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Le Tibet : un défi pour Xi Jinping

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Alors que la tête du gouvernement en Chine change tous les dix ans, la cinquième génération des dirigeants du Parti communiste chinois se retrouve héritière à la fois d’un pouvoir extraordinaire et d’une somme de problèmes considérables, parmi lesquels l’occupation continue, par la Chine, d’un Tibet rebelle.

Text of Le Tibet : un défi pour Xi Jinping

  • Le Tibet : un dfi pour Xi JinpingSoixante annes dune politique qui a chou au Tibet

  • Alors que la tte du gouvernement en Chine change tous les dix ans, la cinquime gnration des dirigeants du Parti communiste chinois se retrouve hritire la fois dun pouvoir extraordinaire et dune somme de problmes considrables, parmi lesquels loccupation continue, par la Chine, dun Tibet rebelle.

    Les Tibtains nont probablement jamais autant rsist loccupation chinoise, depuis les annes cinquante. Des dcennies de politiques rates ont eu pour consquence de modeler une socit dans laquelle les droits humains des Tibtains sont rgulirement bafous et o ils se retrouvent marginaliss sur le plan politique, conomique et social. La contestation publique a pris un tour tragique avec plus de cinquante personnes qui ont choisi lauto-immolation comme nouvelle forme de rsistance la domination chinoise, sachevant, dans la plupart des cas, par une issue fatale. Pendant ce temps, le cycle des contestations engendrant une brutale rpression militaire qui, par le pass, caractrisait les priodes dagitation, est en train de changer. La Chine est en train de dcouvrir que le recours la force nempche nullement les rassemblements massifs de Tibtains, que ce soit pour prier pour ceux qui se sont immols ou pour protester de faon plus contestataire.

    Les Tibtains bravent maintenant la peur que leur inspire le violent rgime chinois. Ces derniers mois, des groupes toujours plus nombreux de Tibtains sont descendus dans les rues pour manifester leur opposition la domination chinoise. Par ailleurs, les Tibtains dveloppent de nouvelles formes de rsistance crative, travers la musique, la littrature et dautres formes daffirmation de leur identit nationale.

    Xi Jinping, le dirigeant chinois de la cinquime gnration, va maintenant se retrouver confront au dfi pos par le Tibet. On ne sait pas grand-chose sur les opinions personnelles de Xi sur le Tibet, mais son pre, Xi Zhongxun, ancien Vice-Premier ministre, connaissait le dala-lama et tait proche du panchen lama. En juillet 011, dans un discours prononc Lhasa, devant le Potala, Xi Jinping a fait preuve dune totale allgeance au Parti, se dclarant prt combattre farouchement les activits sparatistes menes par la clique du dala-lama, en sappuyant sur toutes les minorits ethniques et faire clater tous les complots visant dtruire la stabilit du Tibet et mettre en pril lunit nationale. (i)

    Introduction

    Le dfi que reprsente le Tibet pour Xi Jinping met en lumire lchec de la politique chinoise au Tibet ; une politique qui, malgr six dcennies dun contrle sans relche, na pas russi faire plier les Tibtains. Le dfi auquel Xi doit faire face est un Tibet en crise, dvast par quatre gnrations dune exploitation coloniale, mais avec un peuple dont le patriotisme, le courage et lesprit de rsistance face la domination chinoise nont jamais faibli depuis linvasion du Tibet par lArme de Libration du Peuple, il y a soixante ans.

    Ce rapport rsume les tentatives de la Chine de maintenir son occupation du Tibet au moyen de trois piliers dun contrle coercitif loccupation militaire, la domination coloniale et le recours la peur et lintimidation. Xi et les dirigeants de la cinquime gnration doivent maintenant admettre quen empruntant le mme chemin que les gnrations prcdentes, ils naboutiront qu une plus grande instabilit au Tibet et un mcontentement grandissant de la communaut internationale vis--vis de la politique chinoise mene au Tibet.

    Nous ne sommes pas les seuls penser quun changement doit avoir lieu au Tibet. Dans un rcent rapport de lagence Reuters (ii), on pouvait lire que chaque gnration de dirigeants [chinois] doit faire face des problmes laisss par la gnration prcdente et une source proche du gouvernement dexpliquer : Pour Hu, ctait Taiwan pour Xi, cest le Tibet . Un autre fonctionnaire du Parti, qui a souhait garder lanonymat, a dclar lagence Reuters : Mme en augmentant les dpenses et en renforant la scurit, on narrivera pas soffrir une stabilit durable au Tibet La politique hautement rpressive ne peut pas durer ternellement.

    Les checs de la politique chinoise ont stimul une nouvelle gnration de Tibtains qui nont jamais connu un Tibet indpendant, mais sont trs engags dans la dfense de leur nation et revendiquent comme un droit fondamental la libert politique, conomique et sociale. Leur rsistance menace la stabilit mme et lendurance tellement voulues par la cinquime gnration du Parti communiste chinois.

    Pour Xi, le dfi consiste rsoudre le problme tibtain rapidement et pacifiquement, faute de quoi il risque de crer une crise avec une porte gopolitique encore plus grande, compte tenu du fait que les Tibtains ont dj rsist quatre gnrations dune politique chinoise qui a chou.

