LA PENSEE ISLAMIQUE ET LE MONDE MODERNE Romains, n'ont cherch - affirmait MICHAUX-BELLAIRE - mettre de l’ordre dans cette confusion ; ils ont tir

  • View
    215

  • Download
    1

Embed Size (px)

Text of LA PENSEE ISLAMIQUE ET LE MONDE MODERNE Romains, n'ont cherch - affirmait MICHAUX-BELLAIRE - ...

  • Pr Abdelaziz Benabdallah

    LA PENSEE ISLAMIQUE ETLE MONDE MODERNE

  • 2

    TABLE DES MATIERES

    - Introduction.......................................................... 7I- Nature et dimensions de L'Islam....................... 19II- La force de L'Islam............................................ 23

    III- Llment social................................................ 271) La femme............................................. 292) Libert et esclavage............................. 323) Travail et proltariat............................. 33

    IV- L'Islam et la science........................................... 37V- Renouveau de L'Islam..................................... ..45

    VI- L'Islam et le marxisme..................................... 53VII- L'Islam et le positivisme rationnel..................... 57

    VIII- Le Soufisme : Philosophie rationalise... .......... 69IX- La philosophie Islamique et sa projection............

    sur le Monde moderne.................................. 75X- Symbiose esprit -matire psycho-somatique..... 83

    XI- La pense islamique et la mtaphysique........... 89(Attributs de Dieu)

    XII- Lme, source des facults mentales................105(homognit de I'intellect et de !'esprit)

    XIII- Infrastructure de I'Islam.....................................111XIV- L'Islam et les Droits de l'homme.......................123XV- Les droits de I'homme et la foi..........................131

    XVI- Les droits de la femme......................................137XVII- Libert...............................................................141

    XVIII- Travail et solidarit............................................143

  • 3

    INTRODUCTION

    L'histoire de L'Islam, c'est I'histoire d'une civilisation, d'une philosophie, d'une pense. C'est leprocessus psycho-somatique et socio-conomique, dans le contexte d'un idal universel.

    Analyser les lments de cette triple dfinition, c'est esquisser le schma de la structure infra et extrad'une communaut dont les dimensions s'tendent I'chelle mondiale, mais le caractre inhrent des donnesintrinsques de cette entit demeure essentiellement humain o le social prime le cultuel. La raison dtre del'Islam est, en effet, la stricte ncessit ddifier une socit dont les conditions de viabilit restent fonctions dunedouble productivit sur le plan matriel et spirituel.

    La notion dune authenticit islamique est, donc, troitement lie une pense souveraine etminemment exigente, savoir I'aspiration un quilibre qui assure le vritable Etre d'un vrai musulman.

    L 'histoire de I'Islam et de sa pense doit donc dpasser le cadre narratif et descriptif de la communautmusulmane, pour dborder sur I'tude critique des textes, tendant difier cette communaut, abstraction faitedes errements et des dviations des individus ou des groupements sociaux qui la forment. La rgression et lesous dveloppement, relevs dans notre socit, incombent une certaine incompatibilit, de plus en plusmarque, du musulman avec I'Islam bien entendu.

    L'Islam, malgr les drglements et les incartades, a pu marquer, d'un cachet indlbile, I'infrastructurede la socit. Il a jou un rle primordial dans la structuration des fondements de l'Etat, dans chaque paysmusulman. Les hauts et les bas de cette socit sont les signes du degr d'accommodement du musulman I'image hautement idale, esquisse par les textes largement authentifis.

    Si on essayait de consulter des brochures prises au hasard, on constaterait que, soit par excs de zle,soit par manque de documentation ou de sens critique, certains esprits avaient cr des lgendes dorestoffes d'illustrations pompeuses, alors que d'autres s'taient livrs des dnigrements, parfois systmatiques.

    L 'objectivit est une vertu essentielle, chez un historien; il est vrai qu'objectivit ne veut pas diretraditionalisme conformiste, ni absence d'esprit critique, mais seulement inspiration rigoureuse des faits, double,le cas chant, d'interprtations labores en fonction de donnes relles et d'axiomes bien entendus.L'quation personnelle qui constitue, dj, un prisme dformateur, est souvent aggrave par les apprciationsaberrantes, toujours dangereuses, quelles que soient la sincrit et la bonne foi de I'agent promoteur.

    Les ides prconues droutent I'historien ; certains ont voulu voir dans les sicles derniers, le refletsinon le portrait exact de tout un pass. II etait ncessaire, dans ce cas, de recourir un travail de comparaisonmentale, pour redresser certains torts, faire clater les syllogismes, fruits d'ides prconues ou gnralisationshtives, partir de quelques faits pars dans la masse historique. Mais, ce travail n'est malheureusement pas la porte de tout le monde. C'est l o rside le danger des brochures concises qui, sous prtexte de faire unebrve synthse, vide I'histoire de ses meilleures recettes. Les risques sont moindres, quand il s'agit d'ouvragessubstantiels qui, tout en forant I'interprtation subjective des donnes de I'histoire, sont amens en faire,mme partiellement, tat.

