La memoire des papilles

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    12-Mar-2016

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Se souvenir par le got.

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<ul><li><p>SOPHIE LE GRELLELA MMOIRE DES PAPILLES</p><p>RASSEMBLEMENT DE SOUVENIRS LIS LA MMOIRE DU GOT</p></li><li><p>La mmoire des papiLLes</p></li><li><p>Jadresse mes remerciements pauL-andr meyers, Jimmy meyers, Brangre FLouret, cdric degardin, aLioucha conchin, nadia Berz, saBrina L, aurLie Fransen, grgoire de ryckeL, nicoLas andr. </p></li><li><p>La papille: Petite minence charnue la surface de la peau, des muqueuses, qui a gnralement une fonction sensorielle. Papilles gustatives - Papille optique, terminaison du nerf optique au niveau de la rtine.</p></li><li><p>Les chtaignesnicoLas andr</p></li><li><p>10</p><p>Les chtaignes.Percer minutieusement chaque fruit </p><p>frais aprs la cueillette au sein dune paisse fort. Mettre ce fruit consis-tant dans une casserole troue. Les faire dores patiemment. Attendre et entendre ce petit crpitement carac-tristique. Puis prendre les chtai-gnes avec un petit essuie ou un gant de toilette. Se brler lgrement le bout des doigts sous la chaleur. Puis ouvrir prcautionneusement la coque brune.</p><p>Rappelant le plaisir dun fruit bien cuit et dune pellicule protectrice qui senlve dlicatement. Pour enfin laisser entrevoir la chair fumante et la forme parfaite, couleur crme. Puis le grand saut et la mise en bouche pour un rappel ancestral au repas des </p><p>Les chtaignes</p></li><li><p>11</p><p>chaumires dantan.</p><p>Un succulent souvenir dautomne. Un chaleureux songe dhiver. Bref, quelles soient manges dans une ferme vosgienne, dans un chteau sarthois ou dans un march de nol, les chtaignes me rappellent invi-tablement une chasse aux trsors coup de bton et de gants pour ne pas se piquer.</p><p>La dcouverte dune carcasse de voiture entre deux chtaigniers, et le bonheur dun moment partag entre cousins et parents et dun estomac bien rempli.</p><p>Les chtaignes</p></li><li><p>La saison des tomates Brangre FLouret</p></li><li><p>14</p><p>Ma grande exprience culinaire est toute simple mais immensment intense. Il sagit de ma premire vraie tomate de lanne. Au dbut de lt, je suis toujours agite de retrouver un got qui manque mes papilles durant lhiver qui est celle de la tomate. Jattends la saison avant den manger une; elle reste dautant plus exceptionnelle et savoureuse. Je minterdis den acheter durant tout lhiver dans les supermarchs, sinon elles perdraient leur ct magique et envotant. Jattends ce moment glorieux o mes papilles retrouvent cette fracheur au got de sve, de verdure. </p><p>Ramasser la tomate dans mon petit potager. Croquer dans la tomate cultive de mes propres mains, et </p><p>La saison des tomates </p></li><li><p>15</p><p>sentir la terre et le soleil. Surtout garder les lvres contre la peau de la tomate, pour que tout le jus, aspir, hydrate bien la bouche.</p><p>Ds le dpart de cette saison, je suis enveloppe par ce got et je voyage dans les pays chauds. Je quitte la Belgique pour le sud de la France et ses cueillettes.</p><p>La saison des tomates </p></li><li><p>Les intestins de porccdric degardin</p></li><li><p>18</p><p>Il y a des plats que lon a pas envie de manger mais qui sont difficiles refuser. Le dix septembre deux mille six commence mes aventures en Equateur.</p><p>Je suis Jipijapa quant un homme qui semble faire partie de la mme organisation que moi vient maborder. </p><p>- salut </p><p>- salut</p><p>- As-tu dj mang? </p><p>- Je ne comprends pas. Je ne parle pas encore trs bien espagnol. </p><p>- Manger, as- tu dj mang? Si tu </p><p>Les intestins de porc</p></li><li><p>19</p><p>veux, je temmne manger des intes-tins, cest du porc, tu verras, ils sont braiss au barbecue. Cest trs bon, viens, on y va, je dois juste prendre mon vlo.</p><p>Je me demande ce que me veut ce drle de personnage. Il me fait signe de masseoir larrire de son vlo.. Suivons-le. Aprs tout les autres lap-pellent lavocat. Mme sil na pas lair dun avocat.</p><p>- Allez viens!</p><p>- Jarrive.