourdhui.Lorsquelle ta ramen, lcureuilque javais flair avait dj rejointle territoire du Clan de lOmbre.

    Jtais parti explorer ! Tiens, explore un peu a ! Nuage de Cendre venait de rentrer

    dans la tanire. Nuage de Lionreconnut lodeur du miel. Il resta oil tait tandis que les autresapprentis sextirpaient de leurs nidsafin de voir ce que leur camaradeavait apport.

    O tu las trouv ? smerveillaNuage de Givre.

  • Flocon de Neige a dnich uneruche dans un tronc creux pendantque nous patrouillions prs du nid deBipdes abandonn, expliqua Nuagede Cendre. Il a russi y glisser lapatte et remonter quelques rayons.

    Est-ce quil sest fait piquer ? Juste une fois. Il y a des lunes que je nai pas

    mang de miel, se lamenta Nuage dePavot.

    Flocon de Neige a donn leplus gros Feuille de Lune pour sarserve, et il ma autorise prendrece petit bout.

    Je peux lcher ? supplia Nuagede Givre.

  • Vas-y, mais nen prends pastrop. Il en faut pour tout le monde.

    Nuage de Givre ferma les yeux enavalant avant de les rouvrir,surprise.

    a na pas de got ! Tout le monde le sait, cervelle

    de souris, ronronna Nuage de Pavot,qui lcha le rayon et soupira debonheur. Moi, jaime bien la faondont a me rchauffe la gorge et leventre. a me rappelle le lait.

    Nuage de Lion enfouit la truffesous ses pattes, tentant dignorer lesronrons de contentement de sescamarades. Comme il en fallait peupour les satisfaire ! Un jour, tout le

  • miel de la fort serait lui. Il ntaitpas comme eux il ne pouvait plusse contenter de si peu. Plus quejamais, la solitude lui fendait lecur.

    Un corps chaud frla le sien.Nuage de Houx stait faufile dansla tanire et sinstallait prs de lui.

    Tu ne rejoins pas les autres pourle festin ? murmura-t-il.

    Autant que les autres enprofitent

    Il se sentit aussitt moins seul etferma les yeux pour plonger dans lesommeil.

    En rve, le novice courait sur le

  • sol froid de la fort. Une brumelgre senroulait autour des troncsnus qui se succdaient dans lestnbres.

    Il tait temps que tu nousreviennes , gronda toile du Tigre,cach dans lombre.

    Nuage de Lion devina alors lecontour des paules massives dumatou lorsque celui-ci mergea desarbres.

    Plume de Faucon le suivait. Tu as besoin de tout notre

    enseignement et tu dois encorebeaucoup tentraner.

    Vous ne mavez pas vu mebattre dans les montagnes ?

  • sindigna-t-il.Pourquoi devait-il encore

    sentraner ? Il tait dj meilleurcombattant que tous ses camarades.Il lavait prouv !

    Les batailles passes ne nousintressent pas, miaula toile duTigre. Seules comptent les batailles venir.

    Nuage de Lion plissa les yeux.Voil qui ressemblait unemauvaise excuse. Ils ne me voyaientpas, dans les montagnes ! Mme lespouvoirs dtoile du Tigrepossdaient leurs limites.

    Voyons voir si tu peux utiliser tacervelle aussi bien que tes muscles,

  • poursuivit le guerrier sombre en lepoussant du bout du museau versPlume de Faucon. Essaie delattaquer sur son point faible.

    Mais tu ne veux pas que je teparle des chats des montagnes ?

    Ils ne me concernent en rien. a ne lintresse pas ! Nuage de

    Lion dvisagea son mentor fantme.Ne pensait-il donc pas quil pourraittirer des enseignements de son longvoyage et de son combat contre deschats diffrents ? toile du Tigrepensait-il vraiment tout connatre delart de la guerre ? Eh bien, en toutcas, il tait loin de tout savoir deNuage de Lion. Il tait peut-tre

  • temps de lui ouvrir les yeux. Quest-ce que tattends ? feula

    toile du Tigre. Attaque Plume deFaucon !

    Furieux, Nuage de Lion bondit surle guerrier tachet et, toutes griffesdehors, il laboura si brutalement sonflanc quil sentit la peau se fendre etle sang gicler sur sa patte.

    Plume de Faucon recula avec unhurlement de rage.

    Nuage de Lion pivota vers toiledu Tigre.

    Tu vas mcouter, maintenant ?Jai une chose importante te dire.Il y a une prophtie ! mon sujet !Voil pourquoi je peux me battre si

  • bien. Comment a, une prophtie ? Un vieux chat la dit toile

    de Feu, dans un rve : Ils seronttrois, parents de tes parents, dtenir le pouvoir des toiles entreleurs pattes, rcita-t-il. Tu necomprends pas ? Ce doit tre nous,parce que Poil dcureuil est safille, sa plus proche parente.

    toile de Feu ! sexclamatoile du Tigre dun air dgot.

