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4 A SECHERESSE Nadia BECHLER-CARMAUX Michel MlEllON Université Louis-Pasteur, Centre d'études et de recherches écogéographiques, 3, rue de l'Argonne, 67083 Strasbourg, France. Mathieu lAMOTTE I Institut de recherche . pour le déyeloppement, Universidade de SGo Paulo, lnstitudo de Geociencias/DGG, CP 1 1348, 05422-970 São Paulo, Brésil. Sécheresse no4, vol. 10, décembre 1999 Le risque de pénurie en eau polable dans la ville de Niamey (Niger) Le fleuve Niger a 88 % et la nappe phréatique a 12 % sont les deux sources d'alimentation en eau de la ville de Niamey. Or, la capacité de ces sources a satisfaire les besoins (domestiques, agricoles, industriels) est remise en cause du fait de la sécheresse pour le fleuve et de la pollution pour les nappes. Ces perturbations ne risquent-elles pas de voir leurs effets s'amplifier pour les prochaines décennies alors que les besoins vont aller en croissant sous l'influence de la pression démographique et de l'extension du réseau ? Problème crucial : compte tenu de l'apport prépondérant du fleuve, comment améliorer l'autonomie de la ville et en particulier l'alimentation en eau des populations en cas d'étiage du fleuve qui se prolonge ? our les villes d'Afrique tropicale, la maîtrise de l'eau représente un P enjeu capital en termes de dévelop- pement durable. En zone sahélienne, le climat se caractérise par une impor- tante variabilité des précipitations, la possibilité de résoudre ce problème est essentiellement liée à la disponibilité en eau [l]. La situation à Niamey, capitale du Niger, en est un bon exemple. L'ali- mentation en eau de la ville est principa- lement assurée par des prélèvements dans le fleuve Niger. Or, la détériora- tion climatique enregistrée depuis la fin des années 60 dans l'ensemble du bas- sin du Fleuve a pour conséquence une diminution significative des quantités d'eau disponibles, surtout en période d'étiage [2]. Cette modification du contexte hydrologique et donc de la res- source en eau, associée à une forte croissance démographique responsable d'une augmentation des besoins, se tra- duit régulièrement par des problèmes d'alimentation en fin de saison sèche. Pour caractériser ce risque de pénurie en eau potable, la démarche retenue re- pose sur I'établissement d'un bilan entre les disponibilités et les besoins, bilan qui s'appuie sur une étude diagnos- tique, destinée à évaluer la situation ac- tuelle, et sur une étude prédictive pour appréhender I'évolution de la situation à court et moyen termes (1 O et 20 ans). Disponibilitésen eau potable : l'offre Actuellement, l'alimentation en eau de Niamey est assurée à 88 % par le fleuve Niger et à 12 % par les nappes phréatiques [3]. Dans le premier cas, la distribution de l'eau est assurée par le réseau d'adduction et, dans le se- cond cas, par des puits et des forages. Ces derniers sont particulièrement nom- breux dans les quartiers périphériques de la ville le réseau d'adduction est inexistant. ., .. I . ... . ' 1 . ..~ . ," >- .I.-- -l.

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  • 4 A

    SECHERESSE

    Nadia BECHLER-CARMAUX Michel MlEllON

    Universit Louis-Pasteur, Centre d'tudes et de recherches cogographiques, 3, rue de l'Argonne, 67083 Strasbourg, France.

    Mathieu lAMOTTE I Institut de recherche . pour le dyeloppement, Universidade de SGo Paulo, lnstitudo de Geociencias/DGG, CP 1 1348, 05422-970 So Paulo, Brsil.

