La trag©die et la com©die   Rome

  • View
    228

  • Download
    3

Embed Size (px)

Text of La trag©die et la com©die   Rome

  • 1

    LA TRAGDIE ET LA COMDIE ROME. Brve prsentation et choix de textes. La tragdie : pages 1 11 La comdie : pages 12 40

    Deux sites portails pour des recherches plus approfondies sur le thtre antique :

    le rpertoire de weblettres en anglais, le site Skenotheke

    Un entretien clairant avec Florence Dupont (2004) : http://www.lelitteraire.com/article1311.html

    La tragdie

    1. Un seul auteur dont les uvres ont t transmises : Snque, aujourdhui gnralement identifi avec le philosophe stocien bien connu, prcepteur puis victime de Nron (n vers 1 ap. J.-C., mort en 65). On a conserv sous son nom dix tragdies, dont 9 sont sujet mythologique grec. La dixime, Octavie, dont lintrigue est tire de lactualit, est sans doute dun auteur diffrent. Si le sujet est emprunt aux Grecs, les caractres sont inspirs de la rflexion stocienne sur la nature humaine et sur le pouvoir. Les hros sont victimes du furor, concept la fois philosophique et dramatique qui se dfinit comme lnergie destructrice de la raison. Ces pices seront lues et reprises partir de la Renaissance, notamment en Italie et en Angleterre. Racine y trouve une partie de son inspiration, par exemple pour Phdre. Bibliographie :

    Florence DUPONT, L'acteur-roi. Le thtre dans la Rome antique, Belles-Lettres, 2003 Le Thtre Rome, Marie-Hlne FRANOIS-GARELLI, Jean-Christian DUMONT, Livre de Poche

    1998. Webographie sur Snque : http://www.retiarius.org/dos/sene.php

    2. Les titres des pices conserves : Hercule furieux Les Troyennes Les Phniciennes

    Mde Phdre dipe

    Agamemnon Thyeste Hercule sur lOeta

    3. les textes disponibles en ligne :

    o des traductions anciennes, avec leurs mrites et leurs dfauts ; signaler notamment que la division en actes ne date pas de lantiquit :

    o Texte latin et traduction E. Greslou (1834) : http://visualiseur.bnf.fr/Visualiseur?Destination=Gallica&O=NUMM-29825&I=275

    o Traduction E. Greslou revue (1863) : http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/seneque/table.htm o Texte latin et mme traduction : http://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concordances/intro.htm#sen

    o un exemple de travail moderne :

    Texte, traduction et commentaire de Mde : http://pot-pourri.fltr.ucl.ac.be/itinera/Enseignement/Glor2330/Seneque/accueil.htm

    http://www.weblettres.net/sommaire.php?entree=16&rubrique=49&sousrub=92http://homepage.usask.ca/~jrp638/skenotheke.htmlhttp://www.lelitteraire.com/article1311.htmlhttp://www.retiarius.org/dos/sene.phphttp://visualiseur.bnf.fr/Visualiseur?Destination=Gallica&O=NUMM-29825&I=275http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/seneque/table.htmhttp://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concordances/intro.htm#senhttp://pot-pourri.fltr.ucl.ac.be/itinera/Enseignement/Glor2330/Seneque/accueil.htm

  • 2 en librairie : Tragdies, dition bilingue, Belles-Lettres 2011 Mde, diverses ditions Phdre Les Troyennes

    4. extraits prsents :

    Les Phniciennes (2 passages)

    dipe (1 passage)

    Thyeste (4 passages)

    Les Troyennes (2 passages)

    Vue ancienne de lintrieur et de lextrieur du thtre dOrange

    Source : dictionnaire Daremberg-Saglio

    http://dagr.univ-tlse2.fr/sdx/dagr/feuilleter.xsp?tome=5&partie=1&numPage=204&nomEntree=THAULIA&vue=image

  • 3

    1er extrait : Les Phniciennes reprennent le titre et en partie le sujet de la pice dEuripide (cre

    Athnes vers 410) qui traite la dispute entre les fils ddipe, mais le texte latin est incomplet. Aprs

    stre aveugl volontairement, dipe refuse de sinterposer entre ses deux fils tocle et Polynice.

    Jocaste se jette entre les deux frres.

    1ER PASSAGE : Prires de Jocaste (vers 450-499, traduction Greslou 1863) : JOCASTE. Tournez contre moi le fer et les flammes ; dirigez contre moi seule l'effort de ces vaillants

    guerriers partis de la ville d'Inachus, et de ceux qui sont descendus en armes de la citadelle de Thbes.

    Citoyens et ennemis, frappez ce sein qui a donn des frres mon poux. Dchirez mes membres, et

    mettez mon corps en pices, puisque c'est moi qui ai mis au monde ces deux frres ennemis. Ne poserez-

    vous donc point les armes ? Faut-il vous le rpter ? Donnez-moi vos mains, donnez-les-moi tant qu'elles

    sont encore pures. Jusqu'ici l'garement seul vous a rendus coupables. Votre crime a t celui du Destin

    qui nous poursuit. Mais, ds ce moment, vous devenez volontairement criminels : il dpend de vous de

    l'tre ou de ne l'tre pas. Si le devoir vous touche, rconciliez-vous la voix de votre mre. Si le crime vous

    plat, vous aurez un double forfait commettre. Votre mre se jette entre vous deux. Renoncez donc la

    guerre, ou brisez l'obstacle que j'oppose votre fureur.

