La transcendance des signification dans l'idéalisme transcenda,ntal de Husserl

  • Published on
    03-Jun-2018

  • View
    214

  • Download
    0

Embed Size (px)

Transcript

<ul><li><p>8/12/2019 La transcendance des signification dans l'idalisme transcenda,ntal de Husserl</p><p> 1/27</p><p>Bulletin danalyse phnomnologique VII 3, 2011ISSN 1782-2041 http://popups.ulg.ac.be/bap.htm</p><p>Le problme de la transcendance des significations danslidalisme phnomnologique transcendantal</p><p>Par ALAIN GALLERAND</p><p>Rsum Sur le modle des reprsentations et des propositions en soi deBolzano, Husserl a envisag les significations comme des units idales-objectives qui sont accessibles plusieurs consciences et qui perdurent au-del des actes psychiques passagers dans lesquels elles se ralisent. Indpen-dantes des oprations subjectives, les units smantiques seraient donctranscendantes, cest--dire extrieures la conscience. Cependant, en posantla subjectivit transcendantale comme un absolu par rapport auquel toutobjet, rel ou idal, se dfinit, la phnomnologie transcendantale-constitutive est finalement incapable de rendre compte de cette transcendancedont elle nie le caractre absolu au profit de la conscience : une fois que lesunits de sens sont dfinies comme des formations logiques issues delactivit catgoriale, leur transcendance nest plus quun sens dtreintentionnellement constitu. Ds lors, peut-on expliquer la transcen-</p><p>dance des units de sens, sans vider ce concept de son contenu essentiel,sans retirer aux significations leur indpendance et leur extriorit vis--visde la conscience ? Lhypothse la plus simple consisterait dire quavant detraduire la manire dont les objets sont reprsents par la conscience, lessignifications conceptuelles sont lies aux proprits que la pense a arra-ches leurs substrats pour en faire des marques distinctives. Mais cetancrage ontologique soulve son tour de multiples difficults, si bien queHusserl, pour expliquer la transcendance des significations sans contrevenir ses principes idalistes, na pas dautre choix que dinvoquer un ancragelinguistique : une fois consignes dans des signes extrieurs, les pensessortent de la sphre prive, acquirent une extriorit, une publicit et unesolidit en vertu desquelles elles se conservent au-del des vcus passagers,</p><p>et sont tout moment accessibles toute conscience. Cependant, si lelangage commun apparat, pour les consciences, comme lultime condition</p><p>1</p></li><li><p>8/12/2019 La transcendance des signification dans l'idalisme transcenda,ntal de Husserl</p><p> 2/27</p><p>de possibilit de la transcendance des significations, il nen demeure pasmoins que la transcendance qui leur revient avant quelles ne soientexprimes car pour Husserl les significations, dont lunit soppose la</p><p>multiplicit des signes susceptibles de les transcrire, ne sont pas ncessaire-ment exprimes demeure un postulat mtaphysique qui pourrait bienseffondrer avec lhypothse dune traductibilit translinguistique du sens quilui sert de corollaire.</p><p>Husserl a depuis longtemps reproch la psychologie de mconnatrela nature des significations. Les reprsentations et les jugements dont parle lalogique (le vainqueur dIna ;Napolon est le vainqueur dIna) ne sont pasles vcus subjectifs des hommes, mais, comme latteste la possibilit derpter une expression sans en altrer le sens, des units idalement</p><p>identiques dans une multiplicit dactes psychiques. Lirrductibilit desunits de sens quelque vcu que ce soit tmoignerait de leur transcen-dance par rapport la sphre psychique : alors quun acte de conscience estun vnement contingent et passager survenant lintrieur du courant deconscience, les significations sont accessibles toute conscience, ellesprcdent les actes individuels qui les expriment et les saisissent, et ellespersistent au-del de la disparition des phnomnes psychiques ponctuels. Enpensant les