</p><p>Pdalant avec difficult, lavocat memmne une rue plus loin. Prenant </p><p>Les intestins de porc</p></li><li><p>20</p><p>soin de laisser son vlo debout, la pdale contre la bordure, il sassied une terrasse. Je le rejoins.</p><p>- Que veux-tu manger? Veux-tu une bire ? Ici, la meilleure bire, cest la Pilsener, les autres nen valent pas la peine.</p><p>- Je ne comprends pas tout ce que tu dis, mais je veux bien une bire.</p><p>Il appelle la serveuse. </p><p>- Bien, deux Pilsener et deux intestins de porc bien cuits sil vous plat.</p><p>La serveuse excutant un demi-tour, ouvre le frigo et revient avec deux bires dans la main. Elle nous </p><p>Les intestins de porc</p></li><li><p>21</p><p>les sert puis va discuter avec le cuisi-nier qui se trouve au barbecue. </p><p>Mon compagnon improvis, lavocat, minvite trinquer mon arrive. Il mexplique tout un tas de choses incomprhensibles avant de me demander do je viens et comment je suis arriv ici. Cest ce moment que la serveuse revient. Une assiette dintestins coups en rondelle dans chaque main.</p><p>- Voici messieurs! Bon apptit!</p><p>Merci... Lavocat est tout excit. Repartant dans une folie de commen-taires sur peu prs toutes les choses quil connat, il entame les premiers morceaux, la fourchette la bouche. Je lcoute manger, regardant ce </p><p>Les intestins de porc</p></li><li><p>22</p><p>que la serveuse ma amen. Cela ne ressemble rien que je ne connais. Cest rond avec un large trou noir au milieu. Le grand trou noir qui mob-serve. Une fois dans mon estomac, cette chose ne peut que me tuer sur place.</p><p>- Mange, me dit lavocat, cest un repas typique. Tu nas jamais mang a?</p><p>Lavocat me regarde maintenant avec insistance, lair tonn. Certes, il ne faut pas offenser notre compa-gnon dans ses certitudes nutritives, mais je navais pas prvu de dguster les mets typiques du coin, une heure seulement aprs mon arrive.</p><p>Tu verras, ils sont trs accueillants. </p><p>Les intestins de porc</p></li><li><p>23</p><p>Ils tinvitent toujours manger chez eux, tu vas adorer. Ces mots dEm-manuelle avant mon dpart rson-naient dans ma tte.</p><p>La fourchette en main, je pique un morceau et le dirige vers ma bouche.</p><p>Les intestins de porc</p></li><li><p>Les idLisgrgoire de ryckeL</p></li><li><p>26</p><p>En Inde, lors de notre sjour Pondichry, nous sommes invits dner chez une indienne qui avait connu ma grand mre des annes plus tt. </p><p>Ctait notre premier contact rel, authentique - sans arrire-pense lie largent- avec un habitant. Elle nous avait prpar des idlis , plat typique du sud de lInde. Ce fut un vritable contraste avec tout ce que javais pu goter depuis mon arrive. Il sagissait de petites galettes trs blanches et assez paisses, en forme de soucoupe, au got trs doux. </p><p>Tout ce que javais mang aupa-ravant me mettait la gorge en feu. Ces petits gteaux de riz marquaient une trve dans ce voyage culinaire </p><p>Les idLis</p></li><li><p>27</p><p>parfois difficile. </p><p>Je les trempais dans une sauce au curry un peu releve. Jen ai encore le got en bouche. Jen ai dgust une ou deux fois durant le voyage et depuis plus jamais. </p><p>Ds que je vais dans un restaurant indien Bruxelles, je scrute ces dli-cieux idlis sur la carte mais ils ny apparaissent jamais. </p><p>Les idLis</p></li><li><p>Le rond du cornichonaurLie Fransen</p></li><li><p>30</p><p> Dallas, maman ne voulait pas que nous mangions trop souvent de fast food. Mais lorsque nous faisions une exception, Delphine, ma grande soeur, et moi nous rjouissions de prendre un Cheese Burger. Nous avions la complicit de la gourmandise. </p><p>Papa allait chercher en voiture le repas quil ramenait la maison. Il portait alors sur lui, lodeur de friteuse dont il se plaignait. Nous nous mettions table. Alors que papa mangeait son hamburger avec son couteau et sa fourchette. Delphine et moi mordions le ntre tout autour afin de laisser la partie centrale o se trouvait lunique cornichon que nous trouvions succulent. Le meilleur tait pour la fin. Nous lappelions le rond du cornichon.