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On le sait, Québec vit une sévère crise du logement depuis plus de dix ans maintenant. Son taux de logements inoccupés n’a jamais dépassé 2 % depuis l’an 2000, alors que le taux d’équilibre se situe à 3 %. Ce que l’on sait moins, et que la diversité de groupes présents à la Commission populaire itinérante a permis d’illustrer, c’est que la pénurie affecte tout le monde, partout. Parmi les premiers groupes entendus se trouvaient le Syndicat des travailleuses et des travailleurs du Hilton et le Conseil central de Québec Chaudière- Appalaches de la CSN. Selon eux, même les syndiqués des grands hôtels ont de la difficulté à se loger au centre-ville. Le logement accapare une part de plus en plus importante des budgets des familles. « On réfère les familles au sous-sol de l’église pour aller chercher de la bouffe », a relaté la coordonnatrice du Centre-famille Haute-Ville, précisant que sans la construction de nouveaux logements sociaux, le centre-ville risque de changer profondément. Conséquences pour les locataires Selon le Comité des citoyens et citoyennes du quartier Saint-Sauveur, la pénurie amène les locataires à composer avec des situations qui auraient été inacceptables il y a quelques années, par exemple accepter des hausses de loyer abusives de peur de perdre son logement. La pénurie force aussi les locataires à trouver de nouvelles stratégies pour arriver à payer le loyer, comme vivre en colocation. Une militante du Centre des femmes de la Basse-Ville témoigne : « J’ai un revenu de 904,13 $ par mois, mon loyer est de 509 $ et je paie 90 $ à Hydro. Si j’avais pas de colocataire, ça ne serait pas possible d’arriver. » La colocation allume souvent un voyant rouge à l’aide sociale et peut mener à une coupure pour partage de loyer. Cette même militante a ainsi dû se rendre jusqu’au tribunal administratif pour démontrer à l’aide sociale, qui voulait lui imposer une réduction pour partage de logement, que son colocataire était bel et bien un coloc et non un conjoint de fait. La pénurie de logement locatif ne frappe pas qu’au centre-ville. Urb’action, un comité de mobilisation citoyenne dans le secteur de Sainte- Foy-Sillery, est venu témoigner qu’en raison du prix élevé des logements dans leur secteur, les personnes doivent fréquemment couper dans leurs autres besoins essentiels. La Confédération des associations d’étudiants et étudiantes de l’Université Laval (CADEUL) a également révélé qu’elle s’inquiétait sérieusement de l’avenir du parc de logements à coût accessible pour les étudiants à proximité des grands campus de l’ouest de la ville. Le dossier que vous avez entre les mains a été construit à partir des présentations de 22 organismes et d’une douzaine de locataires de la région qui ont accepté de témoigner le 5 novembre dernier lors du passage à l’École nationale d’administration publique (ÉNAP) de la Commission populaire itinérante sur le droit au logement. Vous y découvrirez l’autre visage de Québec. Celui d’une ville aux prises avec une pénurie de logements locatifs depuis plus de dix ans, une spéculation galopante et une surabondance de condos. Une ville où les pauvres se font tasser dans les coins et où il est de plus en plus difficile de faire respecter le droit au logement. Haute-Ville / Basse-Ville (Photo : Marc Boutin) Un dossier des groupes membres du FRAPRU à Québec L’autre visage de Québec... un dossier du et de ses groupes membres à Québec À en croire les médias et les politiciens, Québec va bien. Presque trop bien. Les emplois sont nombreux, les propriétés prennent de la valeur, les mises en chantier sont abondantes. L’autre visage de Québec Pénurie envahissante Un exercice exceptionnel La Commission populaire itinérante sur le droit au logement, réunie à l’initiative du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), était composée de 14 commissaires indépendants issus de divers milieux (universitaires, juristes, militants et militantes). Elle a enquêté sur le terrain dans les 17 régions administratives du Québec du 12 octobre au 23 novembre dernier et a entendu quelque 360 témoignages de locataires et de groupes intéressés par les enjeux d’habitation et d’itinérance. À Québec, les commissaires étaient Simon Tremblay-Pepin, Martin Gallié et Shirley Roy. Un rapport très attendu sera déposé à l’Assemblée nationale, à la Chambre des communes et à la Rapporteure spéciale des Nations Unies sur le droit au logement au printemps 2013. Un documentaire tourné pendant la Commission sera également lancé en mars. 43% d’augmentation Douze ans de crise du logement auront eu un impact majeur sur les hausses de loyers dans la région de Québec. On parle de 43 % de hausse entre 2000 et 2012, une croissance presque deux fois plus rapide que les revenus pour la même période.