    Cest vrai ! Si tu mavais vume battre dans les montagnes, tucomprendrais. Jai vaincu tous ceuxqui se sont dresss devant moi.Javais limpression que je pouvais

  • me battre sans fin et les craserjusquau dernier.

    Pour la simple raison que, moi,je tai entran.

    Pas seulement ! Je dtiens lepouvoir des toiles entre mes pattes!

    Et cest toile de Feu qui te ladit, cest a ? le railla son an.

    Non Nuage de Geai apntr lun de ses rves. Il a surprisla conversation.

    Je vois Les yeux dtoiledu Tigre ptillaient. Un chat fait unrve et tout coup te voil le plusfort du monde

    Pourquoi ne prenait-il pas cela au

  • srieux ? Pourquoi ntait-il pas fierque lun de ses parents gouverne unjour la fort ? Ntait-ce pas l cequil voulait ? Nuage de Lionrprima un feulement. Peut-trequtoile du Tigre ne voulait lepouvoir que pour lui-mme.

    Ne te moque pas de moi,ordonna-t-il.

    Regarde-moi ce petit guerrier !se moqua Plume de Faucon. Il seprend pour toile de Feu. Il fait soncourageux.

    Comment expliquez-vous labataille dans les montagnes, dans cecas ? demanda Nuage de Lion. Jenai mme pas t bless !

  • Tu as vaincu un ramassis dechats errants sans exprience et moiti morts de faim, ricana Plumede Faucon. Waouh. Quel grandguerrier tu fais !

    Nuage de Lion cligna des yeux. Lesol lui semblait soudain plus froidencore. Et sils avaient raison ? Onne pouvait pas comparer les chatserrants de froces guerriers. LaTribu aurait pu les battre sansaucune aide. Elle navait pas besoinque le plus grand guerrier de tous lestemps remporte la bataille saplace. Et si la prophtie ntaitvraiment quun rve ?

    Tu nes plus si sr de toi, pas

  • vrai ? insista toile du Tigre. Je saisquil doit tre plaisant de se prendrepour le meilleur du monde, maistoile de Feu aurait-il vraimentenvoy trois chats si importants dansles montagnes se battre au pril deleur vie ?

    Le doute serra le ventre de Nuagede Lion. toile de Feu navaitjamais voqu la prophtie. Sil yavait vraiment cru, il naurait pasaccept quils aillent risquer leurvie. Il les aurait gards au camp, enscurit, o ils pouvaient veiller surle Clan tout entier.

    toile du Tigre se pencha si prsque son souffle fit vibrer les

  • moustaches de Nuage de Lion. Il ny a quune seule voie

    suivre, siffla-t-il. Lentranement.Entrane-toi te battre, sans relche,et un jour tu seras peut-tre le plusfort de la fort. Il recula enajoutant dun ton plus dur : Maintenant, recommence ton attaque! Et sans sortir les griffes, cette fois-ci. Sauf si moi, je te le demande.

  • CHAPITRE 4

    NUAGE DE GEAI plaa le rayonde miel collant sur la grande feuillede rhubarbe pose sur le sol de satanire. Malgr loseille quilemballait dj, le miel dgoulinait.Craignant quil ne poisse les autres

  • remdes de la rserve, Feuille deLune avait demand son apprentide lenvelopper de nouveau.

    Le novice replia les bords de lafeuille de rhubarbe en esprant quele miel les maintiendrait colls letemps quil attache des bandesdcorce tout autour.

    Un couinement le figea sur place.Un chaton souffrait. Dressantloreille, il reconnut le geignementde Petit Crapaud et fila aussitt versla sortie, o il dut sarrter netdevant Chipie. Il huma lodeur de sapeur et reut un petit coup de griffeslorsquelle passa devant lui. Elledevait porter le chaton par la peau

  • du cou. Pose-le prs de la flaque deau,

    ordonna-t-il. Il pourchassait une abeille

    lorsquil est tomb dans les orties,haleta la reine aprs avoir lch sonpetit.

    Stupide abeille ! se plaignitcelui-ci.

    Nuage de Geai poussa un soupirde soulagement. Des piqresdorties ! Vu le tapage, Nuage deGeai pensait quil stait faitattaquer par un renard.

    toile de Feu devrait fairearracher ces orties, se lamentaChipie. Je savais quil y aurait un

  • accident tt ou tard. Les orties ne sont pas

    mortelles , rtorqua lapprentigurisseur en reniflant son patient.

    Cette fois-ci, il reut un coup depatte sur le museau. La petite boulede poils se tournait dans tous lessens pour tenter de lcher sespiqres tout en se frottant la truffe dubout de la patte.