units smantiques comme des espces dont les actes singuliersdexpression et de comprhension sont les instanciations, Husserl croyait lesavoir mises dfinitivement labri du psychologisme logique qui lesrduisait des contenus de conscience immanents. Pourtant, dans Logiqueformelle et logique transcendantale et Exprience et jugement, lorsquil</p><p>rflchit nouveau sur la nature de la logique, le spectre du psycho-logisme refait surface : ds lors quil sagit de rendre manifeste le domainespcifique de lanalytique logique dans sa puret et dans son originalitidale , il faut pralablement le librer des confusions et des faussesinterprtations psychologisantes dans lesquelles depuis le dbut il tait etrestait emptr 1. Si le problme du subjectivisme logique ressurgit long-temps aprs le combat que lesRecherches logiques ont men contre lui, cestque depuis 1908, devant les difficults souleves par les expressions occa-</p><p>1E. Husserl, Formale und Transzendentale Logik (abrg FTL),Husserliana XVII,P. Janssen (d.), M. Nijhoff, La Haye, 1974, p. 181; trad. fr. S. Bachelard, Logiqueformelle et logique transcendantale, Paris, P.U.F., 1957, p. 233- 234. Cf. aussiErfahrung und Urteil, redigiert und herausgegeben von L. Landgrebe, 7. Auflage,Hamburg, Meiner Verlag, 1999, Philosophische Bibliothek, Band 280 (abrgEU).</p><p>Bulletin danalyse phnomnologique VII 3 (2011) http://popups.ulg.ac.be/bap.htm 2011 ULg BAP</p><p>2</p></li><li><p>8/12/2019 La transcendance des signification dans l'idalisme transcenda,ntal de Husserl</p><p> 3/27</p><p>sionnelles et empiriques, Husserl envisage les units idales de significationde moins en moins comme des espces supra-temporelles se singularisantdans les actes de conscience, mais plutt comme les corrlats intentionnels</p><p>de ces actes. Une signification telle que le vainqueur dInanest ni un actesingulier du signifier, ni une espce runissant plusieurs actes, ni mmelobjet qui est signifi (Napolon), mais un objet intentionnel, auquel Husserldonne le nom d objectit catgoriale , en face dune multiplicit dactes :lobjet tel quil a t pens en relation avec dautres objets (Ina), au moyendun concept (en tant que vainqueur)1.Or, si chaque objectit catgorialecorrespond une opration catgoriale, si chaque manire dont lobjet estpens est lie une dtermination de lobjet dexprience par la conscience,la phnomnologie devait tt ou tard sinterroger sur lorigine subjective des significations, en tant que formations logiques, dans lactivit intention-nelle immanente. Ds lors, bien que la mthode de la rduction, par la</p><p>suspension de toute position dtre transcendant et notamment de toute aper-ception psychologique, cartait le psychologisme et interdisait de prendre lasubjectivit produisant les formations logiques pour une conscience humaineempirique, on peut se demander si la phnomnologie transcendantale-constitutive ne tmoigne pas dune autre forme de subjectivisme tout aussinuisible pour lobjectivitidale et la transcendance des significations. Car lathse mtaphysique idaliste qui constitue larrire-plan ontologique de laphnomnologie depuis les annes 1906-1907, implique une transformationsi profonde du concept de transcendance quelle finit par le vider de sonessence mme, dans la mesure o il semble y avoir une contradiction entre,dune part,lide dune auto-subsistance dobjets en soi antrieurs la con-science et irrductibles ses actes singuliers, et, dautre part, laffirmation</p><p>selon laquelle tous les objets dont nous pouvons avoir conscience (ycompris les units de sens titre dobjets idaux) sont constitus danslactivit intentionnelle, et reoivent de la conscience elle-mme leur sensdtre transcendant. La transcendance ne peut pas tre la fois, selon sonacception classique, ce qui appartient dj aux objets avant que la consciencene les rencontre, et, selon son acception phnomnologique, un mode dtreque la conscience transcendantale donne aux objets quelle vise. En retirantaux objets logiques leur transcendance absolue transforme en un sens dtreintentionnellement constitu, et en les rattachant lintentionnalit consti-tuante titre de simples produits ou objets intentionnels objets dont</p><p>1Cf. E. Husserl, Vorlesungen ber Bedeutungslehre (abrg VuB), Hua XXVI, U.Panzer (d.), Kluwer Academic Publishers, Dordrecht/Boston/Londres, 1987; trad.fr. J. English, Sur la thorie de la signification,Paris, Vrin, 1995.