L'autre visage de Québec

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Un dossier des groupes membres du FRAPRU à Québec

Text of L'autre visage de Québec

  • On le sait, Qubec vit une svre crise du logement depuis plus de dix ans maintenant. Son taux de logements inoccups na jamais dpass 2 % depuis lan 2000, alors que le taux dquilibre se situe 3 %. Ce que lon sait moins, et que la diversit de groupes prsents la Commission populaire itinrante a permis dillustrer, cest que la pnurie affecte tout le monde, partout.

    Parmi les premiers groupes entendus se trouvaient le Syndicat des travailleuses et des travailleurs du Hilton et le Conseil central de Qubec Chaudire-Appalaches de la CSN. Selon eux, mme les syndiqus des grands htels ont de la difficult se loger au centre-ville. Le logement accapare une part de plus en plus importante des budgets des familles. On rfre les familles au sous-sol de lglise pour aller chercher de la bouffe , a relat la coordonnatrice du Centre-famille Haute-Ville, prcisant que sans la construction de nouveaux logements sociaux, le centre-ville risque de changer profondment.

    Consquences pour les locataires

    Selon le Comit des citoyens et citoyennes du quartier Saint-Sauveur, la pnurie amne les locataires composer avec des situations qui auraient t inacceptables il y a quelques annes, par exemple accepter des hausses de

    loyer abusives de peur de perdre son logement.

    La pnurie force aussi les locataires trouver de nouvelles stratgies pour arriver payer le loyer, comme vivre en colocation. Une militante du Centre des femmes de la

    Basse-Ville tmoigne : Jai un revenu de 904,13 $ par mois, mon loyer est de 509 $ et je paie 90 $

    Hydro. Si javais pas de colocataire, a ne serait pas possible darriver. La colocation allume

    souvent un voyant rouge laide sociale et peut mener une coupure pour partage

    de loyer. Cette mme militante a ainsi d se rendre jusquau tribunal administratif pour dmontrer laide sociale, qui voulait lui imposer une rduction pour partage de logement, que son colocataire tait bel et bien un coloc et non un conjoint de fait.

    La pnurie de logement locatif ne frappe pas quau centre-ville. Urbaction, un comit de mobilisation citoyenne dans le secteur de Sainte-Foy-Sillery, est venu tmoigner quen raison du prix lev des logements dans leur secteur, les personnes doivent frquemment couper dans leurs autres besoins essentiels. La Confdration des associations

    dtudiants et tudiantes de lUniversit Laval (CADEUL) a galement rvl

    quelle sinquitait srieusement de lavenir du parc de logements cot accessible pour les tudiants proximit des grands campus de louest de la ville.

    Le dossier que vous avez entre les mains a t construit partir des prsentations de 22 organismes et dune douzaine de locataires de la rgion qui ont accept de tmoigner le 5 novembre dernier lors du passage lcole nationale dadministration publique (NAP) de la Commission populaire itinrante sur le droit au logement. Vous y dcouvrirez lautre visage de Qubec. Celui dune ville aux prises avec une pnurie de logements locatifs depuis plus de dix ans, une spculation galopante et une surabondance de condos. Une ville o les pauvres se font tasser dans les coins et o il est de plus en plus difficile de faire respecter le droit au logement.

    Haute-Ville / Basse-Ville (Photo : Marc Boutin)

    Un dossier des groupes membres

    du FRAPRU Qubec

    Lautre visage de Qubec... un dossier du et de ses groupes membres Qubec

    en croire les mdias et les politiciens, Qubec va bien. Presque trop bien. Les emplois sont nombreux, les proprits prennent de la valeur, les mises en chantier sont abondantes.