</p><p>Le rond du cornichon</p></li><li><p>31Le rond du cornichon</p></li><li><p>moLLusquesaLioucha conchin</p></li><li><p>34</p><p>Un petit mioche sur deux petites jambes courant partout, voil ce que jtais. Il en fallait beaucoup pour me calmer ou pour attirer mon attention. Ma maman memmenait souvent au march. De joie, je courais partout autour delle, ne mloignant jamais trop. Je tentais dattirer maman vers lodeur des escargots aux pinards que je suivais. Ma faim tait aussi dveloppe que mon sens naturel pour la course pied. Maman connaissait ma faiblesse. Elle savait que pour me calmer, une simple barquette descar-gots aux pinards me suffisait. Elle men offrait une chaque fois que jarrivais lattirer vers cet talage. Une barquette juste pour moi. Je la mangeais avec tant de plaisir dans mon petit coin. Mon Dieu que je me sentais vivre. </p><p>moLLusques moLLusques</p></li><li><p>35</p><p>Aujourdhui, jai perdu le got pour ces mollusques gastropodes pulmons. Alors que mes jambes continuent gambader.</p><p>moLLusques moLLusques</p></li><li><p>Bananes crasespauL-andr meyers</p></li><li><p>38</p><p> la maison, sagement, jattendais que maman revienne de lcole avec Baudouin, Anne et Sabine. Japprhen-dais le moment o maman me mettait cette assiette de banane crase mlange un jus de citron. </p><p>Il est seize heure trente et maman est l avec mes frres et surs. Ils enlvent leurs sacs, agits davoir fini lcole, ils courent vers la cuisine o je les attends. Ils me donnent un baiser. Ils sassoient sur leurs chaises, affams. Maman nous tourne le dos. Elle prpare le goter. Baudouin raconte toute sa journe comme dhabitude en parlant trop fort mon got. Aprs quelques minutes, maman se retourne. Elle dpose la premire assiette devant Baudouin pour quil se taise, puis </p><p>Bananes crases</p></li><li><p>39</p><p>donne la suivante Anne, Sabine et moi-mme. Comme je suis gourmand, jai toujours faim et surtout de sucr. Je me rue sur ma banane crase. Je la mange avec plaisir et je la savoure. Je suis le premier avoir fini. Jai la permission de sortir de table pour aller jouer dans la salle de jeu qui est la cave. </p><p>Aprs une quarantaine de minutes, mon estomac se prend pour une salle de concert, ce sont les tambours qui mnent la cadence. Je commence me tordre dans un sens et dans lautre pour retrouver un certain confort, mais rien faire, le mal me gagne et je suis oblig de me coucher sur mon lit. </p><p>Chaque soir, la mme srnade se </p><p>Bananes crases</p></li><li><p>40</p><p>reproduisait. Je finissais malade au fond de mon lit. Dsormais, je ne suivrais plus le mme rgiment que mes frres et soeurs. Plus de bananes pour moi daprs le mdecin. </p><p>Cela fait plus de quarante ans dsormais que je nen ai plus savour. Dernirement, je suis parti lle Maurice accompagn de mon pouse. Nous traversions un des marchs du coin, les fruits paraissaient tous telle-ment savoureux et juteux que nous sommes repartis avec un choix de sacs colors, et dodeurs varies. Comme vous pouvez limaginer, je retrouvai mon lit de malade car ma gourmandise chappa ma raison. Je gotai le fruit dfendu. </p><p>Bananes crases</p></li><li><p>41Bananes crases</p></li><li><p>FaLaFeLs au ssamenadia Berz</p></li><li><p>44</p><p>Famille gourmande et voyageuse, suivant lodeur des mets dIstal : </p><p>Boulettes de pois chiches ou de fves frites dans lhuile. Vous me dites, falafels. Et moi, je vous dis ssame. </p><p>La premire miette onctueuse, et la deuxime... touffante.</p><p>Ne pas ngliger les diffrences culturelles, car prs de chez nous, Paris, les falafels ne contiennent pas de ssame.</p><p>Dsormais, les falafels me rappel-lent cette course lhpital de Tib-riade. Je suis arrive l-bas, alors que lair ne passait presque plus dans ma gorge. En un rien de temps, je </p><p>FaLaFeLs au ssame</p></li><li><p>45</p><p>fus entoure dun grand nombre de docteurs parlant hbreux entre eux et moi, je ne comprenais rien. </p><p>Ds mon arrive, jai t hospita-lise. Ils mont inject une grande quantit de produits dans le sang. Jtais vritablement dans une cabine durgence. Il ny avait quun seul rideau qui me sparait du couloir et un autre de chaque autre cabine.