L’adverbe toujours comme quantificateur universeL dans .serait la même pour l’imparfait, mais

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  • TUDES ROMANES DE BRNO31, 1, 2010

    Magorzata Nowakowska

    Ladverbe toujours comme quantificateur universeL dans des noncs spcifiques1

    1. introduction

    La description smantique de ladverbe toujours nous intresse du point de vue du temps et de laspect. La question principale que nous posons dans cet article est de savoir avec quelles classes aspectuelles de verbes il se combine et quel est son impact sur linterprtation temporelle et aspectuelle de lnonc dans lequel il apparat.

    Dans le cadre de cet article nous nous limiterons aux noncs o toujours in-tervient dans des propositions lindicatif prsent. Nous pensons que lanalyse serait la mme pour limparfait, mais pas ncessairement pour le pass compos. Etant donn que le pass compos semploie comme aoriste de discours ou com-me parfait (Benveniste, 1966), la description de sa co-occurrence avec ladverbe toujours exige une tude part. Il en ira de mme pour le plus-que-parfait et le futur antrieur. Le futur simple exigerait aussi un traitement diffrent dans la me-sure o il neutralise la distinction perfectif vs. imperfectif .

    Dans nos analyses nous nous occuperons plutt dnoncs spcifiques que g-nriques. Au sens o nous lentendons ici, il sagit dnoncs qui rfrent tou-jours un objet spcifique et non un type dobjet. Bien entendu, il arrive quils comprennent un prsent dit habituel , lment qui les rapproche souvent des noncs gnriques (Marie ment toujours). Nous pensons cependant que, du mo-ment o ils comportent une rfrence un objet spcifique, le prsent habituel ne suffit pas pour en faire des noncs gnriques.

    Nous nous inspirons dans cette tude de la conception de laspect labore par karolak (2007 et paratre). selon cet auteur, toute analyse aspectuelle commen-ce par lanalyse de laspect vhicul par le lexme verbal. Les lexmes verbaux peuvent comporter un seul composant aspectuel (aspect simple) ou plusieurs composants aspectuels (configuration daspects simples). Il y a deux types de

    1 Nous tenons remercier Denis Apothloz pour toutes ses remarques, tant sur le contenu que sur sa formulation.

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    composants aspectuels : la non-continuit et la continuit. Les lexmes simples constitus seulement dun composant non-continuit correspondent une par-tie des verbes dachvement de Vendler (1967) (par exemple exploser). Les lex-mes simples constitus seulement dun composant continuit correspondent aux verbes dtat et dactivit de Vendler. Parmi les lexmes vhiculant des confi-gurations daspects, on distingue principalement ceux qui comportent deux com-posants aspectuels (non-continuit et continuit, dans cet ordre) et ceux qui com-portent trois composants aspectuels (continuit, non-continuit et continuit). Les premiers sont dits conclusifs , les seconds tliques . Les lexmes conclusifs sont perfectifs, car la non-continuit y est dominante ; ils correspondent une partie des verbes dachvement de Vendler (par exemple sortir). Les lexmes t-liques sont imperfectifs, car la continuit y est dominante (le premier composant de la configuration) ; ils correspondent peu prs aux verbes daccomplissement de Vendler. On peut considrer que les conclusifs et les tliques sont des verbes transitionnels, dans lesquels la transition correspond au composant non-conti-nuit . Ils diffrent par le fait que les premiers impliquent une borne intrieure relle, alors que les seconds nimpliquent quune borne virtuelle.

    Lanalyse prend ensuite en considration le morphme de tiroir, qui comporte lui aussi un composant aspectuel et se combine smantiquement avec le lexme verbal. Par exemple le morphme signifiant zro du prsent comporte, au plan aspectuel, un composant continuatif. Quand il se combine avec un lexme imper-fectif, o domine donc la continuit, il redouble laspect vhicul par le lexme ; quand il se combine avec un lexme perfectif, o domine donc la non-continui-t, il forme une configuration daspects dans laquelle la continuit domine. Par exemple, un lexme conclusif comme se lever se combinant avec un morphme du prsent forme un aspect complexe tlique. On voit que, selon la conception adopte ici, la tlicit nest pas seulement une caractristique du lexme verbal. Elle peut tre le produit de la combinaison entre les proprits aspectuelles du lexme et celles du tiroir verbal. Dans cet article nous parlerons aussi de deux autres aspects complexes, lhabitualit et la limitativit, obtenues elles aussi par la combinaison des proprits aspectuelles dun lexme et dun morphme de tiroir.

    Enfin, lanalyse peut encore prendre en considration le rle des adverbiaux, qui indiquent une rfrence temporelle ou une quantification de la dure. Les adverbiaux peuvent eux aussi contribuer construire une nouvelle configuration daspects. Bref, tous ces lments se combinent smantiquement en constituant le sens aspectuel et temporel de tout lnonc.