    Scheresse no4, vol. 10, dcembre 1999

    Le risque de pnurie en eau polable dans la ville de Niamey (Niger)

    Le fleuve Niger a 88 % et la nappe phratique a 12 % sont les deux sources d'alimentation en eau de la ville de Niamey. Or, la capacit de ces sources a satisfaire les besoins (domestiques, agricoles, industriels) est remise en cause du fait de la scheresse pour le fleuve e t de la pollution pour les nappes. Ces perturbations ne risquent-elles pas de voir leurs effets s'amplifier pour les prochaines dcennies alors que les besoins vont aller en croissant sous l'influence de la pression dmographique et de l'extension du rseau ? Problme crucial : compte tenu de l'apport prpondrant du fleuve, comment amliorer l'autonomie de la ville e t en particulier l'alimentation en eau des populations en cas d'tiage du fleuve qui se prolonge ?

    our les villes d'Afrique tropicale, la matrise de l'eau reprsente un P enjeu capital en termes de dvelop-

    pement durable. En zone sahlienne, o le climat se caractrise par une impor- tante variabilit des prcipitations, la possibilit de rsoudre ce problme est essentiellement lie la disponibilit en eau [l]. La situation Niamey, capitale du Niger, en est un bon exemple. L'ali- mentation en eau de la ville est principa- lement assure par des prlvements dans le fleuve Niger. Or, la dtriora- tion climatique enregistre depuis la fin des annes 60 dans l'ensemble du bas- sin du Fleuve a pour consquence une diminution significative des quantits d'eau disponibles, surtout en priode d'tiage [2]. Cette modification du contexte hydrologique et donc de la res- source en eau, associe une forte croissance dmographique responsable d'une augmentation des besoins, se tra- duit rgulirement par des problmes d'alimentation en fin de saison sche.

    Pour caractriser ce risque de pnurie en eau potable, la dmarche retenue re- pose sur I'tablissement d'un bilan entre les disponibilits et les besoins, bilan qui s'appuie sur une tude diagnos- tique, destine valuer la situation ac- tuelle, et sur une tude prdictive pour apprhender I'volution de la situation court et moyen termes (1 O et 20 ans).

    Disponibilits en eau potable : l'offre

    Actuellement, l'alimentation en eau de Niamey est assure 88 % par le fleuve Niger et 12 % par les nappes phratiques [3]. Dans le premier cas, la distribution de l'eau est assure par le rseau d'adduction et, dans le se- cond cas, par des puits et des forages. Ces derniers sont particulirement nom- breux dans les quartiers priphriques de la ville o le rseau d'adduction est inexistant.

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  • c.\ A

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    . ' i I -

    Disponibilits en eau de surface

    Fleuve Niger

    L'importance du fleuve Niger dans l'ali- mentation en eau de Niamey justifie que l'on s'intresse la scheresse observe depuis 1969. En effet, elle a entrain des modifications sensibles du rgime hy- drologique du fleuve. Une comparaison entre les priodes 1929-1968 et 1969- 1994 montre une diminution de 34 % pour le module annuel et de plus de 70 % pour les dbits journaliers moyens minimums [4]. La priode des basses eaux (dbits infrieurs 200 m3/s) s'al- longe de facon significative en passant d'une cinquantaine de jours avant 1969 plus de 100 jours aprs cette date

    sont galement visibles sur le tarissement et' plus particulirement, sur les volumes dynamiques dont la moyenne varie du simple au double [figure 2). L'analyse fr- quentielle des dbits minimums journa- liers [fableau /) montre que le temps de retour des dbits infrieurs 10 m3/s, considrs comme critiques en termes d'alimentation en eau pour la ville [5], passe de 5 ans (1 929-1 968) 2 ans (1 969-1 994). Pour la priode 1969- 1994, 16annes prsentent des dbits journaliers infrieurs 1 O m3/s, dont 13 avec des dbits infrieurs 5 m3/s. Une

    ainsi par une diminution importante de la principale ressource en eau de Niamey, avec des rpercussions possibles sur l'ali- mentation en eau potable au moment de I'tiage.

