LES ECHOS DE SAINT-MAURICE - digi- .Toute une flotte aérienne s'est consti­ ... obsèques nationales,

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  • LES ECHOS DE SAINT-MAURICE

    Edition numrique

    Michel TINGUELY

    Chronique du Collge

    Dans Echos de Saint-Maurice, 1960, tome 58, p. 313-317

    Abbaye de Saint-Maurice 2012

  • Chronique du Collge

    Que d'encre a coul (sur les pantalons), que d'eau a pass sous les ponts depuis que le chroniqueur a pondu son papier du nu-mro 1. Il y a eu le cirque Martigny, la promenade aux ch-taignes, la Sainte-Ccile, la course d'orientation et mme on annonce dans les milieux bien informs que les Echos ont paru, cela sous toutes rserves. (N. D. L. R.)

    Cela dit, faisons le point de la situation :

    Lyce : assez bruyant et fort susceptible. On dnote certains lments empreints d'une charit se manifestant dans le renon-cement soi-mme et un souci de la rputation du prochain, pour le moins tonnants. Peut-tre ne suis-je pas aussi charita-ble, mais je ne peux m'empcher de penser que certains, atten-dant anxieusement leur tour, ont prfr enrayer la machine dcocher des attaques contre de trs augustes lycens. Chacun tant compris, je clos.

    Grands : trs fatigus : chacun son tour, chacun son matin, on n'entend pas la sonnette si prestement actionne par le surveil-lant : on a droit ses petites fantaisies.

    Moyens : les audiences se droulent huis clos. Les acteurs sont muets comme des carpes, sauf en tude.

    Petits : la vrit sort de la bouche des enfants : si cela est vrai, nous sommes en guerre. Toute une flotte arienne s'est consti-tue en tude : avions quadrills, avions ligns, avions alle-mands, avions latins, avions mathmatiques, avions Tribune, avions Nouvelliste. On n'arrte pas de tirer du ct du pupitre inspectoral qui se trouve simultanment environn d'engins de toutes sortes. Pourquoi ? Mariage princier, naissance impriale, obsques nationales, barricades, ou plus simplement : saint Nicolas.

    L'tat de guerre n'tant pas officiellement dclar, les r-jouissances n'en sont pas pour autant supprimes et l'on alla au cirque Martigny. Chacun avait reu sa dose de recomman-dations et tout tait mis en uvre pour empcher certains gail-lards de rater leur train. Malheureusement, on n'avait pas tout prvu : Monsieur Cuzon arriva tout simplement 7 heures et demie, alors que tout le monde l'attendait au rfectoire.

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  • Comme chaque anne, il y a eu la promenade aux chtaignes. Chacun applaudit ce jour-l l'allure sportive de Monsieur Grand-jean sur la moto de Monsieur le Directeur, et l'on remarqua beaucoup les jumelles de Monsieur Pellissier, dont il s'tait muni en zoologue averti pour surveiller ses oiseaux, ce qui ne l'empcha pas de ramasser, il ne l'a pas fait exprs, un ou deux marrons. Personne ne manquait la fte : mme pas Monsieur Cornut qui faisait, devinez quoi ? je vous le donne en mille : des photos. Vous ne vous attendiez pas cela, hein ! Avouez ! D'ailleurs, il a ses disciples, Tabin par exemple, est le spcia-liste des instantans particulirement troublants. Bref, pour en revenir la promenade, le vin qu'on nous offrit n'eut mme pas la force, l'instar des annes prcdentes, de mettre l'as-semble en joie et, c'est tout juste si on ne se moqua pas de ceux qui essayaient vainement, grands renforts d'artifices, de crer quelque ambiance. Monsieur Jolissaint me dira que l'an-ne a t pluvieuse et le vin par consquent particulirement clair ; moi, je veux bien, mais s'il y a surproduction d'eau, qu'on la jette au Rhne comme les tomates.

    Il est des jours qui marquent dans la vie du Collge. Tel ce 18 novembre o l'on put admirer simultanment, et non sans quelque effroi, des wagons de chemin de fer emboutis dans le butoir voisin de la grande alle : triste spectacle ; (qu'importe, c'est gratuit) et d'inquitants cailloux qui avaient enfonc le sol de l'alle suprieure et du terrain de tennis. Chacun pensait philosophie et vie ternelle. Vous imaginez qu'aprs de telles penses qui portent longue rflexion, on est en retard en classe : pas de risques, les classes sont fermes au moins jus-qu' 9 heures moins le quart pour cause de maladie de l'ou-vreuse.

    Puis, ce fut la Sainte-Ccile, jour trois fois heureux o l'on passe de dlicieux moments sans gards pour le trac des copains qui ont pass des semaines prparer un morceau ou un chant. Monsieur Pasquier commena avec son chur mixte qui nous interprta Mon pre avait cinq cents moutons. Puis Schuwey, grand matre des crmonies, annona Charrez. Celui-ci joua une sonate de Beethoven au milieu de l'invitable bruit de fonds des marrons qu'on ouvre. Et le chur d'hommes enchana avec Les jours s'en vont et l'on passa La Cinquantaine interprte par le duo Charrez-Weber.