    Tiens-toi tranquille. Mais a fait mal ! Son duvet de chaton ne lavait

    gure protg et Nuage de Geaisentait linflammation sur sa truffe etses oreilles, l o la peau nue avaitdj commenc gonfler.

  • Je vais te chercher de loseille, annona lapprenti gurisseur. Ilse dirigea vers la rserve.

    Angoisse, Chipie tournait autourde son chaton et Nuage de Geaitrbucha sur la queue de la chatte. Ilprit quelques feuilles dans la rserveet les mcha pour les rduire enpulpe : le suc soulagerait rapidementPetit Crapaud sil arrivait le luiappliquer sur la fourrure.

    Tout en continuant mcher, lejeune chat tigr revint vers le chatonagit. Il cracha la mixture sur sapatte pour lappliquer sur loreilledu bless.

    Dinstinct, le chaton recula.

  • Ne me touche pas ! scria-t-ilen donnant un coup de patte dans lapulpe, qui fut projete dans laflaque. Nuage de Geai lentendittomber dans leau avec un petit plop . Bouillonnant dimpatience, ilretourna au tas de feuilles.

    Plus vite je te soignerai, plusvite la douleur disparatra. Ilpercuta alors Chipie qui tournaittoujours autour de son fils. Pourlamour du Clan des toiles ! Vadonc surveiller Petite Rose ! Il nefaudrait pas quelle finisse elle aussidans les orties. Je moccupe de PetitCrapaud Enfin, sil peut restertranquille !

  • Tu es certain quil senremettra ?

    Nuage de Geai inspiraprofondment. Rester calme, cestmieux pour toi et ton patient.

    Personne nest mort dunepiqre dorties, rtorqua-t-il enserrant les dents.

    Essaie de ne pas bouger, chri,lana la reine son fils en sortant delantre. Je vais massurer que PetiteRose va bien et je reviens.

    Prends tout ton temps ! marmonna Nuage de Geai, qui revintvers son patient la gueule pleine depulpe de feuilles.

    Le chaton se dbattit de nouveau.

  • Nuage de Geai le cloua au sol. Ne bouge pas , ordonna-t-il en

    traitant les oreilles du chaton. PetitCrapaud eut beau hurler, Nuage deGeai continua jusqu ce quellessoient recouvertes de suc. Je saisque a pique, poursuivit-il en lerelchant, mais ce nest pas grave.Reste l pendant que je vaischercher de quoi soigner ta truffe.

    En se tournant, il sentit la fureurmonter chez le chaton et entendit unfrlement de fourrure sur le sol :Petit Crapaud allait lui sauter sur laqueue !

    Nuage de Geai fit volte-face. Tu nas pas intrt faire a !

  • le rabroua-t-il.Petit Crapaud, qui se retrouvait

    presque truffe contre truffe avecNuage de Geai, poussa un cri desurprise.

    C comment savais-tu ce quejallais faire ?

    Je ne suis pas aussi aveugleque tu le penses.

    Pardon, murmura le chaton. Tu vas te tenir tranquille,

    maintenant ? Oui. Nuage de Geai, qui sen voulait

    un peu de lavoir terrifi ainsi,retourna chercher de loseille. Cettefois-ci, il dposa la pulpe devant le

  • malade. tale a sur tes pattes et

    appliques-en sur ta truffe ,ordonna-t-il.

    Dun mouvement tremblant, lechaton obit. Nuage de Geai perutque sa douleur diminuait. Le sucdoseille faisait effet. Soulag,lapprenti gurisseur retourna enchercher et aida Petit Crapaud traiter sa peau sous son pelagejusqu ce que, eux deux, ils aientrecouvert toutes les piqres. Jedonnerai une graine de pavot Chipie son retour. Elle pourra lafaire avaler son fils pour quilpasse une bonne nuit malgr les

  • dmangeaisons.Les ronces frmirent. Feuille de

    Lune tait revenue, la gueule pleinedherbe chat. Elle posa sonfardeau et sapprocha du petitmalade.

    Chipie ma dit que tu ttais faitpiquer Beau travail, dit-elle sonapprenti aprs avoir renifl lechaton. Tu as mis juste ce quilfallait doseille.

    Nuage de Geai se demanda sildevait lui dire quel point PetitCrapaud avait t difficile.

    Tu devrais lui donner une petitegraine de pavot, lui conseilla-t-elle,pour que les piqres ne lempchent

  • pas de dormir. Merci du conseil ! se retint-il de

    rpondre. Il devait shabituer entendre des leons dont il navaitplus besoin ; contrairement Nuagede Houx et Nuage de Lion, il seraitencore trait comme un apprentipendant des lunes et des lunes. Entant que gurisseur, on attendait delui quil suive les enseignements deson mentor et obisse ses ordres,mme aprs avoir reu son nomdfinitif.