    . Retenue &eau de &,,de[ La persistance de la scheresse depuis la fin des annes 60 et l'observation d'un tiage nul en juin 1985 ont amen les pouvoirs publics proposer des so- lutions pour assurer les besoins en eau de la population [6]. De 1985 1987, des ouvrages provisoires de retenue des eaux ont t mis en place dans le lit du fleuve, dtruits chaque anne par l'arrive des crues. En 1988, la dci- sion a t rise de construire un ou-

    entre les stations de pompage de Gou- del et de Yantala. Acheve en 1989, la retenue d'eau de Goudel est un bar- rage dversoir deux seuils qui permet de concentrer les eaux durant les tiages. Sa capacit maximale est esti- me 4,36 millions de mtres cubes pour une capacit utile de 3 millions de mtres cubes [7]. La ville de Niamey dispose donc d'une rserve en eau de 3 millions de mtres cubes pour assurer l'alimentation des habitants en cas d'tiages trs faibles du fleuve.

    (figure 71. Les impacts de la scheresse vrage dura L le en amont de la ville,

    interruption historique de I'coulement est Contraintes techniques I aalement observe en iuin 1985. Par " ailleurs, I'tude des frquknces d'appari- tion de certains seuils de basses eaux a permis d'individualiser 4 dcades, du 20 mai au 30 juin, qui concentrent 81 % de I'vnement Q < 10 m3/s et 91 % de I'vnement Q c 5 m3/s. La scheresse de ces dernires dcennies se traduit

    Les disponibilits en eau ne s'identifient pas aux seules ressources brutes. Les dispositifs de captage et de distribution de l'eau du fleuve au consommateur in- fluencent ngativement les volumes d'eau disponibles pour l'alimentation. Les pertes lies au pompage et au traite-

    Dbit (m3/s) 3m-m .

    --:- I I - 1929 - - - 1971 I 2 O00

    1500

    1 O00

    I 61 121 181 241 301 361 I 61 121 181 241 301 361 Jours

    Figure 1. Dbifs journaliers du Niger Niamey. Annes types : 1929, 1946, 196 1, 1971, 1985 ef 1992.

    ~ Scheresse n"4, vol. lo, dcembre 7 999

  • I

    Volume dynamique ( IO6 m3) 2 O00

    1800 A

    O ' , I I I I I 1

    Id50 , 1955 1960 1965 1970 1975 1980 . 1985 1d90

    Figure 2. Volumes dynamiques du Niger Niamey (I 950-1 990).

    ment sont estimes 20 % et celles lies au rseau de distribution 15 % [8]. Ainsi, pour satisfaire une demande jour- nalire de 50 O00 m3' par exemple, il faudra disposer d'un volume d'environ 75 O00 m3, suprieur de 30 % au be- soin thorique (figure 3). La majeure partie de cette eau G perdue )) retourne toutefois vers les nappes phratiques.

    Disponibilits en eau souterraine

    Ressources en eau souterraine

    Deux nappes sont observes en fonction de la topographie (figure 4). La nappe

    complt par les formations suprieures (CT3) du continental terminal pour la nappe du plateau et par les alluvions pour la nappe de la plaine. Dans ces deux derniers cas, I'paisseur mtrique des nappes commande une exploitation rduite, limite au ravitaillement des vil- lages alentours. Ces nappes prsentent un facis chimique similaire, mettre-en relation avec les processus d'altration du socle. Leurs modes de recharge sont en revanche diffrents [9]. La nappe du plateau est alimente principalement par l'infiltration directe des eaux de pluie et celle de la plaine par les eaux issues du fleuve et des bas-fonds.

    du plateau est situe sur la rive gauche du Niger, une vingtaine de mtres au-

    . Qualit de lieau souterraine dessus-du niveau du-fleuve. Son toit pr- sente une altitude moyenne de 21 O m qui diminue rapidement l'approche du fleuve. La nappe de la plaine est situe essentiellement sur la rive droite. Les ni- veaux statiques sont rguliers, une alti- tude de 180 m environ. L'aquifre prin- cipal des deux nappes est constitu par les fractures du socle et ses altrites,