    1... 2... 3.. C'est le petit chur du scolasticat, invit du jour, qui prsente une mlodie des compagnons de la chanson, Cario-ca et L'homme de Cromagnon, assez prhistorique. En inter-mde, un couple lgrement us en apparence, messager de la Rpublique et Canton de Genve, fit en vlo-moteur une entre trs remarque et chanta, aussi drle qu'incomprhensible, le c qu laino. Pendant que nos deux lurons s'en allaient, Franzetti s'installait au piano ; au moment o on le vit s'asseoir, on ne pensait pas qu'il allait se passer des choses graves : nous allions assister l'tablissement d'un nouveau record du monde :

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  • Photo Yves Tabin, Collge

    La Sainte-Ccile au Collge

    Franzetti battit avec Ciao, ciao, Bambino le record de vitesse pure pour piano droit, en trichant un peu : pour arriver la fin en mme temps que le piano, il dut sauter une ou deux notes.

    Captio : tel est le titre qu'a donn Jean-Pierre Coll une uvre pour piano, trois trompettes et timbales qu'il nous pr-senta ce soir-l en grande premire. Ainsi que le dit l'auteur lui-mme, son uvre comporte certainement de grosses fautes de composition dont il ne connat qu' peine les rudiments mais chacun fut frapp nouveau par les dons tonnants qui font imaginer Coll des thmes si riches et des mlodies si romantiques. Et il n'est pas que notre enthousiasme de copains qui applaudit Coll au piano, Chiolro premier trompette, Juillet

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  • Photo Gilbert Granges, Saint-Maurice

    Captio : l'auteur au piano et les autres interprtes

    et Dlmont deuximes trompettes, et Tabin aux timbales, mais le premier applaudissement fut celui de Monsieur Pasquier visi-blement enchant par la musique plus que par l'interprtation qui sentait le trac.

    Puis celui que tout le monde attendait, Monsieur Eracle, en-chanta l'assemble avec sa complainte sur la charit. La soire se termina avec une magnifique et ingnieuse interprtation du petit bout de la queue du chat par le petit chur du scolasticat qui eut cette fois le don de nous lectriser.

    N'allez pas croire que la Sainte-Ccile est une manifestation de rjouissances sans fruits. Oh que non pas ! Mergozzi s'em-pressa de fonder un orchestre dont il sera le chef. Il n'a pas encore sa trompette ? Dtail insignifiant, voyons !

    Pour rester dans le domaine musical, on continue d'assister aux concerts des Jeunesses musicales et fait souverainement inqui-tant, quatre humanistes et 5e com. ne rentrrent au Collge un soir de concert qu' 10 h. et demie. Honteux et confus, ils

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  • frappaient contre la porte du dortoir avec la force du dsespoir, et ils avourent tout penauds tre rests un peu trop longtemps dehors aprs le concert. Cela parat peut-tre drle : pas autant que si je vous dis que le concert ne finit qu'... 11 heures !

    Mais, chut ! Un hitachi ct de moi murmure quelque chose qui, je crois, va vous intresser :

    Auditeurs sportifs, bonsoir. La traditionnelle course d'orien-tation du Collge d'Agaune s'est droule aujourd'hui 4 d-cembre devant x (inconnu) spectateurs et y (trs bien connu) photographe et a obtenu plein succs. Cette manifestation spor-tive d'un grand intrt organise avec brio par Monsieur Schu-biger, a vu la victoire en catgorie A de l'quipe Bernasconi-Abgottspon, en catgorie B de l'quipe routier Claude-Fumeaux, en catgorie C de la formation Gissler-Tavelli et en catgo-rie D des trois dzodzets Tinguely-Bosson-Nordmann. Nos plus chaleureuses flicitations aux vainqueurs et aux vaincus qui n'ont pas dmrit. (A lire avec l'accent bien connu de Vico Rigassi.)

    Chacun sait que la Sacre Congrgation des Rites a annul rcemment par dcret pontifical nombre de ftes de saints dans les missels et le martyrologe ; cependant ce que je vous apprends srement, c'est qu'elle a prolong la fte de saint Andr (patron des humanistes A) par une octave privilgie d'une quinzaine de jours au moins, en juger par les vestiges plus ou moins entretenus de cette solennit et qu'on peut encore admirer.

    En dernire heure, S. Nicolas vient de descendre de son illus-tre paradis jusqu' la rptition de chant. Le grand vieillard, encadr de deux pres fouettards arms, flicite tout d'abord les membres et surtout le directeur du chant pour leur dvoue-ment. Les petits qui ont eu le malheur de se tourner pendant la rptition reoivent leur dose de verges et Monsieur Eracle n'y chappe pas malgr sa dignit canoniale. L'vque de Myre en effet a bien remarqu que malgr son interdiction de l'an pass sur les reprsentations frivoles, Monsieur Eracle a re-chant l'occasion de la promenade du chant et la rptition du matin, sa petite chanson. Puis c'est le tour de Monsieur Grandjean de subir les remontrances de saint Nicolas. C'est que saint Nicolas n'aime pas tellement tre troubl dans ses pro-menades sur Vnus par l'il indiscret d'une lunette, qui, d'aprs son aspect trbuchant, devait tre celle de Monsieur Grand-jean. Saint Nicolas enfin a un message du ciel transmettre Monsieur Rappaz ; au ciel on craint pour sa sant on a peur qu'il ne s'enrhume force de ne pas mettre sa barrette : Pr-chera, prchera pas, chantera, chantera pas, mettra (la barret-te), Matre Rappaz !

    Michel TINGUELY, Rhtorique

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