    2. emplois pragmatique et temporel de toujours

    Il est aujourdhui courant de distinguer les emplois temporels de toujours de ses emplois pragmatiques . Nous devons cette distinction Cadiot, Ducrot, Nguyen et Vicher (1985). Ladverbe toujours dans son emploi temporel partage

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    les caractristiques dautres adverbes temporels. En revanche, toujours pragma-tique a un fonctionnement spcifiquement argumentatif. Cette diffrence appa-rat bien si on compare les exemples suivants :

    1. Autrefois, Marcel se couchait toujours de bonne heure. (Cadiot et al. 1985)2. Il ne touchera pas beaucoup, mais il gagnera toujours quelque chose.

    Pour faire apparatre cette diffrence, les auteurs mentionns plus haut soumet-tent ces deux emplois divers tests. Retenons ici celui de la ngation :

    1a Non! Pas toujours, mais enfin cest son habitude. 2a }{ Non ! Pas toujours

    Comme le montre cette manipulation, ladverbe toujours de (2) ne peut pas tre ni : lnonc (2a), produit en raction (2), rend la squence dialogale inco-hrente, ce que nous signalons par le signe }{. Dans (2) ladverbe toujours sert introduire ce que Cadiot et al. (1985) appellent un argument faible . Lorien-tation de largumentation change cause de mais : elle va dans la direction de il gagnera . Ladverbe toujours marque que cet nonc constitue un argument fai-ble et non un argument fort dans largumentation. Cet emploi de toujours pourrait donc aussi tre appel argumentatif .

    3. deux types demploi temporel de toujours

    Dans cet article nous nous occuperons seulement de lemploi temporel de toujours. Mais ici galement, il convient de faire une distinction : celle entre un toujours quantificateur universel (cf. Vet 1980 ; grzegorczykowa 1975) et un tou-jours continuatif (appellation de Hansen, 2004). Ce dernier sapproche sman-tiquement de encore, et cest pourquoi il a t dcrit par Nlke (cit in Hansen, 2004 : 4243) comme prsuppositionnel . selon Nlke, lemploi continuatif de toujours affirme un tat de choses situ une certaine rfrence temporelle et prsuppose faiblement la vrit de cet tat de choses durant un intervalle qui pr-cde cette rfrence temporelle. toujours continuatif est illustr par (4) : il diffre smantiquement de toujours quantificateur universel, illustr par (3) :

    3. Luc ne sort jamais; il est toujours chez lui. (exemple de Hansen)4. Ils me fouillent chaque jour depuis trente ans. Je devais my tre habitue : eh bien, a me

    dgote toujours autant. (Nothomb, Mercure, p. 16)

    Hansen (2004) montre que ces deux toujours ne se nient pas de la mme ma-nire :

    3a NoN : ... il nest jamais chez lui. NoN : ... il nest pas toujours chez lui. 4b NoN : .... eh bien, a ne me dgote plus autant.

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    Comme nous lobservons, la ngation de lemploi universel de toujours peut pro-duire un sens contraire (jamais) ou un sens contradictoire (pas toujours)2. En revanche, la ngation de lemploi continuatif de toujours produit un autre sens : ne ... plus signale linterruption dun tat de choses. Dans la suite de cet article nous ne traiterons que de toujours quantificateur universel.

    4. emploi universel de toujours

    Les linguistes ont rapproch ladverbe toujours du quanficateur universel des logiciens (Vet 19803). Dans la logique le quantificateur universel sert traditionnellement lier une variable dargument dobjet. Ainsi, dans un nonc gnrique comme

    5. Les chauffeurs de taxi conduisent dangeureusement.

    largument x est li par le quantificateur universel, ce qui signifie quon affirme cet tat de choses pour tout x. Lnonc (5) est donc analys comme suit :

    5a x, il est vrai que si x est un chauffeur de taxi, x conduit dangeureusement.

    Comme nous le verrons infra, dans le cas de toujours il ne sagit pas de lier un argument dobjet mais un argument propositionnel4. a la suite de karolak (2007), nous considrons la rfrence temporelle comme une proposition temporelle, proposition au sens logique du terme (cf. Nef 1986).

    Compte tenu du titre de notre article, dans lequel apparat le terme de quanti-ficateur universel, on pourrait penser que notre approche est de nature logique. Or, ladverbe toujours universel reprsente un sens universel uniquement dans la langue. En discours, il perd son sens infini . sil ne le perdait pas, chaque emploi de toujours serait une hyperbole.

    4.1. Continuit et intervalle

    Considrons ladverbe toujours sens universel dans le contexte de prdica-tions au prsent. Nous constatons quil peut se combiner avec des prdications continuatives ou avec des prdications qui impliquent un intervalle. Ces deux cas sont illustrs par les exemples suivants :

    2 Ces deux types de ngation sont appels aussi respectivement ngation interne / ngation du prdicat et ngation externe / modalit de ngation .

    3 Nous trouvons le mme point de vue chez grzegorczykowa (1975), qui analyse zawsze en polonais, adverbe correspondant au toujours temp