    I Tubleau 1. Temos de retour des dbits minimums iournoliers en m3/5er. pour les priodes 1929-1 968 et 1969-1 994

    Les mesures rcentes de la qualit de l'eau sont plutt alarmantes. En effet, les nappes prsentent une pollution par les nitrates gnralise. Sur 112 points de prlvement retenus dans le cadre d'une campagne de mesures ralise en 1995 [l O], 64 % ont un taux de nitrates suprieur 50 mg/l, seuil de potabilit fix par l'Organisation mondiale de la

    Scheresse no 4, vol. I O, dcembre I999

    sant (OMS) (figure 5). La situation ac- tuelle s'est rellement dtriore par rap- port ce qui a t observ en 1985 et 1986 [11 I 121. L'origine de cette pollu- tion est multiple, rseau d'gout em- bryonnaire, azote du sol et fertilisants se combinant pour expliquar les fort taux de nitrates mesurs [9]. A cette pollution chimique se surimpose une pollution mi- crobiologique rsultant d'une contami- nation fcale directe. Une tude ralise en 1996 [13] montre que les deux tiers des 55 sites tests prsentent une eau non potable selon les normes AFNOR et que l'eau de 9 % d'entre eux est im- propre la consommation mme aprs traitement. Ce bilan trs proccupant montre le caractre irraliste d'une ex- ploitation immdiate des ressources sou- terraines locales.

    Dispositifs de captage et de distribution I L'alimentation en eau souterraine est as- sure par des puits et des forages. La faible profondeur de la nappe alluviale et de celle du continental terminal a tou- tefois gnralis l'usage des puits, pr- sents dans la plupart des quartiers tradi- tionnels. L'eau est essentiellement rserve des usages domestiques hors alimentation : toilette, vaisselle, les- sive ... Les forages ont t mis en place dans le cadre d'un programme d'ur- gence pour l'alimentation en eau PO- table des quartiers priphriques, Ia suite de la prvision de l'arrt de l'cou- lement du Niger en juin 1985 [14]. D'une profondeur moyenne de 65 m, i ls s'alimentent tous dans la nappe du socle. Actuellement, sur les 110 ou- vrages construits, seule une trentaine fonctionne encore, principalement en raison d'un mode de gestion inappro-

    -pri de ce type d'infrastructure.

    Besoins en eau : la demande ! On distingue trois secteurs d'utilisation : domestique, agricole et industriel. Les besoins domestiques sont estims partir des consommations spcifiques dtermines en fonction des types d'ha- bitat et d'alimentation [15]. Ces deux in- dicateurs s'avrent en effet trs perti- nents. L'habitat renseigne indirectement sur le revenu et la taille du mnage et le type d'alimentation sur Ia facilit

  • au pompage e

    I I Besoins en eau

    avant distribution

    Figure 3. Impact des confra;nfes techniques sur les besoins en em.

    sche. On estime gnralement qu'au moins 20 % de l'eau d'irrigation des ri- zires retourne au fleuve ou Ia nappe sous-fluviale. Le maraichage occupe 300 ha au sein de la communaut ur- baine. L'eau d'arrosage provient princi- palement du fleuve mais galement de puits traditionnels. Les besoins en eau sont estims globalement, sur la base d'indices culturaux, 60 m3 par jour et par hectare [I 71, soit un total de 18 O00 m3/j. Les be soins quotidiens pour l'agriculture sont donc trs importants, avec un maximum de 520 O00 m3/j en saison sche. Les be- soins industriels sont peu levs, en rela- tion avec le faible dveloppement de ce secteur d'activits dans la ville. Pour