    Le Tibet est form des trois provinces de lAmdo, du Kham et de lU-Tsang. LAmdo, avec le redcoupage chinois, fait maintenant partie du Qinghai et dune partie du Gansu. Le Kham a t incorpor, en grande partie, dans les provinces du Sichuan, du Gansu et du Yunnan. Enfin, lU-Tsang et le Kham occidental forment ce que la Chine appelle aujourdhui la Rgion autonome du Tibet (RAT). Le territoire du Tibet traditionnel reprsente un quart de la surface de lactuelle Rpublique populaire de Chine.

  • Dans les dbuts de la gouvernance de Xi Jinping, se profile le centenaire de la dclaration du treizime dala-lama raffirmant, en 191, lindpendance du Tibet vis--vis de lempire manchou (1a). Les forces chinoises ont t boutes hors du Tibet jusqu ce que le Parti communiste chinois (PCC), fort de sa victoire triomphante, cherche consolider son nouveau pouvoir en tendant rapidement son influence le plus loin possible.

    Le 7 octobre 1950, 40 000 soldats de larme de libration du peuple (ALP) ont franchi le Drichu (Yangtse) pour pntrer au coeur du Tibet. Ecrase par le nombre, larme tibtaine a t oblige de capituler (1b) et le Tibet est devenu un pays occup (1c). Le PCC prtend que les Tibtains font partie des cinquante-six ethnies de la Chine (1d) lies ensemble par un destin commun (1e) une histoire fabrique de toutes pices et qui prend racine dans le profond ethnocentrisme historique de la Chine. Le Tibet, une nation clairement dfinie, prsentait pourtant tous les critres dun Etat souverain, trois dcennies avant la cration de la Rpublique populaire de Chine (RPC) (1f). Mais, les dirigeants chinois ont class les Tibtains dans les peuples barbares non-civiliss quil convient dassimiler ou dliminer (1g). Comme les Tibtains, un peuple fier et farouchement indpendant, ne montraient aucun signe dassimilation, le PCC a poursuivi sa politique de destruction de la nation tibtaine.

    Les perscutions chinoises ont rgulirement augment, la rsistance tibtaine aussi et, en mars 1959, des mouvements de contestation populaire ont clat un peu partout Lhasa. Lorsque lALP a commenc pilonner la ville, le quatorzime dala-lama a t oblig de quitter prcipitamment le pays et, selon la Chine, 87 000 Tibtains ont t tus ou arrts la suite du Soulvement (1h). Exactement cinquante ans plus

    tard, le dala-lama a dclar quavec la politique de Pkin les Tibtains taient plongs dans de tels abmes de souffrance et de privations quils faisaient littralement lexprience des enfers sur terre (1j). Cette dclaration contrastait singulirement avec celle du PCC affirmant avoir libr le Tibet de loppression du rgime fodal du dala-lama (1k) une socit mdivale, tyrannique, compose de propritaires, de serfs et desclaves . En dfinitive, la condamnation du pass fodal du Tibet par Pkin est un argument colonialiste classique le sous-dveloppement culturel servant de justification une invasion (1l). Beaucoup de Tibtains admettent quavant linvasion, le systme ntait pas galitaire ; le dala-lama avait dailleurs commenc promouvoir des rformes (1m). Le gouvernement tibtain en exil est maintenant une dmocratie laquelle le dala-lama a lgu son autorit politique (1n).

    Soixante ans plus tard, la Chine doit encore sappuyer sur ses forces militaires et paramilitaires pour contrler le Tibet, le nombre de soldats de lALP stationns sur le plateau tibtain allant de 150 000 400 000, selon les estimations. La prsence visible des forces de scurit augmente autour des dates commmoratives et dans les priodes dagitation (1o), mais la Chine na pas russi empcher compltement les rassemblements de masse, notamment en 1959, la fin des annes quatre-vingt (lorsque le Tibet a t plac sous la loi martiale), et en 008, quand on a dnombr plus de cent cinquante mouvements de contestation diffrents, travers le plateau tibtain. Malgr la terrible rpression qui a suivi les soulvements de 008, des mouvements de contestation ont lieu rgulirement, surtout au Tibet oriental, souvent en lien avec les immolations de moines, de nonnes et de lacs tibtains (1p), ce

    Loccupation militaire chinoise

  • 4qui prouve bien que loccupation militaire chinoise narrive pas touffer laspiration la libert du peuple tibtain.

    Aujourdhui, la Chine dpense plus pour la scurit publique que pour la dfense extrieure (1q). Une tude de Human Rights Watch, en 011, a dmontr que les dpenses de scurit dans la rgion de Ngaba au Tibet oriental (Aba, en chinois, dans la province du Sichuan) picentre de lactuelle vague dimmolations dpassaient, depuis 00, celles des rgions non tibtaines du Sichuan. LONG a aussi fait valoir quavec sa campagne frapper fort et son nouveau dispositif antiterroriste mis en place en 007, la Chine, en prenant ces mesures provocatrices, avait contribu aux troubles de 008, qui nont cess depuis lors. En 009, le budget de la scurit dans le Ngaba tait cinq fois suprieur au budget moyen dans le reste du Sichuan ; tant donn la raction extrme de la Chine face limmolation en mars 011 de Phuntsok, un jeune moine de ans OO moines appartenant au monastre de Kirti ont disparu et deux vieux moines

    ont t battus m