    Quand, dans I'orientation du jugement, le travail brusque de la pense se double de partis pris plus oumoins systmatiques, on aboutit des contradictions difiantes.

    Le sens critique est indispensable, mais il faut se garder de le confondre avec un conformismesystmatique. II est dangereux de forcer la mthode inductive, au dpens des sources naturelles de I'histoire. II ya des atouts auxiliaires dont les historiens modernes n'usent qu'en second plan et faute de textes precis.

  • 4

    Loin d'avoir toujours labor une lgende dore, plusieurs historiens de la pense islamique ont souventesquiss un tableau sombre, l o ils auraient pu s'tendre, juste titre, sur les brillants aspects de notrecivilisation.

    L 'Ere thocratique surtout, fut marque par I'influence illimite des interprtes de la nature, chez lesuns, des thologiens, chez les autres, et c'est sous leurs directives que les nations se sont formes. Cephnomne se corrobore par le fait que le lien dynastique qui peut, lui aussi, crer I'unit nationale, d'aprsRENAN, s'est presque toujours appuy sur un droit divin. Selon H. TERRASSE lui-mme la dynastie ( c'est--dire marocaine), d'un mouvement invincible, se dtache de sa souche berbre; pour se fonder , elle a presquetoujours eu besoin de mettre en avant une ide musulmane( Histoire du Maroc, tome 1 P. 25).

    La grandeur et la faiblesse de l'Islam africain, c'est de n'chapper au particularisme le plus troit quepour viser I'universel.Comme la notion d'Etat n'existe pas chez les tribus berbres, une rvolution religieuse peut seule les arracher leur isolement ( Les Almohades, par Ren MILLET; P. 3).

    C'est lIslam qui apporte ici I'ide de l'Etat (Les Berbres et le Makhzen, R. MONTAGNE. P. 54).

    De I'me berbre faonne par la foi nouvelle, manait un sentiment de quitude nostalgique spontan.Le Maroc qui s'identitiait, alors, au monde d'lmazigh, trouve, dans I'Islam simpliste, souple et tolrant, lesferments indicibles, pour cette unit dont le particularisme tribal entravait I'laboration. Un courant nouveaurtablit, alors, les contacts naturels entre deux mondes. En recevant les premiers lments de la civilisationorientale rnove par le gnie arabe, le Maghreb rejoint les destines qui, depuis treize sicles, n'ont cess d'treles siennes. Ds lors, le Maroc rinstall dans son vritable Etre, aura, pour tous les ressorts de soncomportement, une constante indlbile : s'aligner sur l'Orient.

    L'lslam, au dogme simple, accessible tous, sans hirarchie, sans formalisme, a pu conqurir unegrande partie de I'Humanit, dans lespace record de quelques dcennies.

    L'Histoire a rarement donn I'impression d'une spontanit, aussi nette, dans la conqute pacifique descurs. Jamais l'Arabe - reconnat E.F. GAUTIER - dans toute lardeur de sa foi nouvelle, n'a song teindredans le sang une foi concurrente .

    Si le Musulman a prch lIslam, il s'est toujours abstenu de faire pression sur le coeur des infidles.Ouand le Monde de lIslam tait I'apoge de sa puissance et de son panouissement, des communautschrtiennes et juives menaient, dans son sein, une vie heureuse et paisible.

    Le Maghreb, par exemple, semble avoir connu, au cours de la priode ant-islamique et sous desdominations trangres successives, un chaos indfinissable. Ni les Phniciens ni les Carthaginois, ni mmeles Romains, n'ont cherch - affirmait MICHAUX-BELLAIRE - mettre de lordre dans cette confusion ; ils ont tirde ce pays ce qu'ils ont pu, s'occupant des produits beaucoup plus que des habitants et - dans les rgions o lesdominations romaines et byzantines se sont exerces directement, il semble que les indignes taient rduits un tat voisin de la servitude, soumis aux plus dures corves et aux charges les plus crasantes. Mais, sil'Afrique a pu, peut - tre, bnficier de quelques inventions carthaginoises, dans la technique agricole, etassurer, peine, sa consommation locale, lAfriqua (romaine) tout entire - dit PLINE - appartenait cinqgrands personnages romains; le plus grand propritaire foncier tait I'Empereur. Le pays prit, alors, I'aspect d'ungrand domaine systmatiquement exploit (Andre JULIEN). Aussi, lorsque, vers 680, Oqba Ben Nafih apportaI'Islam au Maroc, pour la premire fois, La religion nouvelle fut -elle accepte comme une dlivrance par lespopulations les plus faibles, et, par consquent, les plus crases d'impts (1). C'est encore MICHAUX.BELLAIRE qui, tablissant un paralllisme entre I'oeuvre du christianisme et celle de lIslam, affirme que Lechristianisme semble n'avoir apport en Afrique que les luttes religieuses, les perscutions et les schismes .(2}.1) (Confrences P. II)2) (IBID P. 246)

  • 5

    Pour mieux saisir le fond de la vie sociale et culturelle islamique, nous devons voquer brivement les traitsles plus marquants de la socit arabe, la fois sous les Omiades et les Abbassides. On trouvera, l,I'explication de tant d'ins