    Merci, Nuage de Geai. Lemurmure du chaton le prit parsurprise. Dsol davoir t aussibte.

  • Tu avais mal, et tu taisapeur, rpondit-il avecbienveillance le prenant en piti.

    Maintenant, a va, grce toi,lana Petit Crapaud en se dirigeantvers la sortie.

    Tu nattends pas que Chipievienne te chercher ?

    Je crois que je suis peu prscapable de retrouver le chemin de lapouponnire !

    Petit polisson ! Nuage de Geaitait fier de lui. Ce navait pas tfacile, mais il avait gagn le respectdu chaton.

    Je lui porterai la graine depavot ce soir , promit-il Feuille

  • de Lune avant quelle le lui rappelle.Son mentor semblait plong dans

    ses penses. Quelque chose laproccupe. Son esprit, mme sil luirestait ferm, semblait dgager unenergie malsaine, comme un cielcharg de nuages dorage. Dun paslourd, elle sapprocha du miel moiti empaquet. Elle semblaitpuise. Elle a d travailler deuxfois plus dur pendant mon absence.Il se hta de nettoyer le reste depulpe et daller aider son mentor.

    Dsol, je nai pas eu le tempsde terminer.

    Il posa les pattes sur la feuille derhubarbe pour que Feuille de Lune

  • finisse de lenvelopper dans lesbandes dcorce.

    Tu as d toccuper de PetitCrapaud , rpondit-elle dune voixempreinte de fatigue.

    Pourquoi ne sen tait-il pasaperu plus tt ?

    Je vais vrifier les rserves,annona-t-il en lchant le jusdoseille sur ses pattes. Comme a,nous saurons quoi ramasser avantlarrive de la saison des feuillesmortes.

    Il se faufila dans la fissure au fondde lantre sans laisser la chatte letemps de lui proposer de laide.

    Ils avaient dcouvert rcemment

  • ce creux bien utile lorsque Feuillede Lune avait arrach le lierre quienvahissait une partie de sa tanire.Louverture tait troite, juste assezlarge pour quun petit chat sy glisse,mais la cavit slargissait ensuitesuffisamment pour abriter un nid.Nuage de Geai y renifla lesdiffrents tas de remdes, de racineset de baies aligns le long de laparoi.

    Passe-les-moi, lui ordonnaFeuille de Lune. Nous y verrons plusclair.

    Il obit et, lorsquil ressortit de larserve, Feuille de Lune avaitreconstitu des petits tas bien nets.

  • Sa truffe sensible identifia chaqueodeur. Ainsi, il eut une imagementale claire de la range deremdes : consoude, mauve, thym,herbe chat, graines de pavotempaquetes avec soin dans delcorce de chne, et beaucoupdautres encore.

    Il ny a presque plus de feuillesde mauve, constata Feuille de Lune.Et je dois retourner chercher delherbe chat. Jen ai rapportautant que possible, dit-elle. Mais ilen reste encore dans la fort. Autanten profiter tant quelle est maturit.Nous la ferons scher pour lamauvaise saison.

  • Desscher les remdes au soleiltait la meilleure solution pourviter quils pourrissent dans larserve.

    Du bout de la patte, Nuage deGeai tapota le thym, qui luichatouilla les coussinets. Son odeurtait un peu vente.

    Depuis quand lavons-nous ? Depuis la saison des feuilles

    vertes passe, je dirais, vu lodeur.Il a d perdre de son efficacit.Nous devrions aller en chercher dufrais.

    Est-ce quil nous faut des baiesempoisonnes ?

    Nuage de Geai avait entendu Petit

  • Orage mentionner les baies fataleslors de leur dernire runion laSource de Lune. On ne lutilisait quepour viter aux chats les plusmalades une trop longue agonie. Ilen poussait un buisson sur leterritoire du Clan de lOmbre, etPetit Orage avait propos de leur endonner. Feuille de Lune avait refuset Nuage de Geai sentait que saquestion la mettait mal laise.

    Je ne me sers pas de ces baies,murmura-t-elle avant dexaminer untas de pas-dne. Les gurisseurs duClan de lOmbre en ont toujours enrserve, ajouta-t-elle. Ils enseignentleurs usages leurs apprentis. Sa

  • voix tait rauque, comme voile parun mauvais souvenir. Mais je nenferai rien.

    Et pourquoi ? Nuage de Geaitait intrigu par lide de dtenir lepouvoir de vie et de mort entre sespattes.

    Feuille de Lune, elle, ne voulaitclairement pas en entendre parler.

    Nous devons faire tout notrepossible pour aider nos camarades,mais il revient au Clan des toilesde choisir le moment de leur mort. Elle poussa un tas de feuilles versson apprenti. De la consoude, lodeur. Examine a et jette toutescelles qui ont pris lhumidit ou qui

  • commencent perdre leur fumet. Il obit pendant que son mentor

    dchirait des feuilles de pas-dnepour les rouler ensuite.