</p><p>Bulletin danalyse phnomnologique VII 3 (2011) http://popups.ulg.ac.be/bap.htm 2011 ULg BAP</p><p>3</p></li><li><p>8/12/2019 La transcendance des signification dans l'idalisme transcenda,ntal de Husserl</p><p> 4/27</p><p>limmanence, bien quelle ne soit pas relle mais simplement intention-nelle , leur interdit toute transcendance , la phnomnologie transcendan-tale na-t-elle pas contribu, malgr elle, subjectiviser les formations 1</p><p>logiques ?Aprs avoir mis au jour les falsifications husserliennes du concept de</p><p>transcendance appliqu aux units smantiques, et montr quelles ontempch Husserl de faire droit leur objectivit idale, nous nousinterrogerons sur la possibilit dune entente proprement objective de lasignification, qui en prserve la vritable transcendance en mnageant pourelle une autonomie lgard de toute conscience singulire. Il faudra alorsexaminer deux autres hypothses : celle, traditionnelle, dun ancrage onto-logiquede la smantique dans lesproprits objectivesde lobjet signifi, etcelle dveloppe par Husserl dans ses derniers ouvrages dun ancragelinguistiquedes units de signification dans le corps dun langage commun.</p><p>1. Comment lanalyse transcendantale-constitutive des significationsvite-t-elle lcueil du subjectivisme psychologique ?</p><p>Avant dexaminer si lanalyse transcendantale-constitutive implique soncorps dfendant une forme de subjectivisme prjudiciable pour la com-prhension de la transcendance des significations, rappelons dabordcomment Husserl carte le danger du subjectivisme psychologique. Nousnous bornerons ici au cas exemplaire du jugement au sens logique duterme. Celui-ci est dfini depuis 1908 comme le pens en tant que tel: lastructure logique propositionnelle S est p dans laquelle rside la signification</p><p>de lnonc, tmoigne en effet de lobjet tel quil est conceptuellement conu(en tant quep) et jug (comme Squi est p). Ainsi dfini, le jugement nest nilacte psychique singulier contingent et passager quune conscienceaccomplit lorsquelle juge queNapolon est le vainqueur dIna, ni lnoncdans lequel cet acte est exprim, ni mme lobjet auquel elle pense et dontelle parle (Napolon lui-mme comme ralit concrte), mais une objectitcatgoriale, cest--dire un objet pris tel quil est pens ou conceptuellementdtermin (en tant que vainqueur dIna). La signification dnonc est doncun objet intentionnel idalement identique dans une multiplicit infiniedactes disperss dans le temps et lespace : chaque fois que quelquunaffirme, rpte ou comprend que Napolon est le vainqueur dIna, lasignification est immuablement la mme dans la mesure o le mme objet</p><p>1E. Husserl, FTL,p. 86 ; trad. fr. p. 113.</p><p>Bulletin danalyse phnomnologique VII 3 (2011) http://popups.ulg.ac.be/bap.htm 2011 ULg BAP</p><p>4</p></li><li><p>8/12/2019 La transcendance des signification dans l'idalisme transcenda,ntal de Husserl</p><p> 5/27</p><p>reoit la mme dtermination (identit stricte du jug en tant que tel).Lirrductibilit de la signification S est p un contenu de conscience rel-immanent attesterait de sa transcendance et de son objectivit idale par</p><p>opposition la multiplicit des vcus apprhends comme des ralitsimmanentes.