    Lautre visage de Qubec

    Pnurie envahissanteUn exercice exceptionnelLa Commission populaire itinrante sur le droit au logement, runie linitiative du Front daction populaire en ramnagement urbain (FRAPRU), tait compose de 14 commissaires indpendants issus de divers milieux (universitaires, juristes, militants et militantes). Elle a enqut sur le terrain dans les 17 rgions administratives du Qubec du 12 octobre au 23 novembre dernier et a entendu quelque 360 tmoignages de locataires et de groupes intresss par les enjeux dhabitation et ditinrance. Qubec, les commissaires taient Simon Tremblay-Pepin, Martin Galli et Shirley Roy. Un rapport trs attendu sera dpos lAssemble nationale, la Chambre des communes et la Rapporteure spciale des Nations Unies sur le droit au logement au printemps 2013. Un documentaire tourn pendant la Commission sera galement lanc en mars.

    COMMISSION POPULAIRE SUR LE DROIT AU LOGEMENT

    Venez vous faire entendre!

    Afin de mettre en lumire les diffrentes facettes des problmes de logement vcus par des locataires et les personnes mal-loges du Qubec, le FRAPRU organise, avec ses groupes membres, une ambitieuse Commission populaire itinrante sur le droit au logement qui se rendra dans les 17 rgions administratives du Qubec.

    Lobjectif de cette Commission est de brosser un portrait des problmes de logement vcus partout au Qubec afin dinciter les gouvernements agir pour amliorer les conditions de vie des locataires. Une audience publique est organise Qubec afin de permettre aux locataires et aux groupes sociaux du milieu de venir tmoigner des situations quils rencontrent au quotidien.

    a Payez-vous un prix trop lev pour votre logement ? a Attendez-vous depuis des mois pour obtenir un logement social ? a tes-vous aux prises avec un logement mal isol ou encore insalubre ? Vivez-vous entasss dans un logement trop petit ?a Votre logement a-t-il dj t transform en condo?a Vivez-vous en situation derrance ou ditinrance?a Habitez-vous un logement social qui risque de perdre ses subventions au cours des prochaines annes ?

    Votre tmoignage est important pour faire en sorte que les choses changent ! Venez vous faire entendre!

    Le lundi 5 novembre 2012. Deux audiences sont prvues : De 15h00 17h00 De 18h30 21h30

    lNAP (555, boulevard Charest Est), dans le quartier St-Roch

    Laudience sera conduite par une quipe de commissaires issu-e-s de diffrents milieux (juristes, groupes sociaux, chercheur-es en politiques sociales, locataires, etc.). Au terme de la Commission, un rapport destin aux gouvernements sera produit.

    Vous dsirez tmoigner lors de laudience de la Commission Qubec? Nous vous invitons vous inscrire par courriel [email protected] ou par tlphone 1-888-449-6161. Vous pouvez galement tmoigner sans tre inscrit-e.

    www.facebook.com/frapru.logement www.commissionpopulairefrapru.org

    Qubecle 5 novembre

    43%daugmentationDouze ans de crise du logement auront eu un impact majeur sur les hausses de loyers dans la rgion de Qubec. On parle de 43 % de hausse entre 2000 et 2012, une croissance presque deux fois plus rapide que les revenus pour la mme priode.

  • Contrairement la croyance populaire, la pauvret est prsente sur lensemble du territoire de la ville de Qubec, tant dans les quartiers centraux que dans les banlieues et touche environ 10 % de la population. Des groupes de la plupart des quartiers sont venus tmoigner essentiellement de la mme ralit : les loyers sont partout trop chers et les gens narrivent pas. Il manque cruellement de logements sociaux. Sous ce portrait gnral se trouvent toutefois des situations spcifiques qui relvent carrment de lurgence sociale.