    Je nai pas eu loccasion de tedemander comment stait passvotre voyage, dclara-t-elle.

    Plutt bien. Nuage de Geai se remmora le

    saut terrifiant quil avait d excutersans savoir o il atterrirait ni si lafaille tait trs profonde. Il frmit.

    Quas-tu pens des membres dela Tribu ?

    Ils sont tranges La vie dansles montagnes est difficile ; jepensais que a les avait rendus plus

  • rsistants, alors quils navaientaucune ide de la faon dont ilspourraient repousser lesenvahisseurs.

    On aurait dit un Clan qui secache de quelque chose. Nuage deGeai avait eu piti deux,recroquevills dans leur cavernederrire la cascade, toujours en trainde guetter le moindre signe dedanger.

    Et jai rencontr la Tribu de laChasse ternelle , admit-il.

    La gurisseuse poursuivit sontravail, mais lodeur du pas-dnedevint plus profonde, comme si sespattes tremblaient un peu.

  • Comment sont-ils ? Un peu comme le Clan des

    toiles. Ils savaient que jeviendrais. Ils connaissaient laprophtie. Sauf quils nont mmepas essay daider la Tribu vaincre ses ennemis.

    Parfois, mme nos anctressont incapables de nous aider.

    Ce nest pas tout On auraitdit quils taient perdus.

    Nuage de Geai ne pouvait sedfaire de lide que la Tribunavait pas toujours connu lesmontagnes, quils avaient vcu bienloin des vents mauvais et des picsacrs, parmi dautres chats ceux

  • qui, les premiers, avaient reu laprophtie.

    Feuille de Lune stait enfinarrte et il sentait sur lui le poidsde son regard curieux.

    Jai t surpris que Conteur soit la fois chef et gurisseur, miaula-t-il avant quelle ne linterrogedavantage propos de la Tribu de laChasse ternelle.

    Oui, cest beaucoup deresponsabilits pour un seul chat,convint-elle tout en se remettant autravail. Un savoir immense estsouvent synonyme de solitude.

    Le cur de Nuage de Geai fit unbond dans sa poitrine. Parle-t-elle

  • de la prophtie ? Est-elle aucourant ? Non ! Elle men auraitparl Son pouls se calma aussitt.Feuille de Lune naurait jamais pugarder un tel secret. Nanmoins, iltenta de percer ses penses poursen assurer. Le brouillard habituellui barrait la voie. Il sentit justequelle baignait dans un lac denostalgie. Elle ntait peut-tre pasau courant pour la prophtie, maisquelque chose dautre laproccupait.

    Pourquoi semblait-elle simalheureuse ? Il voulut lui changerles ides :

    Est-ce que tu veux une part de

  • gibier ? demanda-t-il. Non, rpondit-elle en

    frmissant, comme pour carter uneide dplaisante. Tu peuxcommencer ranger nos rserves.

    Alors quil remettait un tas deremdes dans la fissure, une voixrsonna lentre de la tanire.

    Feuille de Lune ? Ah, tu es l, miaula Flocon de Neige avecsoulagement.

    Nuage de Geai continua roulerles feuilles de consoude et lesremettre en place.

    Tu es bless ? senquit lagurisseuse.

    Non, soupira-t-il en faisant les

  • cent pas. Je minquite pour Nuagede Cendre.

    Nuage de Geai dressa loreille.Jusqu prsent, seuls Feuille deLune et lui savaient que Nuage deCendre tait la rincarnation delancienne gurisseuse du Clan duTonnerre, Museau Cendr. Elle avaiteu une deuxime chance de vivre lavie dont elle avait toujours rv :celle dune guerrire du Clan duTonnerre. Nuage de Cendre elle-mme nen avait pas conscience.Cependant, des bribes deconnaissances qui ne luiappartenaient pas refaisaient parfoissurface et elle parlait de lancienne

  • fort comme si elle y avait vcu.Flocon de Neige commenait-il souponner quelque chose ?

    Elle va bien ? sinquita lagurisseuse.

    Oui. Tu crois quelle est prtepour sa dernire valuation ? Nuagede Miel et Nuage de Pavot le sont,mais je ne veux pas imposer ce test Nuage de Cendre avant que sa pattesoit compltement gurie.

    Feuille de Lune hsita.Pourquoi ne rpond-elle pas ?

    Inquiet, Nuage de Geai tenta denouveau de percer ses penses, biendcid pntrer le brouillard. Ilretint soudain son souffle. Un

  • souvenir embrasait lesprit de sonmentor, un souvenir si fort quelle nepouvait le dissimuler.