</p><p>Les choses ne sont cependant pas aussi simples, car pour la phno-mnologie transcendantale-constitutive la conscience ne se contente pas deviser des objets rels ou idaux prexistants qui lui feraient face. Lacte deconscience tmoigne en effet dune vritable activit (Leistung,Handlung)intentionnelle quiproduitou gnre(erzeugt) elle-mme de nouveaux objetsde pense partir de la mise en forme des donnes de lexprience. Ainsi lasynthse dun sujet et dun prdicat dterminant dans lopration de juge-ment est-elle une spontanit cratrice 1qui engendre (erzeugt) un tat-de-choses, qui produit une objectit catgoriale qui nexistait pas auparavant</p><p>dans la sphre de lexprience sensible, puisque celle-ci ne contient que desralits singulires concrtes runissant indistinctement une multiplicit dequalits qui ne sont pas encore explicitement dtaches de leur substrat etreconnectes lui dans une synthse prdicative. De son ct, lobjectitcatgoriale ne simpose pas de lextrieur une conscience qui se contente-rait den recueillir passivement les proprits intrinsques prexistantes ; elledevient une formation (Gebilde) 2 engendre(Erzeugung) rellement etvritablement 3par lintentionnalit ; elle est leproduit(Ergebnis)du travailde la pense sur le matriau empirique, le rsultat (Leistung, Erzeugnis) delactivit catgoriale.</p><p>Cest en tant que vritables produits (Erzeugnisse) quils [les objets logiques :</p><p>concepts et jugements]ont t produits (erzeugt)</p><p>4</p><p>.</p><p>[Ltat-de-choses est] un objet dune espce tout fait nouvelle, ne seprsentant dune manire gnrale quau degr suprieur de la spontanitprdicative comme rsultat (Ergebnis) dune opration (Leistung) prdicativede jugement5.</p><p>Si la pense ne saisissait pas dans ses concepts les donnes sensibles etnapprhendait pas lexistant singulier en tant que ceci (maison, vainqueur</p><p>1E. Husserl,EU,p. 233 ; trad. fr. p. 239.2E. Husserl, FTL, Appendice II, p. 314 ; trad. fr. p. 407.3Ibid., trad. fr. p. 408.4Ibid., p. 188 ; trad. fr. p. 244.5E. Husserl,EU, p. 284-285 ; trad. fr. p. 288.</p><p>Bulletin danalyse phnomnologique VII 3 (2011) http://popups.ulg.ac.be/bap.htm 2011 ULg BAP</p><p>5</p></li><li><p>8/12/2019 La transcendance des signification dans l'idalisme transcenda,ntal de Husserl</p><p> 6/27</p><p>dIna) ou cela (glise, vaincu de Waterloo), elle naurait jamais affaire unemaison--ct-de-lglise, au vainqueur-dIna, ni a fortiori un tat-de-choses, mais seulement une chose singulire, un ceci-l indtermin.Cest</p><p>pourquoi il y a une opposition entre, dune part, les objets de lexpriencesensible, pr-donns de manire passive dans la rceptivit, et, dautre part,les objectits catgoriales spontanment faonnes par la pense partir dessubstrats empiriques :</p><p>Les objets extrieurs () se prsentent dans cette activit dexpriencecomme existant dj lavance(comme prsents devant nous ) et unique-ment comme sintroduisant [de lextrieur, puisquun matriau prexistantfrappe nos sens et impressionne la sensibilit]dans lactivit dexprience. Ilsnexistent pas pour nous de la mme faon que les formations de pense (lesjugements, les dmonstrations, etc.) qui proviennent de notre activit depense et purement delle (qui ne proviennent pas du tout dune matire dj</p><p>prsente, extrieure cette activit). En dautres termes, les choses sontdonnes la vie active comme originellement trangres au moi, elles sontdonnes de lextrieur. Les formations logiques en revanche sont donnesexclusivement de lintrieur, exclusivement grce aux activits spontanes et</p><p>en elles1.</p><p>Assurment ce nest pas comme quelque chose d extrieur [ la maniredes ralits mondaines] quelles [les formations logiques idales] font leurapparition dans la conscience [mais bel et bien comme quelque chose quiest engendr lintrieur de la sphre subjective elle-mme 2]3.</p><p>Dans la production (Erzeugen) spontane, cest ltat-de-choses qui estproduit, et non pas une figuration (Darstellung) de ltat-de-choses [prtendu-</p><p>ment prexistant, comme les objets de lexprience sensible que nousrecevons sans les produire et sur lesquels nous oprons simplement diversesprsentations (Darstellung) en dpl...</p></li></ul>

Recommended

View more >