    Itinrance

    Avoir accs au logement est difficile pour monsieur et madame tout le monde, imaginez pour une personne itinrante : cest ainsi que dbutait le tmoignage du RAIIQ. Plusieurs groupes du secteur de litinrance sont venus tmoigner. Il ny a qu couter le directeur de Lauberivire pour constater lampleur du phnomne de litinrance Qubec. Cet organisme aide lui seul plus de 5 000 personnes par anne et en hberge 2 000, dont la moiti nest venue quune fois. Selon lui, la situation actuelle alimente lexclusion et prcipite des gens dans litinrance. Pire, les efforts de rinsertion sont frquemment compromis par le cot exorbitant des loyers. Lauberivire, lorsque les gens russissent se loger, il nest pas rare de les voir continuer de frquenter la ressource parce que le loyer accapare une part dmesure de leur revenu.

    Par ailleurs, le RAIIQ dnonce lexploitation dont sont souvent victimes les personnes les plus vulnrables. Par exemple, certains propritaires interceptent le chque daide sociale de leur locataire, le changent, se payent en loyer et gardent une part pour le service rendu.

    Pauvret

    Les personnes seules sont les grandes oublies des politiques de lutte la pauvret des dix dernires annes. Selon une enqute de la Corporation de dveloppement conomique communautaire (CDEC), plus de 60 % des demandes de logement social Qubec sont dposes par des personnes seules. Au Comit populaire Saint-Jean-Baptiste, on note que les locataires qui ne peuvent compter que sur un seul revenu sont compltement largus par le march priv.

    Le Centre de sant et de services sociaux de la Vieille-Capitale (CSSS) observe que les problmes de logement ne touchent pas une population ou un secteur particulier. En fait, on remarque plutt une progression de la dfavorisation dans les anciennes villes de banlieue rputes plus cossues, ce que confirme

    Urbaction. Ce comit note que dans la Cit Universitaire, Sainte-Foy, les locataires consacrent en moyenne 40 % de leur revenu au logement.

    Pauvret et exclusion

    Urgences sociales

    Pourquoi le CSSS se proccupe-t-il de logement? Parce que cest un dterminant majeur de la sant. On loublie souvent.

    Discrimination et dni de droitsLa crise du logement permet aux propritaires dtre particulirement slectifs dans le choix de leurs locataires, un ancien itinrant soulignant mme que lapparence physique jouait un rle non ngligeable lors dun entretien de location.

    Selon plusieurs tmoignages, le contexte de raret amne les propritaires tre encore plus restrictifs. Cette discrimination est aussi le lot des personnes vivant avec une dficience intellectuelle ou physique et des personnes vivant avec un problme de sant mentale grave, ont soulign le Mouvement Personne DAbord du Qubec mtropolitain et la Coalition pour le dveloppement du logement social en sant mentale. Le priv ne veut pas de la population qui a un problme de sant mentale grave , ce qui fait que ces personnes sont nombreuses vivre de linstabilit rsidentielle, affirme la Coalition. Selon le Regroupement pour laide aux itinrants et itinrantes de Qubec (RAIIQ), bien des propritaires privs supposent que les gens trs faible revenu ne seront tout simplement pas capables de payer le loyer et refusent donc de leur louer. Les personnes ayant un endettement important ou nayant pas de carte de crdit ne passent pas aux enqutes de crdit et se voient donc refuses. Souvent, elles doivent louer au mois et sans bail, ce qui donne le gros bout du bton aux propritaires .

    Atteintes la dignit

    Moins connues et souvent plus taboues, des situations portant atteinte la dignit des personnes et leur scurit doccupation ont t portes lattention des commissaires. Une locataire a tmoign de la violation de sa vie prive par son propritaire qui se permet rgulirement dentrer chez elle en son absence, sans laviser. Je ne me sens pas chez moi dans mon logement et je ne me sens pas en scurit non plus. Jaimerais bien avoir un propritaire qui respecte lui aussi sa partie du contrat et qui ne passe pas son temps agir comme sil tait au-dessus des lois , a-t-elle dit. Plusieurs groupes de femmes, dont Rose du Nord, un regroupement de femmes sans emploi, ont pour leur part dnonc la situation vcue par certaines femmes faible revenu qui des propritaires demandent des faveurs sexuelles en change du loyer. Plusieurs locataires ont soulign que se dfendre contre les abus des propritaires nest pas simple et ne va pas sans risques. Cest presque un job temps plein de dfendre ses droits quand on a de srieux problmes de logement , sest exclam un locataire qui a men une longue bataille juridique contre un propritaire dlinquant. Selon lui, laide des groupes communautaires est essentielle pour ce type de dmarches, dautant que les propritaires ne reconnaissent pas facilement leurs tords et sengagent parfois dans des gurillas juridiques farfelues, ou font subir carrment du harclement ou des reprsailles.