    d'accs l'eau. Or, la consommation en eau augmente avec le revenu et tend diminuer avec l'augmentation de la taille du mnage et I'loignement du point d'eau. Ainsi, en considrant que 3, 27 et 70 % de Ia populat ion (627 O00 habitants) consomment res- pectivement 500, 80 et 20 litres d'eau par jour, les besoins domestiques ac- tuels de la population sont estims en moyenne 30 O00 m3/j [tableau 111. En fin de saison sche (d'avril juin), ce chiffre augmente de 30 % avec des be- soins domestiques maximaux values environ 40 O00 m3/j. II est important de souligner que la priode d'tiage du

    fleuve concide avec celle o les besoins en eau sont les plus importants. Les besoins agricoles se rpartissent pour l'essentiel entre Ia riziculture et le mara- chage. La ville de Niamey est respon- sable de la gestion de 12 secteurs rizi- coles, dont la superficie totale atteint 2 900 ha. Ces secteurs sont aliments par des prlvements directs dans le fleuve. Deux ,campagnes de culture sont effectues durant l'anne, avec des consommations en eau trs variables selon la saison considre [16]. En moyenne, la consommation journalire pour l'anne s'lve 400 O00 m3, avec un maximum de 500 O00 m3/j en saison

    l'anne 1995, sa consommation effective a t de 1 O O00 m3/j, d'aprs les rele- vs de compteurs d'?au de la Socit na- tionale des eaux. A dfaut d'autre re- lev, cette valeur a t retenue dans nos calculs de bilans. Une partie importante de cette consommation retourne par rejet au fleuve et probablement la nappe, et constitue ainsi une source supplmentaire de pollution.Les besoins en eau de Nia- mey, toutes activits confondues, s'l- vent ainsi 570 O00 m3/i. Cette valeur correspond la demande journalire en saison sche, priode o les ressources en eau se rarfient alors que les besoins de la population sont le plus levs.

    S.

    Kouara 1 Kano N.N.O. S.S.E. I '

    A IV Continental terminal Sables .

    M Alluvions grossires 0 Formation sableuse fragments de cuirasse

    Cuirasse 40 m Ed Formation oolithes ferrugineuses LIE4 Formation limoneuse

    Socle

    O Altrites

    Figure 4. les types de nappes d Niamey. Confexfe gologique et niveaux sfafiques.

    Scheresse no 4, vol. I O, dcembre I999

  • Figure 5. par /es nifrafes Nia- sont satisfaits par des apports fluviaux

    journaliers suprieurs 0'6 m3/s (figure6j. On estime que la priode de retour des dbits infrieurs ce seuil varie entre 10 et 20 ans selon les lois considres. Depuis 1969, cet vne- ment a t constat en 1974 et en 1985. La comparaison entre les vo- lumes bruts mis disposition par le fleuve et les besoins de Niamey t- moigne ainsi de la gravit des pro- blmes d'alimentation en eau de la ville en fin de saison sche, avec notamment 'des rpercussions rgulires sur I'agri- culture intra-urbaine et pri-urbaine [18]. Cette analyse Suppose galement que la ville de Niamey puisse disposer de la totalit de l'eau du fleuve. En ralit, les acteurs municipaux doivent tenir compte des besoins de la population nigrienne et nigriane situe en aval. Ce devoir de partage de l'eau entre les diffrents utilisateurs ne fait que renforcer l'acuit du problme. En ce qui concerne les besoins domes- tiques et industriels, une rserve d'eau de 3 millions de mtres cubes a t construite en 1988-1 989 pour garantir leur satisfaction en cas d'arrt de I'cou- lement du fleuve. Thoriquement, en comptant une consommation journalire de 50 O00 m3' la retenue de Goudel permet d'assurer l'alimentation de Ia ville durant 60 jours en cas d'tiage nul (figure 7). Ce schma propos par les pouvoirs publics repose sur un rapport entre le volume stock et les besoins hors agriculture. Or, il ne prend pas en compte deux autres facteurs de prlve- ments significatifs qui sont la demande vaporatoire et les contraintes tech- niques.