    Il vit un ravin rempli de neige.Aussitt, Nuage de Geai reconnut lecamp de lancienne fort quil avaitvisite dans le rve de Nuage deCendre. Une couche de poudreusecoiffait les tanires et les buissons.La clairire centrale avait tdgage et une chatte grise latraversait en boitant, la queue basse,les moustaches ourles de givre.Elle tait si maigre que ses ospointaient sous sa fourrure. Un ventmordant soufflait des nuages deneige dans les tanires. Nuage de

  • Geai trembla de froid, prisonnier dusouvenir de son mentor.

    Feuille de Lune sapprocha de lachatte grise, le pelage constell deflocons. Elle faisait toute jeune, avecson visage rond comme celui dunchaton et sa fourrure bouriffe pourlutter contre le froid.

    Museau Cendr, laisse-moi terapporter une part de gibier,limplora-t-elle. Une patrouille dechasse vient justement de reveniravec un merle.

    Un merle ? rpta MuseauCendr avec espoir. Nous navonspas eu de si gros gibier depuislongtemps.

  • Je peux ten apporter unmorceau , insista Feuille de Lune.

    Lexpression de son mentorchangea aussitt. Ses yeuxsemblaient prsent deux clats deglace.

    Ce serait du gchis ! rtorqua-t-elle. Les anciens et les reinesdoivent se nourrir en premier. Etensuite les guerriers et les apprentis.Ils ont besoin de prendre des forcespour trouver plus de nourriture.

    Mais toi aussi, tu as besoin deprendre des forces. Tu toccupes deceux qui sont atteints du mal blanc.Et si cela tourne au mal vert ? Ilsauront besoin de toi plus encore.

  • Museau Cendr baissa la tte pourreprendre dun ton plus doux :

    Avec ma patte folle, je ne peuxpas aller trs loin. Encore plus en cemoment par ce froid, elle me faitmal. Jai moins besoin de mangerque les autres.

    Sa voix trahissait sa peine et sesregrets. Nuage de Geai devinait cequelle taisait : Si je ntais pasinfirme, je pourrais sortir en fort,et chercher de la nourriture pourmes camarades

    Le miaulement joyeux de Feuillede Lune le ramena la ralit.

    Elle est prte, assura-t-elle Flocon de Neige. Rien ne

  • lempchera de devenir uneguerrire.

    Jai remarqu que sa patte seraidissait pendant certaines attaques.Jai peur quelle ne me cache sesdouleurs.

    Cest sans doute quelle najamais mal.

    Tu pourrais peut-tre laregarder durant un entranement ?Pour tre sre ?

    Inutile. Elle sera une guerrireredoutable. Tu devrais tre fierdelle.

    Je le suis. Mais je ne veux pasla brusquer. Si elle a besoin duneconvalescence plus longue,

  • jattendrai volontiers. Tu ne la brusques pas, jen

    suis certaine. Je suis soulag de lentendre.

    Tu veux manger ? Une patrouille dechasse vient de rentrer.

    Le novice attendit que les deuxflins sloignent avant de sextirperde la fissure. Le chagrin de MuseauCendr continuait le tourmenter,telle une blessure vif. Feuille deLune avait d lprouver tout commelui, puisque ce souvenir tait le sien.Pourtant, elle avait rpondu dun tonjoyeux Flocon de Neige. Un peutrop joyeux. Comme pour seconvaincre elle-mme. Nuage de

  • Geai prit un paquet de pas-dnedans la gueule et retourna dans larserve. Il esprait que Feuille deLune avait raison dtre optimiste,pour la blessure de Nuage deCendre.

  • CHAPITRE 5

    FEUILLE DE LUNE partageait unesouris avec Flocon de Neige lorsqueNuage de Geai mergea son tourdu rideau de ronces.

    Il y avait lembarras du choix,dans la rserve. Les patrouilles de

  • chasse du matin lavaient biengarnie. Alors quil tirait unemusaraigne de sous le tas encoretoute chaude , limage de MuseauCendr affame dans le campenneig lui revint en tte. Est-ce queFeuille de Lune pensait elle enmangeant sa pice de viande ?

    Nuage de Geai ! lana PlumeGrise en accourant jusqu lui. Gobea en vitesse ! Nous partons chasser.

    Vous voulez que je vienne ?stonna-t-il, tout joyeux.

    Poil de Chtaigne, Patte deMulot et moi, nous nous occuperonsde la chasse , le dtrompa le matougris. Il dut deviner la dception de

  • lapprenti gurisseur, car il sedpcha de poursuivre : Tu as unemission trs importante. Feuille deLune veut que tu nous accompagnespour ramasser des remdes.

    Gnial. Nuage de Geai navaitplus faim, tout coup. Il repoussa lamusaraigne dans le tas.

    Je mangerai en revenant,bougonna-t-il.

    Nous descendons au lac. Au lac ? rpta laveugle

    avec intrt. Son bton aux encochestait toujours sur la rive. Bon,jimagine que me dgourdir lespattes me fera du bien.