    Lautre visage de Qubec... un dossier du et de ses groupes membres Qubec

    venir en mars

    Projection publique Qubec, date venir, restez lafft.

  • La gentrification des quartiers centraux et le fait que les gens des classes populaires se font chasser proccupent plusieurs organismes de la rgion.

    En plus de mentionner le peu de nouvelles constructions de logements locatifs, plusieurs interventions ont dnonc le fait que bon nombre de logements locatifs sont transforms en coproprits indivises ou divises. Laffaiblissement du rglement qui instaurait un certain moratoire depuis 2001 a t point du doigt par le Comit des citoyens et citoyennes du quartier Saint-Sauveur. Un locataire du Vieux-Qubec a dailleurs tmoign des tactiques utilises par son nouveau propritaire pour vider une maison de cinq logements et la transformer en condos. Plusieurs groupes, dont le Comit populaire, ont soulign que seules les coopratives dhabitation arrivent faire contrepoids au march du condo. Cependant, les terrains sont rares et il est difficile de faire de lachat-rnovation de btiments existants au centre-ville compte tenu des contraintes actuelles du programme AccsLogis.

    En banlieue aussi

    La spculation nest pas que le lot des quartiers centraux. Elle est aussi bien prsente dans les banlieues comme Sainte-Foy et Beauport. La situation Sainte-Foy a fait lobjet de quatre prsentations. Llaboration en cours du Programme particulier durbanisme (PPU) pour une partie de Sainte-Foy et le dveloppement immobilier annonc proccupent particulirement les groupes du secteur. Il y a galement beaucoup de spculation sur les terrains de lUniversit Laval, comme la not la Confdration des associations tudiantes de lUniversit Laval (CADEUL). Le PPU de Sainte-Foy prvoit surtout la construction de condos de luxe. Or, qui dit dveloppement de luxe dit hausse de la valeur foncire et donc hausse de taxes et de loyer pour

    les blocs appartements du secteur. La CADEUL est inquite pour la population tudiante : va-t-elle subir de plein fouet la gentrification et sappauvrir radicalement? Actuellement, il manque de logements tudiants et les demandes de la Confdration pour en inclure dans le PPU sont restes lettre morte auprs de la Ville de Qubec.

    Le Centre Femmes daujourdhui, le Comit logement daide aux locataires (CLAL) et Urbaction ont quant eux dnonc la non-reconnaissance de la pauvret dans larrondissement Sainte-Foy-Sillery-Cap-Rouge et des besoins en logement social. Entre 1987 et 2000, il ny a eu aucune

    construction de logements sociaux dans le secteur. Il y a donc beaucoup de rattrapage faire, a dit le CLAL. Ce comit demande ladoption dun rglement obligatoire dinclusion dnonant du mme coup le fait que pour linstant, il ne se construit que du condo, du condo et du condo . Il y a une insuffisance de logements sociaux, ont affirm les groupes, mais la mixit ne fait pas partie des projets de la mairie. Selon le Centre Femmes daujourdhui, celle-ci semble plutt perptuer le

    discours des administrations prcdentes, comme celle de la mairesse Boucher, voulant quil ny ait pas de pauvres Sainte-Foy.

    Beauport aussi, on voit des condos pousser comme des champignons , remarque lATI Giffard Montmorency. Ce regroupement dorganismes et dindividus se demande aussi pourquoi lArrondissement Beauport, qui nest pourtant pas le plus riche, est celui o lon trouve le moins de logements sociaux Qubec. La spculation a beaucoup de consquences et se traduit en pressions sur les locataires pour quils et elles quittent les lieux, a dit le Comit populaire Saint-Jean-Baptiste, faisant notamment tat de plusieurs cas de reprise de logement sous de faux prtextes.