    . Confrontafion entre les ressources et les besoins : le bilan

    deviennent infrieurs 7 m3/s, des choix dans l'utilisation de l'eau s'impe sent. Les efforts d'conomie se portent naturellement sur le secteur agricole, qui totalise lui seul 88 % des besoins. Exception faite des besoins agricoles, les besoins domestiques et industriels

    Situation actuelle

    Le bilan de l'alimentation en eau po- table de Niamey montre que l'ensemble des besoins peut tre satisfait par les eaux du fleuve si le dbit journalier est suprieur 6,6 m3/s (figure 6). Or, l'analyse frquentielle des dbits mini- mums journaliers fait apparaitre que I'vnement Q = 6'6 m3/s n'est pas ra- lis une anne sur deux pour la priode 1969-1 994 (tableau I). La chronique des dbits moyens journaliers montre que, sur ces 26 annes d'observation, 15 prsentent des valeurs infrieures 7 m3/s. Le nombre de jours conscutifs sur lequel se produit I'vnement peut tre long : 50 jours en. 1981 et 39 jours en 1985, par exemple. La non-satisfac- tion de l'ensemble des besoins en eau de Niamey correspond donc un risque rel. Lorsque les dbits journaliers Figure 6. Safisfocfion des besoins et dbits du fleuve Niger.

    Scheresse no 4, vol. 10, dcembre I999 285 I

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    ,

    Capacit utile (106 m3)

    Jours

    Les vaporations mesures sur des nappes d'eau en climat tropical sec, et plus particulirement sur le lac de Bum et la mare d'Ours, varient de 2 500 3 O00 "/an [19, 201. Durant les mois de mai et juin, cette vaporation est maximale, avec une moyenne mensuelle d'environ 300 mm. Les pertes par va- poration s')vent, par exemple, 90 O00 m3/i lorsque la retenue est son niveau maximum (surface de 9 km2) et sont donc largement suprieures aux prlvements effectus pour alimenter en eau les habitants. Les contraintes techniques sont reprsen- tes par les dispositifs de captage, de traitement et de distribution de l'eau. Elles tendent galement diminuer le volume d'eau disponible pour I'alimen- tation (voir plus haut). En prenant en compte les besoins jour- naliers de Niamey, la demande vapo- ratoire et les contraintes techniques, l'autonomie de la ville ne serait plus que de 21 jours en cas d'tiage nul du fleuve (figure 7). Cette dure est de deux tiers infrieure celle avance par les autorits et montre la ncessit de prendre en compte l'ensemble des fac- teurs de prlvements significatifs.

    volution de la situation court'et moyen termes Les besoins en eau n,e sont pas constants dans le temps. A Niamey, ils sont troitement lis la croissance d- mographique et l'extension du rseau d'adduction. Selon les sources consid- res, le taux de croissance pour les 20 prochaines annes varierait entre 5 et 7 % [21 , 221. En se fondant sur un taux moyen de 6 %, la population de

    Figure 7. Simulotion de vidange de la retenue de Goudel en cos d'fiage nul du fleuve Niger ( I 996).

    Niamey serait multiplie par 2 d'ici 1 O ans (1,2 mill ion d'habitants) et compterait 2,2 millions d'habitants en 2016. L'impact de Ia croissance dmo- graphique sur les besoins est donc vi- dent. En parallle, une augmentation du taux de raccordement est prvue pour le dbut de l'an 2000. Or, le raccorde- ment au rseau conduit une augmen- tation de la consommation d'eau en rai- son de son tarif avantageux, en moyenne cinq fois moins lev que celui pratiqu aux bornes-fontaines et par les marchands ambulants [18]. C'est l une autre source de gaspillage, double d'une ingalit sociale. Le taux des per- sonnes desservies directement par le r- seau passerait de 30 40 % [23]. Cette extension devrait concerner essen- tiellement la population des quartiers traditionnels. Ds lors, ce sont 3, 37 et 60 % de la population qui consomme- raient respectivement 500, 80 et 20 litres par jour et par habitant au lieu de 3, 27 et 70 %. Dans ,ce contexte, les besoins domestiques en eau s'lve- raient 177 000 m3//i dans 1 O ans et 348 O00 m3/j dans 20 ans et se- raient satisfaits par des apports fluviaux suprieurs 2 m3/s pour l'anne 2006 et 4 m3/s pour l'anne 2016. Les temps de retour associs ces dbits sont respectivement de 5 1 O ans et de 5 ans. Dans ces conditions et dans I'hy- pothse d'un tiage nul du fleuve Niger, la retenue de Goudel pourrait assurer l'alimentation de la ville durant 13 jours en 2006 et durant seulement 8 jours en 2016 (figure 8). Dans les deux cas de figure, la marge d'autonomie de Nia- mey est trs faible. La situation est d'autant plus critique que la vidange de la retenue commence en