    Dans ma perplexit maternelle, auquel des deux adresserai-je mes prires ? Lequel, malheureuse, dois-je

    presser le premier dans mes bras ? Une tendresse gale me porte la fois vers tous les deux. L'un a t

    longtemps spar de moi; mais, si votre accord fraternel subsiste, l'autre va maintenant s'loigner son

    tour. Suis-je condamne ne vous voir jamais runis que pour assister vos luttes fratricides ? Viens le

    premier dans mes bras, toi qui, prouv dj par tant de peines et de maux, revois ta mre aprs un long

    exil. Approche : remets dans le fourreau ce glaive impie, enfonce dans la terre cette lance qui tremble

    entre tes mains, et qui voudrait s'en chapper. Ce bouclier empcherait ton sein de se poser sur le sein de

    ta mre : dpose-le donc aussi. Dnoue ton casque pesant, dgage ta tte de ce terrible appareil des

    batailles, et livre ton visage aux baisers de ta mre. Pourquoi dtourner tes yeux, et jeter des regards

    inquiets sur la main de ton frre ? Je te couvrirai tout entier de mes bras : on ne pourra verser ton sang

    qu'en rpandant le mien. Pourquoi hsiter ? n'oses-tu donc te confier ta mre ?

    POLYNICE. Oui, je n'ose. Les saintes lois de la nature n'ont plus de force. Aprs cet exemple donn par

    un frre, je dois me dfier de sa mre mme.

    JOCASTE. Reprends donc ton pe, renoue ton casque et rattache ton bouclier ton bras gauche.

    Garde tes armes jusqu' ce que ton frre ait jet les siennes. C'est toi de poser le glaive, toi la premire

    cause de cette guerre. Si tu abhorres la paix, si la fureur des combats s'est empare de toi, tu ne peux

    refuser du moins ta mre un court armistice, le temps d'embrasser pour la premire ou la dernire fois ce

    fils revenu de lexil. Je vous demande la paix, coutez-moi sans armes. Vous vous craignez l'un l'autre, moi

    je vous crains tous les deux, mais c'est pour chacun de vous. tocle, pourquoi refuser de remettre ton

    pe dans le fourreau ? Accepte plutt avec joie un moment de trve. Dans la guerre o vous vous lancez,

    il est plus heureux d'tre vaincu que de vaincre. Est-ce que tu crains quelque pige de la part de ton frre?

    S'il faut absolument tre perfide envers les siens, ou tre victime de leurs perfidies, mieux vaut encore

    souffrir le crime que de le commettre. Mais ne crains rien : votre mre saura vous prserver l'un et l'autre

    de toute atteinte mutuelle. M'coutez-vous enfin, ou faut-il que j'envie le sort de votre pre? Suis-je venue

    pour empcher un fratricide, ou pour le voir de plus prs ? tocle a fait disparatre son pe ; il reste

    appuy sur sa lance, et se repose sur ses armes plantes en terre.

    Haut du document

  • 4 2E PASSAGE : Jocaste cherche apaiser Polynice en lui recommandant lexil, pendant qutocle affirme son gout immodr du pouvoir (vers 620-664, traduction Greslou 1863). [] Va, mon fils, et pars pour une guerre o ton pre et ta mre feront des vux pour le succs de tes

    armes. Un trne souill par un fratricide est pire que le plus triste exil. Songe aux maux de la guerre et

    ses chances hasardeuses. Quand tu amnerais avec toi toutes les forces de la Grce, quand tes bataillons

    inonderaient nos champs, l'issue des combats est toujours incertaine : elle dpend des caprices de Mars.

    L'pe galise les adversaires les plus ingaux. L'esprance et la crainte se balancent au gr de l'aveugle

    Fortune. Le but que tu poursuis est douteux, le crime seul est assur. Suppose que tous les dieux ont

    combl tes dsirs. Tes concitoyens ont fui devant toi, vaincus et disperss. Leur ruine est complte, tes

    soldats couvrent les campagnes. Eh bien ! dans l'ivresse de la victoire, charg des dpouilles de ton frre

    tomb sous tes coups, il te faudra briser tes palmes. Quel nom donneras-tu une guerre o la joie du

    vainqueur devient un forfait excrable? Malheureux ! ce frre que tu veux vaincre, tu pleureras sa dfaite.

    Renonce donc cette guerre fatale, dissipe les alarmes de ta patrie, sche les pleurs de ta famille.

    POLYNICE. Eh quoi! mon frre dnatur ne porterait point la peine de son parjure et de son crime?

    JOCASTE. Ne crains rien : il ne sera que trop cruellement puni.... Il rgnera.

    POLYNICE. Est-ce l un chtiment ?

    JOCASTE. Si tu en doutes, crois-en du moins ton aeul et ton pre. C'est une vrit que Cadmus et sa

    famille t'apprendront. Nul ne s'est assis impunment sur le trne de Thbes ; et pourtant, aucun de ses

    rois jusqu'ici n'a d le sceptre au parjure. Tu peux, ds ce moment, mettre tocle parmi eux.

    POLYNICE. Je l'y mets sans doute, et c'est ce prix que je veux rgner moi-mme.

    TOCLE. Moi, je te mets au nombre des exils.

    POLYNICE. Et toi, rgne, mais avec la haine de tes sujets.

    TOCLE. Redouter la haine, c'est renoncer au trne. La puissance et la haine sont deux choses que le

    crateur a mises ensemble sur la terre. La gloire d'un roi, c'est de dompter la haine. L'amour des sujets

    nuit