    Gentrification?La gentrification (du mot anglais gentry, petite noblesse ) dsigne le processus par lequel le profil conomique et social des habitants dun quartier se transforme au profit exclusif dune couche sociale suprieure. Selon notre interprtation, la gentrification est diffrente de lembourgeoisement. Dans le premier cas, on parle du remplacement dune classe par une autre, alors que dans le second on parle de lenrichissement graduel dune population.

    Il y en a, de beaux appartements, mais je nai pas les moyens de payer

    900 $ par mois . Une locataire.

    Quand il y a des hausses de taxes

    foncires, cest nous les locataires qui payons en

    bout de ligne. Une locataire.

    Des condos qui poussent comme des champignons

    Lautre visage de Qubec... un dossier du et de ses groupes membres Qubec

    Photo : Marc Boutin

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  • Sil y a un consensus qui se dgage du passage Qubec de la Commission populaire itinrante sur le droit au logement, cest sur limportance du logement social. Tout le monde a soulign quil ny en avait pas assez et quen consquence, il fallait en construire plus. Un locataire a tmoign avoir attendu dix ans sur une liste dattente de HLM ou dautres logements subventionns avant davoir finalement un logement dans une cooprative. Il y a des condos, mais pas du logement auquel on aurait accs. a prend des logements sociaux , a dit une locataire petit budget de la Haute-Saint-Charles.

    La revendication du FRAPRU de construire 50 000 logements sociaux de plus au Qubec sur cinq ans napparait pas du tout radicale ou extravagante aux diffrents intervenants de terrain. Le coordonnateur de la Coalition pour le dveloppement du logement social en sant mentale explique : Il y a un besoin urgent de 1 000 units subventionnes Qubec pour les personnes avec des problmes de sant mentale grave. Il se construit 400 units par anne Qubec, dont 200 units subventionnes. 10 % de ces units sont rserves pour la sant mentale, ce qui reprsente 20 units par an. a prendrait donc 50 ans pour pallier les besoins les plus urgents. Donc, oui, nous appuyons la revendication du FRAPRU de 50 000 nouveaux logements sociaux.

    Critiques

    Les groupes et les locataires nont toutefois pas pargn les diffrentes formules de logement social dans leurs critiques et ont amen plusieurs propositions pour lamliorer. Ce qui ressort de nombreux tmoignages entendus, cest que lOffice municipal dhabitation de Qubec (OMH) se comporte souvent comme un gros propritaire immobilier. Les groupes de femmes, notamment, en avaient long dire. Des militantes du Centre des femmes de la Basse-Ville soulignent quelles entendent autant dhistoires dhorreur de locataires du priv que de locataires de HLM. Dans le cas des HLM, les femmes disent que le processus de demande de logement est compliqu et que les rgles ne sont pas toujours limpides. Elles revendiquent notamment le droit dtre accompagnes dans leurs dmarches et lancent un cri du cur : Nous ne sommes pas des numros! Du ct de Rose du Nord, les militantes revendiquent le droit de choisir leur logement, ce qui est impossible actuellement. Toutes sentendent pour dnoncer la gestion bureaucratique de lOMH et son manque de considration pour les situations personnelles vcues par les locataires, notamment au moment des transferts forcs de logement.

    Le logement social ordinaire est peu adapt des populations extraordinaires . Que ce soit le RAIIQ, qui souligne que la moiti des personnes en situation ditinrance ne rencontrent pas les critres pour avoir accs aux coopratives dhabitation et aux OSBL, ou la Coalition pour le dveloppement du logement social en sant mentale, qui rappelle que les personnes avec des problmes de sant mentale nont pas le profil recherch par ces types de logements, plusieurs groupes sentendent pour dire quil faut recommencer construire des HLM, mais aussi dvelopper de nouvelles formules dhabitation avec soutien communautaire. Le RAIIQ lorgne du ct de la socialisation des maisons de chambre, tandis que la Coalition exprimente avec les coopratives de solidarit. Certains intervenants ont mme soulign limportance de permettre aux personnes de rester dans leur logement avec des supplments au loyer priv (une revendication que le FRAPRU rejte par principe). Les personnes avec des problmes de sant mentale, par exemple, nont pas ncessairement envie de porter une tiquette de plus lie au type de logement quelles occupent , rappelait un intervenant.