    Voil qui est mieux.

  • Le matou se dirigea vers le tunnelde ronces, o Poil de Chtaigne etPatte de Mulot faisaient les cent pas Nuage de Geai les entendait alleret venir avec impatience. Il se lana la poursuite de Plume Grise et lapatrouille gagna la fort.

    Patte de Mulot guerrier depuispeu bouillonnait dexcitation.

    Jespre que jattraperai unebelle proie ! Un cureuil, peut-tre

    Les cureuils vont avoir dusouci se faire , ronronna PlumeGrise.

    Les bois semblaient somnolerdans la chaleur aucun bruit ne

  • sortait des taillis lorsque Nuage deGeai les frlait. Le bourdonnementdes abeilles rsonnait dans lair.Patte de Mulot fila toute allurepour prendre la tte du groupe,bientt suivi par Plume Grise.

    Jaimerais que la saison desfeuilles vertes dure toujours,murmura Poil de Chtaigne, quimarchait tout prs de Nuage de Geaipour que leurs fourrures se frlent.

    Moi aussi Il scarta delle, puisquil

    connaissait ce coin de la fortsuffisamment pour ne pas avoirbesoin de guide. son tour, il se mit courir sur le sol couvert de feuilles

  • en suivant le sentier habituel. Attends-moi ! lana sa

    camarade, surprise.Ils rattraprent Plume Grise et

    Patte de Mulot au sommet de lacrte. Les arbres sarrtaient l, et lafort laissait place une penteverdoyante qui menait au lac.

    Patte de Mulot tait horsdhaleine.

    Il a failli avoir son cureuil,annona Plume Grise. Mais il a fildans cet arbre.

    Si ce merle stupide navait pasdonn lalerte, grommelalapprenti malchanceux.

    Tu attraperas le prochain,

  • lencouragea le matou gris. Moi, jai hte de chasser avec

    mes petits, dclara Poil deChtaigne avec fiert. Nuage deMiel, Nuage de Pavot et Nuage deCendre vont passer leur dernirevaluation dun jour lautre.

    Ce sera chouette de les avoiravec nous, dans la tanire desguerriers, rpondit Patte de Mulot.a empchera peut-tre les vieuxguerriers de garder pour eux lesmeilleurs nids et la mousse la plusdouce.

    Nous, les vieux guerriers, nousavons besoin de la plus douce desmousses pour nos pauvres vieux os,

  • ronronna Plume Grise, amus. Je ne parlais pas de vous !

    miaula Patte de Mulot, embarrass. Je suis certaine que Cur

    dpines et Pelage de Poussireseront ravis de lapprendre, letaquina Poil de Chtaigne.

    Vous nallez pas le leur dire ?gmit le jeune guerrier.

    Mais non ! le rassura laguerrire en se lanant dans ladescente. En plus, nous ne sommespas vieux. Et ds que les petits deMillie seront l, Plume Grise sesentira plus jeune que jamais.

    Nuage de Geai slana aprselle, heureux de humer la brise qui

  • bouriffait sa fourrure. Elle portaitlodeur du lac.

    Sur la rive, Plume Grise marquaune pause.

    Est-ce que le coin est bon pourles remdes ?

    Oui. Je trouverai des mauvessur la berge.

    Patte de Mulot pourra taider,dcida Poil de Chtaigne.

    Et mon cu Ton cureuil peut attendre, le

    coupa Plume Grise. Oui, sans doute En plus, si

    nous allons sur la rive, je pourraipeut-tre attraper un poisson !

    Seulement si tu as eu un

  • deuxime mentor dans le Clan de laRivire Nuage de Geai saventuradans les galets, quisentrechoquaient sous ses pattes.

    Patte de Mulot le suivit. Le lac est aussi lisse quune

    feuille de laurier. Nuage de Geai lavait dj

    devin. Il entendait le lger clapotisdes vaguelettes qui venaientdoucement lcher la berge.

    quoi ressemble la mauve ?demanda Patte de Mulot.

    Aucune ide, je nen ai jamaisvu.

    Oh, pardon ! Ne tinquite pas. Ce ntait

  • quune bte tourderie. Autoucher, elle est douce et un peuduveteuse. Les feuilles sont trsgrandes.

    Nuage de Geai leva la truffe. Il sesouvenait dtre dj venu ici pourcueillir des mauves. Et pourconfirmer cela, une douce fragrancevint caresser sa truffe. Nuage deGeai tendit la queue vers le bord deleau.

    Tu vois cette plante, l-bas ?Cest une mauve.

    Vraiment ? stonna le jeuneguerrier.

    Le novice ne prit pas la peine derpondre. Ses pattes le

  • dmangeaient. Le bton devait trejuste l, sur la cte.