</p><p>FaLaFeLs au ssame</p></li><li><p>gLace Fraise vaniLLenadia Berz</p></li><li><p>48</p><p>La glace fraise et vanille, je latten-dais. Jtais petite et nous faisions des trajets qui me semblaient long pour venir voir mon arrire grand-pre Paris. </p><p>Le temps tait allong car lexci-tation me gagnait. Prendre sa main, partir en promenade et rencontrer peut-tre un glacier sur le chemin, dans son petit camion musical. </p><p>Quand jhumecte mes lvres avec cette crme au got fruit, mon cur bat peut-tre plus vite, mais surtout, je ne pense plus rien. Sauf peut-tre mon arrire grand-pre qui me regardait avec ses yeux transparents et ses gros sourcils en bataille. Il sen-chantait de ma passion fruite.</p><p>gLace Fraise vaniLLe</p></li><li><p>49</p><p> aucun moment, il noublia de me proposer un petit tour chez le glacier car il savait que mon visage silluminait aussitt. Chaque visite rendue mon arrire grand-pre lhpital Cochin de Paris me rendait encore plus gourmande quavant, pas seulement de glace, mais de voir ce vieil homme que jaimais tant et qui me gtait autant. </p><p>Je continuais dguster ma glace dans la caftria de lhpital Cochin alors que mes parents discutaient cor et cri avec leur grand-pre. </p><p>Je ntais pas plus haute que trois pommes avec ce cornet de glace la fraise et vanille qui faisait un huitime de ma taille. Je men mettais bien videmment partout, et a me plai-</p><p>gLace Fraise vaniLLe</p></li><li><p>50</p><p>sait.</p><p>Javais les yeux dun enfant qui aimait voir son arrire grand pre comme quelquun qui ntait pas malade car ctait impensable. Il tait vivant et pour toujours, soccupant de moi, de ma gourmandise. </p><p>gLace Fraise vaniLLe</p></li><li><p>gLace Fraise vaniLLe</p></li><li><p>Les BonBons dandrsophie Le greLLe</p></li><li><p>54</p><p>Cest lexcitation du dimanche soir. Loncle magique, loncle sucr, le monsieur la veste beige entre par la porte de lentre comme tout le monde. Mais la diffrence dune personne normale, il vient avec sa grande veste beige. Elle semble toujours peser un poids brut. Que cache-il dans ses poches ? </p><p>Au dbut, je pensais que ce monsieur tait juste envelopp. Pour un enfant, a ne fait pas de diff-rence. Un vieux monsieur envelopp de chocolat. Ou un vieux monsieur en bton de rglisse. Aprs tout, il sentait bon le bonbon. Cest pour cette raison que je laimais bien. </p><p>Matthieu et moi avions respecti-</p><p>Les BonBons dandr</p></li><li><p>55</p><p>vement, dix ans et quatre ans. Job-servais tout, et rien ne mchappait. Du moins, jobservais de manire slective du haut de ma petite taille. Je prtais attention tout ce qui pouvait tres petits et sucrs. Cela rduisait trs nettement mon champ de vision. </p><p>Lorsque mon oncle Andr atteint le haut des escaliers aprs avoir travers le couloir, je me jette littra-lement sur lui pour quil me donne un baiser. Il me porte quelques minutes dans ses bras, et puis, ctait au tour de mon grand frre. </p><p>Andr, mon frre et moi, on laimait parce quil tait rempli de surprises. Ctait le pre Nol sans Nol. Il noubliait jamais son sac. Ce </p><p>Les BonBons dandr</p></li><li><p>56</p><p>ntait pas un sac en plastique ou en coton. Mais il le portait comme une deuxime peau. </p><p>Matthieu et moi nous pelotonnons prs de lui, il ouvre sa veste comme pour nous montrer son revolver. Ce nest pas une arme de cow-boy quil cache, mais bien une dizaine de sachets de bonbons de toutes les couleurs. Nos yeux brillent dmoi. Une poudre magique sest empare de nos penses. Nous attendons le moment o il dit, Choisissez ce que vous voulez. Nous sautillons comme des puces. Nous approchons nos petites mains, et il nous regardait du haut de ses deux mtres derrire ses grandes lunettes et son gros nez. Il est aussi trpignant que nous. Et il sourit. Cela signifie que nous avons </p><p>Les BonBons dandr</p></li><li><p>57</p><p>feu vert pour assouvir nos dsirs. </p><p>Ctait comme un rituel. Le dimanche soir, nous attendions Andr. </p><p>Les BonBons dandr</p></li><li><p>petit poisaurLie Fransen</p></li><li><p>60</p><p>Aurlie rit des souvenirs de son frre quelle na jamais connu, mort un an avant sa naissance. Sa maman entretient les souveinrs quelle a de son fils en les...</p></li></ul>