    Scheresse n04, vol. TO, dcembre 7999

  • Capacit utile (I 06 ma) 3,O X

    2 3 5 : k b 2,o

    1.5 --

    1 ,o --

    0,s -- 7 9 1, 11 73

    5 Jours

    T> 3

    0.0; I I ! : 7

    a. L

    hers de la ville n'est pleinement satisfait qu'une anne sur deux depuis 1969. Actuellement, les besoins domestiques sont assurs durant environ 3 semaines en cas d'tiage nul du fleuve Niger. Cette situation se dgradera rapidement avec la croissance dmographique et les projets d'extension du rseau d'ad- duction d'eau. II semble donc impratif de mettre en place une politique de ges- tion raliste de l'eau, fonde en particu- l ier sur une diversification des res- sources. Cette diversification pourrait a priori re- Doser sur une meilleure exploitation des

    Figure 8. Simulation de vidange de la retenue de Goodel en cas d'tiage nul du fleuve Niger (2006 ef 20 161.

    Capacit utile ( IO6 m3)/dbit (m3/s) 4,o

    33--

    38 --

    2.5 --

    2,o --

    ~ 5 - -

    Jours

    1 to --

    0 3 -- O 0 23mai 28hai 2j:in

    Scheresse nod, vol. IO, dcembre 1999

    fonctions doivent tre personnalises (chef de quartier, association d e femmes ...) pour assurer la prennit des infrastructures de pompage. Une autre possibilit d'alimentation, en fait assez alatoire, rside dans I'amna- gement de petites retenues d'eau sur les affluents burkinabs situs en amont de Niamey, en particulier le Gorouol, la Sirba et le Dargol. Ces retenues permet- traient de soutenir les tiages du fleuve et de dvelopper l'agriculture. II faudrait tou- tefois vrifier l'impact rel d'une telle solu- tion, en sachant que le remplissage de ces retenues est tardif. II est en effet li aux prcipitations locales qui dbutent en juin, c'est--dire lors de I'tiage du fleuve. Cette solution pourrait ainsi soulever des problmes de calendrier. De plus, les im-

    i

    287 .

  • 1 C 3

    Une troisime possibilit, qui rglerait dfinitivement les problmes dalimenta- tion en eau de Niamey, serait l a construction dun grand barrage Kan- dadji, petite ville situe 180 km en amont de la capitale. Cette solution a toutefois un poids financier qui oblige- rait les autorits publiques faire appel, au moins partiellement, laide interna- tionale. Sur cet argument budgtaire se greffent naturellement tous les inconv- nients majeurs en amont et en aval de ce type dinfrastructure, comme le d- placement de la population, la modifica- tion des cosystmes et la diminution des ressources en eau pour les popula- tions situes en aval. Des solutions sont donc envisageables pour lutter contre le risque de pnurie en eau potable Niamey. II faut toute- fois rappeler que ce risque est directe- ment li la scheresse observe au cours des dernires dcennies et quun retour la normale des normes hydrolo- giques et, donc, climatiques le limiterait considrablement _.

    I

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