    Tu veux bien aller ramasser desfeuilles ? demanda-t-il soncamarade. Je dois vrifier quelquechose un peu plus loin.

    Daccord, rpondit le jeuneguerrier, qui se tourna vers le lac. Ilten faut combien ?

    Autant que tu peux en porter ! Nuage de Geai poursuivit le long

    de la berge. Il remonta jusqulore des bois, o des racinesnoueuses se faufilaient entre lesgalets, et flaira le sol jusqu cequil repre le bton. Il tait l o illavait laiss, sous la racine dun

  • sorbier, labri des vagues.Il le tira de l et fut aussitt

    soulag de sentir le bois lisse sousses coussinets. Ctait bien lui, avecses encoches familires. Nuage deGeai sinterrogeait beaucoup sur leClan de Feuille Morte, do venaitce bton. Et sur la Tribu. Les deuxtaient-ils lis ? Est-ce que tous lesClans, Tribus et autres, malgr leursdiffrences, taient unis dune faonou dune autre ?

    Bientt, Patte de Mulot accourutvers lui ; il embaumait la mauve.Nuage de Geai, que sa hte rendaitmaladroit, fourra le bout de boisderrire la racine. Les galets

  • sentrechoquaient sous les pattes duguerrier.

    Quest-ce que tu fais ? senquitle guerrier, la gueule pleine.

    Je vrifiais quelque chose. Un bton ? stonna Patte de

    Mulot aprs avoir crach lesfeuilles.

    Rien dimportant, mentitlaveugle. Des trucs de gurisseurTu ne comprendrais pas.

    Il se prpara une vole dequestions, mais Patte de Mulot secontenta de ranger sa rcolte en tas.

    Si tu le dis. Je ne suis plusapprenti. Je suis un guerrier jechasse et je me bats. Je te laisse tes

  • bizarreries de gurisseur. Sonmiaulement fut de nouveau touffcar il reprit son paquet dans lagueule. Je suis bien content de nepas avoir besoin de me souvenirdautant de choses que toi.

    Tu ne crois pas si bien direLa voix de Plume Grise rsonna

    entre les arbres au-dessus deux. Tu as attrap un poisson, Patte

    de Mulot ? Non, mais jai attrap des

    mauves ! Dans son empressement

    rpondre, le jeune guerrier avaitcrach une partie des feuilles surNuage de Geai. Celui-ci se retint de

  • feuler. Il les ramassa une par une etles prit dans sa propre gueule. Ilsuivit ensuite Patte de Mulot jusqula lisire des bois, o Plume Griseet Poil de Chtaigne attendaient. lodeur, Nuage de Geai compritquils avaient attrap des souris etson estomac gargouilla. Il regretta dene pas avoir mang quand il en avaiteu loccasion.

    Rapportons a au camp, miaulaPoil de Chtaigne. On dirait quequelquun a faim.

    Sur ces mots, elle disparut dansles taillis. Les autres la suivirent.Une fois au sommet de la crte,Nuage de Geai simmobilisa.

  • Quy a-t-il ? linterrogea PlumeGrise.

    Une patrouille, qui vient droitsur nous.

    Leur odeur leur parvenait dj. Uninstant plus tard, Nuage de Geaientendit Cur dpines et sonapprentie, Nuage de Pavot, cavaler travers le sous-bois. Cur Blanc etBois de Frne les talonnaient. Leurexcitation tait palpable.

    Ils jaillirent soudain des buissons,sur la crte.

    Le Clan du Vent a franchi lafrontire ! lana la guerrireblanche.

    Ils sont encore sur notre

  • territoire ? senquit aussitt PlumeGrise en lchant sa prise.

    Non, gronda Cur dpines.Mais leur trace est frache. Ils nontvisiblement pas cout la derniremise en garde dtoile de Feu, et ilsont de nouveau chass sur notreterritoire.

    Avez-vous renouvel lemarquage ?

    Bien sr, aussitt, le rassuraBois de Frne tout en faisant les centpas autour de ses camarades.

    Bien. Nous devons avertirtoile de Feu tout de suite.

    Le camp baignait dans la mme

  • touffeur que celle qui rgnait dansles bois. Personne ne remua lorsquela patrouille dboula dans laclairire.

    Cur Blanc ? O vas-tu ? fitFlocon de Neige qui, en juger parson miaulement ensommeill, faisaitla sieste devant le gte des guerriers.

    Je reviens tout de suite ,promit-elle tout en escaladantlboulis la suite de Curdpines.

    Patte de Mulot posa son paquet defeuilles prs de Nuage de Geai.

    Tu peux te dbrouiller avec a ?Je veux prvenir Truffe de Sureau etPlume de Noisette.

  • Ctait le premier incident depuisque Patte de Mulot avait reu sonnom de guerrier. Nuage de Geaicomprenai