    Formation

    Un locataire ayant travaill la mise sur pied de deux coops a pour sa part parl aux commissaires de limportance damliorer le programme AccsLogis et la mise en uvre des projets. Selon lui, il faut viter de faire des projets sans implication des locataires en amont. Il sagit dune source de problmes pour nombre de coopratives conues par des personnes qui, bien souvent, ne les habiteront jamais et dont les membres ont t slectionns aprs la construction des logements. Comme dautres intervenants, la CDEC notamment, il a plaid pour une meilleure formation donne aux membres des coopratives avant lentre dans les logements et que cette formation soit obligatoire. Une coop ce nest pas juste une ide, mais une manire de grer collectivement, de prendre le contrle sur une dimension de sa vie . Il a notamment dnonc certaines normes et demandes des bailleurs de fonds qui font que les coops sont faites avec les matriaux les plus cheaps possible , alourdissant ensuite le fardeau de lentretien pour les coopratives.

    Pour nous joindre :

    FRAPRU(514) [email protected]

    CPSJB(418) [email protected]

    CCCQSS(418) [email protected]

    CLAL(418) [email protected]pot.ca

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    Le FRAPRU est un regroupement qubcois qui a pour mission la promotion du droit au logement, la dfense collective des droits des locataires et le maintien des populations rsidantes dans les quartiers populaires. Il est compos de 130 groupes membres, dont prs dune quinzaine Qubec. Le Comit populaire Saint-Jean-Baptiste (CPSJB), le Comit des citoyens et citoyennes du quartier Saint-Sauveur (CCCQSS) et le Comit logement daide aux locataires (CLAL) du secteur ouest sont ses trois groupes membres participants dans la rgion. Ils travaillent quotidiennement avec les locataires de leur quartier et mettent sur pied des projets de coopratives dhabitation pour rpondre aux besoins des requrantes et des requrants de logements sociaux qui les contactent.

    Logement social

    Un modle essentiel, insuffisant et imparfait

    La raret des terrains

    Un obstacle majeur au dveloppement

    La raret des terrains bien situs est une proccupation rcurrente, et ce, tant pour les groupes du centre-ville que pour ceux de Beauport et de Sainte-Foy. Bien que le dveloppement du logement social soit ncessaire dans tous les secteurs, comme la rappel une organisatrice communautaire au CSSS de la Vieille-Capitale, les difficults pour dvelopper des logements rpondant tous les types de besoins et dans tous les secteurs sont nombreuses.

    En plus des difficults trouver des terrains, le phnomne du pas dans ma cour fait la vie dure aux projets de coopratives pour familles dans certains quartiers de banlieue, comme en a tmoign un groupe de citoyennes et de citoyens de la Haute-Saint-Charles. lorigine dun projet de cooprative pour personnes seules et familles, ce groupe a vu son projet remplac par des logements pour personnes ges en raison des prjugs du voisinage.

    Langoisse des fins de conventionLa fin prochaine des subventions du gouvernement fdral aux locataires vivant dans des logements sociaux existants fait aussi vivre des situations dangoisse des locataires qui avaient pourtant amlior leur condition. Un membre dune cooprative du quartier Saint-Roch, laquelle sera touche trs court terme et dont le loyer passera de 325 $ 650 $ par mois, se questionne : O vais-je vivre dans 4 ans, 53 ans? Je ne le sais pas. O va-t-on aller, nous? Grossir les rangs des personnes sur la liste dattente de lOMH? Dans Saint-Jean-Baptiste, le Comit populaire et le Centre Famille Haute-ville ont tous deux soulign que si les logements subventionns des coopratives dhabitation devaient disparaitre, cest la face mme du centre-ville qui changerait.

    Photo : Ronald Lachapelle